Pannes de capteurs

Les autorités régionales de Fukushima ont installé des balises de contrôle de la radioactivité un peu partout dans la province. Sur 77 nouvelles balises installées fin mars, 30 donnent des valeurs absurdes. A Minami-Sôma et Katsurao, les valeurs affichées étaient jusqu’à 1 000 fois plus élevées qu’attendu. Cela a été découvert le 3 avril.

TEPCo aussi a des problèmes – à nouveau – avec un de ses thermomètres de l’enceinte de confinement du réacteur n°2 : la température affichée était de 20,9°C le 3 avril à 5h, puis 70°C à 11h, pour atteindre finalement 88,5°C le 5 avril. Les autres thermomètres n’indiquaient pas de variation de température.
Dans son document en japonais, TEPCo n’a pas mis les données défectueuses sur les courbes.

Quel mix électrique pour le Japon ?

Le lobbying se poursuit à propos du mix électrique que le gouvernement doit définir.
La plus grosse fédération de l’industrie réclame plus 25% de nucléaire à l’horizon 2030 et que la construction de nouveaux réacteurs soit envisagée. Elle veut limiter les renouvelables à 15%. Le ministre de l’industrie, quant à lui, a estimé que l’étude du ministère de l’environnement évoquée précédemment, qui estimait que la part des renouvelables pouvait monter jusqu’à 35%, était irréaliste car trop chère.
Il penche donc vers 7% de solaire, 1% de vent en 2030. Moins de 10% au total. Le reste, pour atteindre plus de 20%, sera assuré par l’hydraulique, la géothermie et la biomasse qui ne devraient pas évoluer rapidement.
Ce que ne dit pas le ministre, c’est que, quelle que soit la politique choisie, cela coûtera cher. Que ce soit de nouveaux réacteurs nucléaires, comme on le voit en France ou en Finlande ou du renouvelable, il faudra investir massivement.
En effet, comme nous l’avons déjà répété, atteindre 20% de nucléaire en 2030 va nécessiter la construction de nouveaux réacteurs. Mais le ministre est silencieux sur cet aspect. Il imagine prolonger la vie des réacteurs actuels. Il faudrait déjà qu’ils arrivent à fonctionner… Rappelons que la part du nucléaire est de 0% actuellement et qu’elle était de 28% avant la catastrophe nucléaire.

Piscine du réacteur n°3

On l’a déjà signalé, un gros débris touche une des portes de la piscine du réacteur n°3. Comment le retirer sans endommager la porte et provoquer des fuites ? TEPCo a mené des investigations supplémentaires et a mis des images en ligne, commentées en japonais. On voit clairement qu’une des deux portes a été délogée, mais la compagnie n’a pas détecté de fuite.

Un robot dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1

TEPCo a présenté un nouveau robot qui va bientôt ausculter l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°1. Une telle opération, qui débutera la 10 avril, est une première. Le robot va faire des mesures de débit de dose, de température et de pression et prendre des photos au niveau B1. Il ne pourra descendre en fond d’enceinte et s’approcher du corium, c’est à dire le combustible qui a fondu et percé la cuve du réacteur, car la radioactivité y est trop forte. En octobre 2012, un dosimètre plongé dans cette enceinte avait relevé jusqu’à 11 sieverts par heure, qui entraînerait une dose létale en quelques minutes.
Des sondes vont être retirées pour pouvoir laisser passer le robot dans des tuyaux.
Voir la présentation en anglais du robot par TEPCo. Une vidéo montre le robot en mouvement.

Le césium de Fukushima arrive au large du Canada

La Wood Holes Oceanic Institution, qui fait une surveillance citoyenne de la contamination radioactive du Pacifique, côté américain, avait mesuré, en octobre dernier, un échantillon d’eau de mer avec du césium 134, qui a une demi-vie de 2 ans et qui provient donc probablement de Fukushima. L’échantillon avait été prélevé à environ 1 200 km à l’Ouest de Vancouver, à une profondeur de 25 m (voir notre article à ce sujet).

Cet organisme, dans un nouveau communiqué de presse, annonce avoir trouvé ce radioélément de manière quasi-systématique au large du Canada. Il y a aussi deux points avec du césium-134 tout près de la côte. L’échantillon prélevé à Ucluelet a 1,4 Bq/m3 ou 0,001 4 Bq/L de césium-134 et 5,8 Bq/m3 ou 0,005 8 Bq/L de césium-137.

Tous les résultats sont le site Internet dédié. Cet organisme fait payer ses préleveurs volontaires. Avec l’ACRO, c’est gratuit ! Vous pouvez venir participer à la prochaine campagne de prélèvements qui aura lieu pendant les prochaines grandes marées le long du littoral normand. Voir le programme ici.

Plus près du Japon, les derniers résultats de la surveillance officielle sont ici en ligne.

Avenir énergétique du Japon, suite

Comme nous l’avons déjà signalé, le gouvernement veut fixer à plus de 20% la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2030. C’était 28% en 2010. Sauf diminution drastique de la consommation d’électricité, il faudra construire de nouveaux réacteurs pour y arriver. Cela semble peu réaliste.

Pour l’électricité d’origine renouvelable, le ministère de l’industrie table sur une valeur de l’ordre de 25%, c’est à dire à peine supérieure à la part du nucléaire. En 2013, les renouvelables fournissaient 10,7% de l’électricité. Il s’agit surtout d’hydraulique.

Selon le Maïnichi, le ministère de l’environnement a commandé une étude à ce sujet qui estime que la part des énergies renouvelables dans le mix électrique pourrait être comprise entre 24 et 35% à l’horizon 2030. Le chiffre le plus élevé nécessite un renforcement du réseau électrique et des moyens de stockage comme des batteries. Le plus bas ne nécessite pas de modifications structurelles particulières. Si l’on en croit cette étude, le choix du ministère de l’industrie n’est donc pas très ambitieux.

C’est le Mitsubishi Research Institute qui a été chargé de l’étude, sachant que la compagnie Mitsubishi vend des centrales électriques, y compris du nucléaire. Il y a donc conflit d’intérêt.

Les initiatives dans la production d’énergie renouvelable sont nombreuses.

Préparation au retour à Naraha

Alors que le gouvernement s’apprête à lever l’ordre d’évacuer à Naraha, les habitants pouvaient passer la journée chez eux pour se préparer au retour, mais pas y passer la nuit. Ils peuvent désormais dormir chez eux, même si l’ordre d’évacuer est maintenu afin de garantir l’indemnisation. Cela va durer 3 mois. Il y aura des réunions pour convaincre les habitants de rentrer définitivement. Beaucoup sont réticents à cause de la contamination résiduelle et du manque de services de base.
Sur les 2 700 foyers concernés, seulement 182 ont fait la demande pour être autorisés à rester chez eux la nuit.

Contamination de l’eau souterraine et de l’eau de mer

La contamination en tritium de l’eau souterraine pompée en amont des réacteurs pour être rejetée vient de battre un record dans le puits n°10 avec 970 Bq/L (prélèvement du 30 mars 2015). C’est inférieur à la limite de rejet de 1 500 Bq/l que s’est fixée TEPCo. La contamination de l’eau rejetée, quant à elle, est de l’ordre de 100 Bq/l grâce à la dilution.

Dans la cadre de sa nouvelle politique de transparence, TEPCo a mis en ligne de nouvelles données de mesure sur l’eau de mer à la sortie du port. Voir par exemple pour le 2 avril.

Centre d’entreposage des déchets à Fukushima : la moitié des propriétaires de terrain introuvable

Le gouvernement veut mettre les 22 millions de mètres cube de déchets radioactifs issus de la décontamination à Fukushima sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale. Voir la carte copiée d’un reportage de la NHK. Ces déchets n’y resteront officiellement que 30 ans avant d’être stockés définitivement ailleurs, en dehors de la province. Personne ne sait où.

entreposage_Fukushima

Les travaux d’aménagement n’avancent pas à cause des négociations avec les propriétaires des terrains. Seuls deux sites marqués sur la carte sont en cours d’aménagement et commencent à recevoir des déchets. Sur les 2 400 propriétaires différents, le gouvernement n’en a identifié que la moitié. L’autre moitié demeure inconnue. Souvent, l’acte de propriété n’a pas été mis à jour depuis 1860. Il est aussi difficile de retrouver les anciens résidents qui sont dispersés dans tout le pays.

Qui va payer les logements des évacués « volontaires » ?

De nombreuses familles ont quitté leur domicile à Fukushima car elles n’acceptaient pas de vivre en territoire contaminé, même si elles ne vivaient pas dans une zone où il y a ordre d’évacuer. Elles sont qualifiées d’évacuées « volontaires ». Quand elles en ont fait la demande, elles ont souvent pu bénéficier d’un logement gratuit sur le lieu d’accueil, comme les familles forcées à partir. Qui doit payer à la fin ?

TEPCo va payer pour les familles originaires des zones où il y a eu ordre d’évacuation, mais ne veut pas payer pour les évacués « volontaires ». Le Ministère de l’Industrie soutient cette position et le gouvernement n’a pas demandé à TEPCo de rembourser. Selon le Maïnichi, il pourrait ne jamais le demander afin de ne pas comptabiliser ces personnes comme victimes de la catastrophe nucléaire.

Les provinces d’accueil ont envoyé la facture à la province de Fukushima, qui compile les données et c’est le gouvernement qui paye pour le moment. Le gouvernement a dépensé environ 30 milliards de yens (230 millions d’euros) par an en aide aux victimes originaires de Fukushima ces deux dernières années, essentiellement pour ces logements et les logements préfabriqués.

Rappelons que l’indemnisation des évacués « volontaires » a été limitée à 120 000 yens (916 euros) au total par personne. C’est 720 000 yens (5 500 euros) pour les enfants et femmes enceintes. Les évacués forcés reçoivent, quant à eux, une indemnisation mensuelle.

Cet hébergement est temporaire. Que va-t-il se passer quand ce soutien s’arrêtera ? Certaines familles ont été relogées rapidement après la catastrophe dans un logement qui ne convient pas car souvent trop petit. Quand il s’agit de réfugiés « volontaires » ou originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé, les autorités d’accueil rechignent parfois à les reloger dans un logement plus grand, comme le rapporte le Maïnichi. Le gouvernement et les autorités de Fukushima souhaitent le retour des habitants et découragent ce qui pourrait conduire à une installation définitive ailleurs.

Selon le Maïnichi, la situation dépend des provinces d’accueil. Certaines sont plus souples que d’autre.