Forts séismes et petit tsunami

Deux séismes, un de magnitude 6,9 et un de 5,7 ont secoué le Nord-Est du Japon. Le premier, qui a eu lieu à 8h06, avait son épicentre à 210 km au large d’Iwaté, à une dizaine de kilomètres de profondeur. Ce serait une réplique du séisme de mars 2011. Une alerte tsunami avec une vague pouvant atteindre un mètre à Iwaté a été lancée. Les vagues ont fait jusqu’à 20 cm à Iwaté entre 8h35 et 9h07 à Kuji. L’alerte a été levée à 10h20. Le deuxième séisme a eu lieu à 13h46, toujours au large d’Iwaté. D’autres répliques sont attendues.

Les exploitants du nucléaire ont signalé n’avoir détecté aucune anomalie dans leurs installations. Ce séisme doit cependant nous rappeler que la situation reste très fragile à Fukushima daï-ichi et que l’on n’est pas à l’abri de nouveaux rejets massifs.

Déchets nucléaires : nouvelle politique

Le groupe d’experts ad-hoc du ministère de l’industrie a proposé de revoir la politique japonaise de gestion des déchets nucléaires qui est actuellement dans l’impasse. Le gouvernement voulait enfouir ces déchets à 300 m sous terre mais n’a pas été capable de trouver un site malgré 13 années de tentatives.

La nouvelle politique est toujours l’enfouissement, mais « réversible » cette fois-ci ! Par ailleurs, le gouvernement ne va plus attendre qu’une région soit candidate, mais va prospecter partout avant de tenter de convaincre les élus locaux et les populations du site retenu pour les investigations plus poussées.

Par ailleurs, le gouvernement va envisager, pour la première fois, le stockage direct des combustibles usés, sans retraitement car l’usine ne fonctionne toujours pas. C’est un vrai changement ! Et comme tout cela risque de prendre beaucoup de temps, le Japon va devoir augmenter ses capacités d’entreposage en surface.

Cette nouvelle politique doit encore être entérinée en conseil des ministres, puis il ne restera plus qu’à convaincre les personnes concernées.

En définitive, il y a pas beaucoup de changements : c’est toujours, « décider, annoncer et défendre. »

Contamination des poissons par TEPCo

TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons pêchés dans le port devant la centrale et au large, à moins de 20 km. Au large, seul un poisson dépasse la limite de commercialisation de 100 Bq/kg pour les deux césium : il s’agit d’un sébaste vulpus à 113 Bq/kg. Pour rappel, la pêche commerciale est toujours interdite dans cette zone. En revanche, dans le port la contamination est beaucoup plus élevée. La plus forte valeur est encore pour un sébaste avec 44 000 Bq/kg.

Les dernières données de la NRA sur la contamination de l’océan sont ici en anglais.

TEPCo veut s’étendre au Japon

Avec l’ouverture prochaine, en 2016, du marché de l’électricité, TEPCo veut desservir tout le Japon. Comme TEPCo n’est pas une marque très attractive, la compagnie veut s’associer aux opérateurs de téléphonie afin de leur proposer un contrat couplé. Ces derniers ont d’énormes fichiers clients. Puis, avec l’ouverture du marché du gaz qui suivra en 2017, la compagnie veut aussi offrir une offre couplée gaz et électricité en s’associant avec des distributeurs de gaz. La compagnie lorgne aussi du côté des assureurs pour faire des offres couplées.

D’un autre côté, la compagnie menace d’être obligée d’augmenter à nouveau ses tarifs d’électricité si elle ne peut pas redémarrer des réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa (Niigata). Elle les avait déjà augmentés en 2012. Ses comptes prévisionnels prévoyaient le redémarrage de deux réacteurs cet été, ce qui est complètement irréaliste. Mais c’est la faute de TEPCo si ses réacteurs ne satisfont pas aux normes de sûreté.

Quatre records de la contamination près du réacteur n°1

Quatre records de la contamination de l’eau souterraine viennent d’être battus près du réacteur n°1. Dans les puits de contrôle 0-1-2, 0-2, 0-3-1 et 0-4, il y a respectivement 86, 170, 87 et 330 Bq/L en bêta total (prélèvements du 15 février 2015).

A titre de comparaison, TEPCo ne s’autorise pas à rejeter en mer une eau qui aurait plus de 5 Bq/L en bêta total.

Comme le gel des galeries souterraines ne permet pas de colmater les fuites, TEPCo a commencé à les bétonner. Elle poursuit ses travaux et vient de passer au réacteur n°4. La semaine dernière, c’était le réacteur n°2.

Records de contamination de la semaine

Records de contamination de l’eau souterraine lors de la semaine écoulée :

– dans le puits de contrôle E-13, situé en amont des réacteurs mais en aval des cuves, il y a 1 000 Bq/L en tritium (prélèvement du 10 février 2015) ;

– dans le puits de contrôle 0-3-1, situé au pied du réacteur n°1, il y a 140 Bq/L en tritium (prélèvement du 8 février 2015).

Par ailleurs, TEPCo a présenté sa nouvelle unité de traitement du strontium située dans la zone H5 des cuves. Elle a commencé ses opérations le 10 février dernier afin de traiter partiellement l’eau contaminée dans les cuves, faute de pouvoir le faire avec ALPS. Elle va traiter 8 000 m3 d’eau contaminée contenue dans 8 cuves.

Takahama : quelle consultation locale ?

La consultation des autorités locales autour de Takahama fait polémique, comme pour Sendaï. Le gouvernement ne veut demander qu’à ceux qui sont d’accord, à savoir la commune de Takahama qui héberge la centrale et la province de Fukui, qui dépendent financièrement du nucléaire. Les communes dans un rayon de 30 km, qui doivent se préparer à un accident nucléaire veulent avoir leur mot à dire. Dans le cas de Takahama, il y a aussi deux provinces voisines, Shiga et Kyôto, à moins de 30 km. Une partie de la ville de Maïzuru, dans la province de Kyôto, est à moins de 5 km de la centrale, c’est à dire dans la zone réflexe en cas d’accident, où il y a évacuation immédiate. Environ 70 habitants de cette commune sont concernés.

De fait, dans un rayon de 30 km, il y a plus de 128 000 habitants dans les provinces de Shiga et Kyôto, et seulement 55 000 dans celle de Fukui.

Même si les gouverneurs de Shiga et Kyôto veulent être consultés, il est peu probable que le gouvernement cède.

La province de Fukui a signé un accord avec l’exploitant qui lui donne le droit de demander l’arrêt des réacteurs dans certaines circonstances et impose des discussions avant le redémarrage en cas d’incident sérieux. Un tel accord a fait l’objet d’âpres négociations par le passé. Les provinces voisines veulent signer un accord similaire, mais KEPCo n’y est pas favorable. Le gouverneur de Fukui non plus…

Il y a peu de chances que le dossier progresse avant les élections régionales d’avril prochain.

Le cas de Takahama fera jurisprudence pour d’autres centrales situées près de provinces voisines.

Un point sur alimentation et contamination au Japon

La revue Géographie et culture publie un passionnant numéro spécial intitulé « Désastres et alimentation : le défi japonais ». Plusieurs articles, traduits du japonais en français, sont en libre accès.

Un premier article souligne l’importance de la mesure de la radioactivité pour rendre « visibles » les radiations. Il montre comment les communautés locales ont cartographié la pollution et se sont approprié les résultats. Il explique aussi comment les agriculteurs ont pris l’initiative de mener plusieurs expériences pour déterminer les coefficients de transfert de la pollution des sols aux plantes. Les agriculteurs bio qui ont une pratique de l’expérimentation et de l’observation ont été pionniers. L’entraide et l’échange ont été primordiaux car « même un producteur qui a trente ans d’expérience ne peut cultiver le riz que trente fois. » Mais l’article pointe aussi les limites : seuls les agriculteurs les plus âgés souhaitent retourner dans les territoires évacués.

Un second article aborde l’agriculture biologique dans le cadre des teikei (AMAP) qui a été profondément bouleversée par la catastrophe nucléaire. La première année, ces agriculteurs ont cultivé à titre expérimental, pour savoir et comprendre. Ils avaient une forte inquiétude. La relation de confiance qui s’est bâtie au cours des années a parfois permis de surmonter la crise, parfois pas. Et certains abonnés sont partis. Dans les zones évacuées, le mouvement parviendra-t-il à survivre alors que d’autres agriculteurs s’orientent vers la culture hors-sol pour redynamiser les territoires.

La revue propose des portraits de quelques paysans et acteurs du système teikei après la catastrophe de Fukushima.

Justement, un dernier article aborde la réaction des consommateurs et souligne l’improvisation complète des autorités durant les premières semaines de la catastrophe nucléaire. L’article classe la population japonaise en trois groupes, un dit passif, qui a peu ou pas modifié ses habitudes alimentaires, et deux actifs. Le premier groupe a d’avantage cherché à ne pas savoir afin de réduire l’anxiété. Quant aux actifs, certains, minoritaires, ont privilégié les aliments en provenance des régions touchées afin de les soutenir et d’autres ont eu la démarche inverse afin de se protéger dans un contexte de crise de confiance. Et de souligner que « c’est en définitive au gouvernement japonais d’assurer cet équilibre difficile à trouver entre la sûreté alimentaire, les intérêts économiques et la défense des paysans, tandis que de leur côté, les distributeurs, qui sont essentiellement responsables devant leur clientèle, sont prêts à mettre en place des normes plus sévères, malgré la désapprobation officielle du gouvernement ».

Et de conclure que « c’est donc un nouveau rapport au territoire qui se profile, exacerbé par la crise alimentaire. Il laisse entrevoir au Japon des conséquences majeures, à toutes les échelles, sur les relations entre l’homme, son milieu et son alimentation. » En effet, encore maintenant, malgré la multiplication des contrôles, les produits alimentaires de Fukushima ont du mal à se vendre.

Plus concrètement, du riz avait été cultivé de façon expérimentale dans le district de Sakata de la commune de Namié l’an dernier, comme entièrement évacuée, et les contrôles ont montré que la contamination en césium est inférieure à 5 Bq/kg, ce qui est bien inférieur à la limite de mise sur le marché fixée à 100 Bq/kg. L’annonce a été faite le 31 janvier dernier à Nihonmatsu où la municipalité s’est installée.

Les habitants sont autorisés à retourner chez eux durant la journée à Sakata mais pas à y passer la nuit. La culture a eu lieu sur 1,2 hectares de rizières décontaminées au préalable. Le riz ne sera pas commercialisé mais utilisé lors d’évènements de promotion des produits agricoles de Fukushima organisés par les autorités.

Cette année, l’expérience devrait être étendue et la commune espère commercialiser la moisson 2015.

La coopérative de pêche de Sôma – Futaba a repris la pêche à la morue à titre expérimental. 21 chalutiers ont pris la mer le 5 février dernier et ont ramené plus de 5 tonnes de morue et 15 autres espèces de poissons. Après un contrôle de la radioactivité, la pêche sera vendue sur le marché de gros de Hokuriku, côté Mer du Japon.

La morue devrait être la 58ième espèce pour laquelle la pêche a repris après l’accident nucléaire.