Le Yomiuri, journal conservateur qui se fait souvent le porte-parole du village nucléaire, consacre un article aux conditions de travail difficiles à la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi et au manque de main d’œuvre.
Il y a 5000 à 6000 travailleurs par jour sur le site de la centrale. Ils se plaignent des conditions de travail qui se dégradent, du manque d’espace pour se reposer… TEPCo serait en train de construire un bâtiment de repos avec 1 200 places.
Comme il y a un manque de main d’œuvre, tout le monde est accepté. Même pour l’encadrement, il y a un manque de personnes qualifiées. Et de citer le cas d’un chef d’équipe qui n’a que quelques mois d’expérience dans une autre centrale nucléaire.
Les CDD à court terme proposés par plusieurs niveaux de sous-traitance n’aident pas à avoir des personnes qualifiées qui préfèrent allez voir ailleurs.
Archives mensuelles : octobre 2014
Nouvelles stations ALPS
TEPCo communique sur sa station de traitement des eaux contaminées, ALPS. Elle vient d’installer deux unités supplémentaires, dont une est une nouvelle version ALPS2.0, plus performante. Elle devrait pouvoir traiter 500 m3/jour. La compagnie espère ainsi arriver à un total de 2 000 m3/jour. Mais elle inclut une unité qui ne traite que le strontium, en plus du césium, et qui ne propose pas une décontamination poussée.
ALPS2.0 produirait moins de déchets que ALPS et a été partiellement financée par le gouvernement qui a versé environ 15 milliards de yens (0,1 milliard d’euro).
Nouveau ministre, même politique
Le nouveau ministre de l’industrie a immédiatement endossé la politique gouvernementale en faveur du nucléaire, expliquant que le nucléaire est une énergie de base importante, qu’il soutiendrait le redémarrage des réacteurs qui ont reçu un avis positif de la NRA, qu’il soutiendrait le développement des énergies renouvelables et qu’il ferait tout pour limiter la part du nucléaire à son strict minimum. C’est contradictoire, mais si ça passe…
Avec tous les réacteurs arrêtés, la part du nucléaire est actuellement à son strict minimum.
En revanche, interrogé lors de sa première conférence de presse sur le périmètre des communautés locales qui doivent être consultées avant tout redémarrage d’une centrale, il a refusé de se prononcer, renvoyant la balle aux communautés locales… Le gouvernement s’est engagé à recueillir la compréhension et la coopération des « communautés locales », sans plus de détails. Comme on l’a déjà rapporté, celles qui touchent de l’argent du nucléaire sont en faveur du redémarrage et celles qui n’en touchent pas, mais doivent se préparer à évacuer en cas d’accident, sont plus réticentes.
Accord sans surprise en faveur du redémarrage
Le groupe de travail mis en place par le conseil municipal de Satsumasendaï a voté en faveur du redémarrage de la centrale de Sendaï (Kagoshima). Le conseil municipal devrait suivre lors de sa réunion qui devrait avoir lieu le 28 octobre. Ce n’est pas une surprise car la commune est dépendante de la manne du nucléaire. C’est aussi pour cela que ce sera la seule commune consultée officiellement.
Sur les 10 membres du groupe de travail, 6 ont voté pour le redémarrage, 2 contre, et deux se sont abstenus. Le redémarrage de la centrale de Sendaï ne fait pas l’unanimité, même à Sendaï. Des manifestants contre le redémarrage se sont heurtés à des élus municipaux membres du groupe de travail.
Il y a aussi eu la dernière réunion publique sur le redémarrage de la centrale.
Changement de ministre de l’économie
Le premier ministre Abe avait choisi une jeune ministre de l’économie et de l’industrie, mère de deux jeunes enfants. C’était la première femme à ce poste. Elle avait pour mission de rassurer à propos du nucléaire. Dans les faits, ses propos dans les médias n’étaient pas plus pertinents que ceux du premier ministre. Elle répétait, comme lui, que la « situation est globalement sous contrôle » à la centrale de Fukushima daï-ichi ou que le Japon a le référentiel de sûreté le plus strict au monde, sans jamais démontrer ces assertions.
Elle vient de démissionner suite à l’utilisation litigieuse d’argent public et a été remplacée dans la journée par Yoichi Miyazawa. Après la fille d’un ancien premier ministre, le Japon aura, à l’économie, le neveu d’un ancien premier ministre.
Piscine n°4 : avancement
TEPCo a retiré 1342 assemblages de la piscine du réacteur n°4.
Rapide remontée de la contamination
La contamination radioactive de l’eau souterraine dans le puits de contrôle 1-6 vient de remonter en flèche, sans pour autant battre un nouveau record. Dans le prélèvement du 17 octobre, il y avait 5,1 millions de Bq/L en bêta total, dont 200 000 Bq/L de césium 137.
Arrêt définitif de plusieurs réacteurs
Le gouvernement a demandé aux compagnies d’électricité de décider rapidement quels réacteurs elles ne redémarreront jamais. Il espère ainsi faciliter l’acceptation du redémarrage des autres réacteurs par la population.
Rappelons que les compagnies ont jusqu’à juillet 2015 pour soumettre un dossier de demande d’autorisation de redémarrage. Elles vont donc devoir bientôt abattre leurs cartes. Les compagnies tentent d’obtenir des avantages financiers de la part du gouvernement pour les réacteurs qui ne satisferont jamais aux nouveaux critères de sûreté.
On l’a déjà dit plusieurs fois dans ce blog, plus du tiers du parc nucléaire japonais ne redémarrera jamais. 7 réacteurs auront plus de 40 en 2016. D’autres sont sur des failles considérées comme actives. Ou ceux de Fukushima daï-ni, qui ont été inondés par de l’eau salée qui font face à une forte opposition locale, ne devraient jamais démarrer non.
La question est de savoir quels réacteurs seront officiellement arrêtés les premiers. Cela risque d’aller plus vite que le redémarrage car les exploitants n’ont que jusqu’en juillet 2015 pour demander une prolongation au-delà de 40 ans. Parmi ces 7 réacteurs, 5 sont de faible puissance : les n°1 et 2 de Mihama (Fukui), le n°1 de Tsuruga (Fukui), qui est en plus sur une faille sismique, le n°1 de Shimané et le n°1 de Genkaï (Saga). Ils pourraient être les premiers.
Les exploitants craignent pour leurs avoirs si les réacteurs sont officiellement déclassés et les élus locaux qui dépendent de la manne nucléaire s’inquiètent. Mais, la décision d’arrêter ces réacteurs semble inéluctable. Ce n’est qu’un début…
Les volcans : une menace permanente
Toshitsugu Fujii, un éminent vulcanologue japonais, qui préside le groupe gouvernement sur la prédiction de l’éruption des volcans, a expliqué qu’il était impossible d’assurer que les réacteurs de Sendaï étaient à l’abri du risque volcanique. La NRA a estimé que la probabilité d’une éruption majeure dans l’un des nombreux volcans situés dans les environs de cette centrale était très faible, ce que conteste T. Fujii : « il est simplement impossible de prédire une éruption dans les 30 à 40 ans ». On ne peut les prédire que quelques heures avant, voire jours, au mieux. Il y a 90 000 ans, la coulée pyroclastique d’un de ces volcans aurait atteint une distance de 145 km. Une telle coulée au Sakurajima pourrait très bien atteindre la centrale de Sendaï située à 40 km. Les cendres pourraient rendre l’accès à la centrale impossible. Elles pourraient affecter une grande partie du Japon, dont toute la partie Ouest avec ses nombreux réacteurs nucléaires.
Dans son dossier de sûreté, l’exploitant prévoit de garantir l’accès à la centrale avec une épaisseur de cendre allant jusqu’à 15 cm et va améliorer sa surveillance des volcans proches. Mais T. Fujii estime qu’avec 10 cm de cendre, seuls les tanks peuvent se déplacer. Les lignes électriques aussi seraient coupées, menaçant ainsi le refroidissement des réacteurs.
La NRA n’a consulté les vulcanologues qu’après avoir émis un avis favorable au dossier de demande de redémarrage des deux réacteurs de Sendaï et ces derniers s’opposent à ses vues. Même si le risque est très faible, il ne peut pas être écarté. « Scientifiquement, ces réacteurs ne sont pas sûrs », selon T. Fujii. Et d’ajouter qu’il n’est pas à exclure un regain d’activité volcanique suite au séisme de 2011. Cela s’est vu après de forts séismes par le passé.
De moins en moins d’habitants désirent rentrer
Un sondage effectué auprès des personnes évacuées montrent qu’elles sont de plus en plus nombreuses à ne plus vouloir retourner dans leur village d’origine. C’est trois points de plus à Tomioka et 11 de plus à Namié, pour atteindre environ 50%. Il y a un an, plus de 60% des habitants de Futaba et d’Ôkuma ont déclaré qu’ils ne rentreraient plus.
Le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer d’une partie de Kawauchi le 1er octobre dernier, mais il vient de lancer une décontamination complémentaire dans ce village pour que les populations rentrent. Il avait fait de même dans le district de Miyakoji du village de Tamura.