Le mur de glace dans la galerie souterraine ne prend toujours pas : TEPCO va passer de 15 à 27 tonnes de glace par jour pour abaisser la température de l’eau.
Archives mensuelles : août 2014
Demande de report du démantèlement du réacteur n°1
Contamination du sol de la centrale
TEPCo a mesuré entre 26 et 340 Bq/kg en strontium 90, particulièrement toxique, dans le sol desséché de la centrale. C’est beaucoup plus que ce que l’on trouve habituellement à cause des essais nucléaires. Dans son style inimitable, TEPCo précise qu’il y a une « possibilité que ces fortes valeurs soient dues à l’accident ». Quelle pourrait être l’autre cause ?
La contamination en plutonium est plus faible, du même ordre de grandeur que les niveaux avant accident. Mais il doit aussi y avoir une contribution de l’accident, comme dans les sédiments des rivières des alentours (cf 8 août). Là encore, TEPCo précise qu’il y a une possibilité…
Chantiers pilote de décontamination de la forêt
Des chantiers pilote de décontamination de la forêt vont être lancés dans quatre villages de Fukushima : 30 hectares dans le district de Miyakoji de la commune de Tamura où l’ordre d’évacuer a été levé récemment, 10 hectares dans le district d’Odaka de Minami-Sôma, 30 hectares dans le district de Modo de Kawauchi et 10 hectares dans le district de Nimaibashi à Iitaté. Il s’agit de tester l’efficacité des méthodes tout en limitant l’exposition des travailleurs afin de permettre la reprise des activités de l’industrie forestière et de réduire « l’anxiété » des habitants qui souhaitent rentrer. Pas leur exposition à la radioactivité ? Ce sont des forêts privées situées dans les zones où c’est le gouvernement qui a pris en charge la décontamination.
L’agence des forêts estime le coût à 300 millions de yens (2,2 millions d’euros). Un appel d’offre va être lancé pour débuter en septembre prochain.
Rappelons que la province de Fukushima est couverte à 70% de forêts. Combien va coûter la décontamination des forêts ?
Soutien financier lié au centre de stockage de déchets
Plus de précisions sur le montant de l’aide financière proposée par le gouvernement pour faciliter l’acceptation des centres de stockage de déchets issus des travaux de décontamination à Fukushima :
Le gouvernement a fait passer son offre à 301 milliards de yens (2,2 milliards d’euros) sur 30 ans. Si l’on ajoute les autres aides existantes, on arrive à près de 500 milliards de yens (3,6 milliards de yens). La part dédiée aux déchets était de 100 à 150 milliards de yens le mois dernier, selon les sources. Le gouverneur de Fukushima et les maires des deux communes concernées vont étudier l’offre. Ils ont déjà fait part de leur satisfaction.
La nouvelle offre se décompose ainsi : 150 milliards de yens pour les deux centres, qui iront essentiellement aux deux communes qui acceptent les déchets, 100 milliards pour aider à la reconstruction de Fukushima et 51 milliards supplémentaires aux communes qui hébergent des centres de production d’électricité. Il s’agit des centrales nucléaires.
Les communes qui hébergent les centrales reçoivent déjà 6,7 milliards de yens par an. Cela va être augmenté de 1,7 milliards pour faire face à la baisse de revenus liés à l’arrêt définitif des réacteurs et leur démantèlement. Cela devrait durer 30 ans.
Mais le gouvernement doit encore négocier avec près de 2 000 propriétaires à propos des terrains. Il va les acheter ou les louer, selon leur préférence. Cela ne va pas être aussi facile : le ministre va découvrir qu’avec les citoyens, tout ne se règle pas avec de l’argent…
Contrôle de l’inventaire de plutonium
L’AIEA réclame un contrôle strict du plutonium au Japon, comme dans les autres pays. Avec la fusion du cœur du réacteur n°3 qui contenait du MOX, et donc beaucoup de plutonium, le Japon doit mettre au point de nouvelles méthodes de contrôle pour prouver qu’il ne va pas détourner du plutonium lors du démantèlement de ce réacteur dans l’avenir.
Soutien financier pour les déchets
Le ministère de l’environnement va augmenter son aide au développement économique de la région de Fukushima à partir du moment où les centres de stockage seront acceptés. Comme le ministre de l’environnement l’avait dit, l’argent viendra à bout des réticences. Le gouvernement propose maintenant 300 milliards de yens (2,1 milliards d’euros) sur 30 ans. Le marchandage continue, mais les populations ne sont pas sur la même logique. Elles veulent des garanties.
Au bout de 30 ans, le gouvernement doit reprendre les déchets, comme il l’a promis. Mais cela va entraîner une baisse des subventions. Les élus locaux demanderont alors le prolongement des centres de stockage…
Plutonium dans les rivières
Une étude franco-japonaise sur la pollution au plutonium dans les sédiments des rivières vient de paraître. On trouve du plutonium partout à de faibles concentrations, suite aux essais nucléaires atmosphériques. Mais certains isotopes ont des demi-vies assez courtes. En regardant les ratios entre les différents plutonium, il est possible de dater les rejets et faire la part entre ce qui vient de la catastrophe de Fukushima, récente, et les essais nucléaires, anciens.
Du plutonium de Fukushima a été détecté dans tous les échantillons contrôlés, jusqu’à 45 km de la centrale, mais en très faible quantité. La plus forte contribution de l’accident nucléaire est de 60% du plutonium trouvé dans un échantillon. La concentration en césium dans ces mêmes échantillons est, quant à elle, beaucoup plus forte.
L’étude est ici, en accès payant.
Nième plan de TEPCo pour l’eau contaminée
L’eau contaminée reste le cauchemar n°1 de TEPCo. Le pompage en amont d’eau souterraine devait réduire les infiltrations, en vain. TEPCo construit aussi un mur de glace en amont des réacteurs. En aval, elle tente de colmater les écoulements d’une galerie souterraine à l’aide d’un mur de glace, mais n’y arrive pas. Quant à sa station expérimentale de traitement des eaux contaminées pompées, elle accumule les déboires.
Dans un tel contexte, TEPCo vient de proposer un nouveau plan lors d’une réunion avec les pêcheurs : pomper l’eau des nappes à proximité des réacteurs au niveau de 42 puits, la décontaminer partiellement et la rejeter dans l’océan. TEPCo va faire la demande d’autorisation auprès de la NRA. Le dossier est prêt.
L’eau serait pompée à proximité des réacteurs et le long du littoral. TEPCo a déjà 27 puits et veut en creuser 15 supplémentaires. Les records à répétition de la contamination de ces nappes montrent que les niveaux atteint peuvent être très élevés et que cela va en s’aggravant. Les pêcheurs se sont montrés très réticents. Le ministre de l’environnement, qui prétend pouvoir tout régler par l’argent, va-t-il être appelé en renfort ?
Par cette action, TEPCo ne va-t-elle pas accélérer la contamination des nappes en favorisant les fuites de l’eau contenue dans les sous-sols ?
Une nouvelle barrière métallique est aussi en construction le long du littoral pour limiter les fuites. Mais on n’arrête pas un écoulement. L’eau va contourner la barrière, sauf si elle est pompée… D’où le plan de TEPCo, qu’elle espère mettre en application à partir de septembre prochain. Une nouvelle station de traitement des eaux qui retirerait essentiellement le césium et le strontium dédiée à l’eau souterraine viendrait s’ajouter à celles déjà existantes. Comme c’est déjà le cas actuellement, l’eau pompée serait entreposée dans des cuves tampon et contrôlée avant rejet en mer. Le tritium n’est pas retiré et sa concentration dépasse souvent la limite de 1 500 Bq/L que la compagnie s’est fixée pour l’eau pompée en amont. Ce risque d’être le cas, même en mélangeant l’eau des différents puits. Comment TEPCo va faire ? Elle va la mélanger avec l’eau pompée en amont pour diluer la pollution. Au pied du réacteur n°1 par exemple, il y a jusqu’à 150 000 Bq/L en tritium : TEPCo devra donc diluer 100 fois cette eau pour passer sous la limite de 1 500 Bq/L. Est-ce réaliste ?
En attendant, les fuites d’eau contaminée vers l’océan continuent. L’estimation officielle, faite à la louche, est de 200 m3 jour. TEPCo présente sa nouvelle idée comme un moyen de limiter ces fuites vers l’océan. Elle affirme aussi que les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols seront diminuées de moitié. Elles devraient passer de 400 à 200 m3 par jour. Mais, les pompages en amont devaient déjà diminuer de 100 m3 par jour ces infiltrations et ce n’est pas le cas.
La situation n’est pas sous contrôle depuis l’été 2013, comme le premier ministre l’avait affirmé ?
Avant la catastrophe, TEPCo pompait déjà l’eau souterraine au niveau de 57 puits pour éviter qu’elle n’inonde les sous-sols de la centrale. Elle la rejetait ensuite dans l’océan. Ce système de drains et de pompes a été endommagé par le séisme et le tsunami.
Réacteur de Tôkaï
Le redémarrage du réacteur n°2 de Tôkaï (Ibaraki), propriété de la Japan Atomic Power Co. (JAPC), relève de l’acharnement thérapeutique : une demande de redémarrage a été déposée bien qu’il soit vieux et qu’il nécessite des investissements massifs pour être remis aux normes. De plus, presqu’un million d’habitants vivent dans un rayon de 30 km autour de la centrale et pourraient être obligés d’évacuer en cas d’accident, dont ceux de la capitale régionale Mito. Les autorités régionales viennent d’estimer que 520 000 personnes devront aller trouver refuge dans les provinces voisines, dont celle de Fukushima. Il est impossible d’héberger tout le monde dans la province d’Ibaraki. Seuls 440 000 réfugiés pourraient y trouver un abri.
Les 14 communes concernées doivent donc passer des accords avec d’autres communes situées dans les provinces voisines pour trouver des hébergements, décider des moyens de transport, des stations de contrôle de la contamination et de la décontamination si nécessaire… Bref tout reste à faire. Est-ce bien raisonnable pour un réacteur qui a peu de chance de bénéficier d’un feu vert de la NRA ?