Arrêt complet de ALPS

TEPCo a entièrement arrêté sa station ALPS de traitement de l’eau contaminée, toujours en cours de test. La chaîne B ne fonctionne pas correctement : la contamination en bêta total de l’eau ne passait que de quelques centaines de millions de becquerels à quelques dizaines de millions de becquerels par litre, ce qui n’est pas très efficace… La contamination aurait être abaissée à quelques centaines de becquerels par litre. TEPCo aurait aussi arrêté les lignes A et C « par précaution », l’eau des trois chaînes se retrouvant dans les mêmes cuves.
Le gouvernement dit qu’il veut développer une nouvelle version de ALPS, plus performante et qui génère moins de déchets. Bref, ALPS, qui aurait dû démarrer en septembre 2012, est un échec. Une autre station est donc envisagée, sans changer le nom…
ALPS venait après SARRY, l’unité de désalinisation et de retrait du césium, qui n’a pas été arrêtée.
Dans ce document en anglais du ministère de l’industrie, daté du 13 décembre 2013, il était dit que ALPS devait être mise en service à la mi-2014. Ce ne sera pas le cas, même si TEPCo maintient qu’elle veut officiellement la démarrer le mois prochain.
Ce document en japonais contient une synthèse de l’avancée des travaux pour tenter de résoudre le problème de l’eau, des mesures faites dans les nappes phréatiques et un point sur ALPS.

Le problème du tritium

On le sait, la station de traitement ALPS, même si elle devait fonctionner correctement, n’enlèvera jamais le tritium de l’eau contaminée, car c’est très complexe. Or le stock de tritium est d’environ 40 années de rejet en mer à la limite maximale.
Le ministère de l’industrie a donc mis un groupe de travail tritium pour tenter de trouver une solution. Dans ce document en anglais, plusieurs pistes sont envisagées :
– injecter l’eau tritiée dans le sous-sol ;
– rejeter l’eau tritiée en mer (sans mention du problème de l’autorisation de rejet)
– chauffer l’eau et la rejeter sous forme de vapeur dans l’atmosphère !!!
– rejeter le tritium dans l’atmosphère sous la forme d’hydrogène ;
– enfouissement après solidification ;
– stockage dans des cuves après concentration ;
– stockage dans des cuves comme maintenant.
N’oublions pas qu’il n’y aura pas que du tritium dans cette eau après traitement. Il restera de nombreux autres radioéléments à des concentrations moindres, mais bien présentes.
L’option rejet dans l’atmosphère est complètement folle. Les vents vont disperser la radioactivité dans tous les sens, y compris sur les zones habitées. Et puis, cela va consommer une énergie folle.
L’enfouissement paraît assez utopique car le Japon n’a aucune perspective de site pour les déchets plus toxiques. Restent le rejet en mer, que les pêcheurs n’accepteront jamais, où le stockage dans des cuves, qui laissent fuir environ 1% du tritium par an.
Le groupe de travail tritium a eu droit aux lumières d’un expert de l’IRSN Cherbourg-Octeville. Les autorisations de rejet en tritium de l’usine Areva La Hague ont dû faire rêver les officiels japonais. Ah, si seulement on pouvait rejeter autant…
En attendant la concentration en tritium dans l’eau souterraine en aval des cuves vient de battre un nouveau record dans le puits E-3 : 4 100 Bq/L dans le prélèvement du 13 mars, plus forte valeur enregistrée pour ce puits. Près du rivage, les concentrations peuvent être beaucoup plus élevées. Les rejets en mer continuent.

Gain de cause sur l’indemnisation

Les habitants du district de Yamakita à Kawamata ont gagné. Ce quartier était divisé en deux : une partie à plus de 50 mSv/an, classée en zone de « retour difficile » et une partie entre 20 et 50 mSv/an où un retour est envisagé à moyen terme. L’indemnisation prévue dépend de la zone. Mais les habitants ont demandé à être tous traités sur pied d’égalité car ils ne savent pas quand ils pourront retourner. 39 familles ont donc saisi le médiateur du gouvernement pour réclamer une compensation intégrale. TEPCo aurait accepté la demande et va donc devoir indemniser le foncier au prix d’avant 2011.

Plans d’évacuation finalisés autour de Sendaï

Les 9 communes situées dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Sendaï (Kagoshima) ont finalisé leur plan d’évacuation en cas d’accident. Il y a 220 000 habitants en tout dans cette zone. Mais les maires citent des problèmes non résolus comme l’évacuation des personnes vulnérables, les embouteillages, la distribution de pastilles d’iode… Il faudrait que ces plans soient évalués.

Pénurie de personnel qualifié

Selon une enquête du New-York Times, les conditions de travail se détériorent à la centrale de Fukushima daï-ichi. TEPCo a mis son personnel le plus qualifié sur la remise aux normes de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Il y a 3 000 travailleurs par jour à Fukushima daï-ichi et 4 500 à Kashiwazaki-Kariwa.
Il est de plus en plus difficile de trouver des travailleurs pour démanteler la centrale accidentée. Les personnes recrutées n’ont aucune formation, ne sont informéss à la va-vite des risques encourus et il n’y a pas de supervision adéquate des tâches à mener. Cela conduit à de nombreux problèmes, erreurs et mise en danger.
Le quotidien cite le cas de travailleurs qui devaient débrancher un tuyau et se sont trompés. Il y a eu une fuite d’eau très contaminée : leur réflexe a été de mettre les mains gantées dans l’eau pour rebrancher le tuyau, arrosant deux autres personnes. L’encadrant s’était éloigné pour surveiller une autre tâche. TEPCo n’a rien voulu dire au journal à ce propos.
Il y a eu aussi le problème des vannes restées ouvertes ou ouvertes par inadvertance qui ont conduit au débordement de 100 m3 d’eau contaminée d’une cuve déjà pleine. L’alarme a été ignorée.
Une partie des ingénieurs les plus qualifiés, qui étaient là au début, ont atteint leur dose limite et ne peuvent travailler à la centrale.
Un ancien chauffeur de bus, employé à construire des cuves, a dit avoir tenté d’alerter TEPCO sur la mauvaise qualité du travail effectué. En vain. TEPCo refuse de commenter.
D’autre travailleurs rapportent des problèmes d’alcoolisme et certains ont avoué être allés travailler malgré s’être saoulé la veille.
Il y a aussi de nombreux marginaux, en rupture avec la société, voire des SDF. Evidemment la pègre en profite.

Le principal parti au pouvoir veut créer de nouveaux certificats pour les travailleurs du nucléaire. Il n’y a, actuellement, qu’une seule catégorie. Il devrait y en avoir 3 : décontamination, maintenance en milieu nucléaire et radioprotection.

Il y a aussi un manque crucial d’aides soignant dans les maisons de retraite situées près de la côte de Fukushima. Il y a 3,74 fois plus de postes que de demandeurs d’emploi dans ce secteur. Au niveau national, c’est 2,22. Le gouvernement envisage donc de créer un fond de soutien pouvant aller jusqu’à 450 000 yens (3 200 euros) qui couvrirait en partie les frais de formation (150 000 yens) et une aide à l’installation (300 000 yens).

Nombreuses manifestations anti-nucléaire

Il y a eu des manifestations anti-nucléaire un peu partout au Japon. La plus grosse, avec 6 000 participants, était devant la centrale de Sendaï (Kagoshima), tout en haut de la liste de la NRA pour le redémarrage. Il y avait 2 200 manifestants à Tochigi. A Mihama (Fukui), les manifestants ont lâché 500 ballons pour montrer où pouvaient retomber la radioactivité en cas d’accident. Une opération similaire a été organisée à Shimané.

Contrôles de l’alimentation

Selon le Japan Times, qui reprend un article du Fukushima Minpo, il y a environ 530 détecteurs dans 59 communes de Fukushima où les habitants peuvent aller faire contrôler leur nourriture. Il faut encore ajouter tous les détecteurs des associations, producteurs etc.
Ces détecteurs, simples d’utilisation, requièrent 500 g d’aliments qui sont mixés avant d’être comptés pendant une vingtaine de minutes. D’avril 2013 à janvier 2014, 126 626 mesures ont été faites.
Les autorités régionales veulent introduire un nouveau détecteur plus rapide qui ne nécessiterait pas de broyer les aliments. La limite de détection serait de 20 Bq/kg environ.
Il est déjà utilisé pour contrôler le riz et les kakis séchés (anpo kaki), spécialité locale. Le problème, c’est l’étalonnage. Il faudrait tester l’appareil pour chaque aliment, ce qui n’est pas très pratique et rendra le résultat plus approximatif.
La région a déjà le budget pour fournir un appareil à chaque commune qui en ferait la demande. Mais le déploiement devrait prendre du temps à cause des tests à mener sur chaque type d’aliment auparavant.

Six mois consécutifs sans nucléaire

Cela fait exactement 6 mois consécutifs que le Japon est sans énergie nucléaire. Et ce n’est pas fini…

Après la désignation par la NRA, de la centrale de Sendaï (Kagoshima) comme prioritaire pour un éventuel redémarrage, la compagnie KEPCo, qui couvre le Kansaï, se prépare à passer son premier été sans nucléaire, qui représentait 40% de sa production avant 2011. Elle va acheter de l’électricité aux compagnies voisines et demander aux consommateurs de faire des efforts.

Le gouverneur de Niigata, peu favorable au redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, propriété de TEPCo, dit qu’il est impossible de définir un plan d’évacuation dans un rayon de 30 km autour de la centrale, comme exigé. Il faut d’abord changer la réglementation. Autrement, les chauffeurs de bus n’iront pas dans les zones exposées avec une limite de dose de 1 mSv par an, comme tout membre du public. Il réclame une hausse des doses limites pour la population impliquée dans les secours ou la création d’un escadron prêt à intervenir en cas de catastrophe nucléaire.
Certaines communes proches de la centrale ont déjà un plan d’évacuation, mais le gouverneur pense qu’il n’est pas réaliste.

Une manifestation a rassemblé environ 5 000 personnes à Tôkyô contre le redémarrage de la centrale de Sendaï et de toutes les autres centrales.