Une centaine de travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi ont manifesté devant le siège de TEPCo, à Tôkyô. Ils se plaignent d’avoir été arnaqués par leur employeur, un sous-traitant, qui les a forcés à faire un travail dangereux pour un salaire de misère.
Certains prétendent qu’on leur a demander de faire des tâches inacceptables sans les protections adéquates. L’un a été mis au chômage après avoir reçu une dose élevée. Les ponctions à chaque couche de sous-traitance font que la paye est bien inférieure à ce qui a été promis : on leur facture le transport, les repas… Certains n’ont pas reçu la prime de risque de 10 000 yens (72 euros) par jour.
Il y a eu aussi une manifestation devant le siège de Maeda Co., l’un des sous-traitants.
Les tâches les plus dangereuses sont peut-être encore devant nous. il est donc important de se préoccuper des conditions de travail car la main d’œuvre manque déjà.
Archives mensuelles : mars 2014
Quelle consultation locale pour le redémarrage de Sendaï ?
La province de Kagoshima, où il y a la centrale nucléaire de Sendaï, la mieux placée, selon la NRA, pour obtenir un feu vert à son redémarrage, a budgétisé 1,2 millions de yens (86 000 euros) en promotion de la centrale afin d’obtenir le consentement de la population. Les communes les plus proches, dont les finances dépendent de la centrale, y sont favorables. Les autres, plus éloignées, qui doivent avoir un plan d’évacuation sans contrepartie financière, sont plus réticentes. L’Asahi a interrogé 8 communes dans un rayon de 30 km et quatre d’entre elles veulent être consultées.
Hausse des suicides à Fukushima
Avec 27 283 cas, le nombre total de suicides au Japon, est en baisse, mais il augmente à Fukushima. Il a baissé de 2,1% par rapport à l’année précédente, pour la quatrième année consécutive. A Fukushima, il est passé de 10 à 23 par an. Sur ces 23 cas, 16 sont liés à la catastrophe nucléaire, soit par une note laissée ou parce que la personne vivait dans un hébergement provisoire, suite à l’évacuation.
A titre de comparaison, à Iwaté, où il y a eu 4 cas de suicide, un seul est lié à l’évacuation. Le nombre total est aussi en baisse. A Miyagi, où le nombre total de suicide est en hausse, aucun n’a été lié à la catastrophe.
Plainte contre les fabricants de centrales
Plus de 4 000 personnes ont déposé une plainte collective contre les industriels du nucléaire, General Electric, Toshiba et Hitachi. Chaque personne demande 100 yens (70 centimes) de dommages et intérêts. Ils accusent les compagnies d’avoir failli à leur tâche d’améliorer la sûreté des centrales nucléaires. Ils veulent aussi mettre fin à l’impunité dont bénéficie l’industrie nucléaire de par le monde.
Fermeture d’école à Fukushima
7 écoles élémentaires et collèges de Fukushima vont fermer leur porte à la rentrée prochaine, en avril 2014, faute d’élève. 38 écoles et collèges ont dû être déplacés à cause de la pollution radioactive. Ils ont perdu 80% de leurs 7 681 élèves. Il y a encore 12 648 élèves évacués en tout à la date du 1er mai 2013. Ils étaient 13 286 en septembre 2011.
La centrale de Sendaï en tête
La NRA a placé les réacteurs n°1 et 2 de la centrale de Sendaï (Kagoshima) sur l’île de Kyûshû sur sa liste des réacteurs à inspecter en priorité. Elle se refuse cependant à donner un calendrier car il reste de nombreux items à contrôler et tout peut arriver. Il y aura aussi 4 semaines de consultation du public et il faudra recueillir l’assentiment des élus locaux. L’exploitant espère avoir un feu vert avant l’été, quand la demande en électricité est la plus forte.
La NRA s’est dite satisfaite par l’approche de l’exploitant à propos du risque sismique et de tsunami.
Fukushima+3 : le point sur le parc nucléaire
• Depuis la mise en place des nouvelles règles de sûreté, le 8 juillet 2013, aucun réacteur ne satisfait aux nouvelles normes et des investissements massifs sont nécessaires. La situation dépend de chaque installation. Certaines mesures bénéficient d’un délai de grâce de 5 ans. La NRA n’a reçu que 17 demandes d’autorisation de redémarrage de réacteur nucléaire, sur les 48 restant. Suite à un décompte que j’avais fait, il apparaissait qu’au moins un tiers du parc ne redémarrera probablement jamais. Il y a les failles sismiques maintenant considérées comme actives, les câbles électriques de 13 réacteurs avec un matériau isolant inflammable, les plans d’évacuation d’urgence dans un rayon de 30 km pas toujours réalisables… et l’opposition locale des élus qui ne touchent pas la taxe professionnelle.
L’Asahi a interrogé les exploitants à ce propos et il apparaît qu’il n’y aura pas de demande de redémarrage à court terme pour 30 réacteurs sur 48. Le quotidien estime que 13 réacteurs ne redémarreront pas. Il s’agit du réacteur n°2 de Tôkaï (Ibaraki), des trois réacteurs de Mihama (Fukui), de deux réacteurs à Ôï, Takahama et Tsuruga, toutes dans la province de Fukui, du réacteur n°1 de Shimané, d’Ikata (Ehimé) et Genkaï (Saga). Pour 5 d’entre eux, la limite d’âge de 40 ans est dépassée ou sera dépassée dans l’année (n°1 de Tsuruga, n°1 et 2 Mihama, n°1 de Shimané, n°1 de Takahama). On peut ajouter aussi les 4 réacteurs de Fukushima daï-ni qui ont été noyés par le tsunami et pour lesquels l’opposition locale est, à juste titre, très forte. Et puis, il y a le réacteur n°5 de Hamaoka dans lequel de l’eau de mer est remontée jusque dans la cuve entraînant de la corrosion. On arrive donc à 18 réacteurs, ou 37,5% du parc. La liste pourrait s’allonger si d’autres failles, en cours d’inspection, sont considérées comme actives. A Hamaoka, située à proximité d’une faille réputée active et menaçante, une étude a montré qu’il faudrait jusqu’à 6 jours pour évacuer toute la population dans un rayon de 30 km. Un redémarrage est-il vraiment envisageable ?
Le réacteur n°2 de Tsuruga est sur une faille active. L’exploitant, qui possède aussi la centrale de Tôkaï risque de perdre tous ces réacteurs. Ce sera donc la fin pour cette compagnie qui ne fait que produire de l’électricité pour la revendre aux distributeurs.
L’instruction des dossiers de demande de redémarrage est bien avancée pour 10 réacteurs : le n°3 de Tomari (Hokkaïdô), les n°3 et 4 d’Ôï (Fukui), les n°3 et 4 de Takahama (Fukui) le n°3 d’Ikata, les n°3 et 4 de Genkaï et les n°1 et 2 Sendaï (Kagoshima). L’instruction des dossiers a pris du retard pour 7 autres réacteurs : les N°1 et 2 de Tomari (Hokkaïdô), le n°2 d’Onagawa (Miyagi), les n°6 et 7 de Kashiwazaki-Kariwa (Niigata), le n°4 de Hamaoka (Shizuoka) et le n°2 de Shimané.
La télévision publique, la NHK, relève de son côté, que près d’un tiers des communes situées à moins de 30 km d’une centrale nucléaire n’ont toujours pas de plan d’évacuation. Elles ont du mal à trouver des structures d’accueil et sont en négociation avec des communes situées au-delà des 30 km. En ce qui concerne les hôpitaux et structures d’accueil des personnes dépendantes, seulement 7% ont déclaré avoir un plan d’évacuation et 44% non.
Point de vue de l’ancien président de la NRC
Gregory Jaczko, l’ancien président de l’autorité de sûreté nucléaire américaine, la NRC, en visite au Japon, a donné plusieurs interviews, dont une longue au Japan Times. Pour lui, l’accident est toujours possible au Japon, même avec les nouvelles règles de sûreté. Il faut donc s’y préparer. Si le Japon ne veut plus d’accident nucléaire, il doit donc arrêter ses centrales.
Il présidait la NRC en mars 2011 et a donc vécu de l’intérieur la phase d’urgence de la catastrophe. Pour lui, l’accident ne se déroule jamais comme durant les exercices. Il faut prendre des décisions avec peu d’information. Il s’est plaint du manque d’information transmis par TEPCo et les autorités japonaises qui l’a conduit, le 17 mars 2011, à recommander aux ressortissants américains d’évacuer dans un rayon de 80 km, alors que c’était 20 km pour les Japonais.
D’après lui, l’opinion de nombreux experts de la NRC au tout début était que la crise ne durerait pas plus que le week-end (le tsunami a eu lieu un vendredi). Elle a duré plus longtemps, les explosions hydrogène des réacteurs 3 et 4 a eu lieu au bout de 3 et 4 jours. De nombreux experts de la NRC étaient aussi convaincus que la piscine de combustibles usés du réacteur n°4, qui n’est pas dans une enceinte de confinement, était sèche et que si la fusion y avait lieu, les conséquences seraient plus effroyables. TEPCo a confirmé, le 16 mars au soir, qu’il y avait de l’eau dans la piscine, mais des experts de la NRC étaient encore sceptiques. Jaczko avait fait part de ses doutes au congrès américain le 16 mars. Il justifie a posteriori cette position, au nom de la transparence. Pour lui, il aurait été plus grave de cacher cette donnée, même si elle n’était pas confirmée.
Pour conclure, il ajoute que les conséquences d’un accident nucléaire sont très différentes de ce qu’il imaginait. Une catastrophe de type Fukushima n’est pas acceptable. Pour lui, la conception des réacteurs actuels n’est pas tenable et devra être remplacée. Il y a des failles rédhibitoires et les systèmes de refroidissement pourraient ne pas suffire. Et s’il n’est pas possible de concevoir des réacteurs pour lesquels l’accident est impossible, il faut se passer de cette énergie.
Coût de la catastrophe
La télévision publique NHK a fait la somme des dépenses déjà engagées par TEPCo et le gouvernement japonais suite à la catastrophe nucléaire. Elle arrive à 11 000 milliards de yens (presque 80 milliards d’euros). Il s’agit là d’un minimum car cela ne prend pas en compte la gestion des déchets ni les salaires des fonctionnaires en charge de la gestion de cette catastrophe. Le coût de démantèlement n’est pas encore connu, ni celui des indemnisations car personne ne peut dire quand elles finiront. Et puis, il faudrait ajouter tout ce qui a été payé par les Japonais et les compagnies qui souffrent de cette crise. Cela ne sera jamais pris en compte.
Blabla lénifiant de TEPCo à l’occasion du troisième anniversaire de la catastrophe.