Gregory Jaczko, l’ancien président de l’autorité de sûreté nucléaire américaine, la NRC, en visite au Japon, a donné plusieurs interviews, dont une longue au Japan Times. Pour lui, l’accident est toujours possible au Japon, même avec les nouvelles règles de sûreté. Il faut donc s’y préparer. Si le Japon ne veut plus d’accident nucléaire, il doit donc arrêter ses centrales.
Il présidait la NRC en mars 2011 et a donc vécu de l’intérieur la phase d’urgence de la catastrophe. Pour lui, l’accident ne se déroule jamais comme durant les exercices. Il faut prendre des décisions avec peu d’information. Il s’est plaint du manque d’information transmis par TEPCo et les autorités japonaises qui l’a conduit, le 17 mars 2011, à recommander aux ressortissants américains d’évacuer dans un rayon de 80 km, alors que c’était 20 km pour les Japonais.
D’après lui, l’opinion de nombreux experts de la NRC au tout début était que la crise ne durerait pas plus que le week-end (le tsunami a eu lieu un vendredi). Elle a duré plus longtemps, les explosions hydrogène des réacteurs 3 et 4 a eu lieu au bout de 3 et 4 jours. De nombreux experts de la NRC étaient aussi convaincus que la piscine de combustibles usés du réacteur n°4, qui n’est pas dans une enceinte de confinement, était sèche et que si la fusion y avait lieu, les conséquences seraient plus effroyables. TEPCo a confirmé, le 16 mars au soir, qu’il y avait de l’eau dans la piscine, mais des experts de la NRC étaient encore sceptiques. Jaczko avait fait part de ses doutes au congrès américain le 16 mars. Il justifie a posteriori cette position, au nom de la transparence. Pour lui, il aurait été plus grave de cacher cette donnée, même si elle n’était pas confirmée.
Pour conclure, il ajoute que les conséquences d’un accident nucléaire sont très différentes de ce qu’il imaginait. Une catastrophe de type Fukushima n’est pas acceptable. Pour lui, la conception des réacteurs actuels n’est pas tenable et devra être remplacée. Il y a des failles rédhibitoires et les systèmes de refroidissement pourraient ne pas suffire. Et s’il n’est pas possible de concevoir des réacteurs pour lesquels l’accident est impossible, il faut se passer de cette énergie.