Activités traditionnelles menacées

Les montagnes de l’Est (Higashiyama) d’Ichinoséki dans la province d’Iwaté sont connues pour les plantes sauvages qui servaient de base à l’économie locale. Mais après les rejets massifs dus à la catastrophe nucléaire, elles ne sont plus consommables et leur mise sur le marché est interdite. C’est le cas en particulier de l’angélique, de fougères, pousses de bambou et champignons. Ne restent que les feuilles de wasabi, les pétasites ou tacounets (fuki) et shidoké (pas de traduction trouvée).
La récolte de ces plantes est très ancienne et c’est donc toute la culture locale qui est menacée. Il y a donc des initiatives locales pour les cultiver sur des terrains propres afin de préserver l’économie locale et la culture culinaire qui y sont associées.
La culture des shiitakés est aussi menacée. La province d’Iwaté a produit 201 tonnes de shiitakés séchés et 385 tonnes de shiitakés frais en 2010. Cette production a été divisée par deux en 2012. Aussi bien les champignons que le bois de culture dépassaient la limite autorisée. Pour ce dernier, elle est de 50 Bq/kg pour le césium car les champignons ont tendance à concentrer cet élément. Il faut donc renouveler le stock de bois de culture, mais la moisson n’est possible que deux années plus tard. Même en commençant cet hiver, il n’y aurait pas de récolte avant l’automne 2016. 70% des cultivateurs de shiitaké d’Ichinoséki veulent donc abandonner leur activité.
Des interdictions de mise sur le marché de plantes sauvages et de champignons ont toujours cours au Japon dans 15 provinces. Le nombre de producteurs de shiitakés a été divisé par plus de 5 à Fukushima et plus de 3 à Miyagi. Fukushima était aussi réputée pour sa production de bois d’élevage qui était vendu dans tout le pays. La vente de ce bois est à 6% de son niveau avant catastrophe. C’est donc toute la culture associée à cette activité qui est menacée.

Gestion du retour par la dose

Le gouvernement s’était engagé à décontaminer toutes les zones où l’exposition externe dépasse le millisievert par an, qui est la limite annuelle à ne pas dépasser en temps normal. En supposant que les habitants passent 8 heures par jour à l’extérieur et 16 heures à l’intérieur, cela se traduit par un débit de dose de 0,23 microsievert par heure.
Mais les travaux de décontamination ne donnent pas les résultats attendus. Les autorités veulent donc changer la façon d’évaluer les doses. Un dosimètre est fourni aux habitants et les données relevées. En faisant attention, il est possible de prendre moins d’un millisievert par an là où le calcul grossier prédit plus. Et donc, il n’est pas besoin de décontaminer autant !
Certaines communes, comme Daté, sont contentes de ce choix. Le maire, soutenu par le programme français Ethos in Fukushima, fait régulièrement venir des experts étrangers pour faire valoir ce point de vue. L’exemple norvégien est mis en avant : les Samis, qui vivent de l’élevage de rennes, ont vu leur mode de vie menacé par la contamination radioactive de Tchernobyl. Les Norvégiens ont donc accepté une augmentation de la limite de contamination de la viande de renne.
Des dosimètres ont été distribués à 50 000 personnes entre juillet 2012 et juin 2013 à Daté. 70% d’entre elles avaient une dose enregistrée inférieure à 1 mSv. Même dans des zones où la contamination engendre un débit de dose supérieur à 0,23 microsievert par heure.
Mais le gouvernement ne se base que sur des moyennes. Or il faut protéger chaque individu, pas un individu moyen. Il est donc important de connaître aussi les valeurs les plus fortes enregistrées. Et puis, les habitants de Daté ont modifié leur mode de vie, en passant moins de temps à l’extérieur. Est-on sûr qu’ils portaient toujours leur dosimètre ?
La municipalité de Tamura est opposée à ce nouveau mode d’évaluation des doses et ne va pas changer ses plans de décontamination. Elle pense que les habitants n’accepteront jamais les nouvelles règles.
Avoir différents standards, est-ce viable ?

Prévention du suicide à Fukushima

Selon le Fukushima Minpo, traduit par le Japan Times, Fukushima Inochi no Denwa, la permanence téléphonique de prévention du suicide de Fukushima a reçu un record de 18 194 appels en 2013. En 2011, il y en a eu 13 677, ce qui est moins qu’un an auparavant avec 16 649. En 2012, c’était 17 881.
Les consultations liées à la triple catastrophe de mars 2011 se distinguent toujours. En 2011, 1 618 appels étaient directement reliés à ces catastrophes. C’est descendu à 816 en 2012, mais le temps passé au téléphone était plus long.
Les appels les plus récents concernaient des querelles familiales à propos du dilemme auquel doivent faire face les familles, rester ou partir ou la distance prise par le père obligé de s’éloigner pour trouver du travail.
Il y a un sentiment d’isolement, d’abandon et de pessimisme général. Lors d’un récent coup de fil, une personne se plaignait de n’avoir rien pu faire durant le tsunami. Une autre, qui a participé aux secours, s’est plaint de n’avoir pu sauver personne.

Retour et limite de dose

Le gouvernement japonais s’est fixé comme objectif à long terme de décontaminer de façon à ce que l’exposition annuelle soit inférieure à 1 mSv/an. Il n’a jamais donné de calendrier et, pour la politique de retour actuelle, il s’accroche au 20 mSv/an.
Cet objectif est traduit par un débit de dose de 0,23 microsievert par heure. Pour faire ce calcul, il est supposé que les personnes passent 8h par jour à l’extérieur et 16h à l’intérieur où le débit de dose est 60% plus faible qu’à l’extérieur. Le bruit de fond naturel de 0,04 microsievert/h est ensuite ajouté.
Selon le blog ex-skf, le ministère de l’environnement serait en discussion avec les communes pour revoir cet objectif qui est difficilement atteignable. Un seuil 2 fois plus élevé serait choisi, avec un débit de dose entre 0,4 et 0,6 microsievert/h.
Pour justifier ce choix, les autorités estiment que le calcul précédent est trop pénalisant : peu de gens restent 8 heures par jour à l’extérieur et à l’intérieur des bâtiments en béton, le débit de dose est réduit de 80, voire 90%.
Rappelons que cette limite de 1 mSv/an n’est pas une limite d’innocuité, mais une limite à ne pas dépasser en prenant compte de toutes les sources d’exposition possibles.

Bilan de la décontamination

En dehors des zones évacuées, ce sont les communes qui sont en charge de la décontamination, financée par le gouvernement. Le ministère de l’environnement a fait un bilan de l’avancement des travaux dans 58 communes situées dans 7 provinces. Pour 42 d’entre elles, les travaux sont terminés, ou presque terminés. Cela fait 70%. 16 n’ont pas réussi à finir dans les temps, à savoir avant la fin mars 2014. 12 ont donc demandé une extension du soutien financier gouvernemental pour une durée qui va de un à trois ans. Les délais sont dus au fait qu’il y a plus d’habitations à décontaminer qu’initialement prévu.
En revanche, il n’y a toujours pas de solution pour les déchets engendrés.
Le document du ministère de l’environnement est ici en anglais.

Oïshimbo : nouvel opus, nouveaux scandales

Le nouvel opus du manga Oïshimbo (美味しんぼ, qui signifie gourmet) est paru ce jour et parle encore des conséquences de la catastrophe de Fukushima. Le précédent opus avait déjà fait scandale.

Selon l’AFP, on peut notamment y lire qu’on ne peut vivre dans cette région en sûreté, qu’on n’enlève pas la radioactivité même en décontaminant, que la cause des saignements de nez est bien l’irradiation et que des habitants d’Ôsaka où ont été incinérés des déchets des environs de Fukushima souffrent aussi de divers maux… Tous ces propos sont tenus pas des personnages bien réels qui apparaissent sous leur vrai nom.
Le gouverneur de Fukushima est furieux car il s’agit, selon lui, de rumeurs non fondées. Les autorités d’Ôsaka aussi et démentent les propos tenus par Eisuke Matsui. Le quotidien conservateur, Yomiuri, qui fait un édito par mois pour appeler au redémarrage rapide des réacteurs nucléaires, parle de Manga « anti-nucléaire ».
Malgré les nombreuses protestations, le scénariste, âgé de 72 ans, va continuer à parler de la catastrophe de Fukushima. Il assume la responsabilité de son œuvre et appelle ses critiques à ne pas harceler l’éditeur. Ce dernier a déjà mis en ligne une précision relative aux saignements de nez, expliquant qu’il n’est pas établi de lien avec les radiations. Il va mettre un ligne une mise au point la semaine prochaine, avec l’avis de nombreux experts.

Le manga Oïshimbo fait scandale

Un des derniers épisodes d’un série de Manga qui existe depuis 1983 (Oïshimbo, 美味しんぼ), qui représente des saignements de nez après un séjour à la centrale de Fukushima, fait polémique au Japon. Des élus locaux, indignés, déclarent : « A cause de la publication de cet épisode, ce ne sont pas seulement les ex-habitants de Futaba mais aussi toutes les personnes de la région de Fukushima qui risquent d’être victimes de discrimination ». L’auteur se défend : « Tout le monde aurait sans doute été content de lire que Fukushima était sûr, sans problème et que la reconstruction avançait », mais « je ne peux raconter que la vérité ».
Le ministre de l’environnement y est aussi allé de son couplet : « Je ne peux pas comprendre l’intention de l’auteur ou ce qu’il veut dire ».
Katsutaka Idogawa, l’ancien maire de Futaba, qui est dessiné dans le manga, maintient les propos qui lui sont attribués : son nez a souvent saigné au début de la catastrophe, presque tous les jours. Il explique qu’il en est de même pour de nombreuses autres personnes à Fukushima. Il est donc hors de question, pour lui, de démentir ces faits. Sa santé ne regarde pas le ministre de l’environnement.

Handicapés en difficulté

On sait que les personnes handicapées sont plus vulnérables lors de la phase d’urgence d’une catastrophe quelle qu’elle soit. Mais c’est aussi le cas à long terme. Selon le Maïnichi, il y avait 28 centres d’accueil pour personnes handicapées dans la dizaine de communes du district de Soso, situé à moins de 30 km de la centrale, il n’y en a plus que 15. Cela entraîne des complications et des souffrances pour les personnes elles-mêmes, mais aussi pour les familles.

Tamura : tensions internes

Dimanche 20 avril, il y aura des élections municipales à Tamura et les candidats ont largement ignoré le district de Miyakoji où l’ordre d’évacuer a été levé le 1er avril dernier. Selon le Maïnichi, les quelques habitants qui sont rentrés ou qui y passent la journée, ont le sentiment d’être oubliés. Ils souhaitent pourtant que leurs problèmes soit pris en compte.
Le district de Miyakoji a été évacué car il était à moins de 20 km de la centrale. Cependant, il y a d’autres zones de Tamura, situées au-delà des 20 km, qui sont plus contaminées que Miyakoji, mais où il n’y a pas eu d’ordre d’évacuation car l’exposition externe y est inférieure à 20 mSv/an. Les habitants ne sont pas indemnisés, alors que ceux de Miyakoji le sont jusqu’au 31 mars 2015. C’est une source de frustration et d’incompréhension.

Mise en ligne des données secrètes

Le gouvernement a mis en ligne toutes les données sur les doses potentiellement reçues par les habitants qui retourneraient vivre dans les zones évacuées d’Iitaté, Tamura et Kawauchi. Données qui étaient cachées depuis octobre 2013.
Au lieu d’une estimation grossière de la dose potentiellement reçue, basée sur le niveau de dose ambiant et l’hypothèse que chaque habitant passe 8 heures par jour à l’extérieur, le gouvernement avait commandé une étude plus fine à l’aide de dosimètres placés en 43 zones, avec plusieurs appareils par zone, et une reconstitution de la dose en fonction de mode de vie. Il espérait ainsi montrer que la dose réelle est bien inférieure à celle estimé grossièrement. Ce n’est pas le cas.
Partout où les mesures ont été faites, les doses annuelles sont bien inférieures à 20 mSv/an, limite fixée par le gouvernement pour le retour. Mais cette limite correspond à la phase d’urgence et la CIPR préconise de choisir une limite dans la partie basse de la fourchette 1-20 mSv/an pour les situations à long terme.
A Kawauchi, où le gouvernement veut lever l’ordre d’évacuer à partir de juillet prochain, la dose estimée est de 3 mSv/an. A Miyakoji, où l’ordre à déjà été levé, les travailleurs forestiers pourraient prendre 2,3 mSv/an. Les agriculteurs, entre 0,9 et 1,2 mSv/an, un enseignant, environ 0,7 mSv/an.
Un premier document de 8 pages est ici en japonais. Un autre, plus complet, est ici en japonais.
Les habitants originaires du district de Miyakoji, où l’ordre d’évacuer a été levé le 1er avril dernier, se sentent trahis par le gouvernement qui leur a caché les données sur la mesure des doses potentielles obtenues par les nouvelles méthodes d’évaluation.