La compagnie Chiyoda reconnaît officiellement que ses dosimètres sous-estiment la dose reçue

Nous avions révélé, le 24 janvier dernier, que la compagnie Chiyoda (千代田テクノル), qui a fourni des dosimètres individuels aux habitants de Daté, avait reconnu, lors d’une réunion à huis-clos du conseil municipal, que ses dosimètres sous-estimaient la dose. Cela faisait suite à l’exposé d’un représentant d’une association qui avait révélé l’affaire. Le PDG a dû s’excuser devant le conseil municipal.

C’est maintenant officiel sur le site de la compagnie qui explique que la dose enregistrée est bien 30 à 40% inférieure à la dose ambiante, mais que ce n’est pas irréaliste car les organes les plus sensibles sont situés à l’avant, près du dosimètre…

Cela fait suite à la publication de l’affaire dans un hebdomadaire japonais.

L’IRSN a sélectionné ces dosimètres en France et a accompagné le maire de Daté dans le cadre d’Ethos in Fukushima. L’Institut n’a rien dit ?

Ajout du 24 mars 2015 : l’IRSN répond à l’ACRO à ce propos.

Les dosimètres sous-estiment la dose enregistrée

Comme la décontamination n’apporte pas les effets escomptés et que les autorités souhaitent que les populations restent ou retournent dans les zones contaminées, il a changé de paradigme. Un dosimètre individuel va être distribué à chacun afin d’enregistrer la dose reçue. Les Japonais l’appellent « glass-badge ».

D’autres dosimètres, dits “D-shuttle”, permettent, grâce à un logiciel de lecture, aux personnes concernées d’avoir accès à la dose reçue, heure par heure, jour par jour, … et adapter leur mode de vie de façon à limiter la dose reçue (voir la présentation sur le sujet lors du séminaire IRSN-ANCCLI sur le post-accident et la vidéo associée).

La méthode a été expérimentée à Daté où le maire se bat pour que la population puisse y rester à long terme. Il soutient fortement l’initiative et explique que les doses enregistrées sont inférieures à la limite de 5 mSv/an que s’est fixée la commune (voir la présentation sur le sujet lors du séminaire IRSN-ANCCLI sur le post-accident et la vidéo associée).

Tous les élus ne sont pas convaincus et le conseil municipal a organisé un séminaire avec un représentant associatif et le fabriquant du dosimètre, Chiyoda Technology (千代田テクノル).

Lors de la réunion, le représentant associatif a souligné les limites de la méthode : il importe de protéger chacun. On ne peut pas se contenter de moyenne, comme le font les autorités. Par ailleurs, ces dosimètres ont été développés pour les travailleurs du nucléaire qui, dans la plupart des situations, font face à la source radioactive. Le dosimètre est donc mis sur le poitrail de façon à enregistrer correctement la dose. Mais quand on vit dans un environnement entièrement contaminé, l’exposition a lieu tout autour. Le dosimètre placé sur le poitrail ou suspendu autour du cou sous-estime donc les rayonnements qui arrivent dans le dos.

Lors de la réunion, le directeur de Chiyoda Technology a reconnu que les dosimètres sous-estimaient la dose reçue de 30 à 40%. Il s’est ensuite excusé de ne pas avoir signalé ce fait.

La presse n’était pas présente lors de cette réunion qui a eu lieu à huis-clos, mais quand cette information sera rendue publique, elle risque de faire beaucoup de bruit…

Les statistiques présentées par le maire de Daté mettent en avant que la dose enregistrée est environ la moitié de celle estimée lors du zonage. Mais si les dosimètres sous-estiment de 30 à 40% la dose reçue, l’intérêt est assez limité ! Les autorités vont devoir revoir leur politique.

Oïshimbo

On s‘en souvient, le manga Oïshimbo (gourmet) avait défrayé la chronique car il montraient de personnes saigner du nez après être allées à Fukushima. « Rumeurs néfastes » avaient hurlé les autorités. La série, qui paraissait dans un magazine avait dû être arrêtée. Un éditeur qui compile les épisodes dans des livres vient de publier le 111ième volume qui inclut les épisodes controversés, mais après quelques modifications. Ainsi, lors de la première parution, les saignements de nez du héro principal, un journaliste, étaient directement liés à l’exposition aux radiations. Dans la présente version, il déclare, après avoir consulté un médecin, que ce n’est pas dû aux radiations.

Décontamination des résidences secondaires

A Nasu, dans la province de Tochigi, où il y a de nombreuses résidences secondaires, les travaux de décontamination n’avancent pas car il est impossible de joindre de nombreux propriétaires. Selon le Maïnichi, seulement 3 361 maisons sur près de 20 000 ont été décontaminées au 4 novembre dernier. Mais il n’y a pas que cela, puisque 11 000 propriétaires ont donné leur accord. Une petite partie a refusé et 3 600 environ n’ont pas répondu. Certaines propriétés sont aussi abandonnées suite à un héritage et sont entrées en décrépitude.

Le problème ce sont les déchets. Ils sont actuellement laissés sur chaque propriété. Les autorités locales peuvent décontaminer une maison de vacances en cas de non réponse du propriétaire, à condition de l’annoncer dans la presse. En revanche, elles n’osent pas y laisser des déchets sans leur consentement. Et comme l’eau de pluie lessive les sols contaminés avant de rejoindre, parfois, les jardins de résidents permanents, ces derniers demandent au gouvernement de faire quelque chose.

Bilan de la décontamination

Il y a 104 communes non évacuées où des travaux de décontamination doivent être effectués car l’exposition externe peut y dépasser le millisievert par an. Selon le Maïnichi, sur ces 104 communes, 74 ont prévu de décontaminer des habitations. Sur ces 74 communes, à la fin juin 2014, 40 n’avaient pas terminé. Il resterait au moins 311 700 habitations à nettoyer.
Sur ces 40 communes, 29 sont à Fukushima où les habitations à décontaminer sont plus nombreuses : il en resterait 286 002. Les 11 autres communes sont à Tochigi (4), Miyagi (4), Ibaraki (2) et Gunma (1) avec un total de 25 719 habitations.
Les travaux n’ont pas encore commencé à Yamamoto (Miyagi), avec 1 495 habitations, ni à Shinchi (Fukushima) avec 600 habitations.
Il y aurait trois communes qui ne savent toujours combien d’habitation elles doivent décontaminer.
Pour justifier leur retard, les communes mentionnent le manque de zones de stockage des déchets.
Cinq communes ont terminé leurs travaux mais signalent qu’il faudra une deuxième décontamination par endroit, car il y a encore des débits de dose trop élevés, surtout sous les toits.
41 communes sur 70 n’ont pas terminé de décontaminer les rues et routes, ainsi que leurs abords. Il y a aussi des retards importants pour les terrains agricoles et les forêts.

La vie à Iwaki

La ville d’Iwaki, située à une cinquantaine de kilomètres au Sud de la centrale de Fukushima daï-ichi, a été transformée par la catastrophe. Elle accueille de nombreux réfugiés et des travailleurs à la centrale accidentée ou sur les chantiers de décontamination. Mais les populations ne se mélangent pas, comme le montre l’enquête de Reuters. Certains quartiers, avec bars, restaurants, ont été désertés par les habitants car ils sont fréquentés par les travailleurs du nucléaire.
Une partie des 300 000 habitants se plaignent, car le prix des terrains a fortement augmenté alors qu’une partie des réfugiés vit sur les indemnisations. Cela suscite des jalousies. Il y a eu des dégradations sur les parkings des réfugiés ou des graffitis leur demandant de partir. Cela devrait continuer car le gouvernement veut construire 3 700 logements pour les réfugiés à Iwaki, même si le programme a beaucoup de retard.
Evidemment, d’autres profitent du boom économique engendré par cet afflux de populations nouvelles.

Réunion publique pour le retour à Kawauchi

Le gouvernement a organisé une réunion publique, dimanche, avec les habitants de Kawauchi à propos de la levée de l’ordre d’évacuer. 80 personnes étaient présentes en plus des émissaires. La dernière fois, le gouvernement avait proposé de lever l’ordre d’évacuation le 26 juillet dernier, mais les habitants s’y étaient opposés. Cette fois-ci, il a mieux préparé la réunion avec l’aide du maire et a proposé une deuxième décontamination des points les plus chauds et la réparation des routes. Tout devrait être fini d’ici septembre et l’ordre d’évacuer pourrait être levé à partir du 1er octobre 2014. Le gouvernement a proposé deux dates : le 26 août, qui correspond à la fin de la première période de retour temporaire qui a commencé le 26 avril, et 1er octobre.
Comme toujours, c’est le droit à choisir son lieu de résidence, garanti par la constitution, qui est mis en avant par le gouvernement. Et donc, si les zones en question ne posent pas de problème pour la santé, l’ordre d’évacuation doit être levé. Mais la limite de dose déterminée par le gouvernement pour le retour reste élevée. Et le droit à la santé doit concerner chaque individu, pas un individu moyen.
275 habitants répartis dans 139 foyers sont concernés. Ils habitaient dans la partie Est de la commune, qui est à moins de 20 km de la centrale.
Le maire a donné son accord, sous le prétexte qu’est autorisé à rentrer ne signifie pas être obligé à rentrer. Mais le sujet divise toujours les habitants. La majorité d’entre eux a exprimé fortement son opposition, mettant en avant le fait que la contamination est encore élevée. Par ailleurs, l’indemnisation de TEPCo qui va s’arrêter au bout d’un an, est aussi un sujet d’inquiétude. Comment gagner sa vie à Kawauchi ? Qu’en sera-t-il de la nourriture ? Peut-on cultiver ?
La décision officielle sera prise bientôt. Ce sera alors le deuxième district où l’ordre d’évacuer est levé. Les habitants étaient déjà autorisés à rentrer chez eux, et même y passer la nuit, pour préparer leur retour. Mais seulement 55 d’entre eux en ont fait la demande à ce jour. le retour ne devrait pas être immédiat.
Par ailleurs, le statut d’un district adjacent va changer de catégorie : de zone de retour difficile, il va passer à zone de préparation au retour. 54 habitants répartis dans 18 foyers sont concernés.

Désarroi des agriculteurs

Cette vidéo date un peu, mais la situation n’a pas beaucoup changé : le désarroi des agriculteurs de Fukushima est toujours aussi grand et le gouvernement est complètement désemparé face à la situation. Quand les agriculteurs lui parlent de dignité, de raison d’être, il ne répond que par l’argent, comme si c’était la seule valeur qui vaille. Sa seule stratégie, est de combattre les « rumeurs », comme s’il n’y avait pas de problème réel.
Les politiques et les hauts fonctionnaires n’écoutent que les experts qui leur disent ce qu’ils ont envie d’entendre. Les populations, qui doivent faire face au danger, écoutent plusieurs points de vue et, en cas de doute, choisissent l’option la plus protectrice quand c’est possible. Au Japon, tout ce qui ne correspond pas à l’opinion sélectionnée par les autorités, n’est que « rumeurs ». En France, ce serait « l’irrationalité » de la population ou un problème « d’acceptabilité sociale », plus neutre.

Vie dans les territoires contaminés : gestion par la dose

On en a déjà parlé, mais le ministère de l’environnement progresse dans son choix d’augmenter la limite de dose acceptable à l’issue des travaux de décontamination. Actuellement, l’objectif est de passer sous la limite de 0,23 microsievert par heure. En estimant que l’on passe 8 heures par jour dehors et 16 heures par jour à l’intérieur où l’exposition serait réduite de 60%, cela correspond à une dose annuelle de 1 mSv (après avoir retiré le bruit de fond de 0,04 microsievert par heure). C’est la limite à ne pas dépasser en temps normal.
Le ministère veut passer à une limite située entre 0,3 et 0,6 microsievert par heure et va bientôt présenter son projet aux autorités locales. En effet, même après des travaux de décontamination, il n’est pas facile de descendre sous cette limite. Les habitants concerné demandent de nouveaux travaux de décontamination, qui ne seront peut-être pas beaucoup plus efficaces.
Le ministère pense que l’estimation de la dose annuelle est trop pénalisante et que les indications des dosimètres montrent que les doses réellement reçues sont inférieures. Mais il se base sur des moyennes, alors que chaque individu doit être protégé et des populations qui ont modifié leur façon de vivre.
C’est vrai que le calcul tend à surestimer l’exposition, mais c’est toujours comme cela que l’on fait pour être sûr de protéger tout le monde. Peu de gens passent 8 heures par jour dehors. Mais la marge gagnée de ce côté peut être perdue par le fait que certains habitants doivent aller dans des zones non décontaminées qui ne sont pas prises en compte dans le calcul.
Si des habitants dépassent la limite de 1 mSv/an là où des voisins ne la dépassent pas, que se passera-t-il ? Seront-ils accusés ou montré du doigt ? Auront-ils droit à une aide ?