Des évacués “volontaires” se sont constitués en association

Selon l’Asahi, des évacués “volontaires” ou “auto-évacués” se sont constitués en association. Il s’agit des personnes qui ont quitté les zones contaminées de Fukushima sans qu’il y a d’ordre d’évacuer, par crainte des radiations, plus, maintenant, des personnes qui ne souhaitent pas rentrer là où l’ordre d’évacuer a été levé. Pour certains, le dilemme se résume à vivre dans la pauvreté ou retourner vivre en zone contaminée. En effet, le seul soutien qu’ils reçoivent est un logement gratuit et les autorités régionales ont annoncé la fin pour mars 2017. Le gouvernement souhaite lever tous les ordres d’évacuer en mars 2017, afin la fin des indemnisations un an plus tard, sauf dans les zones classées en zone de “retour difficile”.

Cette association, dont le lancement a réuni 130 personnes à Tôkyô, veut demander la prolongation du soutien aux autorités et à TEPCo. Elle va travailler en concertation avec d’autres associations de déplacés.

Une résidence pour personnes âgées devrait être construite à Ôkuma

Ôkuma est une des communes les plus touchées par la catastrophe nucléaire. Ces 10 000 habitants sont encore évacués. La majeure partie est classée en “zone de retour difficile” car l’exposition externe peut y dépasser 50 mSv/an. Il n’y a pas d’espoir de retour avant longtemps.

Certaines personnes âgées souhaitent pouvoir rentrer dans leur commune d’origine avant la fin de leur vie. La mairie vient donc de lancer le projet d’une résidence qui devrait être terminée d’ici mars 2017, dans une partie relativement moins contaminée, le district d’Ogawara. Elle espère une centaine de personnes. L’exposition externe y serait inférieure à 2 mSv/an, ce qui est dix fois inférieur à la limite fixée par les autorités pour le retour, mais est toujours plus élevé que la limite de 1 mSv/an utilisée en temps normal.

La compagnie TEPCo, quant à elle, veut y installer des hébergements pour les travailleurs qui interviennent à sa centrale accidentée. Les premiers pourraient arriver dès 2016, avant les habitants et avant même la levée de l’ordre d’évacuer. Est-ce que les doses prises dans ces bases de vie seront prises en compte ? Il le faudrait.

Le riz de Fukushima continuera à être contrôlé systématiquement

Depuis 2012, les autorités régionales de Fukushima contrôlent chaque sac de riz de 30 kg produit dans la région et destiné au marché. Pour cela, elles ont acheté 202 chaînes de mesure dédiées pour un coût total de 4 milliards de yens (30 millions d’euros) environ. Les dépenses de fonctionnement, quant à elles, s’élèvent à 5 milliards de yens (37 millions d’euros) par an en comptant les salaires. Plus de 10 millions de sacs de riz sont contrôlés par an. Comme la confiance des consommateurs n’est pas revenue, ce contrôle systématique se poursuit pour la moisson 2015, même si la situation s’améliore.

En 2012, 71 sacs avaient dépassé la limite de mise sur le marché fixée à 100 Bq/kg. C’était 28 en 2013 et 2 en 2014. Dans ce dernier cas, les deux sacs n’étaient pas destinés au marché mais à l’auto-consommation. Il y a encore de nombreuses rizières où la culture n’a pas repris. C’est le cas, en particulier, des zones évacuées. Les quelques expériences menées ont pour seul but de tester les niveaux de contamination résiduelle.

A Naraha, où l’ordre d’évacuer a été levé le mois dernier, la moisson du riz planté à titre expérimentale a eu lieu devant les médias, avec le maire et la mascotte du village. Si les résultats s’avéraient bons, la culture du riz pourrait reprendre. Cependant, seulement 6% des agriculteurs qui produisaient du riz avant 2011 comptent en planter en 2016.

 

Le niveau de stress des mères de famille de Fukushima ne baisse plus

Le Centre d’Etudes Phychologiques Post-Catastrophe de l’Université de Fukushima évalue le niveau de stress des enfants et mères de famille de Fukushima. Pour cela, il utilise un indicateur qui varie de 0 à 3. Loin de Fukushima, dans les provinces de Hyôgo et de Kagoshima, le niveau moyen est de 1,06 à 1,08 pour les mères. 35% des personnes qui ont répondu à l’enquête s’y sont déclarés déprimées.

A Fukushima, le niveau moyen de stress des mères est beaucoup plus élevé : il est de 1,36 à 1,39, comme en 2014. En 2011, il était de 1,63. C’est 1,48 à Sôma et 1,29 à Iwaki. Et c’est chez les mères évacuées qu’il est le plus élevé, avec un niveau moyen de 1,85. En plus de la radioactivité, il y a les conditions de vie plus difficiles et les incertitudes face à l’avenir. Voir les témoignages récemment publiés. 67% des personnes évacuées à cause de la catastrophe nucléaire se disent déprimées. C’est 45% dans la ville de Fukushima.

Dans le sud de Miyagi, particulièrement touché par les retombées radioactives, le niveau de stress des mères varie de 1,40 à 1,42, comme à Fukushima.

Le Centre a entamé un programme “anti-stress” pour aider ces mères qui consiste en des réunions en petits groupes avec des experts pour échanger.

Du côté des enfants, le niveau moyen de stress est de 0,66 à 0,75 dans la ville de Fukushima, en fonction de la classe d’âge. Il monte jusqu’à 1,06 chez les enfants évacués et est de 0,42 à 0,44 loin de la catastrophe.

L’Organisation Internationale pour les Migrations se penche sur les déplacés de la catastrophe nucléaire au Japon

Le dernier numéro des Policy Brief Series de l’Organisation Internationale pour les Migrations se penche sur les déplacés de la catastrophe nucléaire au Japon (rapport au format pdf). Le rapport, rédigé par Reiko Hasegawa, qui est déjà l’auteur de l’étude DEVAST, critique la politique gouvernementale japonaise et fait une série de recommandations.

Le rapport insiste sur la distinction qui est faite entre les déplacés qui ont reçu un ordre de partir et les déplacés “volontaires” qui ne bénéficient pas des mêmes droits. Pour ces derniers, il n’y a même pas de statistiques officielles. Il a été souvent question de ce problème sur ce blog.

Le rapport explique aussi que le gouvernement japonais ne fait pas référence aux textes internationaux de l’ONU relatifs aux déplacés intérieurs, qui leur garantiraient des droits. Par ailleurs, les déplacés du tsunami et du séisme sont pris en charge par l’Agence de reconstruction, et ceux de la catastrophe nucléaire, par le ministère de l’industrie. Ce dernier est toujours présent derrière l’Agence de reconstruction.

La “concertation” avec les populations sur l’avenir des territoires évacués, et la politique du retour, la seule envisagée par les autorités, se limite à des “réunions d’explication” (setsumeikai) à huis clos. Pas de médiateur ou d’expert indépendant. Les déplacés sont donc démunis face aux officiels gouvernementaux qui peuvent imposer leurs vues.

Le rapport fait une série de recommandations :

  • reconnaître aux évacués, le statut de personnes déplacées en interne au pays afin qu’ils bénéficient des garanties internationales à ce sujet ;
  • proposer le retour ou la réinstallation sur un pied d’égalité ;
  • permettre à des médiateurs et des experts indépendants des autorités de participer à la concertation ;
  • reconnaître les déplacés “volontaires” comme réfugiés nucléaire ;
  • admettre qu’il y a des controverses scientifiques à propos des faibles doses.

Par ailleurs, une fédération d’associations du barreau a, lors de son colloque national dédié aux droits humains, demandé au gouvernement de mieux protéger la santé des personnes déplacées. Elle réclame un suivi médical, un soutien psychologique et une aide au logement pour ceux qui ne souhaitent pas renter, mais ont toujours une maison à rembourser.

Fukushima : les voix silencieuses

Un appel à soutien a été lancé pour financer un documentaire sur les voix silencieuses de Fukushima. La présentation du projet contient déjà deux vidéos assez personnelles de la réalisatrice, une Japonaise originaire de Fukushima et vivant en France.

Ajout du 3 octobre : Voir l’interview de la réalisatrice à Fukushima-blog.org

Le désarroi des mères de Fukushima

Le Japan Times propose un excellent article sur le désarroi des mères de Fukushima face à la radioactivité. Rester, partir ou rentrer est encore un dilemme après plus de quatre années.

Celles qui sont restées vivent dans la crainte des radiations et celles qui sont parties font face à des accusations d’avoir abandonné leurs proches. C’est une situation où l’on perd à tous les coups.

Pour Yukiko (les prénoms ont été changés), la trentaine, qui est partie avec sa fille de 6 ans en laissant son mari à Fukushima : “consciemment ou inconsciemment, les femmes connaissent le rôle que l’on attend d’elle dans la famille. Mais après le tremblement de terre et la catastrophe nucléaire, tout a changé. Je ne peux plus vivre selon ces attentes, et la société me juge”.

Elle ajoute : “honnêtement, je ne connaissais pas grand chose à propos des réacteurs nucléaires à Fukushima. Mais je savais combien les fortes doses de radiation pouvaient être dangereuses. Je suis partie à Tôkyô dans la semaine qui a suivi la catastrophe. Mon mari est resté à Fukushima, mais j’étais déterminée à partir avec, comme priorité, la sécurité de ma fille. Chaque fois que je rentre à Fukushima pour un enterrement ou une fête, les membres de ma famille me posent toujours la même question : “quand rentres-tu, c’est sûr maintenant ?“. Les liens familiaux se sont distendus.”

“Si je suis forcée de rentrer à Fukushima, je dois prétendre que je ne crains par la radioactivité, alors que ce n’est pas vrai.”

Rappelons que ces “évacués volontaires” ne bénéficient pas d’une aide financière. Certaines mères ne peuvent pas se permettre de partir car elles n’en ont pas les moyens. Elles culpabilisent aussi. C’est le cas de Hiroko, la trentaine, qui a dû rester avec sa famille de cinq personnes et les animaux domestiques : “C’est étrange, car plus personne ne parle de leurs soucis liés à la catastrophe. C’est comme si elle n’avait jamais existé, les gens ont effacé la réalité.” Les mères qui sont restées peuvent aussi être critiquées. Hiroko ajoute : “Parfois, quand je suis seule à la maison, je pleure, en pensant à l’avenir des mes enfants. J’ai peur qu’ils tombent malades, que les êtres que je chéris le plus m’en veulent un jour de n’avoir pas pu les protéger. C’est ma plus forte crainte.”

Pour Yuriko qui, à plus de 70 ans, est restée à Minami-Sôma : “certaines personnes faisaient confiance au gouvernement et ont continué à vivre ici, mais d’autres ne pouvaient plus supporter de vivre tous les jours dans la crainte et sont parties. Personne ne savait que croire et les communautés ont éclaté.”

Alors que la priorité des autorités est la reconstruction de la région, la pression est forte sur les mères pour qu’elles gardent leurs craintes pour elles. Certaines ont créé des groupes de discussion pour échanger. Le but est de permettre aux mères de famille de pouvoir discuter avec d’autres dans la même situation. Akiko témoigne : “J’ai pu parler avec d’autres femmes de sujets qu’il n’est pas possible d’aborder au quotidien, comme les limites de contamination de la nourriture ou les niveaux de radiation. J’ai aussi pu me faire des amies dans le groupe et je ne me sens plus aussi seule maintenant.”

Nouvelles manifestations de masse au Japon

C’est le projet de loi sur l’engagement de l’armée japonaise, appelée “forces d’auto-défense”, qui mobilise à nouveau de nombreux Japonais. Après la manifestation massive du mois dernier, ils étaient, de nouveau, plusieurs dizaines de milliers à entourer le parlement pour tenter d’empêcher l’adoption de la loi. Les organisateurs mentionnent 45 000 personnes cette fois-ci.

Les manifestations sont généralement limitées aux trottoirs par de très nombreux policiers. Mais ces derniers ont été débordés et la foule a pu envahir la chaussée sur la rue qui mène au parlement. Outre des slogans contre le projet de loi, il y a aussi des appels à la démission du premier ministre, qui chute dans les sondages.

Des étudiants appellent à manifester tous les jours, jusqu’au passage de la loi devant la chambre basse, le 16 septembre et devant la chambre haute, le 18 septembre probablement. Le gouvernement veut éviter le long week-end du 19-20 septembre qui est suivi par plusieurs jours fériés (silver week), de crainte de nouvelles manifestations massives.

C’est ce même gouvernement qui doit gérer la catastrophe nucléaire. Comment peut-il y arriver sans écouter l’avis de la population ? Le premier ministre a déclaré que le soutien de la population devrait augmenter après le vote, avec le temps qui passe. Bref, la population se laisserait emporter par ses émotions. Une fois la raison revenue, tout le monde réalisera combien le premier ministre avait raison ! Quel mépris !

C’est la même philosophie qui est appliquée au retour des populations. Tout faire pour qu’elles rentrent, en pariant qu’elles seront d’accord, une fois de retour. Mais, c’est faire fi du stress engendré par cette situation et des risques liés au seuil de dose élevé qui est maintenu pour la politique de retour.

Il y a eu un changement important dans la société japonaise après la triple catastrophe de mars 2011. De nombreuses personnes se sont organisées pour accéder à la connaissance nécessaire pour prendre des décisions dans une situation de risque nouvelle due à la radioactivité (voir notre rapport de février 2012 sur les initiatives citoyennes au Japon). La défiance, voire la colère, envers les autorités est aussi plus forte. Cela se traduit par des manifestations massives, que ce soit contre l’énergie nucléaire, le déplacement d’une base militaire américaine à Okinawa ou ce projet de loi. Il est aussi impossible de trouver des sites pour le stockage des déchets radioactifs.

Un documentaire récent, dédié à ces manifestations, “Tell the Prime Minister“, met bien en évidence la grande diversité des personnes qui manifestent. (L’extrait vidéo sur ce site montrent des manifestations contre le redémarrage des réacteurs nucléaires. On entend saïkadô hantaï, saïkadô hantaï…).

La classe politique au pouvoir à Tôkyô ne veut pas voir ces changements sociétaux et continue à se comporter comme avant. Les décisions prises sans respecter l’avis des populations peuvent être particulièrement délétères pour les victimes de la catastrophe de Fukushima. Ce seront, une fois de plus, les personnes les plus vulnérables, qui n’ont pas les moyens de s’opposer aux autorités, qui en feront les frais.