Pénurie de main d’oeuvre

Le Yomiuri, journal conservateur qui se fait souvent le porte-parole du village nucléaire, consacre un article aux conditions de travail difficiles à la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi et au manque de main d’œuvre.
Il y a 5000 à 6000 travailleurs par jour sur le site de la centrale. Ils se plaignent des conditions de travail qui se dégradent, du manque d’espace pour se reposer… TEPCo serait en train de construire un bâtiment de repos avec 1 200 places.
Comme il y a un manque de main d’œuvre, tout le monde est accepté. Même pour l’encadrement, il y a un manque de personnes qualifiées. Et de citer le cas d’un chef d’équipe qui n’a que quelques mois d’expérience dans une autre centrale nucléaire.
Les CDD à court terme proposés par plusieurs niveaux de sous-traitance n’aident pas à avoir des personnes qualifiées qui préfèrent allez voir ailleurs.

Toujours le problème de la sous-traitance

Reuters consacre une nouvelle enquête aux travailleurs à la centrale de Fukushima. Un an après que le gouvernement ait décidé de doubler la prime de risque, nombre d’entre eux ne savent toujours pas combien ils vont toucher. Seulement une personne sur les 37 interviewées par l’agence de presse a déclaré avoir reçu complètement cette prime. Certains n’ont rien reçu et la plupart, moins de la moitié de la somme promise.
A certains d’entre eux, il a été expliqué que la prime serait proportionnelle à la dose prise, comme pour les inciter à prendre des risques. Un autre explique qu’il ne reçoit de prime que quand il pénètre dans les zones les plus chaudes près des réacteurs.
TEPCo refuse de communiquer sur le sujet, disant que c’est l’affaire des compagnies sous-traitantes qui ponctionnent à chaque niveau.
Il y a toujours près de 800 compagnies sous-traitantes à intervenir sur le site et qui fournissent la majorité des 6 000 travailleurs quotidiens. Il n’y a que 250 employés de TEPCo.
Si TEPCo ne fait pas le ménage et ne s’inquiète pas de ce que touchent les travailleurs, ils vont se détourner de la centrale et aller travailler sur les chantiers de construction liés aux jeux olympiques de 2020.

Témoignage du directeur de la centrale est en ligne

Le témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi devant la commission d’enquête mise en place par le gouvernement est maintenant en ligne, en japonais.
L’Asahi en avait publié des extraits en anglais et avait conclu que 90% des personnes présentes avaient désobéi aux ordres du directeur et avaient fui à Fukushima daï-ni dans la matinée du 15 mars 2011. Cette interprétation a fait débat. Le directeur a bien dit que les personnes étaient allées à daï-ni alors qu’il leur avait demandé de rester à proximité. Mais plus tard, il reconnaissait que c’était peut-être la meilleure option. D’autres témoignages de personnes présentes ont mis en avant la grande confusion qui régnait à ce moment là. Le quotidien vient de revenir sur son interprétation du témoignage, mais insiste sur son rôle qui a conduit à la publication du témoignage, qui était secret.
Le Yomiuri, journal conservateur qui s’est fait le porte-parole du village nucléaire, a publié d’autres extraits en anglais : un, deux et trois.
Dans la liste des 19 transcriptions mises en ligne, figurent notamment les déclarations de l’ex-Premier ministre Naoto Kan, de l’ancien ministre de l’Industrie Banri Kaieda, du porte-parole du gouvernement à l’époque, Yukio Edano.

Paroles de ministre

Le nouveau ministre de l’environnement a fait sa première sortie à Fukushima, ce qui est normal, étant donnée l’ampleur du désastre. La nouvelle ministre de l’industrie a choisi la centrale accidentée pour sa première sortie. Elle y a encouragé les ouvriers sur place, mais n’a rien proposé de concret pour les protéger.
Interrogée par les journalistes qui l’accompagnaient à propos de l’eau contaminée, elle a aussi expliqué qu’elle pense que la situation est « globalement sous contrôle », répétant la célèbre phrase du premier ministre devant le comité olympique, il y a un an. Et d’ajouter, que les effets de la pollution radioactive sont complètement bloqués dans le port. Là encore, il s’agit d’un copier-coller des paroles du premier ministre, sans que l’on en sache plus sur ce qu’ils entendent par « les effets ». Et dire que c’est cette ministre qui doit redonner confiance dans l’énergie nucléaire.
Voir notre note du 15 août dernier à propos des fuites en mer qui dépassent les autorisations de rejet. Que signifie « sous contrôle » quand il y a des fuites élevées ?
TEPCo a mis des photos de cette visite. Preuve qu’elle communique de façon ouverte et transparente !

Plainte pour un meilleur salaire

Quatre plombiers qui ont travaillé pour un sous-traitant de TEPCo viennent de porter plainte à Iwaki pour réclamer un meilleur salaire étant donnés les risques liés à leur travail sous rayonnements. Leurs salaires n’ont pas changé après que TEPCo ait annoncé une revalorisation en novembre dernier. Une de ces personnes a expliqué que son exposition mensuelle a parfois dépassé les 4 millisieverts.
Ils réclament au total 90 millions de yens (660 000 euros) selon les médias japonais et 65 millions de yens (475 000 euros) selon l’AFP car TEPCo a la responsabilité de contrôler que les sous-traitants rétribuent correctement leurs employés.

La vie à Iwaki

La ville d’Iwaki, située à une cinquantaine de kilomètres au Sud de la centrale de Fukushima daï-ichi, a été transformée par la catastrophe. Elle accueille de nombreux réfugiés et des travailleurs à la centrale accidentée ou sur les chantiers de décontamination. Mais les populations ne se mélangent pas, comme le montre l’enquête de Reuters. Certains quartiers, avec bars, restaurants, ont été désertés par les habitants car ils sont fréquentés par les travailleurs du nucléaire.
Une partie des 300 000 habitants se plaignent, car le prix des terrains a fortement augmenté alors qu’une partie des réfugiés vit sur les indemnisations. Cela suscite des jalousies. Il y a eu des dégradations sur les parkings des réfugiés ou des graffitis leur demandant de partir. Cela devrait continuer car le gouvernement veut construire 3 700 logements pour les réfugiés à Iwaki, même si le programme a beaucoup de retard.
Evidemment, d’autres profitent du boom économique engendré par cet afflux de populations nouvelles.