Seulement 45% des entreprises veulent rentrer en zone évacuée

Une enquête effectuée auprès de 1 388 entreprises dans les 12 communes évacuées a montré que seulement 45% d’entre elles ont exprimé un espoir de pouvoir y continuer ou reprendre leurs activités. Ce n’est le cas que pour 19% d’entre elles pour le moment. 12% ont repris une activité ailleurs et espèrent pouvoir rentrer. Enfin 14% ont cessé leur activité et espèrent pouvoir la reprendre. On arrive ainsi à un total de 45%.

Les autorités régionales, quant à elles, se sont penchées sur les activités médicales qui ont été suspendues dans six communes du district de Futaba. 70 questionnaires ont été envoyé à 5 hôpitaux ou cliniques, 40 cabinets médicaux et 25 cabinets dentaires et 35 réponses ont été obtenues : 4 hôpitaux ou cliniques, 19 cabinets médicaux et 12 cabinets dentaires.

Sur les 35 réponses, 6 mentionnaient une réouverture et 14 un espoir de réouverture si les conditions le permettent. Les autorités y voient donc 60% d’attitude positive. Mais il n’y a que 17% de réponse positive ferme.

Quel avenir pour Ôkuma ?

A Ôkuma, commune où il y a une partie de la centrale de Fukushima daï-ichi, 62% du territoire sont classés en “zone de retour difficile”. 96% des habitants y habitaient. La commune a accepté l’installation du centre d’entreposage des déchets radioactifs issus des chantiers de décontamination. Même si les déchets ne doivent y rester, officiellement, que 30 ans, tout le monde sait que ce n’est pas réaliste.

Malgré un contexte qui rend le retour quasi-impossible, certaines personnes âgées insistent pour rentrer. La commune a donc décidé de construire une ville nouvelle dans le district d’Ogawara, où la contamination est moindre. Elle devrait accueillir 2 000 travailleurs du nucléaire et 1 000 habitants. Comme nous l’avons déjà signalé, une maison de retraite y était aussi prévue, mais, finalement, ce projet semble abandonné par crainte de ne pas pouvoir recruter le personnel nécessaire.

La commune a 10 778 habitants enregistrés. 23% vivent en dehors de Fukushima.

Dans un tel contexte, personne ne souhaite être maire d’Ôkuma. Âgé de 68 ans, Toshitsuna Watanabé, qui assumait la tâche depuis 8 ans voulait passer la main. Mais il n’a pas trouvé de candidat. Il vient donc être réélu pour un troisième mandat, étant le seul à s’être présenté.

Quel est l’avenir de cette commune sans enfant ?

Des évacués “volontaires” se sont constitués en association

Selon l’Asahi, des évacués “volontaires” ou “auto-évacués” se sont constitués en association. Il s’agit des personnes qui ont quitté les zones contaminées de Fukushima sans qu’il y a d’ordre d’évacuer, par crainte des radiations, plus, maintenant, des personnes qui ne souhaitent pas rentrer là où l’ordre d’évacuer a été levé. Pour certains, le dilemme se résume à vivre dans la pauvreté ou retourner vivre en zone contaminée. En effet, le seul soutien qu’ils reçoivent est un logement gratuit et les autorités régionales ont annoncé la fin pour mars 2017. Le gouvernement souhaite lever tous les ordres d’évacuer en mars 2017, afin la fin des indemnisations un an plus tard, sauf dans les zones classées en zone de “retour difficile”.

Cette association, dont le lancement a réuni 130 personnes à Tôkyô, veut demander la prolongation du soutien aux autorités et à TEPCo. Elle va travailler en concertation avec d’autres associations de déplacés.

Le nombre d’habitants qui souhaitent rentrer à Tomioka et Ôkuma baisse

Selon le dernier sondage effectué en août dernier par l’Agence de reconstruction auprès des habitants de Tomioka et d’Ôkuma, le nombre d’habitants qui souhaitent rentrer une fois l’ordre d’évacuer levé est en baisse.

50,8% des ménages de Tomioka et 63,5% de ceux d’Ôkuma ont répondu “non” à la question. C’est 1,4 point de plus par rapport à l’an dernier pour Tomioka et 5,6 points de plus pour Ôkuma.

13,9% des ménages ont répondu “oui” à Tomioka, ce qui est 2.0 points de plus que l’an dernier et 11,4% à Ôkuma, -1,9 point par rapport à l’année précédente.

Le pourcentage des indécis est en baisse : 29,4% à Tomioka, soit 1,3 point en moins et 17,3% à Ôkuma, soit 8,6 points de moins qu’il y a un an. Pour les deux communes, le taux de réponse est de l’ordre de 50%.

Le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour encourager le retour, mais sa politique ne semble pas convaincre les intéressés.

Vidéo auto-promotionnelle de TEPCo sur la reconstruction de Naraha

TEPCo a mis en ligne, sur sa page Facebook, une vidéo d’auto-promotion sur la reconstruction de Naraha, où l’ordre d’évacuer a été levé le 5 septembre dernier. Tout va bien, il manque juste quelques médecins. Jamais le mot “radioactivité” n’est prononcé durant toute la vidéo.

On entend même un officiel remercier TEPCo pour son aide ! La compagnie est décidément sans vergogne. C’est vrai que, grâce à TEPCo, les carpes sont revenues. Pour les habitants, c’est encore loin d’être le cas.

Reprise de la pêche au saumon dans le fleuve Kido, à Naraha

La pêche aux saumons a repris dans le fleuve Kido, qui traverse Naraha. Elle avait été suspendue après que la ville ait été entièrement évacuée. Comme l’ordre d’évacuer a été levé le 5 septembre dernier, la pêche commerciale a pu reprendre… devant les médias.

Des contrôles effectués depuis trois ans ont montré que la contamination des saumons ne dépassait pas la limite de mise sur le marché, fixée à 100 Bq/kg pour le césium. Une usine de transformation, qui avait été détruite par le tsunami, vient d’être reconstruite et inaugurée.

Une résidence pour personnes âgées devrait être construite à Ôkuma

Ôkuma est une des communes les plus touchées par la catastrophe nucléaire. Ces 10 000 habitants sont encore évacués. La majeure partie est classée en “zone de retour difficile” car l’exposition externe peut y dépasser 50 mSv/an. Il n’y a pas d’espoir de retour avant longtemps.

Certaines personnes âgées souhaitent pouvoir rentrer dans leur commune d’origine avant la fin de leur vie. La mairie vient donc de lancer le projet d’une résidence qui devrait être terminée d’ici mars 2017, dans une partie relativement moins contaminée, le district d’Ogawara. Elle espère une centaine de personnes. L’exposition externe y serait inférieure à 2 mSv/an, ce qui est dix fois inférieur à la limite fixée par les autorités pour le retour, mais est toujours plus élevé que la limite de 1 mSv/an utilisée en temps normal.

La compagnie TEPCo, quant à elle, veut y installer des hébergements pour les travailleurs qui interviennent à sa centrale accidentée. Les premiers pourraient arriver dès 2016, avant les habitants et avant même la levée de l’ordre d’évacuer. Est-ce que les doses prises dans ces bases de vie seront prises en compte ? Il le faudrait.

Le riz de Fukushima continuera à être contrôlé systématiquement

Depuis 2012, les autorités régionales de Fukushima contrôlent chaque sac de riz de 30 kg produit dans la région et destiné au marché. Pour cela, elles ont acheté 202 chaînes de mesure dédiées pour un coût total de 4 milliards de yens (30 millions d’euros) environ. Les dépenses de fonctionnement, quant à elles, s’élèvent à 5 milliards de yens (37 millions d’euros) par an en comptant les salaires. Plus de 10 millions de sacs de riz sont contrôlés par an. Comme la confiance des consommateurs n’est pas revenue, ce contrôle systématique se poursuit pour la moisson 2015, même si la situation s’améliore.

En 2012, 71 sacs avaient dépassé la limite de mise sur le marché fixée à 100 Bq/kg. C’était 28 en 2013 et 2 en 2014. Dans ce dernier cas, les deux sacs n’étaient pas destinés au marché mais à l’auto-consommation. Il y a encore de nombreuses rizières où la culture n’a pas repris. C’est le cas, en particulier, des zones évacuées. Les quelques expériences menées ont pour seul but de tester les niveaux de contamination résiduelle.

A Naraha, où l’ordre d’évacuer a été levé le mois dernier, la moisson du riz planté à titre expérimentale a eu lieu devant les médias, avec le maire et la mascotte du village. Si les résultats s’avéraient bons, la culture du riz pourrait reprendre. Cependant, seulement 6% des agriculteurs qui produisaient du riz avant 2011 comptent en planter en 2016.

 

L’Organisation Internationale pour les Migrations se penche sur les déplacés de la catastrophe nucléaire au Japon

Le dernier numéro des Policy Brief Series de l’Organisation Internationale pour les Migrations se penche sur les déplacés de la catastrophe nucléaire au Japon (rapport au format pdf). Le rapport, rédigé par Reiko Hasegawa, qui est déjà l’auteur de l’étude DEVAST, critique la politique gouvernementale japonaise et fait une série de recommandations.

Le rapport insiste sur la distinction qui est faite entre les déplacés qui ont reçu un ordre de partir et les déplacés “volontaires” qui ne bénéficient pas des mêmes droits. Pour ces derniers, il n’y a même pas de statistiques officielles. Il a été souvent question de ce problème sur ce blog.

Le rapport explique aussi que le gouvernement japonais ne fait pas référence aux textes internationaux de l’ONU relatifs aux déplacés intérieurs, qui leur garantiraient des droits. Par ailleurs, les déplacés du tsunami et du séisme sont pris en charge par l’Agence de reconstruction, et ceux de la catastrophe nucléaire, par le ministère de l’industrie. Ce dernier est toujours présent derrière l’Agence de reconstruction.

La “concertation” avec les populations sur l’avenir des territoires évacués, et la politique du retour, la seule envisagée par les autorités, se limite à des “réunions d’explication” (setsumeikai) à huis clos. Pas de médiateur ou d’expert indépendant. Les déplacés sont donc démunis face aux officiels gouvernementaux qui peuvent imposer leurs vues.

Le rapport fait une série de recommandations :

  • reconnaître aux évacués, le statut de personnes déplacées en interne au pays afin qu’ils bénéficient des garanties internationales à ce sujet ;
  • proposer le retour ou la réinstallation sur un pied d’égalité ;
  • permettre à des médiateurs et des experts indépendants des autorités de participer à la concertation ;
  • reconnaître les déplacés “volontaires” comme réfugiés nucléaire ;
  • admettre qu’il y a des controverses scientifiques à propos des faibles doses.

Par ailleurs, une fédération d’associations du barreau a, lors de son colloque national dédié aux droits humains, demandé au gouvernement de mieux protéger la santé des personnes déplacées. Elle réclame un suivi médical, un soutien psychologique et une aide au logement pour ceux qui ne souhaitent pas renter, mais ont toujours une maison à rembourser.

Plainte collective de 117 habitants de Namié

Selon le Maïnichi, 117 habitants du district de Tsushima à Namié, qui est classé en zone de “retour difficile”, ont porté plainte contre TEPCo et le gouvernement. Ils pourraient être rejoints par 480 habitants. Ce serait la première fois que des habitants originaires d’une telle zone déposent une plainte collective.

Ils réclament que le district de Tsushima soit entièrement décontaminé et réhabilité, de façon à ramener l’exposition externe sous la limite annuelle d’un millisievert, avant mars 2020. Ils réclament 30 millions de yens (224 000 euros) chacun en cas d’échec. Ils estiment qu’au delà de cette date, il sera difficile de maintenir la communauté.

En attendant, ils demandent aussi que l’indemnité pour le stress engendré par l’évacuation passe de 100 000 (746 euros) à 350 000 yens (2 600 euros) par personne et par mois et réclament 3 millions de yens (22 400 euros) chacun à cause l’exposition aux retombées radioactives qui aurait pu être évitée si les autorités avaient communiqué leurs prédictions.