Sixième débordement d’eau de pluie contaminée dans l’océan

Nous avions expliqué récemment que TEPCo ne maîtrisait pas les écoulements d’eau de pluie contaminée et que les débordements vers l’océan allaient continuer.

Un sixième débordement vient d’avoir lieu alors que les 8 pompes fonctionnaient à plein régime. Mais la pluie était trop forte pour que la compagnie puisse faire face. Elle a sous-dimensionné ses installations et cela va continuer jusqu’en mars 2016, le temps que les travaux du nouveau bassin soient terminés.

La quantité d’eau qui s’est échappée n’est pas connue, ni sa contamination. Mais TEPCo assure, dans un tweet, qu’il n’y a pas eu d’effet sur l’océan, sans expliquer ce qu’elle entend pas “effet”.

Par ailleurs, la compagnie va rejeter l’eau souterraine pompée au pied des réacteurs à partir du 14 septembre prochain. Elle va commencer par le stock de 4 000 m3 qu’elle a accumulé depuis août 2014, à titre d’essai.

TEPCo a commencé à pomper l’eau souterraine contaminée pour la rejeter en mer après traitement

Suite au feu vert des coopératives de pêche, le 25 août dernier, TEPCo a commencé à pomper l’eau souterraine au pied des réacteurs. Cette eau peut être fortement contaminée, comme nous le rapportons régulièrement, du fait des échanges avec les sous-sols des réacteurs.

Avant la catastrophe, TEPCo pompait 1 000 m3 par jour pour éviter les infiltrations. Depuis, l’eau injectée pour refroidir le combustible des trois réacteurs accidentés se contamine, fuit dans les sous-sols et se mélange à de l’eau souterraine qui s’infiltre à un rythme de 300 m3 par jour. Une partie de la pollution passe dans la nappe phréatique avant de s’écouler dans l’océan.

Pour tenter de reprendre la situation en main, TEPCo veut reprendre les pompages dans une quarantaine de puits, décontaminer partiellement cette eau et la rejeter directement dans l’océan. Les négociations avec les pêcheurs ont été longues et difficiles, mais ils ont fini par donner leur accord. Il n’y a pas eu de concertation avec la population.

TEPCo a commencé à pomper l’eau souterraine dans vingt puits et devrait se limiter à 200 m3 ce premier jour. Le va être entreposée dans des cuves, puis traitée. On en sait pas quand aura lieu le rejet en mer. La compagnie a déjà 4 000 m3 sur les bras, qu’elle avait pompés il y a un an à titre d’essai. Elle va vouloir les rejeter rapidement.

Voir le communiqué de la compagnie à ce propos.

L’AIEA publie son rapport sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi

L’AIEA a publié son rapport sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Il y a 1 200 pages en tout réparties en

avec des annexes.

En feuilletant rapidement certaines parties, il apparaît que ce rapport a beaucoup puisé dans les rapports des commissions d’enquête gouvernementale et parlementaire et n’apporte pas beaucoup d’information nouvelle.

Dans sa communication, l’AIEA a mis en avant deux points repris par les médias :

  • une trop grande confiance dans la sûreté des installations nucléaires et un manque de préparation pour faire face à l’accident (il aurait été difficile de dire l’inverse…)
  • qu’il est peu probable qu’il y ait une augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima.

TEPCo ne maîtrise toujours les écoulements d’eau de pluie contaminée

TEPCo avait caché que de l’eau contaminée accumulée sur un toit du réacteur n°2 se mélangeait à de l’eau de pluie pour aller directement dans l’océan. Cela avait fait scandale et la compagnie a été récemment critiquée à ce propos par son groupe d’audit interne.

L’eau de pluie du site de la centrale de Fukushima daï-ichi est recueillie dans un bassin de 2 m de profondeur et s’étendant sur 800 m de longueur, avec une largeur de 2 m. Pour éviter que cette eau aille directement dans l’océan, TEPCo a mis en place 8 pompes pour la rediriger vers le port devant la centrale. Comme il y a des barrières dans le port, TEPCo prétend que la contamination y reste piégée et ne va pas au large. C’est faux. Le port n’est pas étanche et l’eau de mer à l’embouchure du port est toujours contaminée.

Ces pompes, qui peuvent faire face à une pluie de 14 mm par heure, ont été mises en service le 17 avril 2015. Le 21 avril, une panne d’alimentation électrique a entraîné un arrêt des pompes et un écoulement direct vers l’océan, sans passer par le port. Le 16 juillet, ce sont des fortes pluies, avec 21 mm par heure, qui ont aussi entraîné un débordement direct vers l’océan (voir les explications de TEPCo en anglais). En tout, il y a eu 5 débordements entre le 17 avril et le 27 août. La contamination bêta totale dépassait largement ce que TEPCo s’autorise pour les rejets en mer. En revanche, le volume d’eau qui a débordé est inconnu.

Les autorités régionales ont demandé à TEPCo de prendre des mesures contre ce problème et la compagnie vient de relever de 15 cm le barrage de la retenue d’eau. Un nouveau bassin est prévu, avec rejet direct dans le port, d’ici la fin de l’année fiscale en mars 2016. En attendant, de nouveaux débordements seront inévitables en cas de fortes pluies.

 

TEPCo a fini de vider les galeries souterraines reliées au réacteur n°3

Afin de réduire les fuites d’eau contaminée vers l’océan via les nappes phréatiques, TEPCo tente de geler le sol tout autour des réacteurs. Elle a échoué à geler les galeries souterraines pleines d’eau contaminée. Après plusieurs essais infructueux, elle a finalement changé de stratégie. Ces galeries, par lesquels passent câbles et tuyaux, sont remplies de béton tout en pompant l’eau pour éviter les débordements.

Il y a une dizaine de jours, il restait encore 7 000 m3 d’eau dans ces galeries. Fin juin, TEPCo avait réussi à vider les galeries situées en aval du réacteur n°2. Elle vient d’annoncer avoir terminé pour le réacteur n°3. Voir le schéma. Pour le réacteur n°4, il faudra attendre l’automne.

Les travaux pour geler le sol en amont se poursuivent. Une coupure d’un câble électrique a récemment entraîné une suspension temporaire des travaux.

Début du retrait de la couverture du réacteur n°1

TEPCo a commencé à retirer la couverture installée au-dessus du réacteur n°1. Il s’agit d’un premier pas vers le retrait des débris situés au-dessus de la piscine de combustibles usés. La compagnie a un an de retard sur son planning initial, à cause du rejet potentiel de poussières radioactives lors des travaux de démantèlement. Pour le réacteur n°3, les négligences de la compagnie avaient conduit à des rejets significatifs. Voir aussi, à ce propos, notre bilan pour les quatre ans de la catastrophe.

TEPCo devait débuter les opérations en mai dernier, comme nous l’avions annoncé, mais il y a eu un problème sur une installation de contrôle du débit d’air. Cette fois-ci, promis, la compagnie a bien aspergé des résines pour fixer les poussières. Chikurin, le laboratoire monté à Tôkyô avec le soutien de l’ACRO, continue sa surveillance de la contamination des poussières. Les données sont en ligne.

Le retrait des débris devrait durer jusqu’à la fin 2016, voire début 2017.

La compagnie a mis quelques images en ligne.

Eau contaminée : toujours les mêmes problèmes

L’eau souterraine pompée en amont des réacteurs pour être rejetée dans l’océan vient de battre son sixième record successif de la contamination en tritium dans le puits n°10, avec 2 000 Bq/L (prélèvement du 13 juillet). Cela n’a pas l’air de perturber TEPCo qui se contente de signaler que, lors du prélèvement précédent, daté du 9 juillet, elle avait trouvé 1 900 Bq/L et le laboratoire tiers qui double les mesures, 2 000 Bq/L. Dans le prélèvement du 17 juillet, la contamination du puits n°10 est repassée à 1 900 Bq/L pour le tritium, mais celle du puits voisin, le n°9, bat son propre record avec 250 Bq/L.

Plus en amont, au pied des cuves de la zone H4, il y a toujours 25 000 Bq/L pour le tritium (prélèvement du 11 juillet 2015).

L’eau pompée au pied des réacteurs bat aussi son propre record de la contamination en tritium avec 2 400 Bq/L (prélèvement du 8 juillet).

L’eau du drain qui rejette l’eau de pluie vers le port bat aussi son record de la contamination en césium-137 en deux points (prélèvement du 16 juillet). Cela peut être lié aux fortes pluies qui lessivent la pollution des sols.

Dans ce fichier, outre un autre record pour le tritium avec 1 500 Bq/L au pied du réacteur n°2 (prélèvement du 14 juillet), il y a deux records de la contamination en strontium dans l’eau de mer prélevée dans le port, entre le quai et la barrière avec 1 500 Bq/L. Les prélèvement d’eau de mer datent du 1er juin 2015, car la mesure du strontium prend du temps. A chaque fois, c’est plus que la contamination bêta totale du même échantillon qui est de 1 200 Bq/L, sans que cela ne trouble TEPCo. Le strontium est un émetteur bêta : sa contamination doit être inférieure à celle en bêta total !

Rappelons, à titre de comparaison, que TEPCo se refuse de rejeter dans l’océan une eau qui aurait plus de 1 500 Bq/L pour le tritium et plus de 5 Bq/l en bêta total.

A l’embouchure du port, la contamination en césium continue à osciller. Cela doit être lié aux pluies.

Des nouvelles de Chikurin

Nous avions annoncé que Chikurin, le laboratoire citoyen d’analyse de la radioactivité mis en place au Japon grâce au soutien de l’ACRO, s’agrandissait pour faire face à la demande d’analyses. La deuxième chaîne de mesure vient d’être mise en service. Voir les photos sur la page dédiée.

La campagne d’analyse de la contamination des poussières par l’étendage de linge se poursuit. Les données peuvent être visualisées sur une carte. Les données sont aussi en ligne en japonais. Voir la présentation du projet en japonais.

De l’iode-131 dans les égouts

Fukushima dairy note que les résultats de la surveillance de la contamination des boues de station d’épuration à Fukushima font apparaître une forte contamination en iode-131 au mois de mai. Cela monte jusqu’à 794,4 Bq/kg sec le 23 mai 2015. La contamination s’est maintenue à des niveaux significatifs jusqu’à la fin de mois. Les données pour juin ne sont pas encore publiques.

Il s’agit, fort probablement, de rejets liés aux applications médicales de l’iode-131. Cet élément, qui a une demi-vie de 8 jours, avait récemment été aussi détecté dans l’eau potable à Chiba. Les rejets hospitaliers devraient être mieux contrôlés.

 

Pour faire face à la demande d’analyses, Chikurin s’agrandit

Chikurin, le laboratoire citoyen mis en place au Japon avec le soutien de l’ACRO s’agrandit pour faire face à une forte demande d’analyses. Voir les photos. Il y a un accord avec les « seikatsu-club » pour l’alimentation, toujours des urines et une surveillance des poussières émises par le chantier à Fukushima daï-ichi. Pour ces dernières, comme les préleveurs d’air sont chers et complexes à mettre en œuvre, Chikurin a développé une méthode accessible à tous avec les linges étendus, comme sur la photo.

P1110445Cette méthode donne des résultats comparables à ceux obtenus avec du matériel de prélèvement plus sophistiqué.

Une partie des résultats sont accessibles en anglais sur la base de données collaborative Minna no data.

Le nouveau matériel de mesure qui sera mis en œuvre en juin prochain est de la même qualité que celui utilisé actuellement. En fait, lors des premières années de la catastrophe, il était difficile d’obtenir du matériel de mesure performant car la demande a explosé. Les grandes compagnies qui dominent la marché ont fortement augmenté leurs tarifs. L’ACRO a un devis destiné à un autre laboratoire pour une chaîne de spectrométrie gamma similaire à celle que nous avons financée et installée au Japon, dans le laboratoire Chikurin, mais proposée par Canberra : c’est trois fois plus que ce que nous avons payé chez Itech ! L’ordinateur, avec clavier et OS japonais, était proposé à 4 280 euros HT, avec l’imprimante. Et il n’est même pas plaqué or… La catastrophe a aussi ses profiteurs.

Nous nous sommes fournis dans une PME française qui n’a pas augmenté ses tarifs. Mais les délais d’attente étaient plus long. Nous avons donc aussi acheté un détecteur d’occasion pour pouvoir commencer plus rapidement les mesures au Japon. C’est ce détecteur fourni par l’ACRO qui sera remis en route en parallèle de l’autre chaîne de mesure toute neuve.