Le gouvernement pourrait céder face à la pression et rendre public le témoignage de Masao Yoshida, l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi, devant la commission d’enquête mise en place par le gouvernement. Des versions de ce témoignage circulent et il devient intenable de le garder secret. Il va consulter la famille avant de prendre sa décision.
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Action en justice pour obtenir la publication du témoignage du directeur
Un groupe de Japonais, incluant des actionnaires de TEPCo qui ont porté plainte contre la direction de la compagnie, vient de débuter une nouvelle action en justice pour demander que le témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi à la commission d’enquête mise en place par le gouvernement soit rendu public. L’ancien directeur, Masao Yoshida, est maintenant décédé.
L’Asahi a publié des extraits traduits en anglais de ce témoignage.
Ce groupe demandera aussi la publication des témoignages des 772 personnes interrogées par la commission d’enquête.
Témoignages sur les premiers jours
Kyodo News, l’agence de presse japonaise, a réussi à recueillir le témoignage direct de travailleurs présents sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi durant les premiers jours de la catastrophe. Une première dépêche relate l’action des « commandos » envoyés pour ouvrir manuellement les valves de dépressurisation de l’enceinte de confinement du réacteur n°1.
Le 12 mars 2011 matin, moins de 24 heures après le tsunami, il y avait urgence à dépressuriser cette enceinte pour garantir son intégrité, ce qui signifie rejeter des gaz radioactifs dans l’atmosphère. Mais il était impossible d’ouvrir les valves à distance, faute de courant électrique. Le directeur de l’usine a donc décidé d’envoyer deux équipes les ouvrir manuellement. La première équipe est partie à 9h04 le 12 mars et a réussi sa mission après avoir pris une dose de 25 millisieverts. Kyodo News a recueilli le témoignage de Hideyoshi Endô, chef de la deuxième équipe, 51 ans. Il était à la maison lors du séisme et tsunami et devait prendre son service à 21 heures. Il a parcouru les 13 km qui le séparaient de la centrale à pied et est arrivé dans la nuit. Pour cette mission effectuée avec deux autres personnes, il était équipé d’une combinaison anti-feu, une assistance respiratoire avec une autonomie de 20 minutes et un dosimètre limité à 1 000 millisieverts par heure. Cette deuxième équipe devait aller au pied du réacteur, près de la chambre de suppression toroïdale (en forme de beignet), où les niveaux de radiation sont plus élevés. Elle est partie à 9h24.
Après avoir ouvert la porte du bâtiment réacteur, le dosimètre indiquait un débit de dose de 500 millisieverts par heure. L’intérieur était empli de vapeur ou poussières. Deux membres de l’équipe sont descendus et ont entendu des bruits bizarres, comme des coups. Le dosimètre indiquait des valeurs entre 900 et 1 000 millisieverts par heure.
A une trentaine de mètre de la valve, le dosimètre saturait, ce qui signifie que le débit de dose était supérieur à 1 000 millisieverts par heure, sans savoir combien. Le chef d’équipe a donc décidé de faire demi-tour. Sur le chemin du retour, son collègue n’était plus derrière lui. Il lui a donc indiqué de se dépêcher après l’avoir attendu.
Pendant cette mission de 8 minutes, il a pris 89 millisieverts et son collègue 95. Mais comme le dosimètre a saturé, c’est forcément plus. Ils ont dû quitter la salle de contrôle pour ne pas prendre des doses supplémentaires.
Plus d’un an plus tard, un robot a mesuré jusqu’à 10 300 millisieverts par heure près de la chambre de suppression.
Plainte contre les dirigeants de TEPCo
Une plainte collective avait été déposée contre 42 personnes, les accusant de négligences ayant entraîné la mort. Parmi elles, les patrons de TEPCo, des politiques, hauts fonctionnaires… En septembre dernier, les procureurs avaient retenu la plainte mais avaient conclu qu’il n’était pas possible de prouver leur culpabilité. Un tel tsunami n’était pas prévisible et il n’y avait pas de preuve de négligence.
5 700 plaignants ont fait appel pour que 6 anciens présidents, vice-présidents et autres dirigeants de TEPCo et le jury citoyen constitué de 11 personnes tirées au hasard a conclu que trois présidents et vice-présidents devaient être inculpés. Il s’agit de Tsunéhisa Katsumata, Sakaé Mutô et Ichirô Takékuro. Le dossier de Akio Komori doit encore être examiné. Le jury a notamment justifié sa décision sur le fait que TEPCo avait prédit qu’un tsunami de 15,7 m était possible mais n’a rien fait : la vague du 11 mars 2011, 15,5 m au plus haut à la centrale situé à 10 m au dessus du niveau de la mer. TEPCo aurait dû prendre des mesures de protection.
Les procureurs vont donc revoir leur copie. Si les procureurs maintiennent leur position et le jury aussi, c’est ce dernier qui a gain de cause et il y aura inculpation.
Suite à la catastrophe nucléaire, trois enquêtes indépendantes ont été menées : l’une mise en place par le gouvernement de l’époque, l’une par le parlement et la dernière par une fondation privée. Les trois rapports, aussi disponibles en anglais, ont beaucoup apporté mais soulignaient qu’ils subsistent de fortes interrogations sur le déroulé de l’accident et ses conséquences. Mais il ne s’est rien passé depuis. Aucune autre investigation ou étude n’a été lancée. Pas plus qu’un suivi indépendant des conséquences à long terme. Tous les documents et entretiens de la commission gouvernementale n’ont pas été rendus publics.
La décision du jury d’appel relatif à l’inculpation de cadres de TEPCo est venu rappeler que le public attend que toute la lumière soit faite sur ce qui s’est passé et que les responsabilités soient clairement établies. Ce devrait être fait avant toute autorisation de redémarrage d’un réacteur nucléaire.
Rapport américain sur les leçons de Fukushima
L’Académie Nationale des Sciences américaine vient de publier un rapport sur les leçons de Fukushima appliquées aux réacteurs nucléaires américains. Le rapport est accessible gratuitement en ligne ici, après s’être inscrit.
TEPCo a publié un communiqué de presse pour dire que le rapport ne faisait que reprendre ce que TEPCo a déjà mis en place. Et de se féliciter des leçons qui vont permettre une amélioration de la sûreté des réacteurs de la planète. Pour peu, la compagnie se féliciterait presque de l’accident. Ces gens sont sans vergogne.
Témoignage de l’ancien directeur en ligne
L’Asahi a fini de mettre en ligne des extraits traduits en anglais du témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi durant les premiers mois de la catastrophe. Quant au gouvernement, il ne semble toujours pas disposé à tout rendre public.
Incendie sur un générateur
Il y a eu un petit incendie dans un générateur électrique à la centrale de Fukushima daï-ichi. Voir le communiqué et la photo.
Petit tsunami à Fukushima
Un séisme de magnitude 6,8 a eu lieu à 4h22 à 129 km au large de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il a été suivi par un petit tsunami d’une vingtaine de centimètres maximum. Il faisait 10 cm à Sôma, au Nord de la centrale.
TEPCo a annoncé qu’il n’y a eu aucune conséquence à la centrale de Fukushima daï-ichi. Le niveau de la vague n’a pas pu y être mesuré car le système de surveillance des tsunamis a été détruit le 11 mars 2011.
Cet événement est venu rappeler qu’il était temps que la NRA impose à TEPCo de protéger la centrale accidentée des séismes et tsunamis. L’eau contaminée des sous-sols contaminera la mer. Quant aux câbles et tuyaux tout autour des réacteurs, on peut se demander légitimement ce qui se passera.
Typhon Neoguri
Le typhon Neoguri (raton laveur en coréen) se dirige vers l’Est du Japon et approche de la centrale de Fukushima daï-ichi. Les vents sont moins forts, mais des trombes d’eau sont tombées sur les zones traversées entraînant parfois des glissements de terrain.
Les réceptacles situés autour des cuves sont vidés pour pouvoir retenir la nouvelle eau de pluie. Les grues sont amarrées.
Voir le communiqué de TEPCo.
Témoignage
Témoignage d’un enseignant de l’université de Fukushima sur la gestion des premiers jours de la catastrophe.