L’Asahi a commencé une nouvelle série basée sur le témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi, maintenant décédé. C’est ici en anglais.
Le premier chapitre concerne la fuite des travailleurs le 15 mars 2014, révélée par ce quotidien.
Archives par mot-clé : Généralités sur l’accident
Photos satellite
Comme noté par le blog ex-skf, Google met en ligne des images satellite assez récentes de la centrale accidentée.
Suite des révélations de l’Asahi sur les premiers jours
Dans la nuit du 14 au 15 mars 2011, la direction de TEPCo à Tôkyô aurait voulu abandonner la centrale devenue trop dangereuse. La compagnie a depuis démenti. Mais le premier ministre de l’époque et toute son équipe maintiennent ces faits. Dans la matinée du 15, le premier ministre s’est rendu dans les locaux de TEPCo pour leur intimer l’ordre de ne jamais abandonner la centrale nucléaire autrement il n’y aura plus de Japon. Il a aussi laissé sur place un fonctionnaire chargé de récupérer toute l’information pertinente que TEPCo rechignait à transmettre. Ce dernier a pris des notes durant cette phase critique de la crise.
Il a autorisé le quotidien Asahi à consulter ses carnets. Ken’ichi Shimomura a été choqué par ce qu’il a vu. TEPCo ne transmettait que très peu d’informations. Dans la cellule de crise du premier ministre, on pensait que le siège de TEPCo ne savait pas grand chose. Mais K. Shimomura a alors découvert tout ce que TEPCo savait sans le transmettre.
Il s’est rendu au siège de TEPCo à 6h07. A son arrivée, le premier ministre tançait TEPCo.
Vers 6h14, il note qu’un bruit fort a été entendu au niveau du réacteur n°2 et qu’il y a eu une baisse brutale de la pression. TEPCo pense alors que le fond de la cuve s’est effondré.
Peu avant 7h, TEPCo veut déplacer le centre de crise sur place, à la centrale daï-ichi, sans que l’on sache où. Le déménagement n’aura pas lieu.
Vers 9h38, un incendie est déclaré dans la piscine du réacteur n°4. 7 minutes plus tard, K. Shimomura note que le feu est incontrôlable. Mais il s’est éteint tout seul vers 11h.
K. Shimomura note aussi que les officiels du centre de crise à Tôkyô semblaient peu concernés. D’autres haut-fonctionnaires présents sur place ont ressenti la même chose.
En ce qui concerne la fuite de 90% des travailleurs présents vers la centrale daï-ni, TEPCo prétend qu’ils n’avaient fait qu’obéir. Cependant, K. Shimomura n’a pas enregistré un tel ordre. Il ne souvient pas non plus avoir entendu quelque chose de tel.
Vers 6h50, il note que TEPCo a fait savoir au cabinet du premier ministre que les travailleurs vont revenir d’ici une heure environ, après avoir vérifié les débits de dose. Il pensait alors qu’ils étaient tout près. Il n’a jamais imaginé qu’ils étaient allés à daï-ni, 12 km plus loin et qu’ils avaient ôté leurs vêtements de protection. Il ne leur était alors pas possible de rentrer en une heure.
De fait, les premiers travailleurs sont revenus vers midi.
K. Shimomura n’a jamais été interrogé par la commission d’enquête gouvernementale. On ne lui a jamais demandé ses carnets non plus.
Témoignages cachés de la commission d’enquête
Les révélations du Asahi basées sur le témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi continuent de faire des vagues. La commission d’enquête gouvernementale a interrogé 722 personnes dont le verbatim n’a jamais été rendu public. Même leur identité n’est pas connue. Il y a 1 479 heures d’enregistrement.
Un groupe d’actionnaires de TEPCo et d’autres personnes ont annoncé une action légale pour obtenir ces documents et est prêt à mener une action en justice pour obtenir gain de cause. Le gouvernement s’est alors engagé à les publier si les personnes interrogées donnent leur accord. Il a 30 jours pour répondre, une fois la demande officielle déposée.
Cependant, le gouvernement se garde le droit de retenir certains passages s’ils concernent des tiers ou la sécurité de la nation.
Dans l’interview consultée par l’Asahi, l’ancien directeur, maintenant décédé, donne son accord à la publication.
Ce même groupe d’actionnaires envisage aussi une action en justice contre TEPCo pour clarifier les responsabilités des dirigeants dans la catastrophe.
L’Asahi a interrogé 72 hommes politiques. 11 d’entre eux ont reconnu avoir été interrogés par la commission d’enquête gouvernementale et 10 ont donné leur accord à la publication de leur témoignage. Parmi eux, il y a Naoto Kan, premier ministre durant les premiers mois de la catastrophe. Yukio Edano, le chef de cabinet de l’époque aussi.
En revanche, le gouvernement ne semble toujours pas disposé à rendre public le témoignage de Masao Yoshida, qui était alors directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi.
Où sont les inspecteurs en cas d’accident ?
L’Asahi revient sur un autre épisode trouble des premières heures de la catastrophe à partir du témoignage de Masao Yoshida, l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi.
Les inspecteurs de la NISA, l’ancienne autorité de sûreté, ont quitté la centrale dans les premières heures de l’accident. Ils se sont réfugiés dans le PC de crise situé à 5 km, qui a dû être évacué dans la ville de Fukushima, à 50 km, car il n’était pas adapté.
Les autorités n’avaient donc aucun relai sur place pour obtenir des informations et dépendaient entièrement de TEPCo. Les relations n’étaient pas bonnes, voire tendues, ce qui est inévitable lors d’un accident de cette ampleur.
La nouvelle loi japonaise requiert que des inspecteurs de la NRA, la nouvelle autorité, restent dans la salle de contrôle décentrée en cas d’accident. Mais combien de temps ? Rien n’est dit. La limite de dose pour les fonctionnaires en cas d’accident est de 100 mSv. Elle était de 250 mSv pour les travailleurs, jusqu’à décembre 2011.
Témoignage de M. Yoshida et réacteur n°3
L’Asahi continue d’éplucher le témoignage de Masao Yoshida, l’ancien directeur de Fukushima daï-ichi. Cette fois-ci, le quotidien s’interroge sur l’interruption de l’injection d’eau dans le réacteur n°3 le 13 mars 2011.
Si vous avez bonne mémoire, l’injection d’eau de mer dans le réacteur n°1 avait déjà fait polémique. Faute d’eau douce, de l’eau de mer avait été utilisée. La question avait été traitée au cabinet du premier ministre et le siège de TEPCo avait demandé à M. Yoshida de suspendre l’injection d’eau de mer. Il avait passé outre l’ordre.
Le même problème a eu lieu pour le réacteur n°3, le 13 mars. A 5h42, après avoir été alerté que les cuves d’eau douce étaient vides, M. Yoshida ordonne d’utiliser de l’eau de mer. Mais à 6h43, il aurait reçu un coup de fil depuis la ligne de TEPCo installée dans la cellule de crise du premier ministre. Il ne sait plus qui l’a appelé. L’ordre lui est donné d’éviter au possible l’eau salée, qui est corrosive. On peut imaginer que TEPCo espérait encore sauver des réacteurs. Il a répondu qu’il ferait de son mieux pour trouver de l’eau douce.
Vers 9h13, un des vice-présidents de TEPCo suggère, dans une visio-conférence, d’utiliser de l’eau de mer.
A 12h18, M. Yoshida donne l’ordre d’utiliser l’eau de mer car les nouvelles sources d’eau douce sont taries. Il pensait que cela prendrait 10 minutes. Cela a pris une heure pendant laquelle il n’y a pas eu d’injection d’eau. L’eau de mer est arrivée à 13h11.
L’IRSN fait le point
L’IRSN fait le point sur la situation à la centrale de Fukushima daï-ichi. Les lecteurs fidèles de ce blog n’apprendront rien de neuf.
Suite du feuilleton Yoshida
Suite du feuilleton de l’Asahi basé sur le témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi, Masao Yoshida. Ce témoignage de 400 pages résulte d’interviews menées par la commission d’enquête gouvernementale et est resté secret. Les autres épisodes sont ici.
M. Yoshida reconnaît une erreur de jugement à propos du réacteur n°1 qui a pu conduire à une accélération de la fusion du cœur du réacteur n°1.
Le combustible irradié d’un réacteur nucléaire dégage beaucoup de chaleur qu’il faut refroidir. Suite aux séisme et tsunami, il n’y avait plus de courant électrique pour refroidir le cœur. Il existe, sur ce type de réacteur, un condenseur qui recueille la vapeur d’eau, la refroidit et la réinjecte dans le cœur pour assurer un refroidissement. Il s’agit de l’ultime système de secours qui fonctionne sans électricité. Le refroidissement se fait en passant dans une cuve pleine d’eau qui s’évapore. Et quand cette cuve est vide, il n’y a plus de refroidissement de la vapeur, ni du cœur du réacteur.
Dès le 11 mars au soir, un employé s’est inquiété de l’eau dans la cuve du condenseur et a alerté M. Yoshida en suggérant de la remplir à l’aide d’une pompe fonctionnant à l’essence. Mais il ne connaissait pas le fonctionnement de ce système qui n’avait jamais été utilisé à la centrale. Il l’a reconnu devant la commission d’enquête, tout en exprimant ses regrets. Il n’a donc pas compris la demande de la salle de contrôle et a ordonné aux ouvriers d’injecter de l’eau dans la cuve du réacteur, et non dans la cuve du condenseur, négligeant le refroidissement.
Il n’y a eu aucune information ou suggestion à ce propos venant du siège de TEPCo.
Ce n’est que vers 23 h, quand le débit de dose avait déjà fortement augmenté, qu’il a réalisé que le condenseur ne fonctionnait pas. Les estimations faites a posteriori montrent que le cœur avait déjà fondu à ce moment là.
Suites du témoignage de M. Yoshida
L’Asahi continue d’éplucher le témoignage secret de Masao Yoshida, l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi à propos des premiers jours de la catastrophe. Le quotidien lui a même dédié une page spéciale.
Par manque d’eau, le refroidissement du réacteur n°3 s’est arrêté le 14 mars 2011. La pression a commencé à monter et l’intégrité de l’enceinte de confinement est menacée. Dans les premières heures de la journée, TEPCo a essayé de relâcher de la vapeur d’eau, radioactive, mais a échoué. A 6h23, elle considère donc un éventage à sec, qui consiste à rejeter des gaz beaucoup plus contaminés que la vapeur d’eau, de 100 à 1 000 fois plus.
Vers 7h, la compagnie a fait une simulation et a estimé que les gaz iraient vers le Nord-Ouest, c’est à dire vers la terre, et non l’océan. La dose à la thyroïde à Minami-Sôma est estimée à 250 millisieverts alors que la limite pour la prise de pastilles d’iode était alors de 100 mSv (50 en France et au Japon actuellement).
A 7h49, le gouvernement aurait demandé à TEPCo de ne pas communiquer à ce sujet. Le manuel d’urgence de la compagnie lui impose pourtant de partager ce type d’information avec le gouvernement et les autorités locales afin de protéger au mieux les populations.
L’éventage à sec n’aura pas lieu. TEPCo a continué de tenter à relâcher de la vapeur d’eau à la place, en vain. C’est l’explosion hydrogène du réacteur n°3 à 11h01 qui réduira la pression dans l’enceinte de confinement.
M Yoshida a expliqué que sa priorité était de gérer la catastrophe, pas de communiquer. Quant à TEPCo, elle confirme ne pas avoir communiqué car rien n’était décidé et que, finalement, cela n’a pas été nécessaire…
Si un accident devait à nouveau se produire au Japon, les règles de communication ne sont toujours pas claires.
Le témoignage de Masao Yoshida, le directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi maintenant décédé, va rester secret. Ainsi en a décidé le gouvernement qui dit respecter les vœux du directeur. Si la famille acceptait la publication, le gouvernement serait prêt à revoir sa position. Le président de l’autorité de sûreté ne l’aurait pas lu. A quoi sert-il alors ?
Le précédent gouvernement avait réagi positivement en mettant en place cette commission d’enquête. Qu’y a-t-il à craindre à tout rendre public ? L’Asahi prétend que dans son témoignage, M. Yoshida, accepte sa publication dans le futur.
Les révélations de l’Asahi font des vagues
Les révélations du Asahi de la veille continuent à faire des vagues. Le quotidien se demande comment l’on pourra tirer les leçons de la catastrophe si l’on ne dit pas la vérité. Dans un éditorial, il se demande s’il y aura encore des volontaires pour braver le danger en cas d’accident. Le président de la NRA, la nouvelle autorité de sûreté, n’aurait pas connaissance du document révélé par l’Asahi.
Le New-York Times, dans un éditorial, s’interroge sur la crédibilité du témoignage de TEPCo et du gouvernement, qui semblent plus préoccupés par le redémarrage des réacteurs que par la vérité.
TEPCo n’a mis aucun commentaire en anglais sur son site Internet.