Indemnisation de l’étudiante : TEPCo lâche prise

On s’en souvient, TEPCo a demandé à la famille d’une étudiante de rembourser les indemnités reçues une fois que cette dernière est partie étudier à Tôkyô car elle n’est plus considérée comme évacuée. La famille refuse et TEPCo aurait renoncé à porter l’affaire devant la justice.
Les autres familles dans une situation similaire ont consulté la commission ad-hoc et TEPCo a convenu de ne pas leur réclamer de remboursement des sommes déjà versées. En revanche, la compagnie refuse toujours de publier ses règles d’indemnisation.
Le Maïnichi, qui a révélé cette affaire, y est probablement aussi pour quelque chose dans le règlement favorable aux familles.

Sendaï : problèmes avec les plans d’urgence

Dans un éditorial expliquant pourquoi le redémarrage de la centrale de Sendaï (Kagoshima) est prématuré, le Japan Times, cite, en particulier, le plan d’urgence nucléaire qui n’est pas finalisé. Il n’est pas instruit par la NRA, bien qu’il s’agisse du 5ième niveau de « défense en profondeur ».
Les moyens de transport pour les personnes qui n’ont pas de véhicule et les patients des hôpitaux et cliniques ne sont pas connus précisément. Les lieux d’accueil où la contamination des évacués sera contrôlée ne sont pas encore désignés. Et puis, les autorités ne vont distribuer des comprimés d’iode que dans un rayon de 5 km. Elles n’ont pas encore terminé, puisque seulement 70% des personnes concernées les ont reçus. C’est 10 km en France, 20 en Belgique et 50 km en Suisse…

Les étudiants ne sont plus réfugiés et doivent rembourser

Selon le Maïnichi, TEPCo a établi que les étudiants qui partent étudier ne sont plus considéré comme « évacués » et doivent rembourser les indemnités qu’ils auraient perçues durant cette période. Le quotidien a obtenu un document interne qui explique que si le bail a été signé avant le 11 mars 2011, l’étudiant n’est plus considéré comme réfugié à partir du moment où il déménage. Et comme il n’y a pas d’université dans la zone évacuée, cela concerne beaucoup de monde.
TEPCo ne communique pas sur le sujet et refuse de rendre publiques les règles qui lui servent à indemniser. Un millier d’élèves originaires des zones évacuées ont terminé le lycée au printemps 2011 (cf 23 octobre) et sont donc potentiellement concernés.

Exercice de crise

Les autorités ont effectué un exercice de crise à la centrale de Tomari à Hokkaïdô qui a consisté en l’évacuation d’un millier de personnes et à la distribution de comprimés d’iode, ou plutôt d’un ersatz dans ce cas, à une trentaine de personnes de Kyowa, commune située à moins de 5 km de la centrale. C’est la première fois que cette distribution est testée, alors que les nouveaux plans prévoient une pré-distribution, comme en Europe. Les comprimés n’ont pas été distribués aux femmes qui allaitent ou à leur enfant car rien n’est prévu pour eux !

TEPCo demande le remboursement d’indemnisations

Selon le Maïnichi, TEPCo réclame à une étudiante de 21 ans de lui rembourser une partie des indemnisations qu’elle a reçues, environ 9 millions de yens (66 000 euros) sur 16 millions (117 000 euros), mais cette dernière refuse.
TEPCo avait déjà réclamé des remboursements à ses employés. C’est la première fois qu’elle le fait pour quelqu’un d’extérieur à la compagnie.
Que s’est-il passé ? Cette jeune fille terminait le lycée à Futaba en mars 2011 et toute sa famille a dû évacuer. Elle était acceptée dans une école d’infirmière dans la région de Tôkyô avant le 11 mars 2011, y est allé et a maintenant terminé ses études. Elle travaille dans un hôpital. Les parents se sont rendus dans un bureau de TEPCo, en juin dernier, pour régler leur situation vis à vis des indemnisations et ont clarifié la situation de leur fille. En septembre 2014, ils ont reçu une demande de remboursement car la compagnie estime qu’elle avait choisi avant la catastrophe d’aller à Tôkyô et qu’elle cessait donc d’être évacuée à partir du moment où elle a déménagé. Elle réclame donc le remboursement de 7,3 millions de yens versés au titre de l’indemnisation de la souffrance mentale, 480 000 yens au titre de l’évacuation et 1,28 millions de yens pour les effets personnels perdus. Sur ce dernier point, TEPCo estime qu’en allant étudier dans une autre région, elle doit, de toute façon, racheter des effets personnels et qu’elle n’a pas à indemniser ce qui a été perdu…
Les parents sont scandalisés : la famille est originaire d’une zone de « retour difficile », euphémisme pour dire retour impossible avant longtemps. Quand leur fille est partie faire ses études, elle n’était pas indépendante financièrement et elle ne peut toujours pas revenir dans sa commune d’origine. Et TEPCo n’a jamais rendu publiques les conditions d’indemnisation. Elle a aussi refusé de justifier sa décision quand elle a été interrogée par le quotidien.
TEPCo indemnise environ 80 000 personnes actuellement et les changements de situation pour étude, changement professionnel ou suite à un mariage vont se multiplier. Un millier d’élèves originaires des zones évacuées ont terminé le lycée au printemps 2011. S’ils ont quitté la région, il se peut que TEPCo leur réclame aussi un remboursement des indemnisations. Une femme évacuée qui s’est mariée en octobre 2011 et a quitté la région, a vu ses indemnisations au titre de la souffrance mentale coupées. Elle estime que sa souffrance n’a pas cessé, a déposé une demande d’arbitrage et a obtenu gain de cause. Les indemnisations ont repris.
Il faudrait que les autorités édictent des règles justes et claires.

Lacunes dans la préparation à l’évacuation en cas d’urgence

Les autorités locales peinent à établir des plans d’évacuation des populations en cas d’accident nucléaire. 40% des communes n’y seraient pas encore parvenu, selon le gouvernement japonais. Le trafic engendré va fortement ralentir l’évacuation, exposant les populations dans les véhicules où elles sont peu protégées. Il n’est pas toujours facile pour trouver un abri pour tous les habitants vivant à moins de 30 km des centrales. Ils sont presqu’un million autour de Tôkai (Ibaraki) et 740 000 autour de Hamaoka (Shizuoka). C’est encore plus compliqué pour les personnes âgées et les personnes hospitalisées qui ont besoin d’assistance et de soins.
Et là où les plans sont terminés, comme autour de la centrale de Sendaï (Kagoshima) ou dans la province de Fukui, il y a encore de nombreuses lacunes. Plusieurs responsables locaux considèrent qu’ils ne sont pas réalistes.
L’exemple japonais prouve qu’il n’est pas possible d’avoir un plan d’évacuation effectif si l’on veut faire les choses sérieusement. Ce qui signifie que les plans européens ne seront pas fiables en cas d’accident.

Par ailleurs, chaque pays nucléarisé se doit d’avoir un logiciel pour prédire les retombées radioactives en fonction de la météo en cas d’accident grave. Au Japon, il s’appelle SPEEDI et n’a servi à rien lors de la catastrophe de mars 2011. Les experts ne pouvaient estimer la quantité de radioéléments qui étaient rejetés et donc la quantité qui retombaient. La seule information disponible était où ils retombaient. Mais cela n’a pas été transmis aux personnes concernées et de nombreuses personnes ont évacué vers des zones plus contaminées.
La nouvelle autorité de sûreté japonaise, la NRA, a décidé de ne pas utiliser SPEEDI en cas de nouvel accident, car il ne serait pas fiable. On ne sait pas comment elle va faire.

Levée de l’ordre d’évacuer à Kawauchi

L’ordre d’évacuer va être levé le 1er octobre pour une partie du village de Kawauchi qui est à moins de 20 km de la centrale accidentée. Les travaux de décontamination sont terminés, affirme le gouvernement et les infrastructures (routes etc) rétablies.
C’est la deuxième zone où l’ordre d’évacuer est levé à moins de 20 km. La précédente était le district de Miyakoji dans la commune de Tamura, qui jouxte celle de Kawauchi, au Nord.
275 personnes, réparties dans 139 foyers sont concernées. Dans la partie Ouest de Kawauchi, située entre 20 et 30 km, il avait d’abord été demandé aux habitants de rester confinés, puis de partir s’ils le pouvaient ou le voulaient. Le retour y est possible depuis longtemps, mais de nombreux habitants ne sont jamais rentrés. Il en sera de même dans la nouvelle zone. En effet, seulement 48 habitants de 22 foyers avaient demandé à pouvoir rentrer et passer la nuit chez eux pour pouvoir préparer leur retour.
Il y avait 2 800 habitants à Kawauchi. 54 d’entre eux, répartis dans 18 foyers, ne peuvent pas encore rentrer à cause de la contamination radioactive.
L’aide financière s’arrêtera dans un an, au 30 septembre 2015, que les habitants soient rentrés ou pas.

Plans d’évacuation peu réalistes

Selon l’Asahi, il n’y a pas assez de bus pour évacuer la population autour de plusieurs centrales nucléaires japonaises, dont celle de Sendaï (Kagoshima), qui devrait être la première à redémarrer. Et certaines compagnies de transport rechignent à exposer leurs employés en cas d’accident.
A Sendaï, les autorités provinciales n’ont réussi à s’assurer le service que d’un quart seulement des bus nécessaires pour évacuer la population située dans un rayon de 10 km. Le plan d’urgence doit aller jusqu’à 30 km…
Un syndicat de chauffeurs a fait savoir qu’il refuserait le plan s’il n’y a pas des mesures de protection de précisées. Quelle est la dose maximale qu’ils seraient autorisés à prendre ? Auront-ils un dosimètre ? Qu’en est-il de la prophylaxie à l’iode ? Devront-ils en prendre plusieurs fois ? A Fukushima, lors de la phase d’urgence, en mars 2011, aucun chauffeur n’aurait refusé d’aller chercher des personnes à évacuer. En revanche, des livreurs ont refusé d’aller dans les zones où il y avait ordre de confinement.
Le décompte qui a été fait suppose qu’une partie de la population évacuera par ses propres moyens et les bus sont pour les personnes qui ont besoin d’assistance ou qui n’ont pas de véhicule. Il faudrait environ 415 bus de 30 à 50 places. Seulement une centaine serait disponible.
A Tottori, il faudrait un millier de bus en cas d’accident à la centrale nucléaire de Shimané, la province voisine. Il n’y en aurait que la moitié. Et Shimané aurait besoin de 5 000 bus pour ses propres habitants ! Il n’y en a 10 fois moins.