Plus d’un millier de maisons seront détruites à Fukushima

La télévision publique, la NHK, a interrogé 9 communes partiellement ou complètement évacuées et évalue à plus de 1 080 le nombre de maisons qui seront détruites même si elles ont été décontaminées. C’est à Naraha qu’il y en a le plus, avec 870.

Les autorités locales estiment qu’il s’agit d’un véritable gaspillage d’argent public. La décontamination prend environ deux semaines et coûte de l’ordre d’un million de yens (7 300 euros) en moyenne.

La pluie et les animaux sauvages ont endommagé ces habitations abandonnées par leurs habitants à cause de la radioactivité. Certaines familles ont refait leur vie ailleurs et ne veulent plus rentrer.

Que s’est-il passé à Fukushima ?

Résumé des évènements, ACRO.eu.org.

L’accident de fusion du cœur est le plus craint par l’industrie nucléaire. Il y en a eu trois simultanément à la centrale de Fukushima daï-ichi en mars 2011. Comment en est-on arrivé là ?

Les combustibles nucléaires usés dégagent de la chaleur, beaucoup de chaleur et doivent être continuellement refroidis. Après le tremblement de terre d’une magnitude exceptionnelle et le tsunami qui ont frappé le Nord Est du Japon le 11 mars 2011, il y eu perte de l’alimentation électrique et de l’alimentation en eau. Les combustibles des trois réacteurs en fonctionnement ce jour là n’ont pas pu être refroidis et ont fondu. Ils ont percé leur cuve et se seraient partiellement écoulés au niveau du radier en béton. Le dégagement de vapeur a fait augmenter la pression et a endommagé la cuve et l’enceinte de confinement. Il y a eu de forts rejets radioactifs lors de la dépressurisation des réacteurs et des fuites non contrôlées. Des explosions hydrogène ont détruit les bâtiments réacteurs.

Contrairement aux cœurs des réacteurs, les piscines d’entreposage des combustibles usés ne sont pas confinées. En cas de fusion, les conséquences sont beaucoup plus graves. C’est pourquoi les piscines ont été à l’origine d’une grosse frayeur. Une réplique sismique aurait pu les fissurer et rendre impossible le refroidissement. En cas d’incendie ou de relargage de grande ampleur, les employés n’auraient pas pu
accéder au site pour tenter de contrôler les réacteurs. Heureusement, cela n’a pas eu lieu.

Dans de telles circonstances, il convient de saluer le courage des employés de la centrale qui ont fait le maximum pour éviter le pire dans une situation de désastre. Outre les problèmes personnels qui devaient les frapper dans ces circonstances, les personnels ont pris des risques. De plus, les conditions matérielles dans lesquelles ils sont intervenus au tout début étaient déplorables : deux repas par jour, pas de couchage correct, stress…

Fin décembre 2014, 40 000 travailleurs étaient passés sur le site de la centrale. Ils sont de l’ordre de 7 000 par jour actuellement, avec une très forte majorité de sous-traitants. Dans les premiers jours, ils n’avaient pas de dosimètre individuel. Seul le chef d’équipe en avait et il n’était pas forcément le plus exposé. Il a fallu un scandale médiatique pour que d’autres centrales en envoient.

Tout est allé très vite : pour le réacteur n°1, il y a eu fusion complète du cœur, rejets radioactifs massifs et explosion hydrogène en moins de 24 heures. La journée la plus inquiétante a été le mardi 15 mars. Selon le premier ministre de l’époque, TEPCo voulait évacuer la centrale, ce que la compagnie dément. Cela aurait entraîné une catastrophe d’une ampleur beaucoup plus grande.

L’exploitant a longtemps estimé que 70% du combustible du réacteur n°1 était endommagé. Ce chiffre était de 33 et 25% pour les réacteurs n°2 et 3. Il a fallu attendre le mois de mai 2011 pour que TEPCo, l’exploitant, finisse par admettre qu’il y avait eu la fusion des trois cœurs. Ni les autorités japonaises, ni les organismes d’expertise internationaux comme l’AIEA n’ont contredit la compagnie.

Pour refroidir les combustibles TEPCo a versé de l’eau, beaucoup d’eau, par divers moyens. Rendue très radioactive au contact du « corium », le cœur fondu, elle s’est accumulée dans les sous-sols des réacteurs où elle a fini par déborder en mer en avril 2011. La compagnie était face à un dilemme : si elle arrêtait de verser de l’eau, la fusion risquait de reprendre, accompagnée de rejets radioactifs et si elle continuait, cela fuyait vers l’océan. La compagnie a donc pompé l’eau des sous-sols après avoir colmaté la fuite, mais le compte n’y est pas. Elle doit pomper 400 m3 d’eau contaminée en plus de ce qu’elle injecte à cause des infiltrations de la nappe phréatique. Presque quatre ans plus tard, l’eau contaminée, qui continue à s’accumuler, reste un problème majeur. TEPCo a tenté plusieurs solutions pour réduire les infiltrations et les fuites en mer, sans grand succès pour le moment. Le stock est gigantesque, de l’ordre de 400 000 m3, que la compagnie tente de décontaminer partiellement pour pouvoir le rejeter en mer.

Des rejets massifs dans l’environnement

Ces évènements ont entraîné la dispersion de gaz et particules radioactifs qui ont contaminé la centrale et une partie du Japon. Les hommes ne peuvent pas travailler dans les réacteurs où il y a eu une fusion du cœur car le débit de dose y est trop élevé. Sur le site de la centrale, il faut des équipements de protection spécifiques. Enfin, la population a été évacuée dans un rayon de 20 km autour de la centrale et jusqu’à 45 km sous les rejets. Mais, 80% de la radioactivité est allée vers l’océan.

Les populations riveraines ont été évacuées, d’abord dans un rayon de 3 km, puis 10 et enfin 20 km en fonction de l’évolution. Et cela dans des conditions extrêmement difficiles, avec plusieurs évacuations successives ou sous les retombées radioactives. Elles ont d’abord été confinées entre 20 et 30 km, puis invitées à partir. Des ordres d’évacuation tardifs ont entraîné le déplacement de populations supplémentaires jusqu’en septembre 2011 pour certains points chauds. Le seuil fixé par les autorités, de 20 mSv/an pour l’irradiation externe, correspond à la limite des travailleurs du nucléaire en France et est appliquée aux enfants. C’est inacceptable pour de nombreuses familles et celles qui en ont les moyens ont fui par elle même, sans indemnisation.

L’évacuation d’urgence des personnes vulnérables a été la plus dramatique entraînant de nombreux décès. Ce fut le cas, par exemple pour l’hôpital de Futaba où 50 patients sont décédés durant les premiers jours.

Le gouvernement japonais rêve que ce soit une catastrophe réversible avec un retour des populations. Il a engagé un immense chantier de décontamination de larges portions de territoires. Mais pour le moment, il n’existe aucune technique efficace ni de lieu d’entreposage des déchets radioactifs générés. La limite de dose pour le retour reste fixée à 20 mSv/an, ce qui est inacceptable. Beaucoup ont décidé de ne pas rentrer, surtout quand il y a de jeunes enfants.

Internet et les réseaux sociaux ont joué un rôle très important pour répondre à la quête d’informations. De nombreuses associations locales, souvent intitulées “Sauvons nos enfants”, ont aussi été créées dans tout le pays. Elles ont d’abord permis d’échanger sur les problèmes liés à la radioactivité, les conflits qui en résultaient dans la famille, les mesures à prendre pour protéger les enfants et faire pression sur les élus locaux pour décontaminer les écoles, refuser les débris du tsunami, contrôler les repas servis à la cantine, et, à Fukushima, demander un élargissement de l’évacuation, au moins pour les enfants et les femmes enceintes.

L’accès à la mesure de la radioactivité a été un des grands enjeux pour les populations. L’ACRO, laboratoire associatif français créé après la catastrophe de Tchernobyl et basé à Hérouville St Clair, s’est fortement investi pour venir en aide aux populations japonaises. Cela s’est traduit par l’analyse de presque 600 échantillons les plus variés en provenance du Japon et à la création d’un laboratoire de mesure sur place.

 

Article sur les initiatives citoyennes à Fukushima

Le quotidien Asahi consacre un article aux initiatives citoyennes de contrôle de la radioactivité, ce qui est extrêmement rare dans les médias japonais en langue anglaise, bien que, comme nous l’avions expliqué dans un rapport de 2012, elles foisonnent.

A la base, il y a de la défiance envers les autorités, mais aussi une volonté de prendre en main la situation et de mesurer ce qui importe pour les populations. C’est aussi un moyen de maintenir le lien social pour des populations évacuées.

A Iitaté, un village entièrement évacués dans les mois qui ont suivi les rejets massifs, la mairie a mandaté une association locale, Fukushima saïsei no kai, pour faire des mesures régulières. Deux fois par mois, des bénévoles parcourent donc toutes les routes de la commune dans une camionnette équipée d’un GPS et d’un appareil de détection reliés à un ordinateur qui enregistre les données. Les résultats sont mis en ligne (voir une de leur carte).

L’article présente aussi l’association Umilabo, qui, comme son nom l’indique, contrôle la pollution radioactive de la mer. L’initiateur travaille prépare des aliments à base de poissons. Quand on l’interrogeait sur le niveau de contamination, il ne pouvait pas se satisfaire des résultats d’analyse de TEPCo et des autorités régionales. Il a donc commencé les mesures de sédiments marins et de poissons avec des pêcheurs.

A Daté aussi, les résidents se sont organisés pour effectuer des mesures régulières des débits de dose. Dans la zone en question, des maisons ont dû être évacuées car elles étaient à proximité d’un point chaud qui était juste au-dessus de la limite et d’autres n’ont pas été évacuées alors qu’elles étaient juste en dessous. Cela a créé une forte incompréhension et des tensions. Les personnes concernées ont utiliser ces données pour négocier des compensations proches de celles reçues par les personnes évacuées.

C’est aussi l’occasion de rappeler les nombreuses initiatives de l’association Chikurin, non mentionnée dans l’article, mais qui a été créée avec le soutien de l’ACRO, qui a fourni du matériel de détection et une assistance technique. Elle est membre du réseau Minna no data qui surveille l’alimentation et la contamination des sols. Elle effectue de nombreuses analyses sur les urines et a mis au point, récemment, une méthode de surveillance des poussières radioactives qui est accessible au plus grand nombre.

TEPCo accepte d’indemniser les dommages à propriété dans les « points chauds »

Selon le Maïnichi, TEPCo a finalement accepté d’indemniser partiellement des habitants qui ont dû évacuer car leur maison se trouvait à proximité d’un point chaud. Rappelons qu’après l’évacuation d’urgence dans les premiers jours de la catastrophe, il y a eu une évacuation tardive due aux retombées radioactives suivie par des évacuations ponctuelles près de points chauds qui se sont poursuivies jusqu’en septembre 2011. A la fin, la décision était prise maison par maison avec recommandation à l’évacuation, pas ordre à l’évacuation.
52 personnes réparties dans 10 foyers de Minami-Sôma dont les maisons étaient un district classé « point chaud » ont réclamé une indemnisation au titre des dommages à la propriété. Un autre foyer avec 9 personnes d’un autre district s’est associé à la procédure.
TEPCo a accepté de payer 420 millions de yens (3,1 millions d’euros), ce qui correspond en grande partie à la somme recommandée par la commission ad-hoc chargée des conflits relatifs aux indemnisations. En revanche, TEPCo a refusé d’indemniser le foyer situé dans un autre district où il n’y a pas eu de recommandation à l’évacuation. La compagnie tient à faire la distinction entre les maisons situées près d’un point chaud et les autres. La limite entre les deux cas est assez arbitraire et considérée par beaucoup comme trop élevée. Les plaignants restent solidaires et n’accepteront le paiement qui si tous sont indemnisés.
C’est la première fois qu’une telle demande d’indemnisation est acceptée.

Amélioration de la protection des personnes fragiles en cas d’accident nucléaire

Le gouvernement veut améliorer la prise en charge des personnes vulnérables en cas d’accident nucléaire. Rappelons que l’évacuation d’urgence a entraîné le décès de nombreuses personnes hospitalisées et de pensionnaires de maisons de retraite.
Le gouvernement aidé financièrement les hôpitaux et maisons de retraite situés à moins de 5 km des centrales pour qu’ils renforcent leurs bâtiments de façon à ne pas avoir à évacuer dans l’urgence. Entre avril 2012 et mars 2014, il a ainsi donné 260 millions de dollars à 149 structures médicales. Pour répondre à la demande des communes, il étendre les aides jusqu’à 10 km, avec un budget de 76 millions de dollars.
Parmi les mesures, il y a un renforcement des fenêtres et l’installation de filtres sur les systèmes de ventilation.

Demande d’une meilleure indemnisation

344 résidents de Minami-Sôma, qui ont dû évacuer suite à la catastrophe nucléaire, viennent de porter plainte contre TEPCo. Comme ils ne peuvent toujours pas rentrer, ils réclament un doublement d’indemnisation de base et une compensation supplémentaire pour avoir tout perdu. L’accident a rendu impossible le retour sur les lieux où vivaient leurs ancêtres et a détruit le lien social. Ils réclament de l’ordre de 6 à 7 milliards de yens.

Exercice de crise à Kawauchi

Il y a eu un exercice de crise à Kawauchi, dans la province de Fukushima. Le scénario supposait un accident sérieux à la centrale de Fukushima daï-ichi : un séisme a stoppé le refroidissement du réacteur n°3 et que plus de 20 microsieverts par heure ont été détectés dans le village. Les habitants se sont réfugiés dans le village voisin de Tamura.
C’est le premier exercice de crise nucléaire depuis 2011. Il a impliqué 260 habitants et un millier de fonctionnaires.

Les habitants d’Iitaté demandent à être mieux indemnisés

Près de la moitié du village de Iitaté, soit 2 837 personnes, a déposé une demande d’augmentation des indemnisations de TEPCo car leur statut de réfugié se prolonge. Les familles et les communautés sont séparées, ce qui menace l’avenir du village. Ils réclament donc 350 000 yens (2 400 euros) par mois et des excuses de TEPCo. Ils demandent aussi une forte somme pour avoir détruit leur village.

La famille du doyen d’Iitaté en mars 2011 vient de saisir la justice pour demander des compensations à TEPCo. Âgé de 102 ans, il s’était suicidé le 11 avril 2011 alors que le gouvernement a fait part de son intention d’évacuer le village. Il ne voulait pas partir d’où il avait toujours vécu. Trois membres de sa famille réclament 30 millions de yens (plus de 200 000 euros) de dédommagement.