Origine de la fuite récente : le toit du réacteur n°2 ?

TEPCo a découvert une flaque d’eau fortement contaminée sur le toit du réacteur n°2 : la contamination bêta total monte jusqu’à 52 000 Bq/L, dont 23 000 Bq/L de césium-137, et 6 400 de césium-134. Ce pourrait être la source de la fuite détectée dimanche dernier.
La compagnie l’a découverte en recherchant la cause de l’augmentation régulière de la contamination de l’eau dans un autre drain à chaque pluie.
TEPCo a noté cette augmentation en avril 2014 mais n’a rien dit jusqu’à maintenant. En août 2014, la contamination bêta totale est montée à 1 500 Bq/L, dont 760 Bq/L de césium-137 et 250 Bq/L de césium-124. Depuis tout ce temps, cette contamination est forcément sortie du port. TEPCo a été obligée de l’admettre, ce qui a choqué les pêcheurs. TEPCo reste TEPCo.
La compagnie a commencé à éponger l’eau du toit à l’aide de sacs de sable avec de la zéolite et à filtrer l’eau du drain K où l’eau contaminée coule depuis avril dernier.
TEPCo a publié son premier communiqué en anglais aujourd’hui, qui ne mentionne rien de spécial, si ce n’est que les travailleurs n’ont pas été exposés. Puis, un deuxième communiqué en anglais qui explique la situation avec des informations plus techniques relatives à la source de la pollution, avec photos et données.
Les dernières données officielles sur la contamination de l’eau de mer sont ici en anglais.

TEPCo n’a pas trouvé l’origine de la fuite de la veille

TEPCo n’a pas trouvé l’origine de la fuite de la veille après avoir contrôlé de nombreuses cuves et tuyaux. En revanche, elle pense que l’eau est allée jusque dans le port devant la centrale mais qu’elle n’est pas sortie du port. Elle n’a pas détecté d’augmentation de la contamination de l’eau de mer dans le port, ce qui est normal à cause de la dilution.
La contamination bêta totale est redescendue à 20 Bq/L en bêta total vers 22h, là où elle était montée en flèche la veille.
Le drain, qui avait été bouché la veille pour éviter les écoulements, a été rouvert aujourd’hui.
Les données de la contamination de l’eau dans le drainage sont dans ce document en japonais, page 2. Il y en a aussi sur la carte de la page 3. Les données sur la contamination de l’eau de mer dans le port sont page 4.

Reconstitution des évènements dans le réacteur n°2

Le site de veille Fukuleaks a tenté de reconstituer les évènements qui se sont déroulés dans le réacteur n°2 durant les premiers jours de la catastrophe nucléaire. Voir le rapport en anglais. Les auteurs pensent que du combustible fondu aurait pu s’échapper de l’enceinte de confinement que et cela expliquerait que TEPCo n’arrive pas à colmater les fuites dans les galeries souterraines malgré leur bétonnage. L’eau se contaminerait aussi en dehors du bâtiment réacteur.

Nouvelle fuite radioactive sur le site de la centrale

C’est une alarme qui a lancé l’alerte vers 10h : de l’eau fortement contaminée s’écoule dans un drainage sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi qui conduit à la mer. Une autre alarme a sonné 10 minutes plus tard avec des niveaux plus élevés. La contamination bêta totale atteignait entre 5 050 et 7 230 Bq/L avant 11h. C’est 50 à 70 fois plus que ce qui peut être détecté quand l’eau de pluie qui a lessivé les sols s’y écoule. Il est fort possible que cette eau ait atteint le port devant la centrale. Rappelons que la compagnie ne s’autorise pas à rejeter dans la mer une eau plus contaminée que 5 Bq/L en bêta total.
TEPCo ne semble pas connaître l’origine de la fuite pour le moment. Elle n’a pas trouvé de fuite au niveau des cuves pour le moment.

 

Outre les 4 records mentionnés le 16 février dernier, il y a eu plusieurs autres records de la contamination des nappes phréatiques durant la semaine écoulée :
– l’eau pompée en amont des réacteurs pour rejet en mer a une contamination en tritium dans puits n°10 de 810 Bq/L (prélèvement du 16 février 2015), puis, dans les puits n°9 et 11, de 120 et 860 Bq/L respectivement (prélèvements du 19 février 2015). Cela reste inférieur à la limite de 1 500 Bq/L que s’est fixée TEPCo.
– dans le puits de contrôle 2-3 situé au pied des réacteurs, il y a 1 800 Bq/L en tritium (prélèvement du 15 février 2015).

Nouvelles mesures pour l’eau contaminée

TEPCo a mis en ligne de nouvelles pages pour présenter les mesures mises en place pour limiter les fuites vers l’océan. Elle avait déjà installé un système de détournement de l’eau souterraine plus en amont, avec pompage, mise en cuves tampon et rejet en mer après contrôle. L’effet est assez limité.

Elle est en train d’installer un système de drains pour pomper l’eau souterraine aux pieds des réacteurs afin de limiter les infiltrations. En amont, ce système de drain existait déjà et il faut le réparer. Avant la catastrophe, la compagnie était déjà obligée de pomper de l’ordre de 1 000 m3 par jour pour éviter les infiltrations.

Cette fois-ci, elle devrait pomper entre 500 et 700 m3 par jour qui sera partiellement décontaminée à des niveaux permettant son rejet en mer. Mais comme les pêcheurs sont contre, TEPCo explique n’avoir pas encore décidé du sort de cette eau. En attendant, elle ira dans des cuves…

TEPCo espère ainsi diminuer de 200 m3 par jour les infiltrations dans les sous-sols des réacteurs. Cela reste à vérifier…

Il y a aussi une vidéo explicative en anglais. Le dernier bilan de l’eau contaminée est ici et est toujours aussi peu lisible.

Fin de la visite de l’AIEA

Un groupe d’experts de l’AIEA vient de terminer sa troisième visite de neuf jours au Japon avec un passage à la centrale de Fukushima daï-ichi. Lors de la conférence de presse, le chef de la délégation a demandé au gouvernement japonais de trouver une solution pour la gestion à long terme de l’eau contaminée et les déchets engendrés par le démantèlement. Pour l’eau contaminée partiellement décontaminée qui contient beaucoup de tritium, il a suggéré le rejet dans l’océan.

Un rapport préliminaire est en ligne, ainsi qu’un communiqué de presse, des photos et une vidéo qui permettent de voir la centrale. Le rapport final est pour mars prochain.

Quatre records de la contamination près du réacteur n°1

Quatre records de la contamination de l’eau souterraine viennent d’être battus près du réacteur n°1. Dans les puits de contrôle 0-1-2, 0-2, 0-3-1 et 0-4, il y a respectivement 86, 170, 87 et 330 Bq/L en bêta total (prélèvements du 15 février 2015).

A titre de comparaison, TEPCo ne s’autorise pas à rejeter en mer une eau qui aurait plus de 5 Bq/L en bêta total.

Comme le gel des galeries souterraines ne permet pas de colmater les fuites, TEPCo a commencé à les bétonner. Elle poursuit ses travaux et vient de passer au réacteur n°4. La semaine dernière, c’était le réacteur n°2.

Records de contamination de la semaine

Records de contamination de l’eau souterraine lors de la semaine écoulée :

– dans le puits de contrôle E-13, situé en amont des réacteurs mais en aval des cuves, il y a 1 000 Bq/L en tritium (prélèvement du 10 février 2015) ;

– dans le puits de contrôle 0-3-1, situé au pied du réacteur n°1, il y a 140 Bq/L en tritium (prélèvement du 8 février 2015).

Par ailleurs, TEPCo a présenté sa nouvelle unité de traitement du strontium située dans la zone H5 des cuves. Elle a commencé ses opérations le 10 février dernier afin de traiter partiellement l’eau contaminée dans les cuves, faute de pouvoir le faire avec ALPS. Elle va traiter 8 000 m3 d’eau contaminée contenue dans 8 cuves.

Que s’est-il passé à Fukushima ?

Résumé des évènements, ACRO.eu.org.

L’accident de fusion du cœur est le plus craint par l’industrie nucléaire. Il y en a eu trois simultanément à la centrale de Fukushima daï-ichi en mars 2011. Comment en est-on arrivé là ?

Les combustibles nucléaires usés dégagent de la chaleur, beaucoup de chaleur et doivent être continuellement refroidis. Après le tremblement de terre d’une magnitude exceptionnelle et le tsunami qui ont frappé le Nord Est du Japon le 11 mars 2011, il y eu perte de l’alimentation électrique et de l’alimentation en eau. Les combustibles des trois réacteurs en fonctionnement ce jour là n’ont pas pu être refroidis et ont fondu. Ils ont percé leur cuve et se seraient partiellement écoulés au niveau du radier en béton. Le dégagement de vapeur a fait augmenter la pression et a endommagé la cuve et l’enceinte de confinement. Il y a eu de forts rejets radioactifs lors de la dépressurisation des réacteurs et des fuites non contrôlées. Des explosions hydrogène ont détruit les bâtiments réacteurs.

Contrairement aux cœurs des réacteurs, les piscines d’entreposage des combustibles usés ne sont pas confinées. En cas de fusion, les conséquences sont beaucoup plus graves. C’est pourquoi les piscines ont été à l’origine d’une grosse frayeur. Une réplique sismique aurait pu les fissurer et rendre impossible le refroidissement. En cas d’incendie ou de relargage de grande ampleur, les employés n’auraient pas pu
accéder au site pour tenter de contrôler les réacteurs. Heureusement, cela n’a pas eu lieu.

Dans de telles circonstances, il convient de saluer le courage des employés de la centrale qui ont fait le maximum pour éviter le pire dans une situation de désastre. Outre les problèmes personnels qui devaient les frapper dans ces circonstances, les personnels ont pris des risques. De plus, les conditions matérielles dans lesquelles ils sont intervenus au tout début étaient déplorables : deux repas par jour, pas de couchage correct, stress…

Fin décembre 2014, 40 000 travailleurs étaient passés sur le site de la centrale. Ils sont de l’ordre de 7 000 par jour actuellement, avec une très forte majorité de sous-traitants. Dans les premiers jours, ils n’avaient pas de dosimètre individuel. Seul le chef d’équipe en avait et il n’était pas forcément le plus exposé. Il a fallu un scandale médiatique pour que d’autres centrales en envoient.

Tout est allé très vite : pour le réacteur n°1, il y a eu fusion complète du cœur, rejets radioactifs massifs et explosion hydrogène en moins de 24 heures. La journée la plus inquiétante a été le mardi 15 mars. Selon le premier ministre de l’époque, TEPCo voulait évacuer la centrale, ce que la compagnie dément. Cela aurait entraîné une catastrophe d’une ampleur beaucoup plus grande.

L’exploitant a longtemps estimé que 70% du combustible du réacteur n°1 était endommagé. Ce chiffre était de 33 et 25% pour les réacteurs n°2 et 3. Il a fallu attendre le mois de mai 2011 pour que TEPCo, l’exploitant, finisse par admettre qu’il y avait eu la fusion des trois cœurs. Ni les autorités japonaises, ni les organismes d’expertise internationaux comme l’AIEA n’ont contredit la compagnie.

Pour refroidir les combustibles TEPCo a versé de l’eau, beaucoup d’eau, par divers moyens. Rendue très radioactive au contact du « corium », le cœur fondu, elle s’est accumulée dans les sous-sols des réacteurs où elle a fini par déborder en mer en avril 2011. La compagnie était face à un dilemme : si elle arrêtait de verser de l’eau, la fusion risquait de reprendre, accompagnée de rejets radioactifs et si elle continuait, cela fuyait vers l’océan. La compagnie a donc pompé l’eau des sous-sols après avoir colmaté la fuite, mais le compte n’y est pas. Elle doit pomper 400 m3 d’eau contaminée en plus de ce qu’elle injecte à cause des infiltrations de la nappe phréatique. Presque quatre ans plus tard, l’eau contaminée, qui continue à s’accumuler, reste un problème majeur. TEPCo a tenté plusieurs solutions pour réduire les infiltrations et les fuites en mer, sans grand succès pour le moment. Le stock est gigantesque, de l’ordre de 400 000 m3, que la compagnie tente de décontaminer partiellement pour pouvoir le rejeter en mer.

Des rejets massifs dans l’environnement

Ces évènements ont entraîné la dispersion de gaz et particules radioactifs qui ont contaminé la centrale et une partie du Japon. Les hommes ne peuvent pas travailler dans les réacteurs où il y a eu une fusion du cœur car le débit de dose y est trop élevé. Sur le site de la centrale, il faut des équipements de protection spécifiques. Enfin, la population a été évacuée dans un rayon de 20 km autour de la centrale et jusqu’à 45 km sous les rejets. Mais, 80% de la radioactivité est allée vers l’océan.

Les populations riveraines ont été évacuées, d’abord dans un rayon de 3 km, puis 10 et enfin 20 km en fonction de l’évolution. Et cela dans des conditions extrêmement difficiles, avec plusieurs évacuations successives ou sous les retombées radioactives. Elles ont d’abord été confinées entre 20 et 30 km, puis invitées à partir. Des ordres d’évacuation tardifs ont entraîné le déplacement de populations supplémentaires jusqu’en septembre 2011 pour certains points chauds. Le seuil fixé par les autorités, de 20 mSv/an pour l’irradiation externe, correspond à la limite des travailleurs du nucléaire en France et est appliquée aux enfants. C’est inacceptable pour de nombreuses familles et celles qui en ont les moyens ont fui par elle même, sans indemnisation.

L’évacuation d’urgence des personnes vulnérables a été la plus dramatique entraînant de nombreux décès. Ce fut le cas, par exemple pour l’hôpital de Futaba où 50 patients sont décédés durant les premiers jours.

Le gouvernement japonais rêve que ce soit une catastrophe réversible avec un retour des populations. Il a engagé un immense chantier de décontamination de larges portions de territoires. Mais pour le moment, il n’existe aucune technique efficace ni de lieu d’entreposage des déchets radioactifs générés. La limite de dose pour le retour reste fixée à 20 mSv/an, ce qui est inacceptable. Beaucoup ont décidé de ne pas rentrer, surtout quand il y a de jeunes enfants.

Internet et les réseaux sociaux ont joué un rôle très important pour répondre à la quête d’informations. De nombreuses associations locales, souvent intitulées “Sauvons nos enfants”, ont aussi été créées dans tout le pays. Elles ont d’abord permis d’échanger sur les problèmes liés à la radioactivité, les conflits qui en résultaient dans la famille, les mesures à prendre pour protéger les enfants et faire pression sur les élus locaux pour décontaminer les écoles, refuser les débris du tsunami, contrôler les repas servis à la cantine, et, à Fukushima, demander un élargissement de l’évacuation, au moins pour les enfants et les femmes enceintes.

L’accès à la mesure de la radioactivité a été un des grands enjeux pour les populations. L’ACRO, laboratoire associatif français créé après la catastrophe de Tchernobyl et basé à Hérouville St Clair, s’est fortement investi pour venir en aide aux populations japonaises. Cela s’est traduit par l’analyse de presque 600 échantillons les plus variés en provenance du Japon et à la création d’un laboratoire de mesure sur place.

 

Nouvelle tentative de colmater les fuites vers la mer

On le sait, TEPCo veut isoler les sous-sols des réacteurs pour éviter les infiltrations d’eau et les fuites vers l’océan. En amont, elle installe un système pour geler le sol. En aval, il y a de nombreuses galeries souterraines avec des câbles, des tuyaux qui rendent les choses plus complexes. La compagnie avait, en vain, essayé de colmater une galerie du réacteur n°2 en la gelant, puis après plusieurs mois, en y injectant du ciment. Mais les fuites continuent. Elle avait finalement entièrement rempli la galerie de ciment.

La compagnie vient de commencer à injecter du ciment dans une galerie liée au réacteur n°3 comme on peut le voir sur cette photo mise en ligne. Il y a aussi une vidéo explicative.

Avec les deux décès, le mur gelé, en amont, a pris entre deux semaines à un mois de retard. Si TEPCo doit emplir de ciment toutes les galeries en aval, il y aura plus de retards.