En attendant un centre de stockage centralisé, les déchets issus de la décontamination s’amoncellent un peu partout à Fukushima. Le Maïnichi a interrogé 47 communes de Fukushima à propos de ces déchets et 46 ont répondu. Il en ressort qu’il y a 859 sites d’entreposage dans 40 communes avec un total de 3,2 millions de mètres cubes (chiffres à la fin juillet 2014).
En octobre 2011, le gouvernement pensait reprendre ces déchets d’ici 3 ans, mais il n’en est rien. Les mairies ont donc loué les terrains pour 3 ans et de nombreux baux arrivent à échéance. L’échéance de 3 ans sera dépassée pour 104 sites d’ici fin janvier 2015, avec un total de 178 192 m3.
La commune de Kawamata a demandé au gouvernement de reprendre les déchets de ses 9 sites d’ici là. Celle de Kawauchi a, quant à elle, demandé au gouvernement de renégocier les contrats de location.
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Début des travaux pour la recherche de site
Déchets : loi votée
Combustibles usés
Un comité scientifique japonais a recommandé que les compagnies d’électricité soient contraintes de construire de nouveaux centres d’entreposage des combustibles usés avant d’être autorisées à redémarrer leurs réacteurs nucléaires. Ces entreposages devraient pouvoir durer 30 ans.
Ce même conseil avait pris acte de l’échec gouvernemental de trouver un centre de stockage définitif et avait recommandé que ces combustibles usés soient entreposés de façon réversible pendant des siècles en espérant que les générations futures aient mieux à proposer. C’est dans cette même logique qu’il considère comme « irresponsable » d’autoriser l’exploitation des réacteurs sans avoir des sites d’entreposage. Ce point ne fait pas partie des nouvelles règles de sûreté.
Ce comité n’a qu’un rôle de conseil et le gouvernement n’est pas obligé de suivre.
Opposition à l’implémentation d’un centre de stockage
Deux communes où le gouvernement veut implanter un centre de stockage de déchets radioactifs liés à la catastrophe nucléaire (boues de station d’épuration, cendres d’incinérateurs, paille contaminées…), ont voté contre à l’unanimité. Il s’agit de Kami à Miyagi et Shioya à Tochigi. Dans cette dernière commune, une source a été classée de façon à compliquer toute procédure administrative. La zone protégée fait 5 000 hectares et inclut la forêt où le gouvernement voulait s’installer. Toute opération dans cette zone devra obtenir l’accord de la commune.
Transport des déchets
Le gouvernement compte toujours ouvrir ses deux centre d’entreposage des déchets issus de la décontamination à Fukushima en janvier prochain. Comme il veut y mettre entre 20 et 30 millions de m3 de déchets, cela va générer un trafic immense. Les autorités réfléchissent à réduire le nombre de transports : des petits camions vont collecter les déchets, les rassembler en certains lieux où ils seront transportés vers les centres de stockage par de gros camions.
Nouveau report du retraitement
Japan Nuclear Fuel Ltd., l’« exploitant » de l’usine de retraitement de Rokkashô devrait, une fois de plus, retarder la date de démarrage de l’usine au printemps 2016. La première date de démarrage était en 1997 et il s’agira du 21ième report… Le dossier de sûreté a été jugé incomplet par l’autorité de sûreté, la NRA. L’annonce officielle devrait avoir lieu le mois prochain.
On arrive à presque 10 ans de retard. Le coût est aussi passé de 760 à 2 200 milliards de yens (5,4 à 16 milliards d’euros).
Pour certaines centrales, si elles étaient autorisées à redémarrer, se posera le problème de l’entreposage des combustibles usés car les piscines sont presque pleines et devraient être pleines après 3 ans de fonctionnement. Il faudra à nouveau les arrêter… Il y a près de 17 000 tonnes de combustibles usés entreposés principalement dans des piscines de refroidissement.
Le principal ennemi du nucléaire, c’est l’industrie nucléaire elle-même.
Politique du plutonium
Un groupe de travail du ministère de l’industrie s’est réuni à propos de la politique dite de « recyclage » des combustibles usés au Japon. L’usine de retraitement de Rokkashô (Aomori) n’a jamais fonctionné depuis qu’elle est terminée et il n’y a aucun réacteur en fonctionnement pour utiliser le plutonium extrait.
Parler de recyclage est un abus car, même en France, le taux de recyclage est inférieur à 1%. Le Japon y tient pourtant et la question est qui va payer ? Les compagnies d’électricité, qui sont déjà dans le rouge et qui vont affronter un marché libéralisé rechignent. L’Etat et donc les contribuables ?
A la fin 2013, le stock de plutonium du Japon s’élevait à 47,1 tonnes. C’est 2,9 tonnes de plus qu’un an auparavant : 2,3 tonnes viennent du retraitement au Royaume-Uni et 640 kilogrammes n’avaient pas été déclarés l’année précédente. Ces derniers étaient dans le combustible MOx chargé dans le réacteur n°3 de Genkaï qui n’a pas redémarré.
Sur ces 47 tonnes, il y en a 10,8 au Japon. Le reste est en France et au Royaume-Uni.
Problème des déchets
Le gouverneur de Fukushima et les maires de Futaba et Ôkuma doivent rencontrer le premier ministre pour lui transmettre leur accord pour les deux centres d’entreposage des déchets radioactifs issus de la décontamination.
Les négociations avec les 2 000 propriétaires des 16 km2 de terrain nécessaire vont pouvoir commencer. Certains sont toujours opposés au projet.
Il est toujours question d’un entreposage temporaire pour 30 ans, qui doit être inscrit dans la loi. C’est une absurdité et un vrai mensonge. Qui acceptera ces déchets dans 30 ans ? Les politiques n’ont aucune piste à proposer pour le moment. Ils n’ont pas réussi, avant la catastrophe, à trouver un site pour les autres déchets, comment y arriveront-ils après ?
Et puis, le volume est considérable : de 25 à 30 de millions de mètres cube. Une dizaine de stades de France remplis ! Le nombre de voyages en camion pour apporter ces déchets se compte en millions. Qui peut imaginer déménager tout cela dans 30 ans ?
Mais comme les autorités n’ont toujours pas reconnu officiellement qu’il y a des zones où les habitants ne rentreront pas, elles ne peuvent pas proposer un centre définitif.
Pour le moment, tout est mis dans des sacs plastiques qui ne résistent pas toujours avec le temps, sans traçabilité, répartis sur près de 54 000 sites. Comment cela va-t-il être repris, traité, emballé etc ? Aucune information à ce sujet dans les médias japonais.
Les déchets radioactifs empoisonnent aussi les autres provinces touchées par les retombées radioactives. A Chiba, des boues de station d’épuration et des cendres d’incinérateurs contaminées à plus de 8 000 Bq/kg de trois communes particulièrement exposées sont entreposées sur des terrains appartenant à la province. Le gouvernement doit proposer un site définitif, mais il n’y arrive pas à cause de l’opposition des riverains. Les autorités régionales ont donc demandé aux municipalités, Kashiwa, Matsudo and Nagaréyama, de reprendre leurs déchets si le gouvernement ne propose pas de solution avant mars 2015. Elles ont accepté. Il y en a 526 tonnes en tout.
La ville de Kashiwa va proposer un budget de 400 millions de yens au conseil municipal pour installer un centre où les 296 tonnes de déchets pourront être reprises par la suite. Mais le lieu n’a pas encore été trouvé et les riverains risquent de s’y opposer.