Le riz de Fukushima continuera à être contrôlé systématiquement

Depuis 2012, les autorités régionales de Fukushima contrôlent chaque sac de riz de 30 kg produit dans la région et destiné au marché. Pour cela, elles ont acheté 202 chaînes de mesure dédiées pour un coût total de 4 milliards de yens (30 millions d’euros) environ. Les dépenses de fonctionnement, quant à elles, s’élèvent à 5 milliards de yens (37 millions d’euros) par an en comptant les salaires. Plus de 10 millions de sacs de riz sont contrôlés par an. Comme la confiance des consommateurs n’est pas revenue, ce contrôle systématique se poursuit pour la moisson 2015, même si la situation s’améliore.

En 2012, 71 sacs avaient dépassé la limite de mise sur le marché fixée à 100 Bq/kg. C’était 28 en 2013 et 2 en 2014. Dans ce dernier cas, les deux sacs n’étaient pas destinés au marché mais à l’auto-consommation. Il y a encore de nombreuses rizières où la culture n’a pas repris. C’est le cas, en particulier, des zones évacuées. Les quelques expériences menées ont pour seul but de tester les niveaux de contamination résiduelle.

A Naraha, où l’ordre d’évacuer a été levé le mois dernier, la moisson du riz planté à titre expérimentale a eu lieu devant les médias, avec le maire et la mascotte du village. Si les résultats s’avéraient bons, la culture du riz pourrait reprendre. Cependant, seulement 6% des agriculteurs qui produisaient du riz avant 2011 comptent en planter en 2016.

 

La contamination de l’eau à la centrale en septembre 2015

Les mois passent et se ressemblent : toujours les mêmes problèmes avec l’eau contaminée.

En amont des réacteurs, mais en aval des cuves de stockage, la contamination en tritium de l’eau pompée pour être rejetée en mer a encore battu quelques records. Dans le puits n°9, elle est montée à 330 Bq/L le 10 septembre, puis 340 Bq/L le 17 septembre. C’est moins que la limite de rejet que TEPCo s’est fixée à 1 500 Bq/L. En revanche, dans le puits voisin n°10, la contamination a tritium a aussi battu des records avec 2 100 Bq/L le 21 septembre, puis 2 300 Bq/L le 28 septembre. TEPCo compte sur la dilution pour que le rejet respecte les règles.

Au pied des cuves de la zone G, la contamination en tritium de la nappe phréatique a aussi battu un record avec 9 800 Bq/L le 17 septembre, dans le puits G2. Le lendemain, c’est le puits voisin qui bat son propre record, avec 3 600 Bq/L, puis 4 400 Bq/L le 19 septembre. Puis, une série de records successifs sont battus dans le puits G2, avec 10 000 Bq/L le 21 septembre, 17 000 Bq/L le 24 septembre, 19 000 Bq/L le 26 septembre et 20 000 Bq/L le 27 septembre.

Au pied des réacteurs, la contamination de l’eau souterraine peut être beaucoup plus élevée. De nombreux records sont régulièrement battus. Le puits de contrôle n°1 mérite l’attention. Le 3 août, la contamination en strontium-90 bat un record à 2 800 Bq/L. Ce même, jour, il y aurait 2 600 Bq/L en bêta total, alors que le strontium est un émetteur bêta. Cela ne perturbe pas TEPCo d’afficher des résultats aberrants. Dans le puits voisin, TEPCo annonce 520 000 Bq/L pour le strontium-90, 33 900 Bq/L en césium et… 500 000 Bq/L en bêta total. Il y a d’autres cas suspects. La compagnie comprend-elle ce qu’elle publie ou se contente-t-elle d’être “transparente” pour lutter contre les “rumeurs néfastes” ?

La contamination bêta totale affichée pour le puits n°1 continue de monter : le 31 août, c’est 3 800 Bq/L, puis 3 900 Bq/L le 7 septembre et 4 700 Bq/L le 10 septembre. Le 14 septembre, on arrive à 6 000 Bq/L et 6 100 Bq/L le 17, 6 800 Bq/L le 21 septembre. Il finit le mois, le 28, à 7 300 Bq/L.

L’eau de pluie peut aussi être chargée en tritium : 320 Bq/L dans les cuves. L’eau qui s’écoule en surface, depuis les cuves de la zone H4, où il y a eu une fuite par le passé, a battu deux records successifs de la contamination bêta total : 150 Bq/L le 10 septembre et 280 Bq/L le 12 septembre. Elle finit dans le port, comme les eaux souterraines.

Dans le port, le long du rivage, il y a eu plusieurs records de battu allant jusqu’à 152 Bq/L pour le césium le 7 septembre.

A l’embouchure du port, la contamination en césium de l’eau de mer a connu quelques soubresauts. Elle a dépassé 3 Bq/L le 8 septembre, alors qu’elle est généralement inférieure au Bq/L. Les mesures ont été interrompues pendant quelques jours suite aux intempéries. Il y a eu un autre pic le 18 septembre avec plus de 4 Bq/L suivi par un plateau à environ 3 Bq/L et une nouvelle interruption. Puis, la contamination reste relativement élevée plus de 2 Bq/L jusqu’à la fin du mois. La pollution radioactive n’est donc pas piégée dans le port comme le prétend l’exploitant.

Enfin, les poissons pêchés dans le port continuent à être fortement contaminés : de 93 à 1 390 Bq/kg. Au large, à moins de 20 km de la centrale, la situation s’améliore : aucun poisson ne dépasse la limite de mise sur le marché, fixée à 100 Bq/kg. La valeur la plus élevée est de 53 Bq/kg. TEPCo donne aussi 5 résultats de la contamination en strontium-90 de poissons pêchés au large. Elle est beaucoup plus faible que celle en césium.

Toutes les données du mois de septembre sont ici en ligne.

Des champignons contaminés au-delà de la limite à Gunma

Les résultats mis en ligne par le ministère de la santé font apparaître que des champignons avec une contamination en césium plus élevée que la limite de 100 Bq/kg ont été commercialisés à Gunma en septembre. Les quatre échantillons concernés ont une contamination qui va de 120 à 480 Bq/kg (Information repérée par Fukushima dairy).

Les champignons vont rester contaminés durant des décennies, à l’instar de ce que l’ACRO observe en Europe.

Fukushima : les voix silencieuses

Un appel à soutien a été lancé pour financer un documentaire sur les voix silencieuses de Fukushima. La présentation du projet contient déjà deux vidéos assez personnelles de la réalisatrice, une Japonaise originaire de Fukushima et vivant en France.

Ajout du 3 octobre : Voir l’interview de la réalisatrice à Fukushima-blog.org

Le désarroi des mères de Fukushima

Le Japan Times propose un excellent article sur le désarroi des mères de Fukushima face à la radioactivité. Rester, partir ou rentrer est encore un dilemme après plus de quatre années.

Celles qui sont restées vivent dans la crainte des radiations et celles qui sont parties font face à des accusations d’avoir abandonné leurs proches. C’est une situation où l’on perd à tous les coups.

Pour Yukiko (les prénoms ont été changés), la trentaine, qui est partie avec sa fille de 6 ans en laissant son mari à Fukushima : “consciemment ou inconsciemment, les femmes connaissent le rôle que l’on attend d’elle dans la famille. Mais après le tremblement de terre et la catastrophe nucléaire, tout a changé. Je ne peux plus vivre selon ces attentes, et la société me juge”.

Elle ajoute : “honnêtement, je ne connaissais pas grand chose à propos des réacteurs nucléaires à Fukushima. Mais je savais combien les fortes doses de radiation pouvaient être dangereuses. Je suis partie à Tôkyô dans la semaine qui a suivi la catastrophe. Mon mari est resté à Fukushima, mais j’étais déterminée à partir avec, comme priorité, la sécurité de ma fille. Chaque fois que je rentre à Fukushima pour un enterrement ou une fête, les membres de ma famille me posent toujours la même question : “quand rentres-tu, c’est sûr maintenant ?“. Les liens familiaux se sont distendus.”

“Si je suis forcée de rentrer à Fukushima, je dois prétendre que je ne crains par la radioactivité, alors que ce n’est pas vrai.”

Rappelons que ces “évacués volontaires” ne bénéficient pas d’une aide financière. Certaines mères ne peuvent pas se permettre de partir car elles n’en ont pas les moyens. Elles culpabilisent aussi. C’est le cas de Hiroko, la trentaine, qui a dû rester avec sa famille de cinq personnes et les animaux domestiques : “C’est étrange, car plus personne ne parle de leurs soucis liés à la catastrophe. C’est comme si elle n’avait jamais existé, les gens ont effacé la réalité.” Les mères qui sont restées peuvent aussi être critiquées. Hiroko ajoute : “Parfois, quand je suis seule à la maison, je pleure, en pensant à l’avenir des mes enfants. J’ai peur qu’ils tombent malades, que les êtres que je chéris le plus m’en veulent un jour de n’avoir pas pu les protéger. C’est ma plus forte crainte.”

Pour Yuriko qui, à plus de 70 ans, est restée à Minami-Sôma : “certaines personnes faisaient confiance au gouvernement et ont continué à vivre ici, mais d’autres ne pouvaient plus supporter de vivre tous les jours dans la crainte et sont parties. Personne ne savait que croire et les communautés ont éclaté.”

Alors que la priorité des autorités est la reconstruction de la région, la pression est forte sur les mères pour qu’elles gardent leurs craintes pour elles. Certaines ont créé des groupes de discussion pour échanger. Le but est de permettre aux mères de famille de pouvoir discuter avec d’autres dans la même situation. Akiko témoigne : “J’ai pu parler avec d’autres femmes de sujets qu’il n’est pas possible d’aborder au quotidien, comme les limites de contamination de la nourriture ou les niveaux de radiation. J’ai aussi pu me faire des amies dans le groupe et je ne me sens plus aussi seule maintenant.”

Production laitière à Fukushima

Suite à la catastrophe nucléaire de 2011, 76 producteurs de lait ont dû évacuer ou arrêter leur production à cause de la pollution radioactive, ou des “rumeurs néfastes”, pour reprendre la novlangue post-catastrophe. Seulement 13 ont repris leurs activités.

Sur tout la province de Fukushima, la production totale de lait est, avec 80 000 tonnes par an, de 20% inférieure à sont niveau de 2010.

Cinq éleveurs de Minami-Sôma, Namié et Iitaté se sont regroupés pour exploiter une nouvelle ferme de 580 vaches dans la ville de Fukushima. La ferme, qui vient tout juste d’être terminée, a été financée par le gouvernement, la région et la coopérative laitière de Fukushima.

Données sur la contamination de l’eau et des poissons au mois d’août 2015

Voici quelques données extraites des nombreux tableaux sur la contamination de l’eau souterraine, de l’eau de mer et des poissons au mois d’août 2015.

TEPCo pompe toujours l’eau en amont des réacteurs pour le rejeter directement dans l’océan. Dans le puits de pompage n°9, la contamination en tritium a battu plusieurs records successifs : 280 Bq/l dans le prélèvement du 30 juillet, puis 310 Bq/l dans celui du 13 août et 320 Bq/L dans celui du 20 août. Puis, il y a eu une redescente à 300 Bq/l dans celui 27 août. C’est moins que la limite de rejet de 1 500 Bq/L. Dans le puits voisin n°10, cela dépasse parfois 1 500 Bq/L, mais avec la dilution, TEPCo respecte ses engagements.

Dans l’eau souterraine prélevée aux pieds des réacteurs, la contamination est toujours beaucoup plus élevée. Des records sont régulièrement battus ça et là. Ainsi, dans les prélèvements du 29 juillet, la contamination en tritium a atteint 9 200 et 2 700 Bq/L dans les deux puits. Parfois, c’est contamination bêta totale qui bat des records, comme dans le prélèvement du 3 août dans le puits n°1, avec 2 600 Bq/L, puis 2 900 Bq/L dans celui du 9 août et 3 200 Bq/L dans celui du 13 août et 3 700 Bq/L le 27 août.  Là, la limite de rejet en mer est, à titre de comparaison, de 5 Bq/L. Evidemment, il y a des puits beaucoup plus contaminés, même si des records n’y sont plus battus. Cela montre jusqu’à 500 000 Bq/L en bêta total ou 100 000 Bq/L en tritium.

TEPCo met aussi en ligne des résultats sur la contamination en strontium-90 pour des prélèvements plus anciens, car la mesure prend du temps. Ainsi, dans ceux du 2 juillet, les résultats obtenus pour le strontium dépassent souvent ceux en bêta total, sans que cela ne semble gêner TEPCo. Le strontium est pourtant un émetteur bêta. Un record a été battu dans le puis n°1 avec 1 800 Bq/L. Cela monte jusqu’à 780 000 Bq/L dans un puits voisin, là où il avait 660 000 Bq/L en bêta total.

La contamination de l’eau de mer dans le port devant la centrale n’est pas en reste. Au milieu du port, il y a eu un record dans le prélèvement 28 août avec 79 Bq/L pour la somme des deux césium. A l’embouchure, du côté de l’océan, la contamination en césium mesurée en continu a eu quelques pics de concentration à la mi-août et atteint presque 2 Bq/L.

Du côté des poissons, ceux prélevés dans le port sont tous contaminés. La plus forte valeur est de 23 900 Bq/kg pour les deux césiums. Au large, à moins de 20 km de la centrale, tous les spécimens contrôlés avait une contamination inférieure à la limite de mise sur le marché de 100 Bq/kg. La plus forte contamination est de 25 Bq/kg.

Par ailleurs, le Japon et la Corée ne se sont pas entendus à propos de leur différend relatif à l’importation de produits marins et le Japon a donc sollicité la création d’un groupe d’arbitrage par l’OMC.

Tous les résultats du mois d’août sont ici en ligne.

L’AIEA publie son rapport sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi

L’AIEA a publié son rapport sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Il y a 1 200 pages en tout réparties en

avec des annexes.

En feuilletant rapidement certaines parties, il apparaît que ce rapport a beaucoup puisé dans les rapports des commissions d’enquête gouvernementale et parlementaire et n’apporte pas beaucoup d’information nouvelle.

Dans sa communication, l’AIEA a mis en avant deux points repris par les médias :

  • une trop grande confiance dans la sûreté des installations nucléaires et un manque de préparation pour faire face à l’accident (il aurait été difficile de dire l’inverse…)
  • qu’il est peu probable qu’il y ait une augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima.

Accord final des pêcheurs pour le rejet en mer de l’eau souterraine décontaminée

Comme nous l’avions signalé fin juillet, les pêcheurs ont fini par accepter que TEPCo rejette dans l’océan l’eau souterraine pompée au pied des réacteurs, après l’avoir décontaminée partiellement. Ils ont donc obtenu satisfaction sur les garanties supplémentaires demandées. Il y avait notamment le maintien des compensations tant que l’accident affecte leur activité.

Le pompage devrait commencer en septembre prochain. La compagnie espère ainsi diviser par deux les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des réacteurs qui sont actuellement de 300 m3 par jour.

Rappelons qu’elle pompait cette eau souterraine avant la catastrophe, mais elle n’était pas contaminée à l’époque.