Lire l’étude ACRO pour Greenpeace Belgique sur l’insuffisance des plans d’urgence nucléaire belges en français et en néerlandais :
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Nouvel obstacle franchis pour la centrale de Sendaï
Kyûshû Electric vient de franchir une étape supplémentaire dans sa quête d’obtenir l’autorisation de redémarrage de ses réacteurs nucléaires n°1 et 2 de la centrale de Sendaï (Kagoshima). La NRA avait, le 16 juillet dernier, approuvé le rapport de sûreté de la compagnie et l’a soumis à l’appréciation du public pendant un mois. Elle a reçu 17 819 commentaires, qu’elle aurait partiellement pris en compte pour donner son avis final. Une reformulation de certains passages a été effectuée et des items ajoutés, mais il n’y a pas eu de changement dans les conclusions.
Mais ce n’est pas fini : il reste de nombreux travaux de remise aux normes à effectuer et des milliers de pages à écrire et instruire, décrivant, de façon plus précise, les plans de construction, les nouveaux équipements, les procédures de fonctionnement et la réponse à un accident. Il faudra aussi inspecter les équipements. Il y en a pour des mois.
Et puis, la compagnie devra aussi obtenir l’accord des autorités locales. Mais le maire de la commune qui héberge la centrale et le gouverneur de Kagoshima ont déjà fait part de leur opinion favorable. Ils dépendent financièrement de la centrale. Ce n’est pas le cas d’autres communes situées dans la zone de préparation à l’urgence d’un rayon de 30 km, mais leur avis n’est pas officiellement pris en compte.
Le plan d’urgence n’est pas satisfaisant et la NRA doit encore établir ses règles de sûreté face au risque volcanique. La NRA pourrait demander des garanties supplémentaires sur ces deux points, qui faisaient souvent partie des commentaires du public.
Mais, le gouvernement est tellement pressé de redémarrer le nucléaire – le 15 septembre, cela fera un an qu’il y a un arrêt complet du parc – qu’il devrait passer outre. A l’inverse des Etats-Unis, la loi japonaise n’oblige pas d’avoir des plans d’urgence effectifs pour obtenir une autorisation de fonctionner.
Exercice de crise : levée d’un tabou
Le Japon va faire un exercice de crise à la centrale de Shika, sur la côte de la Mer du Japon, en supposant qu’il y a simultanément un séisme et un accident nucléaire. Cela devrait durer deux jours en novembre prochain. Des habitants dans un rayon de 5 km vont être évacués préventivement, des pensionnaires des maisons de retraite mis dans des pièces protégées… 200 000 personnes habitent dans un rayon de 30 km autour de la centrale.
Rappelons que la Commission d’Enquête Indépendante sur l’Accident Nucléaire de l’Assemblée Nationale Japonaise (Nuclear Accident Independent Investigation Commission of Japanese National Assembly, NAIIC) précise que souligne aussi que « le séisme Chuetsu-oki de la province de Niigata qui a eu lieu le 16 juillet 2007, a entraîné plusieurs incidents à la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa. Suite à cet événement, de nombreux experts ont réclamé que la préparation aux accidents prenne en compte la possibilité de catastrophes complexes. Cependant, aucun effort n’a été fait, ni par le gouvernement, ni par les autorités municipales, pour se préparer à des situations complexes avant l’accident qui a eu lieu à la centrale de Fukushima daï-ichi ».
La Commission d’Enquête Indépendante sur l’Accident Nucléaire de Fukushima, mise en place par une fondation privée, ajoute : « En 2010, par exemple, les autorités régionales de la province de Niigata, sur la côte Ouest, ont planifié un exercice de crise impliquant un séisme et un accident nucléaire. C’était un sujet sensible puisque trois ans auparavant un séisme au large avait provoqué l’arrêt de la centrale nucléaire de TEPCo située sur la côte de Niigata. Mais l’Agence pour la Sûreté Nucléaire et Industrielle (Nuclear and Industrial Safety Agency, NISA), l’agence de régulation nucléaire de l’époque, a fait savoir aux autorités locales qu’un exercice de crise nucléaire suite à un séisme créerait « des inquiétudes inutiles et de l’incompréhension » parmi les résidents ».
Il aura fallu un accident grave pour briser le tabou…
Première distribution de comprimés d’iode
Les autorités ont commencé à distribuer des pastilles d’iode autour de la centrale de Sendaï (Kagoshima), dont le dossier de sûreté a été jugé recevable par la NRA.
La NRA avait recommandé de distribuer les pastilles dans un rayon de 30 km et la distribution n’a lieu que dans un rayon de 5 km ! Il n’y aura pas de distribution au-delà. Le Japon peine à tirer les leçons de la catastrophe en cours. A Fukushima, il aurait fallu distribuer de l’iode jusqu’à 50 km !
4 700 personnes sont concernées autour de Sendaï. 2 661 personnes en ont reçu ce dimanche après avoir vu un médecin. La deuxième distribution aura lieu en septembre prochain.
C’est la première fois que de telles pastilles sont distribuées au Japon. 39 personnes les ont refusées.
Evaluation du temps d’évacuation
Les autorités régionales de Shizuoka ont estimé qu’il fallait au moins 28 heures pour évacuer les 860 000 habitants dans un rayon de 30 km autour de la centrale. Pour obtenir ce résultat très optimiste, elles ont supposé que les habitants partiraient en bon ordre et suivaient les instructions pour éviter les embouteillages. Il y aurait aussi 3 personnes par véhicule ! Dans un cas moins optimiste, l’évacuation pourrait prendre deux jours selon la préfecture. Ce serait le cas suite à un fort séisme. Et donc, des habitants seraient fort probablement exposés.
Les 50 000 habitants à moins de 5 km mettraient environ 24 heures pour aller au-delà des 30 km.
Le temps passé dans la voiture, où l’on est moins bien protégé que dans un bâtiment en dur, va de 8 heures environ à une trentaine d’heures en fonction des hypothèses.
Ces chiffres ne prennent pas en compte l’endommagement du réseau routier ni l’évacuation des personnes dépendantes dans les hôpitaux et les maisons de retraite.
Nous en avions déjà parlé le 14 janvier dernier, un cabinet privé avait estimé que cette même évacuation pouvait prendre jusqu’à 6 jours si l’autoroute était coupée suite à un séisme par exemple et que tous les bus n’étaient pas disponibles.
La différence entre les deux estimations est énorme ! Demander l’estimation du temps d’évacuation, à l’instar de ce qui se fait aux Etats-Unis, est un progrès. La France devrait en prendre de la graine. Mais si cela conduit à des estimations basées sur des hypothèses irréalistes, cela ne sert à rien. Une contre expertise de ces travaux est donc indispensable.
A Hyôgo, les autorités régionales ont rendu publiques leur estimation de la dose à la thyroïde que les enfants pourraient recevoir en cas d’accident nucléaire dans la province voisine de Fukui. Dans 31 communes sur 41, cela pourrait dépasser la limite de 50 mSv à la glande pendant la première semaine. C’est à partir de cette limite qu’il faut prendre des pastilles d’iode. Pour cela, elle a, à chaque fois, supposé des conditions météo défavorables.
De son côté, le gouverneur de Niigata, où il y a la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa avec ses 7 réacteurs, pense que, même si la sûreté des réacteurs est garantie par la NRA, les autorités locales ne sont pas prêtes à faire face en cas d’accident. Il sait de quoi il parle car il a dû faire face au séisme de 2007 qui avait entraîné l’arrêt prolongé de la centrale. Sa province a aussi accueilli de nombreux réfugiés de Fukushima.
Les chauffeurs de bus accepteront-ils d’aller chercher les gens dans des zones contaminées ? De quelle protection bénéficieront-ils ? Ne faut-il pas changer leur statut ?
Evaluation du temps d’évacuation
Les autorités locales doivent préparer un plan d’évacuation dans un rayon de 30 km autour de chaque centrale nucléaire et, à l’instar de ce qui est exigé aux Etats-Unis, elles doivent aussi évaluer le temps d’évacuation. Selon l’agence Kyodo, cette estimation a pris de retard dans 11 provinces concernées sur 21 : Aomori, Fukui, Fukuoka, Saga, Nagasaki, Kagoshima, Fukushima, Niigata, Shizuoka, Tottori et Shimané.
Evaluation du temps d’évacuation à Hamaoka
Un groupe de recherche privé (Kankyo Keizai Kenkyujo) a évaluer qu’il fallait au minimum 12 heures pour évacuer les populations dans un rayon de 30 km autour des centrales nucléaires japonaise. Si des routes sont endommagées par un séisme, cela pourrait prendre jusqu’à 5 jours et demi autour de Tôkaï (Ibaraki) où il y a près d’un million d’habitants et 6 jours autour de Hamaoka (Shizuoka) où il y a 740 000 personnes. Il serait donc quasiment impossible de protéger les populations en cas d’accident complexe impliquant aussi un séisme, car une mise à l’abris de 5 à 6 jours n’est pas tenable non plus.
L’étude s’est basée sur les plans d’évacuation et a supposé que 30% des bus enregistrés et 50% des voitures individuelles étaient disponibles. Elle a pris en compte les forts embouteillages engendrés qui vont freiner l’arrivée des secours à la centrale.
Les autorités régionales de Hokkaïdô avaient aussi estimé qu’il fallait un minimum de 12 heures et demie pour évacuer la population autour de Tomari. Voir l’article du Maïnichi qui rapporte l’étude.
Redémarrer les réacteurs implique aussi améliorer le réseau routier des zones les plus peuplées.
La province de Fukushima a effectué un exercice de crise dans la zone évacuée, où les habitants sont autorisés à retourner durant la journée seulement, en imaginant un accident dans les centrales nucléaires de Fukushima. Une vingtaine de véhicules ont sillonné la zone avec des haut-parleurs pour prévenir les habitants de rester enfermés. Le message n’a pas été bien entendu dans 26 lieux sur 36. Les personnes équipées d’un vieux téléphone portable n’ont pas reçu de mail d’urgence. En revanche, les talkies-walkies prêtés aux habitants de Futaba et Ôkuma, ont été efficaces. Les autorités régionales vont essayer d’améliorer le plan d’urgence.

