Arrêts définitifs de réacteurs nucléaires

Ce ne sera pas un scoop pour les lecteurs de ce blog : une part significative du parc nucléaire japonais ne redémarrera jamais. Parmi ceux qui ne redémarreront pas, il y a les 10 réacteurs de Fukushima, dont 4 sont accidentés et deux arrêtés définitivement à daï-ichi. Les 4 autres, à daï-ni, n’obtiendront jamais l’accord des autorités locales.
Il y a aussi deux réacteurs de Tsuruga (Fukui) qui sont sur une faille active. L’exploitant tergiverse encore, mais il n’a pas le choix (cf 4 septembre).
Kansaï Electric envisagerait d’abandonner définitivement deux réacteurs de sa centrale de Mihama (Fukui) qui ont plus de 40 ans, mais de demander le redémarrage des réacteurs 3 et 4 de celle de Takahama (Fukui). Avant la catastrophe nucléaire, KEPCo voulait aller jusqu’à 50 ans pour sa centrale de Mihama. Les autorités locales étaient d’accord. Mais depuis, le coût de remise aux normes est devenu trop élevé et il y a une faille qui menace. Ces deux réacteurs ont une puissance cumulée de 840 MW, ce qui est faible par rapport aux autres plus récents. La décision sera prise avant la fin de l’année.
Kyûshû Electric pourrait aussi arrêter définitivement le réacteur n°1 de sa centrale de Genkaï, qui a 38 ans.
Le parc initial avait 54 réacteurs, moins 6 arrêtés définitivement, il en reste donc officiellement 48.
Le 15 septembre prochain, cela fera exactement un an que tout le parc est à l’arrêt. Le gouvernement tablerait sur l’arrêt définitif du quart du parc restant, considéré comme trop vieux ou nécessitant des investissements trop élevé. Il espère ainsi obtenir l’aval de la population pour redémarrer le reste. En effet, 12 réacteurs devraient dépasser les quarante ans dans les 5 ans à venir. Afin de faciliter leur arrêt définitif, les autorités veulent revoir les conditions financières.
Mais le gouvernement est encore bien optimiste ! Une demande d’autorisation de redémarrage n’a été déposée que pour 20 réacteurs et certains dossiers ne sont pas instruits par la NRA, qui doit d’abord statuer sur les failles sismiques. Il y a aussi la demande pour le réacteur de Tôkaï-mura qui ne devrait pas passer car il est trop vieux. Bref, le Japon ne devrait pas pouvoir redémarrer plus du quart de son parc à moyen terme. Reuters est en phase en estimant que les deux tiers du parc japonais pourraient ne pas redémarrer.

Pour le Yomiuri, journal officiel du village nucléaire japonais, il n’y aurait que 7 réacteurs à arrêter définitivement, dont les réacteurs 1 et 2 de Mihama (Fukui) et de Takahama (Fukui), le n°1 Shimané, le n°1 de Genkaï (Saga) et le n°1 de Tsuruga (Fukui). Pour cette dernière centrale, la NRA a déjà tranché puisqu’elle est sur une faille active. Et il y a deux réacteurs à arrêter !
Le reste de la presse mentionne 12 réacteurs. Ces deux chiffres sont inférieurs à la réalité.
Les exploitants ont jusqu’à juillet 2015 pour décider s’ils sollicitent une demande de redémarrage ou un arrêt définitif. Ils vont devoir abattre leurs cartes bientôt.

Décontamination : rapport de l’AIEA

L’AIEA a publié un rapport sur la décontamination, à Tchernobyl et à Fukushima.
La partie sur la participation des « parties-prenantes » (la seule que j’ai lue) est significative de la façon dont est perçu le public. Le seul but de cette participation est de « gagner la confiance du public » et pas de proposer de meilleures solutions, comme on aurait pu le penser. Les experts sont donc infaillibles. Il est aussi beaucoup question de « communication », mais jamais de prise en compte de l’opinion du public. Il y est dit, page 10, par exemple, que TEPCo communique de façon « ouverte et transparente ». Cela fait deux mois qu’elle n’a pas publié en anglais les données sur doses prises par les travailleurs.
Bref, les experts de l’AIEA ont, une fois de plus, montré qu’ils n’avaient rien compris au problème et qu’ils ne connaissent même pas la convention d’Aarhus.

Paroles de ministre

Le nouveau ministre de l’environnement a fait sa première sortie à Fukushima, ce qui est normal, étant donnée l’ampleur du désastre. La nouvelle ministre de l’industrie a choisi la centrale accidentée pour sa première sortie. Elle y a encouragé les ouvriers sur place, mais n’a rien proposé de concret pour les protéger.
Interrogée par les journalistes qui l’accompagnaient à propos de l’eau contaminée, elle a aussi expliqué qu’elle pense que la situation est « globalement sous contrôle », répétant la célèbre phrase du premier ministre devant le comité olympique, il y a un an. Et d’ajouter, que les effets de la pollution radioactive sont complètement bloqués dans le port. Là encore, il s’agit d’un copier-coller des paroles du premier ministre, sans que l’on en sache plus sur ce qu’ils entendent par « les effets ». Et dire que c’est cette ministre qui doit redonner confiance dans l’énergie nucléaire.
Voir notre note du 15 août dernier à propos des fuites en mer qui dépassent les autorisations de rejet. Que signifie « sous contrôle » quand il y a des fuites élevées ?
TEPCo a mis des photos de cette visite. Preuve qu’elle communique de façon ouverte et transparente !

Déclin des oiseaux à Fukushima

Le quotidien suisse, Le Temps, a mis en ligne un article sur le déclin des oiseaux à Fukushima, qui est réservé aux abonnés. Merci à l’ACROnaute qui nous l’a envoyé.
Timothy Mousseau y rapporte ses derniers résultats sur la biodiversité dans les zones contaminées. Premier constat, la population des 14 espèces d’oiseaux étudiées diminue avec le temps. La biodiversité aussi. Le déclin est plus fort dans les zones où la radioactivité est élevée. Aucun chiffre n’est donné car les données sont encore en cours d’analyse. Ces résultats corroborent ceux des environs de Tchernobyl où des taches blanches ont aussi détectées sur des hirondelles. La Wild Bird Society du Japon aurait observé des taches similaires sur une quinzaine d’individus au Japon.
Zbyszek Boratynski, de l’université de Porto, rapporte, quant à lui, avoir observé une augmentation des problèmes de cataracte chez les rongeurs, aussi bien à proximité de la centrale de Tchernobyl que de celle de Fukushima. La taille du cerveau et la couleur du pelage seraient aussi affectés.

Réunion NRA – exploitants

Selon le Maïnichi, la réunion du 4 septembre dernier entre la NRA et la Japan Atomic Power Co., qui exploitait la centrale de Tsuruga, située sur une faille considérée comme active, a été très houleuse. On le comprend, la compagnie vient de perdre sa centrale.
Quand un spécialiste appointé par la NRA, un consultant de l’exploitant se serait écrié en disant, « vous n’écoutez pas ».
Par ailleurs, Kyûshû Electric aurait soumis 900 corrections à son dossier de demande de redémarrage de sa centrale de Sendaï. Mais cela ne devrait pas ralentir l’instruction du dossier.

Nouvelle ministre de l’industrie

Le remaniement ministériel a eu lieu comme prévu le 3 septembre 2014. Le portefeuille de l’industrie est dans les mains de Yûko Obuchi, 40 ans, fille d’un ancien premier ministre. Une de ses missions sera de convaincre l’opinion d’accepter le redémarrage des réacteurs nucléaires autorisés par la NRA.
La nouvelle ministre a expliqué que la priorité était la remise à niveau du parc existant et qu’elle ne s’attendait pas à la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, dans l’immédiat.