Centrale de Sendaï : fin de la consultation du public

La consultation du publique à propos de l’avis de la NRA sur le dossier de sûreté de la centrale de Sendaï (Kagoshima) est terminée. La NRA reçu plusieurs milliers de contributions. Il y en avait déjà plus de 4 000 début août qui ne sont pas encore rendues publiques. Tous les contributeurs attendent, avec attention, de voir comment la NRA va traiter ces commentaires.
Certains groupes ont rendu public leur avis. Ils demandent une meilleure protection contre les séismes ou les volcans. D’autres, que la NRA évalue les plans d’urgence nucléaire en cas d’accident…

Les compagnies d’électricité veulent garder leur monopole

Le Japon avait déjà, avant la catastrophe nucléaire, l’une des électricités les plus chères du monde. Et comme les compagnies ont un monopole local, les consommateurs doivent payer. Cet argent sert, entre autres, à influencer la politique et les développements économiques en faveur d’une plus grande consommation d’électricité… Des « donations » ont été faites aux partis politiques et hommes politiques. Un contrôle est exercé sur les chambres de commerce et d’industrie vie des filiales ou sur les syndicats patronaux. Dans le Kansaï, Kansaï Electric emploie 22 000 personnes directement, sans compter les filiales. Le Japan Times décrit son influence délétère locale.
Après la catastrophe, ces compagnies comptent bien maintenir cette politique clientéliste. L’Asahi raconte que TEPCo et Tôhoku Electric ont accepté de mettre la main à la poche quand la municipalité de Rokkashô, où il y a l’usine de retraitement, leur a demandé un soutien financier pour rénover le port de pêche. La demande a été faite le 14 juillet et la réponse favorable envoyé le 22 juillet. TEPCo va donner 133,4 millions de yens (974 000 euros) et Tôhoku Electric 66,6 millions de yens (486 000 euros) dès ce mois-ci. Cela va vite ! Sur ces 5 dernières années, ces deux compagnies auront donc versé à Rokkashô plus d’un milliard de yens (plus de 7 millions d’euros).
Ces deux compagnies ont augmenté leurs tarifs d’électricité et TEPCo reçoit de l’argent du gouvernement, sans intérêt, pour payer les indemnisations. Le gouvernement prend aussi en charge une partie des coûts de la gestion de l’eau contaminée. Ces compagnies sont vraiment sans vergogne !
Les deux compagnies ont déclaré au journal qu’il s’agissait là de leur dernier versement et qu’elles comptaient toujours construire une centrale nucléaire dans la région…

Les compagnies d’électricité qui exploitaient du nucléaire ont dû couper dans les dépenses à cause de l’arrêt des réacteurs et ont aussi augmenté leurs tarifs. Mais, 7 d’entre elles continuent à dépenser des milliards de yens pour leurs centres d’accueil du public où elles font souvent la promotion du nucléaire. Le nombre de visiteurs a, pourtant, fortement chuté. Selon, l’Asahi, il s’agit de Hokkaido Electric Power Co., Tohoku Electric Power Co., Tokyo Electric Power Co., Chubu Electric Power Co., Kansai Electric Power Co., Shikoku Electric Power Co. et Kyushu Electric Power Co..
Chubu Electric n’a pas voulu dire combien cela lui coûte. Les 6 autres vont leur consacrer un total de 3 milliards de yens (22 millions d’euros) cette année.
Certains centres d’accueil du public situés à proximité des centrales nucléaires ont même une piscine gratuite. Mais, malgré la gratuité, le nombre de visiteurs a fortement diminué.
TEPCo a fermé ses deux centres d’accueil de Fukushima, mais en conserve 5 autres consacrés à la promotion du nucléaire.
Toutes ces compagnies ont expliqué conserver ces centres pour regagner la confiance du public…
Il y a deux ans, le 26 août 2011, la précédente majorité a fait passer une loi favorisant l’achat, par les compagnies d’électricité de l’électricité renouvelable. Les projets ont attiré les investisseurs et de nouveaux acteurs se positionnent pour l’ouverture totale du marché en 2016. Mais, dans les faits, cela ne se passe pas comme cela. C’est très complexe de se faire racheter son électricité par des compagnies qui entendent garder un monopole. Elles peuvent refuser la demande de raccordement au réseau pour n’importe quelle raison. Par conséquence, comme le note le Japan Times, seule une faible partie des projets approuvés par le gouvernement fournissent de l’électricité au réseau.
Le cas du centre de recherche nucléaire de l’université d’Ôsaka est emblématique : les toits du bâtiment principal et de l’accélérateur ont été couverts de panneaux solaires, mais il n’y a pas de couplage au réseau, car c’est « administrativement trop complexe ». Une partie du surplus est stockée dans des batteries, mais pas tout. Le reste est perdu.

Effet des radiations sur le patrimoine génétique

La revue scientifique Journal of Heredity a mis en ligne une série d’articles sur les effets des radiation sur le patrimoine génétique d’animaux autour de Tchernobyl et Fukushima. Tout est en libre accès.
Il y a une courte présentation du projet de comparer les deux zones contaminées. T. Mousseau et A. Møller passent en revue leurs propres résultats dans cet article. Une équipe japonaise présente ses travaux sur les papillons et une autre sur le riz.
Toutes ces études mettent en avant des effets liés aux radiations.
En français, vous pouvez aussi consulter le programme de recherche de T. Mousseau et une de ses conférences.

Désarroi des agriculteurs

Cette vidéo date un peu, mais la situation n’a pas beaucoup changé : le désarroi des agriculteurs de Fukushima est toujours aussi grand et le gouvernement est complètement désemparé face à la situation. Quand les agriculteurs lui parlent de dignité, de raison d’être, il ne répond que par l’argent, comme si c’était la seule valeur qui vaille. Sa seule stratégie, est de combattre les « rumeurs », comme s’il n’y avait pas de problème réel.
Les politiques et les hauts fonctionnaires n’écoutent que les experts qui leur disent ce qu’ils ont envie d’entendre. Les populations, qui doivent faire face au danger, écoutent plusieurs points de vue et, en cas de doute, choisissent l’option la plus protectrice quand c’est possible. Au Japon, tout ce qui ne correspond pas à l’opinion sélectionnée par les autorités, n’est que « rumeurs ». En France, ce serait « l’irrationalité » de la population ou un problème « d’acceptabilité sociale », plus neutre.

Témoignages sur les premiers jours

Kyodo News, l’agence de presse japonaise, a réussi à recueillir le témoignage direct de travailleurs présents sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi durant les premiers jours de la catastrophe. Une première dépêche relate l’action des « commandos » envoyés pour ouvrir manuellement les valves de dépressurisation de l’enceinte de confinement du réacteur n°1.
Le 12 mars 2011 matin, moins de 24 heures après le tsunami, il y avait urgence à dépressuriser cette enceinte pour garantir son intégrité, ce qui signifie rejeter des gaz radioactifs dans l’atmosphère. Mais il était impossible d’ouvrir les valves à distance, faute de courant électrique. Le directeur de l’usine a donc décidé d’envoyer deux équipes les ouvrir manuellement. La première équipe est partie à 9h04 le 12 mars et a réussi sa mission après avoir pris une dose de 25 millisieverts. Kyodo News a recueilli le témoignage de Hideyoshi Endô, chef de la deuxième équipe, 51 ans. Il était à la maison lors du séisme et tsunami et devait prendre son service à 21 heures. Il a parcouru les 13 km qui le séparaient de la centrale à pied et est arrivé dans la nuit. Pour cette mission effectuée avec deux autres personnes, il était équipé d’une combinaison anti-feu, une assistance respiratoire avec une autonomie de 20 minutes et un dosimètre limité à 1 000 millisieverts par heure. Cette deuxième équipe devait aller au pied du réacteur, près de la chambre de suppression toroïdale (en forme de beignet), où les niveaux de radiation sont plus élevés. Elle est partie à 9h24.
Après avoir ouvert la porte du bâtiment réacteur, le dosimètre indiquait un débit de dose de 500 millisieverts par heure. L’intérieur était empli de vapeur ou poussières. Deux membres de l’équipe sont descendus et ont entendu des bruits bizarres, comme des coups. Le dosimètre indiquait des valeurs entre 900 et 1 000 millisieverts par heure.
A une trentaine de mètre de la valve, le dosimètre saturait, ce qui signifie que le débit de dose était supérieur à 1 000 millisieverts par heure, sans savoir combien. Le chef d’équipe a donc décidé de faire demi-tour. Sur le chemin du retour, son collègue n’était plus derrière lui. Il lui a donc indiqué de se dépêcher après l’avoir attendu.
Pendant cette mission de 8 minutes, il a pris 89 millisieverts et son collègue 95. Mais comme le dosimètre a saturé, c’est forcément plus. Ils ont dû quitter la salle de contrôle pour ne pas prendre des doses supplémentaires.
Plus d’un an plus tard, un robot a mesuré jusqu’à 10 300 millisieverts par heure près de la chambre de suppression.

Fuites en mer

TEPCo continue de pomper l’eau souterraine en amont pour la rejeter dans l’océan avant contrôle. Les deux derniers rejets ont eu lieu les 5 et 12 août avec, respectivement, 2 007 et 2 123 m3. Comme cette eau a environ 330 Bq/L en tritium, cela conduit à des rejets respectifs de 662 et 700 MBq (millions de becquerels). Cela reste faible par rapport aux fuites quotidiennes estimées à une vingtaine de milliards de becquerels par jour. Et puis le tritium pompé en amont est déjà dans la nappe phréatique et ira, de toutes façons, dans l’océan.
La fuite de tritium en mer représenterait donc un rejet annuel de 7 300 GBq (milliards de becquerels) et est donc inférieure à l’autorisation de rejet en mer donnée à TEPCo avant la catastrophe (22 000 GBq). Cependant, comme TEPCo ne dit pas comment cette fuite a été évaluée, il est impossible de savoir si ce chiffre est réaliste ou pas.
En revanche, pour le césium 137, la fuite quotidienne estimée à 22 GBq par jour environ l’an dernier et 10 fois moins cette année. Cela conduit à un rejet annuel de 8 000 GBq l’an dernier et 800 GBq cette année. Dans les deux cas, l’autorisation de rejet annuelle, fixée à 220 GBq est dépassée. Pour le strontium, la limite de rejet est aussi dépassée. C’est pourquoi TEPCo ne dit rien à ce sujet…

Exportations d’aliments à Hong-Kong

Un émissaire japonais a tenté de convaincre Hong-Kong d’assouplir sa politique d’importation d’aliments en provenance de 5 provinces japonaises situées près de la centrale accidentée de Fukushima : Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Gunma et Chiba. En vain. Le Japon va donc inviter des officiels au Japon pour leur montrer les contrôles effectués sur la nourriture et fournir régulièrement des informations sur l’accident et des données sur la contamination.
41 pays ou groupes de pays maintiennent des restrictions à l’importation d’aliment en provenance du Japon.
Le Japon, qui est un importateur net d’aliments, exporte peu. Avant la catastrophe en 2010, ses exportations de produits agricoles et de la pêche étaient de 492 milliards de yens (3,6 milliards d’euros au cours actuel). Elles étaient de 451,1 milliards de yens en 2011 et 449, 7 milliards en 2012. Ce qui fait une baisse de 8,5% environ. Avec la dévaluation du yen, cette somme est passée à 550,5 milliards de yens en 2013.

Ferraille radioactive en Corée

Le gouvernement japonais va mener une enquête à propos de la ferraille contaminée découverte en Corée. Le débit de dose est de 5 microsieverts/h à proximité de ce lot, sans que la distance à laquelle la mesure a été faite ne soit mentionnée par les médias.
Les exportateurs de métaux pour le recyclage ne sont pas tenus de contrôler la contamination radioactive. Mais certains le font, en fonction du pays de destination. C’est, par exemple, fait systématiquement pour la Chine.

TEPCo veut rejeter l’eau souterraine en mer

TEPCo communique en anglais sur son projet de rejeter dans l’océan l’eau souterraine partiellement décontaminée car cela va sûrement faire l’objet de protestations des pays voisins. Rappelons que la compagnie a construit un mur sous-marin le long du littoral pour arrêter les fuites en mer, mais il ne peut fonctionner que si l’eau est pompée en amont, autrement elle est seulement détournée. TEPCo a donc restauré certains puits de pompage, ainsi que les pompes et la tuyauterie qui existaient avant la catastrophe et va en creuser de nouveaux. Avant 2011, la compagnie pompait près de 1 000 m3/jour pour éviter les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols. Mais maintenant, cette eau est fortement contaminée et TEPCo ne peut pas se permettre de la mettre dans des cuves faute de place : elle compte pomper de l’ordre de 500 à 700 m3 par jour en espérant que cela va diminuer de 200 m3 par jour les infiltrations. Si c’est confirmé, cela signifie qu’elle va se trouver avec de 300 à 500 m3 d’eau contaminée supplémentaire par jour. Comme ses autres prédictions n’étaient pas correctes, cela peut même être plus.
Le mur ne serait fermé qu’une fois le système de pompage en service, pour éviter que la contamination ne se propage partout.
Dans un premier document annexe, un schéma fait apparaître que le césium (Cs), strontium (Sr) et antimoine (Sb) seront partiellement filtrés. La contamination en césium et strontium de cette eau devrait être divisée par 1 000 à 10 000 selon le document. Le communiqué ne mentionne pas le tritium, qui n’est pas retiré.
Dans le premier document annexe, TEPCo précise que cette eau souterraine a été contaminée par l’eau de pluie qui a été en contact avec les débris en surface. Cela dépend où. A proximité des réacteurs et en aval, il y a aussi les fuites des sous-sols vers les nappes phréatiques qui ne sont jamais mentionnées, mais qui expliquent les niveaux très élevés de pollution qui sont relevés.
Un autre document précise aussi que TEPCo va utiliser les mêmes limites que pour l’eau souterraine pompée en bien en amont : 5 Bq/L en bêta total, 1 500 Bq/L pour le tritium et 1 Bq/L pour chaque césium.
Ce qu’il y a de ridicule dans toute cette communication, c’est l’insistance de TEPCo à expliquer qu’elle compte ainsi diminuer les fuites en mer et protéger l’océan. Ah bon, il y a des fuites ? La situation n’est pas « sous-contrôle » ? Le document donne une estimation des rejets en mer pour le strontium, césium et tritium qui sont de l’ordre de quelques milliards à presque 25 milliards de becquerels par jour. TEPCo met en avant une baisse entre l’année dernière et cette année, qui ne semble pas due à une amélioration de la situation, mais à un changement du point de mesure pour estimer les fuites… Son nouveau système de barrière+pompage+rejet devrait diminuer par un facteur quarante les rejets et fuites en mer. Pour le tritium, c’est un facteur 15 alors qu’elle ne le filtre pas. Bizarre.

Par ailleurs, les derniers résultats mis en ligne sur la site de la NRA pour l’eau de mer mettent en évidence une faible contamination, mais systématique de l’eau de mer, sur de grandes distances, et une contamination conséquente des sédiments marins. Cela se traduit, pour les ressources halieutiques, par une faible contamination des animaux qui dépendent du plancton pour se nourrir et une plus forte contamination de ceux qui dépendent de la faune benthique, qui vit au fond.