Cuves d’occasion

Le Maïnichi révèle que TEPCO a acheté des cuves d’occasion pour stocker de l’eau contaminée. Il y en aurait plus d’une vingtaine qui sont du même type que celle qui a fui durant l’été 2013. TEPCo avait alors mis un mois à s’en rendre compte et 300 m3 d’eau fortement contaminée avait fui dans l’environnement. La compagnie avait alors reconnu que cette cuve avait été démontée et remontée pour être déplacée sur le site de la centrale. Maintenant, elle refuse de dire si c’était une d’occasion ou pas.
En mai 2011, TEPCo a commandé des cuves pour stocker l’eau et la boue radioactive. Mais comme il fallait du temps pour les produire et qu’il y avait un caractère d’urgence, TEPCo s’est rabattue sur des cuves d’occasion. Le fabricant en aurait fourni entre 20 et 30. Ses bénéfices ont explosé en juin 2011.
Les joints de ce type de cuve sont supposés tenir 5 ans. TEPCo maintient cette assertion. Mais une personne qui travaille chez le fabricant de cuve, explique que cette durée n’est pas garantie.
Depuis octobre 2012, TEPCo installe des cuves plus solides et plus chères, mais les premières cuves moins résistantes, dont celles d’occasion, sont toujours pleines d’eau. Cependant, une source interne au fabricant, Tokyo Kizai Kogyo selon l’AFP, révèle que les cuves bon marché ont continué à être livrées jusqu’en septembre 2013. Il aura fallu la fuite de l’été 2013 et de l’argent public pour que TEPCo y renonce. Elles coûtent deux à trois fois moins cher que les nouvelles. Il y en aura 332 en tout qui devraient commencer à être remplacées à partir de septembre 2014.

Contamination des poissons au large

TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons qui ont été pêchés au large de la centrale, à moins de 20 km, à l’exclusion du port devant les réacteurs accidentés. La tendance est à la baisse, mais il y a encore plusieurs spécimens qui dépassent les 100 Bq/kg en césium, la limite de mise sur le marché. La plus forte contamination est de 370 Bq/kg.

Indemnisations plus équitables

Le village d’Iitaté a été entièrement évacué mais depuis, il a été divisé en différentes zones en fonction du niveau de contamination, comme partout ailleurs. Le montant des indemnisations dépend de la zone, ce qui ne plait pas aux habitants. Les résidents des zones les moins contaminées, où le gouvernement promet un retour, pensent que cette politique divise les habitants. Ils ont fait une demande officielle pour que tout le monde obtienne la même chose. Ils vont aussi demander un soutien supplémentaire de 3 millions de yens car ils n’ont été évacués que tardivement et ont donc été exposés pendant plus d’un mois aux retombées radioactives sans le savoir.
Environ 2 500 personnes, soit environ 40% du village, devraient se joindre à cette demande.

Départs chez TEPCo

TEPCo peine à garder ses cadres. 134 personnes ont quitté TEPCo en 2010, avant la catastrophe. Elles étaient 465 en 2011, 712 en 2012 et 488 en 2013. 70% d’entre elles ont moins de 40 ans. Et quand la compagnie a lancé un programme de départs volontaires à la retraite, il y a eu 1 151 demandes pour 1 000 places.
La baisse des salaires est une des raisons de ces départs. Mais aussi l’image détériorée de la compagnie.
A Fukushima, de nombreux employés cachent qu’ils travaillent chez TEPCo. Ils craignent d’être stigmatisés ou que leurs enfants ne soient plus acceptés par leurs camarades.
Certaines compagnies étrangères qui veulent pénétrer le marché des énergies renouvelables au Japon, qui bénéficie d’un prix de rachat de l’électricité qui est attractif, tentent de séduire les employés de TEPCo qui ont une bonne connaissance de la production, du transport et de la vente de l’électricité.

Records de la contamination du week-end passé

Après un week-end de 3 jours au Japon, voici quelques records de la contamination des eaux souterraines :
–    dans le puits de contrôle 3-5, il y a maintenant 510 Bq/l en bêta total. La contamination en césium de l’eau y a aussi battu son propre record (prélèvement du 16 juillet).
–    dans le puits de pompage de l’eau souterraine situé entre les réacteurs 2 et 3, la contamination en tritium est maintenant de 7 100 Bq/L (prélèvement du 16 juillet).
–    l’eau recueillie dans un drainage a aussi battu un record de contamination en césium (12,9 Bq/L) et en bêta total (45 Bq/L). TEPCo ne donne pas d’explication particulière. Le prélèvement date du 18 juillet.
A titre de comparaison, TEPCo ne s’autorise pas à rejeter dans l’océan une eau qui contiendrait plus de 5 Bq/L en bêta total et 1 500 Bq/L en tritium.
Ce n’est pas un record, mais l’eau pompée en amont dans le puits n°12 a semble avoir en permanence une contamination tritium supérieure à la limite de rejet en mer. Il y a 1 800 Bq/L dans le prélèvement du 17 juillet.

Corruption

Un ancien directeur de Chubu Electric, qui possède la centrale de Hamaoka, a avoué à l’Asahi que la compagnie avait demandé à ses sous-traitants de contribuer à fond secret pour arroser les politiciens. 250 millions de yens (1,8 millions d’euros) auraient ainsi été collectés en 20 ans. La compagnie a démenti quand elle a été interrogée par le quotidien.
Mais l’ancien directeur, qui a décidé de révéler les faits après l’accident nucléaire, a expliqué que peu de personnes sont au courant des faits. Il recevait l’argent personnellement, sans les faire apparaître dans les comptes de l’entreprise. L’argent servait ensuite à financer les campagnes électorales des gouverneurs favorables au nucléaire.
Les sous-traitants étaient remboursés en surfacturant leurs travaux. Les compagnies incriminées n’ont ni confirmé ni démenti. Un ancien cadre d’une des compagnies a reconnu les faits. Cela a commencé dès les années 1970. Les travaux de construction de la centrale ont débuté en 1976.
Dans un autre article, l’ancien directeur a ainsi avoué avoir versé un total de 30 millions de yens (220 000 euros) à quatre candidats au poste de gouverneur entre les années 1980 et 2000. Le précédent gouverneur d’Aïchi, Masaaki Kanda, qui a fait trois mandats entre 1999 et 2011 a reconnu avoir reçu de l’argent de Chubu Electric en 1999. Selon l’ancien directeur de Chubu Electric, ce sont 3 et 5 millions de yens (22 000 et 36 000 euros) qui lui ont été versés en 1999 et 2003 respectivement. L’ancien gouverneur ne se souvient pas pour 2003. Il explique que Chubu Electric ne lui a rien demandé en échange et qu’il n’a jamais favorisé la compagnie.
Les 5 millions de yens donnés en 2003 provenaient de 5 donations d’un million de yens chacune par 5 entreprises du bâtiment. Les noms de ces compagnies ont été donnés à M. Kanda quand l’argent lui a été remis.
Pour ce qui des trois autres candidats au poste de gouverneur soutenus par Chubu Electric, les sommes versées étaient aussi de l’ordre de 2 à 5 millions de yens. Ces dernier n’ont pas reconnu les faits ou déclarent ne pas en avoir souvenir. Les gouverneurs n’ont, officiellement, pas le pouvoir de s’opposer au démarrage d’un réacteur nucléaire. Mais s’ils s’y opposent, la situation politique est plus complexe à gérer pour l’exploitant.
In fine, ce sont sûrement les consommateurs qui ont payé via leur facture d’électricité.

Contamination des retenues d’eau

Avant la triple catastrophe, le barrage Ogaki à Namié alimentait 1 613 fermes ou 1 531 hectares de cultures dans le district d’Odaka à Minami-Sôma. Le barrage a été endommagé par le séisme et les sédiments contaminés par les rejets radioactifs. Namié et le district d’Odaka ont été évacués.
Les travaux de consolidation du barrage ont commencé en avril dernier et la décontamination du fond devrait commencer en octobre prochain.
La mairie de Minami-Sôma espère un retour des habitants à Odaka en avril 2016. Les eaux du barrage devraient pouvoir à nouveau servir à l’irrigation à partir d’avril 2017. Ce sera le premier parmi les dix barrages dédiés à l’agriculture de la zone évacuée qui sera réhabilité.
Mais le lessivage des sols va, à nouveau, contaminer les sédiments retenus dans le barrage. Les analyses de l’eau de surface a mis en évidence une absence de contamination décelable. Seules les eaux de surface seront donc utilisées. En cas de basses eaux ou de fortes pluies entraînant une forte turbidité, le barrage ne sera pas utilisé.

Indemnisation réduite

De récentes affaires ont montré que la commission d’arbitrage qui établit le niveau de compensation reçu par les victimes de la catastrophe nucléaire n’est pas toujours loyale. Le Maïnichi cite le cas d’une dame de 66 ans qui vivait en bonne santé à Minami-Sôma. Elle avait quelques problèmes de tension, mais rien d’autre. Elle a fait une hémorragie cérébrale dans le centre d’accueil des réfugiés où elle était et n’a pas recouvré toutes ses capacités motrices. Elle a besoin d’une canne pour se déplacer.
Elle a fourni 3 certificats médicaux dans son dossier de demande d’indemnisation. Un du médecin qui l’a reçue aux urgences. Il dit que l’impact de la catastrophe nucléaire est « inconnu ». En revanche, le médecin de famille et celui qui a suivi sa réhabilitation ont certifié que l’hémorragie et ses conséquences étaient dues à 100% au stress engendré par la catastrophe nucléaire.
TEPCO a soumis sa propre analyse du dossier et a conclu que la catastrophe n’a contribué qu’à 50%. Son médecin n’a jamais vu la dame en question. Il ne l’a pas auscultée. La commission a conclu comme TEPCo sans demander l’avis d’un médecin tiers et lui a allouée une indemnisation de 7 millions de yens (51 000 euros). Il n’a pas, non plus, justifié sa décision.
Le quotidien a trouvé plusieurs autres cas où la commission n’a pas sollicité l’avis d’experts tiers. Officiellement, c’est pour gagner du temps. Mais le quotidien avait déjà révélé que, par défaut, la contribution de la catastrophe était fixée à 50%.