La demande d’indemnisation auprès de TEPCo était limitée à 3 ans, c’est à dire bientôt. Le parlement vient d’étendre à 10 ans cette période. Les partis au pouvoir, qui ont proposé la loi, se justifient en disant que certaines personnes ne peuvent pas justifier leurs biens perdus en vivant loin de chez elles et ne peuvent donc pas remplir les dossiers. La loi demande aussi au gouvernement de faciliter les démarche en proposant de l’information et de l’aide.
Archives mensuelles : décembre 2013
Contamination des animaux marins
TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons, crabes… pêchés entre 1 et 3 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. La compagnie donne, pour la première fois, la teneur en argent 110m. Les crabes sont systématiquement contaminés par cet élément. Pour les poissons, c’est plus variable. L’ACRO, qui avait fait des mesures pour Greenpeace Japon la première année, trouvait aussi de l’argent 110 parfois. La demi-vie de cet élément est de 250 jours. S’il est encore présent avec de telles teneurs, c’est qu’il y a encore des fuites en mer.
Le tableau donne aussi quelques résultats de mesure en strontium 90, qui est très radiotoxique, mais difficile à mesurer : il semble être présent à chaque fois qu’il a été recherché, mais à des teneurs assez faibles.
A noter qu’il y a des spécimens dont la concentration en césium dépasse la limite de mise sur le marché de 100 Bq/kg.
Au 3 décembre 2013, TEPCo prétend avoir 390 000 m3 d’eau contaminée dans des cuves, dont 31 000 m3 traités par ALPS. Il faut encore ajouter tout ce qu’il y a dans les sous-sols.
La lente reconstruction après 1 000 jours
A la veille du 1 000ième jour de la catastrophe, important pour les médias, c’est l’heure des bilans. Que ce soient les personnes déplacées du tsunami ou celles de la catastrophe nucléaire, elles ont l’impression de ne pas voir le bout du tunnel. Les projets de reconstruction ont pris beaucoup de retard. Les populations quittent donc les zones dévastées, voire la région du Tôhoku.
D’après le Yomiuri, à Onagawa, par exemple, dans la province de Miyagi, 2 236 nouvelles unités d’habitation sont prévues. Aucune n’est terminée, mais 203 devraient l’être d’ici la fin mars 2014. Seulement 580 devraient être construites d’ici mars 2016. Le problème principal est de trouver des terrains en hauteur mais plats. Ou les propriétaires des terrains sont parfois décédés et il faut trouver les héritiers. Cela prend du temps et il n’y a pas pas assez d’employés municipaux. La situation est assez semblable ailleurs.
Le taux d’occupation des logements provisoires mis en place par les autorités est toujours de plus de 80% (86,7% à la fin octobre). C’était beaucoup moins 1 000 jours après le séisme de Kôbé en 1995 (58,4%).
Il y a encore 278 000 réfugiés suite aux trois catastrophes du 11 mars 2011. Ils étaient 470 000 dans les premiers jours. Il y a eu 15 883 décès directs et 2 651 disparus, ce qui fait un total de 18 534. Il faut ajouter 2 688 décès supplémentaires (à la fin mars 2013) dus aux conditions de vie dans les refuges et aux suicides liés à l’évacuation.
Rapport de mission de l’AIEA
L’AIEA a rendu un rapport préliminaire suite à sa dernière visite à Fukushima (communiqué et rapport). La mission de 19 membres a fait 19 constats et 19 recommandations. En particulier, elle souligne qu’il faudra sûrement rejeter le tritium en mer, sans préciser que la quantité à rejeter dépasse largement l’autorisation annuelle de rejet. Elle n’apporte pas de solution autre qu’une étude environnementale pour expliquer que les rejets massifs en tritium ne poseront pas de problème…
Le Japon à la peine avec son plutonium
Selon la NRA, l’entreposage de solutions contenant du plutonium et d’autres substances dangereuses à l’unité de retraitement de Tôkaï-mura est très dangereuse en cas de défaillance des installations. Il y a 3,5 m3 de liquide contenant du plutonium et 430 m3 de déchets liquides très radioactifs. En cas d’arrêt du refroidissement, cette dernière solution pourrait se mettre à bouillir 55 heures. En 23 heures pour la solution au plutonium. En cas de défaillance du système d’extraction de l’hydrogène, une explosion hydrogène serait possible au bout de 38 heures pour les déchets et 11 heures pour le plutonium.
L’exploitant dit qu’il lui faut 18 mois pour transformer le plutonium en combustible MOx, sans solution d’utilisation par la suite, et 20 ans pour vitrifier les déchets liquides. Cela ne pourra commencer qu’après avoir démontré que les installations satisfont aux nouveaux critères de sûreté qui entreront en application le 18 décembre prochain. L’exploitant, la JAEA, a donc demandé l’autorisation d’exploiter ses installations au plus vite, sans attendre l’instruction de ses dossiers…
Japan Nuclear Fuel, l’entreprise qui espère pouvoir exploiter un jour l’usine de retraitement des combustibles usés à Rokkashô-mura, va devoir investir 200 milliards de yens supplémentaires (1,4 milliard d’euros) pour la mettre aux nouvelles normes de sûreté. Cela devrait augmenter son coût de 10%. Elle n’a encore jamais fonctionné alors qu’elle aurait dû démarrer en 1997 ! Ce sont les actionnaires qui paieront. TEPCo, le plus gros d’entre eux, détient 28,6% des parts… Cela va donc lui coûter plus de 60 milliards de yens alors que l’usine ne lui servira probablement à rien.
TEPCo optimiste sur ses comptes
TEPCo prévoit de redémarrer les 7 réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa d’ici 2016. Ben voyons ! Les réacteurs 1 et 2 sont sur une faille active. On ne sait même pas si les dossiers déposés pour les réacteurs 6 et 7 sont recevables. C’est pourtant dans l’accord entre TEPCo et le fond gouvernemental qui lui avance l’argent. Est-ce que TEPCo pense que les banques sont assez stupides pour gober de tels pronostiques ?
La compagnie va aussi investir en Asie du Sud-Est pour tenter de faire des profits à l’étranger. Les clients apprécieront de payer les dégâts au Japon. Elle veut aussi se préparer à l’ouverture du marché domestique en vendant de l’électricité en dehors de sa zone de monopole. Mais comme elle a l’électricité la plus chère du pays, à l’exception d’Okinawa, ce ne sera pas facile. Surtout si elle ne peut pas redémarrer de réacteurs nucléaires qui continuent à lui coûter cher sans rien produire.
La compagnie devrait dédier 28 milliards de yens (200 millions d’euros) à l’investissement dans l’amélioration de l’efficacité de son parc thermique et à des investissements à l’étranger.
Nouveaux plans de bataille pour l’eau contaminée
Un groupe gouvernemental s’est réuni pour proposer des solutions à propos de l’eau contaminée qui continue de s’accumuler. Il est question de boucher les galeries et les fissures, de construire des cuves géantes avec un mur de protection, de mettre de l’asphalte pour limiter les infiltrations de l’eau de pluie… Il a aussi été question de construire un autre mur souterrain autour du projet de mur gelé, sans qu’aucune décision ne soit prise à ce propos.
Le groupe va aussi travailler sur le tritium. Ce que les médias ne disent pas, c’est que les stocks actuels dépassent largement les autorisations de rejet. Il faudra donc revoir les autorisations à la hausse si TEPCo veut rejeter l’eau filtrée en mer.
En attendant, TEPCo continue de construire une cuve tous les deux jours pour stocker l’eau contaminée…
En attendant, la pollution de l’eau souterraine vient de battre un nouveau record : 1,1 million de becquerels par litre en bêta total dans le puits 1-16 situé à 40 m du rivage, à l’Est du réacteur n°2. Le prélèvement date du 28 novembre 2013. Il n’y a plus de communiqué de presse en anglais sur le site de TEPCo à propos de la pollution.
Le précédent record était dans un prélèvement du 25 novembre dernier : 910 000 Bq/L dans le puits 1-16 (tableau de données).
En amont des réacteurs, au pied des cuves où il y a eu une fuite au cours de l’été, la contamination dans le puits E1 diminue rapidement : le tritium est passé de 360 000 Bq/L (prélèvement du 29 novembre) à 18 000 Bq/L (prélèvement du 30 novembre). Pour la contamination bêta totale, c’est passé de 38 000 à 5 800 Bq/L entre ces deux jours. Dans le prélèvement du 1er décembre, il reste tout de même 8 000 Bq/L en bêta total et 4 000 Bq/L pour le tritium
La NRA a de nouveau mis en ligne un recueil de données sur la pollution marine.
Ôkuma va indemniser ses habitants
La municipalité d’Ôkuma va compléter l’indemnisation des populations évacuées car elle n’est pas satisfaite par les propositions gouvernementales. C’est la première commune à agir ainsi. Le gouvernement a fixé des niveaux différents de compensation en fonction de la zone évacuée. Comme ces disparités peuvent diviser la communauté, la municipalité va compléter de façon à ce que tout le monde soit traité de la même façon.
La loi sur le secret critiquée à l’international
Cinq organisations internationales de protection des droits humains, dont Human Rights Watch et Amnesty International, ont protesté auprès de gouvernement japonais à propos de son projet de loi sur le secret. Le Haut Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Navi Pillay, a aussi alerté le gouvernement sur ce projet de loi trop flou et qui pouvait conduire à des dérives. Elle a ajouté qu’il n’y a pas d’urgence et qu’il fallait d’abord garantir l’accès à l’information et la liberté d’expression.
Colloque FMU-AIEA à Fukushima
L’Université Médicale de Fukushima (FMU) et l’AIEA ont organisé une conférence internationale qui s’est tenue à Fukushima, du 21 au 24 novembre dernier, intitulée “Rayonnements, Santé et Société : les implications post-Fukushima pour les professionnels de santé”. Cela semble intéressant, mais quand on y regarde de plus près, il n’est quasiment question que de santé mentale, risque et communication… Voir l’annonce, le poster et le programme.