Arrêt définitif et espoir de redémarrage

TEPCo a finalement décidé de demander l’arrêt définitif des réacteurs 5 et 6 de sa centrale de Fukushima daï-ichi, conformément à la demande du premier ministre. Ces deux réacteurs, arrêtés et partiellement déchargés le 11 mars 2011, ont pu être sauvé grâce à un générateur diesel. Comme ils ont aussi été noyés par le tsunami, il s’agit d’une sage décision. La décision officielle devrait être prise en décembre prochain.
Ces deux réacteurs vont aussi servir de centre d’entraînement au démantèlement avant de s’attaquer aux réacteurs où le cœur a fondu.

TEPCo prévoit maintenant le redémarrage de ses réacteurs 6 et 7 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa en juillet 2014. Elle est encore bien optimiste… mais cela lui permettrait d’afficher un résultat bénéficiaire supposé rassurer les banques. Si le démarrage n’a lieu qu’en janvier 2015, l’année prochaine sera encore déficitaire.

Témoignage de Happy

“Happy” est le pseudonyme d’un intervenant sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi qui twitte régulièrement et a 87 000 abonnés. Cela presque 20 ans qu’il travaille dans le nucléaire et est à Fukushima depuis le début de la catastrophe. Il a écrit un livre sur les 700 premiers jours et a répondu à une interview du Asahi. Les chefs d’équipe ne se rendent presque plus sur le site de la centrale car ils ont presque atteint la limite de dose. Ils donnent donc des instructions aux équipes, mais sont de plus en plus coupés de la réalité, ce qui complique les tâches et entraîne des erreurs.
Il confirme aussi que TEPCo cherche à diminuer les coûts et choisit l’option la moins chère. Au tout début de la catastrophe, TEPCo ne se préoccupait pas du coût. Puis, une fois l’arrêt à froid déclaré, en décembre 2011, le siège à Tôkyô est devenu plus regardant sur les prix.

Déchargement de la piscine n°4

Le chargement du container de transport de combustible dans la piscine du réacteur n°4, se poursuit. TEPCo a fini de le remplir de ses 22 assemblages neufs vers 18h30. Il n’y a eu aucun incident.
Il faut environ 40 minutes pour déplacer un assemblage. Les équipes de 6 personnes ne restent pas plus de 2 heures à cause de la radioactivité et des conditions de travail difficiles. Ils ont trois paires de gants, un masque intégral… ce qui complique chaque geste. Le débit de dose au bord de la piscine est de l’ordre de 0,4 mSv/h. Deux membres de l’équipe manipulent le pont roulant qui soulève les assemblages, deux les caméras qui sont dans la piscine. Leur équipement rend les communications difficiles.

Forte variation de la contamination de l’eau souterraine

La contamination de l’eau souterraine prélevée dans le puits 1-9 situé à proximité du rivage, entre les réacteurs 1 et 2, a soudainement augmenté pour battre un record : 2 100 Bq/l en bêta total alors que le précédent record était de 600 Bq/l en septembre 2013. Cela a rebaissé le lendemain, à 470 Bq/L. TEPCo ne peut pas expliquer ces fortes variations.

Début du retrait des combustibles la piscine n°4

TEPCo a commencé le retrait de combustibles de la piscine du réacteur n°4 et a mis des photos en ligne, avec une chronologie détaillée (en japonais et en anglais). On voit des êtres humains à côté de la piscine en train de surveiller les opérations. Ce ne sera pas possible pour les autres réacteurs car le débit de dose y est trop élevé. Une vidéo est aussi disponible ici.
TEPCo a plongé un container de transport de combustible dans la piscine. Il sera chargé de 22 assemblages, fermé hermétiquement, décontaminé, puis transporté par camion vers la piscine de combustibles commune située à proximité au niveau du sol où le container sera déchargé. Quatre assemblages neufs, qui ne dégagent pas de chaleur et sont peu radioactifs, ont été mis dans le container lors de cette première journée. Ce sera le cas pour tous les assemblages de ce premier transport qui devait prendre une semaine. TEPCo a deux containers et va en charger un pendant qu’elle décharge l’autre.
Elle espère avoir vidé la piscine d’ici la fin 2014.
Pour la compagnie, qui a fortement médiatisé l’évènement, il s’agit d’une étape importante dans le démantèlement. Voir son communiqué de presse en anglais. Pour le réacteur n°4, à l’arrêt et complètement vidé au moment de l’accident, le démantèlement est possible. En revanche, pour les réacteurs 1 à 3, où il y a eu fusion du cœur, la tâche est beaucoup plus complexe. Et dans tous les cas, le Japon n’a aucune solution à proposer pour les déchets engendrés par ces opérations. C’est déjà le cas pour les réacteurs non accidentés en cours de démantèlement. A Tôkaï-mura (Ibaraki), Japan Atomic Power Co. a, encore une fois, reporté le début des travaux de démantèlement, faute de solution pour les déchets. Le réacteur en question, mis en service en 1966 et arrêté en 1998, est le premier réacteur commercial à devoir être démantelé. Les travaux auraient dû commencer en 2011.
Le pays n’a pas plus de solution à proposer pour les combustibles usés ou les combustibles fondus, ainsi que les déchets de haute activité à vie longue. Les combustibles usés de la piscine commune de la centrale de Fukushima daï-ichi vont rester là pendant longtemps.

Nouveau maire à Fukushima

Après Kôriyama, Iwaki et Tomioka, cette année, c’est au tour du maire de Fukushima de perdre son siège lors des élections. Toutes ces municipalités ont été fortement affectées par la catastrophe nucléaire. A Fukushima, le taux de participation, de 49%, est supérieur à celui des précédentes élections de 2009, 38%. Le nouveau maire a récolté 72 441 suffrages contre 32 851 pour le maire sortant.
Le nouveau maire, un indépendant complètement inconnu il y a quelques mois, a axé sa campagne sur la décontamination, la gestion des déchets et le retour à une “vie normale”. Le maire sortant était pourtant soutenu par les principaux partis politiques du conseil municipal.
6 000 personnes ont quitté la ville de Fukushima par crainte des radiations, sans soutien car la ville n’est pas classée en zone à évacuer et il y a 115 000 habitations à décontaminer. Les travaux n’ont été menés que pour 18% d’entre elles. Les travaux de décontamination n’ont même pas commencé pour certains chemins menant à des écoles.

Contrôle du riz de Fukushima

Il y a 173 stations de mesure de la contamination en césium pour le riz à Fukushima. Chaque sac produit dans la province est contrôlé. L’an dernier, cela a représenté 10 millions de sac de 30 kg. La mesure prend une minute et une étiquette est collée si la contamination est inférieure à 100 Bq/kg. Seulement 71 sacs avaient plus que cette limite et la plus forte concentration était de 360 Bq/kg. Les agriculteurs dopent leurs champs en engrais à base de potassium pour diminuer le transfert du césium vers la plante. Ils étendent aussi parfois des zéolites qui absorbent le césium. Et il s’avère que si l’on laisse la paille de riz dans les champs, le taux de césium dans le riz est moindre.
Le riz produit à Fukushima est toujours vendu moins cher sur le marché. Avant la catastrophe, le koshihikari, un riz très prisé, produit à Fukushima était vendu plus cher que la moyenne du pays. En 2012, il était de 92 à 98% de la moyenne nationale.
Environ 20% des Japonais déclarent hésiter ou éviter à acheter des produits agricoles de Fukushima.

Piscines des réacteurs : assemblages endommagés

TEPCo a finalement reconnu que 80 assemblages de combustible étaient endommagés avant la catastrophe, dont 70 dans la seule piscine du réacteur n°1. Cela représente près du quart des 292 assemblages ! Il y en a aussi 3 dans la piscine du réacteur n°2 et 4 dans celle du 3, et 3 dans celle du 4. TEPCo ne sait pas encore comment elle va les retirer.
Le réacteur n°1 de Fukushima daï-ichi est le plus ancien de la compagnie. Au début la qualité des assemblages laissait à désirer. Cela s’est amélioré par la suite.

Dégradation des logements préfabriqués

Les préfabriqués où sont hébergés de nombreuses personnes évacuées suite à la catastrophe nucléaire se dégradent très vite. Il y a plus de 300 demandes de réparation par mois. Les habitants se plaignent et craignent l’arrivée de l’hiver quand les ouvertures ne ferment plus. Ils ont aussi peur en cas de fort séisme. Est-ce que cela tiendra ?
Il y a 29 500 personnes dans ces logements provisoires à Fukushima.