Pour une meilleure protection des travailleurs en cas d’accident nucléaire

L’organisation Tokyo Occupational Safety&Health Center milite pour une meilleure protection des travailleurs du nucléaire en cas d’accident. Cela fait trois ans qu’elle essaye de convaincre l’administration de revoir les procédures et d’informer les travailleurs avant que la catastrophe ne survienne. Ces derniers doivent pouvoir donner leur accord en amont.
La loi japonaise limite à 100 mSv la dose maximale admise en cas d’accident. Mais cette limite a été rapidement dépassée en 2011 à Fukushima et le gouvernement a remonté la limite à 250 mSv pendant neuf mois.
La NRA a reconnu que les demandes de l’organisation étaient pertinentes et qu’elle allait les prendre en compte. Il est légitime que les travailleurs sachent à l’avance à quelle dose ils peuvent être exposés et qu’ils donnent leur accord. C’est la première fois, en trois ans, qu’une administration répond. Elle va consulter les ministères concernés car elle n’a pas le pouvoir de décider.

Suite des révélations de l’Asahi sur les premiers jours

Dans la nuit du 14 au 15 mars 2011, la direction de TEPCo à Tôkyô aurait voulu abandonner la centrale devenue trop dangereuse. La compagnie a depuis démenti. Mais le premier ministre de l’époque et toute son équipe maintiennent ces faits. Dans la matinée du 15, le premier ministre s’est rendu dans les locaux de TEPCo pour leur intimer l’ordre de ne jamais abandonner la centrale nucléaire autrement il n’y aura plus de Japon. Il a aussi laissé sur place un fonctionnaire chargé de récupérer toute l’information pertinente que TEPCo rechignait à transmettre. Ce dernier a pris des notes durant cette phase critique de la crise.
Il a autorisé le quotidien Asahi à consulter ses carnets. Ken’ichi Shimomura a été choqué par ce qu’il a vu. TEPCo ne transmettait que très peu d’informations. Dans la cellule de crise du premier ministre, on pensait que le siège de TEPCo ne savait pas grand chose. Mais K. Shimomura a alors découvert tout ce que TEPCo savait sans le transmettre.
Il s’est rendu au siège de TEPCo à 6h07. A son arrivée, le premier ministre tançait TEPCo.
Vers 6h14, il note qu’un bruit fort a été entendu au niveau du réacteur n°2 et qu’il y a eu une baisse brutale de la pression. TEPCo pense alors que le fond de la cuve s’est effondré.
Peu avant 7h, TEPCo veut déplacer le centre de crise sur place, à la centrale daï-ichi, sans que l’on sache où. Le déménagement n’aura pas lieu.
Vers 9h38, un incendie est déclaré dans la piscine du réacteur n°4. 7 minutes plus tard, K. Shimomura note que le feu est incontrôlable. Mais il s’est éteint tout seul vers 11h.
K. Shimomura note aussi que les officiels du centre de crise à Tôkyô semblaient peu concernés. D’autres haut-fonctionnaires présents sur place ont ressenti la même chose.
En ce qui concerne la fuite de 90% des travailleurs présents vers la centrale daï-ni, TEPCo prétend qu’ils n’avaient fait qu’obéir. Cependant, K. Shimomura n’a pas enregistré un tel ordre. Il ne souvient pas non plus avoir entendu quelque chose de tel.
Vers 6h50, il note que TEPCo a fait savoir au cabinet du premier ministre que les travailleurs vont revenir d’ici une heure environ, après avoir vérifié les débits de dose. Il pensait alors qu’ils étaient tout près. Il n’a jamais imaginé qu’ils étaient allés à daï-ni, 12 km plus loin et qu’ils avaient ôté leurs vêtements de protection. Il ne leur était alors pas possible de rentrer en une heure.
De fait, les premiers travailleurs sont revenus vers midi.
K. Shimomura n’a jamais été interrogé par la commission d’enquête gouvernementale. On ne lui a jamais demandé ses carnets non plus.

Statistiques sur l’exposition des travailleurs

TEPCo a mis en ligne ses statistiques sur l’exposition des travailleurs sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Au 30 avril 2014, ils sont 34 145 à y être intervenu : 4 170 employés de TEPCo et 29 975 sous-traitants.
De février 2014 (il doit y avoir une erreur dans le fichier de TEPCo qui indique 2013) à avril 2014, la plus forte dose mensuelle a été de 18,49 mSv. Et c’est un sous-traitant.
Un millier de travailleurs indispensables ont droit à une dose plus forte. La plus forte dose prise depuis le début est de 102,69 mSv.

Projet de ville nouvelle pour les travailleurs de Fukushima daï-ichi

Le gouvernement prévoit la construction d’une ville nouvelle pour héberger les 5 000 travailleurs impliqués dans le démantèlement des 6 réacteurs de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il y a voit là aussi l’opportunité de créer de l’emploi localement et favoriser le retour des populations. Mais les élus locaux se demandent qui d’autre voudra y vivre ?
Actuellement, la plupart des travailleurs demeurent au-delà des 20 km. Le gouvernement veut s’installer à Ôkuma, situé à 10 km, après avoir décontaminé. Le projet inclut aussi une clinique, des restaurants… Le maire d’Ôkuma y est favorable.
Ce projet accompagne aussi la volonté du gouvernement de faire des réacteurs 5 et 6 une centre de recherche sur le démantèlement ouvert aux université et à l’industrie. Un institut de recherche en robotique devrait y être installé.
Le gouvernement veut aussi construire une centrale thermique le long de la côte et installer un centre de développement des énergies nouvelles. Il y a aussi l’idée d’une ferme contrôlée par ordinateur… Il espère ainsi créer 15 000 emplois supplémentaires.
Le nom de tout cela, « Innovation coast ».

Où sont les inspecteurs en cas d’accident ?

L’Asahi revient sur un autre épisode trouble des premières heures de la catastrophe à partir du témoignage de Masao Yoshida, l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi.
Les inspecteurs de la NISA, l’ancienne autorité de sûreté, ont quitté la centrale dans les premières heures de l’accident. Ils se sont réfugiés dans le PC de crise situé à 5 km, qui a dû être évacué dans la ville de Fukushima, à 50 km, car il n’était pas adapté.
Les autorités n’avaient donc aucun relai sur place pour obtenir des informations et dépendaient entièrement de TEPCo. Les relations n’étaient pas bonnes, voire tendues, ce qui est inévitable lors d’un accident de cette ampleur.
La nouvelle loi japonaise requiert que des inspecteurs de la NRA, la nouvelle autorité, restent dans la salle de contrôle décentrée en cas d’accident. Mais combien de temps ? Rien n’est dit. La limite de dose pour les fonctionnaires en cas d’accident est de 100 mSv. Elle était de 250 mSv pour les travailleurs, jusqu’à décembre 2011.

Suite des révélations de l’Asahi

C’est un des sujets les plus controversés de la catastrophe de Fukushima. Dans la nuit du 14 au 15 mars 2011, TEPCo aurait appelé la cellule de crise du premier ministre pour déclarer qu’elle se retirait de la centrale devenue trop dangereuse. Le premier ministre aurait alors ordonné de ne pas partir. TEPCo affirme qu’elle a été mal comprise et qu’il était évident qu’elle ne voulait pas abandonner la centrale, mais seulement y laisser un nombre minimum de travailleurs. Le premier ministre et les membres de son cabinet confirment que TEPCo a bien dit vouloir partir. Il n’y a aucun enregistrement de la conversation.
Le témoignage de l’ancien directeur de la centrale, Masao Yoshida, que l’Asahi a obtenu, apporte un éclairage nouveau sur cette affaire. Le quotidien a aussi interrogé Goshi Hosono, alors conseiller spécial du premier ministre, qui est devenu ensuite ministre de l’environnement et de la catastrophe, avant le changement de majorité.
Durant cette fameuse nuit, M. Yoshida aurait téléphoné deux fois à G. Hosono. La première fois, c’était pour dire qu’il était impossible d’injecter de l’eau dans le réacteur n°2 pour le refroidir. Il aurait aussi suggéré qu’il ne sera peut-être plus possible de travailler à la centrale. Ce qui signifiait, implicitement, qu’il faudrait évacuer les lieux.
Le deuxième appel était pour dire que l’eau avait pénétré dans la cuve du réacteur n°2. G. Hosono dit avoir alors senti la détermination de M. Yoshida, qui n’abandonne jamais.
C’est entre 2 et 3h du matin, le 15 mars, que la pression a commencé à augmenter significativement dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2, faisant craindre le prire.
A peu près au même moment, le PDG de TEPCo essayait de joindre le ministre de l’industrie, Banri Kaieda. G. Hosono a entendu dire, par B. Kaieda et Yukio Edano, alors secrétaire général du gouvernement, que TEPCo voulait se retirer complètement.
G. Hosono a déclaré à l’Asahi que ce souhait d’abandonner la centrale a été évoqué par plusieurs directeurs à Tôkyô, dont le PDG, mais que cet avis n’était pas partagé par M. Yoshida. Son sentiment était que M. Yoshida voulait rester et le cabinet du premier ministre a décidé de le soutenir. La question était de savoir si le siège à Tôkyô voulait aussi soutenir les personnes sur place. Il a aussi ressenti un sentiment d’abandon chez les représentants de TEPCo présents à la résidence du premier ministre. La situation sur place, serait hors de contrôle, selon eux. Haruki Madaramé, chef de la sûreté nucléaire, semblait partager l’avis de TEPCo.
G. Hosono aurait conseillé au premier ministre, Naoto Kan, de suivre l’avis de M. Yoshida. Ce dernier aurait alors sermonné le PDG de TEPCo, Masataka Shimizu, lui faisant comprendre qu’un retrait était exclu.
Comme on le sait maintenant, vers 6h le 15, la situation s’est aggravée à la centrale. M. Yoshida a demandé aux travailleurs sur place de s’éloigner, mais de se tenir prêts à revenir. 90% des travailleurs se seraient enfui à la centrale de Fukushima daï-ni, située 12 km plus au sud. Le PDG actuel de TEPCo réfute ces allégations dans une lettre au New York Times : il reconnaît que les travailleurs sont allés à la centrale de Fukushima daï-ni, mais il explique qu’ils n’ont pas désobéi et qu’ils sont revenus quand ils en ont reçu l’ordre.
Jusqu’à maintenant, G. Hosono a refusé les interviews à propos de cette catastrophe. Mais, après 3 ans, sa mémoire commence à le trahir et il pense qu’il est temps d’apporter son témoignage.
Selon l’Asahi, M. Yoshida, aurait déclaré à la commission d’enquête gouvernementale :
« C’est parce que l’eau ne pénétrait pas. Sans eau, le combustible va juste fondre. »
« Cela peut être le plutonium, cela peut être autre chose, mais toutes les substances contenues dans le combustible vont sortir. Cela va être beaucoup plus sérieux que le césium actuel, car toutes les substances radioactives vont être rejetées et dispersées. On imaginait l’effondrement de l’Est du Japon »
« La situation va devenir plus grave qu’à Tchernobyl, peut-être pas exactement comme dans le film le syndrome chinois, mais quelque chose comme cela. Puis on devra aussi arrêter d’injecter de l’eau dans les réacteurs 1 et 3. »

Révélations de l’Asahi sur les premiers jours de la catastrophe

L’Asahi a eu accès à des documents internes de la commission d’enquête gouvernementale et révèle que 90% des employés de TEPCo ont fui la centrale de Fukushima daï-ichi dans les premiers jours de la catastrophe, bravant les ordres de rester.
Ils étaient 720 sur place le 15 mars et Masao Yoshida, le directeur, leur a demandé de rester. Ils sont 650 à avoir fui. TEPCo n’a jamais reconnu que les personnes sur place ont défié les ordres et prétend que ce n’était pas un ordre, mais une sollicitation.
Le directeur a été auditionné par la commission d’enquête à 13 occasions entre le 22 juillet et le 6 novembre 2011, pendant une durée totale de 29 heures environ. Le tout est consigné dans un document de 400 pages auquel l’Asahi a eu accès. Le directeur est maintenant décédé.
Que s’est-il passé ? Le 15 mars, un bruit d’explosion a été entendu à 6h15 au niveau du réacteur n°2, suivi par une chute de la pression, laissant envisager une rupture de l’enceinte de confinement et donc un risque plus élevé pour les personnes sur place. A 6h42, le directeur a ordonné aux personnes sur place d’aller se réfugier dans les zones où le niveau de radiation était relativement faible. Ils devaient attendre en des endroits où ils pouvaient revenir rapidement. Il a précisé qu’il leur serait demandé de retourner à leur poste quand la situation aura été clarifiée. Comme le débit de dose n’a pas augmenté de manière significative, cela signifiait que l’enceinte de confinement retenait encore la radioactivité.
Mais, vers 7h, des travailleurs ont demandé aux chauffeurs de bus de les emmener à la centrale de Fukushima daï-ni, située à une dizaine de kilomètres vers le Sud. D’autres y sont allés avec leur propre véhicule. Comme les routes étaient endommagées et qu’il fallait ôter puis remettre les habits et masques de protection, un retour rapide n’était pas possible. Parmi les 650 personnes qui sont allées à daï-ni, il y avait des chefs d’équipe qui auraient dû rester à leur poste.
Dans son témoignage, M. Yoshida explique qu’il ne leur a jamais demandé d’aller à daï-ni, mais d’attendre les ordres à proximité. Une fois sur place, il a demandé que les chefs d’équipe rentrent en priorité. Il n’en veut pas aux simples employés d’être partis, mais pensent que les personnes ayant des responsabilités n’auraient jamais dû s’enfuir.
Il n’y avait plus que 69 personnes à la centrale accidentée daï-ichi, les fameux « 50 de Fukushima » qui ont fait la une des médias internationaux. Les premiers retours ont eu lieu vers midi.
Pendant ce temps là, de la vapeur d’eau sortait du réacteur n°2 et il y a eu un incendie au niveau du réacteur n°4. Les plus forts niveaux de dose ont été enregistrés à l’entrée principale.
Le rapport interne de TEPCo ne mentionne pas l’ordre du directeur et laisse entendre que les 650 employés qui se sont réfugiés à daï-ni l’ont fait en accord avec les procédures. TEPCo a aussi diffusé des enregistrements de conversation, mais le son aurait été coupé à ce moment là. La compagnie ne veut toujours pas reconnaître qu’il y a eu une faute.
Le gouvernement, quant à lui, se refuse à tout commentaire et ne veut pas rendre public le document.