Accord entre l’université médicale de Fukushima et l’AIEA

Selon le Tôkyô Shimbun du 31 décembre dernier, l’AIEA et l’université médicale de Fukushima, en charge de l’étude d’impact sanitaire dans la province de Fukushima, ont signé un protocole d’accord incluant des clauses de secret : selon le journal, il y est mentionné la possibilité que des informations ne soient pas publiées si elles peuvent attiser l’anxiété de la population.

Le texte signé est sur le site du ministère des affaires étrangères japonais. L’article 8 mentionne que les signataires publieront leurs résultats tout en respectant la confidentialité imposée par l’autre partie. C’est article est assez commun, mais suffisamment vague pour permettre des dérives. Dans le contexte actuel de défiance vis à vis des autorités sur un sujet aussi sensible et après le vote de la loi sur le secret, il aurait été bienvenu de mieux préciser les choses. Il aurait été préférable de dire que toutes les données seront rendues publiques tout en garantissant la vie privée des personnes concernées.

Parmi les sujets abordés par cet accord, il y a “la peur des radiations”…

Un emploi à la centrale nucléaire pour les personnes qui rentrent

Le retour rapide des personnes évacuées, dont l’indemnisation coûte cher, est toujours la priorité du gouvernement japonais. Et pour que les gens rentrent, il leur faut aussi un emploi. Selon l’Asahi, le vice-ministre de l’industrie, qui est à la tête du groupe gouvernemental relatif à la catastrophe, a trouvé la solution : les impliquer dans le démantèlement de Fukushima daï-ichi ! Et comme le chantier va durer des décennies, c’est un emploi durable. Ainsi, ces personnes prendront des doses au travail et à la maison. Max 20 mSv/an à chaque fois. La comptabilité sera-t-elle séparée ou cumulée ?

Peu de retour du questionnaire pour estimer les doses

Les autorités régionales de Fukushima avaient distribué un questionnaire aux populations pour estimer a posteriori la dose reçue. Il s’agissait de reconstituer l’emploi du temps des personnes concernées, du temps passé à l’extérieur, du lieu etc afin de calculer l’exposition à partir de la reconstitution des retombées radioactives.

Le questionnaire avait été envoyé quelques mois après le début de la catastrophe aux 2 millions d’habitants de la province. Le taux de retour est toujours de 23,6%. Plus le temps passe, plus il sera difficile de le remplir. Il y a la défiance envers les autorités, le refus d’être considéré comme cobaye. Les personnes évacuées ont d’autres soucis.

Nombre de décès post-catastrophe

Le nombre de décès liés à l’évacuation provoquée par l’accident nucléaire à Fukushima est maintenant de 1 605 (au 30 novembre 2013). C’est plus que le nombre de décès directs dus aux séisme et tsunami dans la province : 1 603. C’est aussi beaucoup plus que les 919 décès indirects qui avaient suivi le séisme de Kôbé en 1995. A Miyagi, les décès indirects liés à l’évacuation provoquée par le tsunami s’élèvent à 878. C’est 428 à Iwaté.

Ces décès incluent des personnes qui n’ont pas pu recevoir des soins appropriés, ou qui ont développé de nouvelles maladies, ou encore, qui se sont suicidées.

A Fukushima, 309 dossiers de demande de reconnaissance de décès liés à la catastrophe ont été rejetés. 76 dossiers sont en cours d’évaluation. Cela devient de plus en plus difficile de faire le lien avec l’évacuation.

Si le décès est reconnu comme état lié à la catastrophe, les familles peuvent recevoir 5 millions de yens. Mais il n’y a pas de critères prédéfinis et les dossiers sont examinés au cas par cas.

Des enfants jouent sur des sacs de déchet

A Shirakawa, les sacs contenant les déchets radioactifs issus de la décontamination sont entreposés à l’air libre dans un parc, comme partout ailleurs. Mais ce parc est juste devant des immeubles et une habitante a vu des enfants jouer sur ces sacs. Elle a alerté les autorités régionales, propriétaires des habitations, qui n’ont pas réagi. Un journaliste du Maïnichi, qui révèle l’affaire, a mesuré jusqu’à 2,23 microsieverts par heure à proximité de sacs situés près de la rue. Il y avait 10 fois moins en s’éloignant des sacs. Le quotidien est ensuite aller inspecter d’autres complexes d’habitations, dans la même ville. Il a trouvé deux collégiens (ou collégiennes) en train de bavarder à proximité de tels sacs sans être informé(e)s du risque.

Le quotidien rappelle que les autorités locales sont responsables des déchets et de la protection des populations. La loi impose un débit de dose inférieur à 1 mSv/an (ou 0,23 microsievert par heure) au niveau de la bordure du site d’entreposage. La région a réagi après l’intervention du journal.

La région possède 78 complexes d’habitation et n’en a décontaminé que 21.

Colloque FMU-AIEA à Fukushima

L’Université Médicale de Fukushima (FMU) et l’AIEA ont organisé une conférence internationale qui s’est tenue à Fukushima, du 21 au 24 novembre dernier, intitulée “Rayonnements, Santé et Société : les implications post-Fukushima pour les professionnels de santé”. Cela semble intéressant, mais quand on y regarde de plus près, il n’est quasiment question que de santé mentale, risque et communication… Voir l’annonce, le poster et le programme.

Nouveaux cas de cancer de la thyroïde

Alors que les échographies de la thyroïde des enfants de Fukushima se poursuivent, le nombre de cas de cancer a encore augmenté. 226 000 enfants ont été contrôlés, ce qui représente 33 000 de plus que lors de la publication des derniers résultats. Il y a maintenant 26 mineurs qui ont développé un cancer de la thyroïde confirmé après une opération chirurgicale. C’est 8 de plus qu’avant. Un enfant a été opéré, mais le nodule était bénin. Le nombre de cas suspects est de 32. Il y a donc 59 cas avec un cancer ou suspectés pour 226 000 enfants contrôlés.
Sur les 26 cas de cancer avérés, 10 concernent des enfants provenant de villages évacués et 16 de commnunes non évacuées. Si l’on rapporte cela à la population concernée, il y a 3 fois plus de risque de développer un cancer pour les enfants évacués qui ont été plus fortement exposés dans les premiers jours de la catastrophe que pour les enfants non évacués.
On est donc à quasiment 12 cancers confirmés pour 100 000 enfants alors qu’en 2007, il n’y avait 1,7 enfants sur 100 000 qui développait un cancer de la thyroïde entre 15 et 17 ans.
Les spécialistes japonais en charge de l’étude disent que le nombre de cas détectés augmente à cause de la campagne de dépistage systématique et que l’on ne peut pas accuser l’accident nucléaire. Mais, on ne peut pas le disculper, et cela ils ne le disent pas. Par ailleurs, le Japon a lancé une campagne de dépistage de moindre ampleur dans d’autres provinces, et aucun cas de cancer n’y a été détecté.
Les dernières données sont ici en japonais (une traduction non officielle de quelques tableaux est ici en anglais). Les statistiques de 2012 pour tous les cancers au Japon sont ici en deux langues.

Pas de retour dans les zones les plus contaminées

Le premier ministre a accepté le plan élaboré par les membres de la coalition au pouvoir à propos du non retour des populations originaires des zones les plus contaminées, où l’exposition externe peut dépasser les 50 mSv/an. Il a aussi acccepté la prise en charge d’une partie des coûts par l’Etat, et donc le contribuable. Le ministre de l’environnement, Nobuteru Ishihara, fils de l’ancien gouverneur ultra-conservateur de Tôkyô, n’est pas d’accord avec ce deuxième point. Pour lui, c’est à TEPCo de payer la majeure partie des conséquences de la catastrophe, au nom du principe pollueur-payeur.
Quant aux principaux intéressés par le non-retour, ils regrettent que les politiciens leur aient donnés de faux espoirs. On aurait dû leur dire depuis longtemps qu’il y a des zones où les habitants ne rentreront jamais. C’était évident depuis le début.
C’est le cas, en particulier pour 96% du village d’Ôkuma. Que va-t-il devenir ? Les habitants vont-ils se disperser ? Un nouveau village va-t-il être créé ailleurs ? Les autorités n’ont aucune réponse à proposer.
Le gouvernement veut autoriser le retour là où la dose annuelle est inférieure à 20 mSv comme pour les évacuations, mais c’est trop. Qu’en est-il pour ceux qui sont originaires d’une zone où il y a entre 20 et 50 mSv/an ? Et pour ceux à qui il sera proposé de rentrer, ce sera un dosimètre par personne pour limiter la dose par rapport aux estimations faites à partir de la contamination ambiante. Mais comment mettre cela en pratique ? Avec quelle limite ? Les individus qui dépassent les doses seront punis ? Réévacués ?
81 000 personnes sont concernées par cette politique de retour et non-retour. Il n’est pas acceptable que le gouvernement se défausse sur les populations pour assurer leur propre sécurité sans leur permettre de donner leur avis. Il y a toujours 280 000 évacués en tout, suite aux trois catastrophes. Ils étaient 470 000 en 2011.