Le gouvernement avance l’argent pour indemniser les populations sinistrées et TEPCo doit rembourser, sans intérêt. TEPCO a décidé de limiter à 50 milliards de yens par an (385 millions d’euros) ses remboursements. Et c’est donc le contribuable qui va payer les intérêts supplémentaires. C’était le double auparavant. La compagnie justifie cette décision par le fait qu’elle veut consacrer plus de moyens au démantèlement. Comme les autorités se sont engagées à prêter 5 000 milliards de yens, TEPCO mettra plus de 100 ans à rembourser. Avec les banques, ce sera plus rapide !
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Pas d’indemnisation pour tous
Eau contaminée : la troïka de l’irresponsabilité
L’Asahi consacre un article à la spirale d’irresponsabilité qui a conduit à nier les fuites en mer jusqu’à l’été 2013 alors que tout le monde savait. La troïka de l’irresponsabilité, comme l’appelle le quotidien, qui regroupe TEPCo, le ministère des finances et celui de l’industrie, se chamaille encore pour savoir qui va prendre en charge l’eau contaminée, la décontamination et le démantèlement. En attendant les fuites en mer continuent…
TEPCo, ne voulant pas payer, a tout fait pour reculer les mesures pour colmater les fuites. Elle aurait pu installer un mur souterrain en amont pour dévier l’eau souterraine, mais n’a rien fait. Le gouvernement propose maintenant une technologie beaucoup plus complexe qui consiste à geler le sol.
Pendant tout ce temps, les deux ministères se disputaient pour savoir qui doit payer la décontamination. 5 mois après le déclenchement de la catastrophe, une loi a établi que le gouvernement allait avancer l’argent, mais se ferait rembourser par la compagnie, au nom du principe pollueur-payeur. Le ministère de l’industrie a fait pression sur le nouveau parti au pouvoir pour changer la loi et faire prendre en charge une partie de la décontamination par le contribuable. Mais le ministère des finances a réussi à changer le texte de la nouvelle proposition de loi pour ne pas engager l’argent public.
En ce qui concerne la prise en charge du démantèlement par une agence d’Etat, c’est le ministère de l’industrie qui s’y est opposé car il ne voulait pas être tenu pour responsable et trouvait bien pratique d’avoir TEPCo comme bouc-émissaire.
En attendant, les dernières nouvelles de l’eau souterraine : La contamination bêta totale de l’eau du du fameux puits E1 diminue, mais celle en tritium reste très élevée (prélèvements du 21 novembre et du 22 novembre). La contamination de l’eau dans les bâtiments turbine 1 et 2 est aussi très élevée : il y a 3,3 millions de Bq/L en césium dans le 1 et 22,6 millions Bq/L dans le 2. Pour la contamination bêta totale, c’est respectivement 3,4 millions et 91 millions de Bq/L. Le tritium n’est pas indiqué.
TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons pêchés à 20 km de la centrale de Fukushima où un spécimen dépasse les 100 Bq/kg en césium total et dans le port devant la centrale où la contamination est beaucoup plus forte, allant jusqu’à 110 000 Bq/kg.
L’autorité de sûreté japonaise a mis en ligne un bilan de la surveillance de la pollution marine. On retrouve du césium à des centaines de kilomètres de la côte du Japon.
22ième versement
TEPCo a reçu 119,2 milliards de yens (presqu’un milliard d’euros) d’aide supplémentaire de la part des autorités. Il s’agit d’un prêt sans intérêt pour aider la compagnie à indemniser les victimes de la catastrophe nucléaire. C’est le 22ième versement.
Par ailleurs, le comité en charge de définir le niveau d’indemnisation propose de verser une somme forfaitaire aux personnes originaires de zones où l’irradiation externe dépasse les 50 mSv/an et où le retour n’est pas possible avant longtemps.
Arrêt définitif et espoir de redémarrage
TEPCo a finalement décidé de demander l’arrêt définitif des réacteurs 5 et 6 de sa centrale de Fukushima daï-ichi, conformément à la demande du premier ministre. Ces deux réacteurs, arrêtés et partiellement déchargés le 11 mars 2011, ont pu être sauvé grâce à un générateur diesel. Comme ils ont aussi été noyés par le tsunami, il s’agit d’une sage décision. La décision officielle devrait être prise en décembre prochain.
Ces deux réacteurs vont aussi servir de centre d’entraînement au démantèlement avant de s’attaquer aux réacteurs où le cœur a fondu.
TEPCo prévoit maintenant le redémarrage de ses réacteurs 6 et 7 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa en juillet 2014. Elle est encore bien optimiste… mais cela lui permettrait d’afficher un résultat bénéficiaire supposé rassurer les banques. Si le démarrage n’a lieu qu’en janvier 2015, l’année prochaine sera encore déficitaire.
Témoignage de Happy
“Happy” est le pseudonyme d’un intervenant sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi qui twitte régulièrement et a 87 000 abonnés. Cela presque 20 ans qu’il travaille dans le nucléaire et est à Fukushima depuis le début de la catastrophe. Il a écrit un livre sur les 700 premiers jours et a répondu à une interview du Asahi. Les chefs d’équipe ne se rendent presque plus sur le site de la centrale car ils ont presque atteint la limite de dose. Ils donnent donc des instructions aux équipes, mais sont de plus en plus coupés de la réalité, ce qui complique les tâches et entraîne des erreurs.
Il confirme aussi que TEPCo cherche à diminuer les coûts et choisit l’option la moins chère. Au tout début de la catastrophe, TEPCo ne se préoccupait pas du coût. Puis, une fois l’arrêt à froid déclaré, en décembre 2011, le siège à Tôkyô est devenu plus regardant sur les prix.
Nouveau prêt pour TEPCo
Un consortium de banques a accepté de prêter 500 milliards de yens (3,8 milliards d’euros) à TEPCo. Il y a 300 milliards de reconduction et 200 milliards d’augmentation de la dette. Pour convaincre ses créanciers, TEPCo a mis en avant un redémarrage de deux réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa en 2014 qui devrait lui permettre de faire jusqu’à 100 milliards de yens de bénéfice en 2014. Ce n’est pas encore gagné… La perte pourrait être de 80 milliards de yens sans redémarrage et pourrait être compensée par une nouvelle augmentation de 10% des tarifs d’électricité.
La compagnie pourrait, en 2014, réduire sa masse salariale de plusieurs centaines, voire d’un millier d’emplois, sur la base d’un départ volontaire, souvent en pré-retraite, afin de réduire ses frais et espérer ainsi obtenir une aide supplémentaire de l’Etat. La compagnie a déjà réduit sa masse salariale depuis le début de l’accident : avec 37 000 employés, elle en a 2 400 de moins qu’en avril 2011.
Nouvelle taxation du nucléaire
Alors que la plupart des réacteurs nucléaires vont être arrêtés encore longtemps, voire définitivement pour certains d’entre eux, la province d’Ibaraki va changer son système de taxe pour continuer à avoir des revenus du nucléaire : elle va taxer le combustible.
Elle touchait 1,1 milliard de yens par an avant l’arrêt du seul réacteur commercial de la province, puis 600 millions après. En taxant le combustible, elle espère récolter 8,8 milliards de yens sur 5 ans.