Les produits agricoles de Fukushima se vendent toujours mal

La viande de bœuf élevé à Fukushima se vend toujours à environ 10% de moins que le prix du marché. Les éleveurs de cette province ont du mal à joindre les deux bouts. Pourtant, chaque bête est contrôlée avant abattage et aucune n’a dépassé la limite de 100 Bq/kg depuis octobre 2012. Mais cela ne suffit pas. Malgré une réelle amélioration des contrôles de la nourriture, une multiplication des structures de mesure, la confiance des consommateurs n’est pas revenue après la crise de 2011.

C’est la même chose avec les fruits et les légumes. Les autorités continuent d’accuser les « rumeurs néfastes ». Ce n’est pas comme cela que la situation va s’améliorer.

Contamination des aliments en provenance du Japon

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, explique, dans un communiqué, que « les contrôles ont eu lieu dans les points d’entrée désignés (PED) ayant enregistré des importations japonaises, à savoir : Le Havre, Roissy, Marseille et Strasbourg, et ont porté sur 4 141 lots. Les laboratoires du SCL situés au Havre, à Lille, Strasbourg, Bordeaux et Marseille ont procédé à 415 analyses de prélèvements, dont 195 de thés et 189 de produits végétaux non frais.
Aucune non-conformité n’a été décelée, et on note une nette diminution de la contamination des thés par rapport à l’année précédente.
La DGCCRF va poursuivre le contrôle des denrées d’origine japonaise importées sur le territoire français. »
C’est une bonne nouvelle, mais ce serait mieux de donner le détail des résultats de mesure.

Deuxième visite des experts coréens

Comme plusieurs autres pays, la Corée maintient une interdiction d’importer des produits alimentaires marins en provenance de huit provinces japonaises. Le Japon aimerait que la Corée lève cette interdiction. En décembre dernier, une équipe d’experts coréens était venue inspecter les contrôles effectués sur l’alimentation et avait réclamé plus de données. Une deuxième visite de 4 jours va être organisée la semaine prochaine pour une autre équipe. Elle comporte des représentants d’associations de consommateurs.

Le riz de Fukushima inférieur à la limite de mise sur le marché

La province de Fukushima contrôle tous les sacs de riz produits localement avant de les mettre sur le marché. L’autoconsommation échappe à ces contrôles.
10,75 millions de sacs ont été contrôlés en 2014. Pour la première fois depuis le début de la catastrophe, ils ont tous une contamination en césium inférieure à la limite de 100 Bq/kg pour les deux césium.
Ces contrôles ont débuté en 2012. Les autorités régionales ont acheté 190 appareils de mesure à cette fin. En 2012, 71 sacs de 30 kg ont dépassé la limite. En 2013, c’était 28.
Les pratiques agricoles ont changé afin de diminuer la contamination. Des fertilisants sont utilisés pour réduire l’absorption du césium.

Les forts rejets de poussières radioactives dus aux négligences de TEPCo

On s’en souvient, le démantèlement de la partie supérieure du réacteur n°3 avait entraîné le rejet de poussières radioactives qui ont été détectées assez loin de la centrale accidentée. Une douzaine de travailleurs ont été contaminés alors qu’ils attendaient le bus sur le site de la centrale. Ces rejets ont un temps été soupçonnés d’avoir contaminé du riz à Minami-Sôma, à une vingtaine de kilomètres de la centrale. La NRA a conclu, depuis, qu’il fallait chercher la cause ailleurs. L’IRSN n’était pas aussi catégorique.
TEPCo a mis du temps à reconnaître ces rejets anormalement élevés. Les riverains sont inquiets. Les autorités, qui veulent que les habitants reviennent chez eux, aussi.
Pour le réacteur n°1, qui va suivre, TEPCo a d’abord retiré le toit provisoire, aspergé une résine qui fixe les poussières, montré que la radioactivité ambiante n’avait pas augmentée. Elle a, depuis, remis le toit. Le démantèlement a pris du retard à cause de cette histoire.
La NRA vient de révéler que TEPCo avait dilué la résine aspergée au dessus du réacteur n°3 en 2013 et que c’est la cause des rejets anormaux ! Et elle n’en a pas aspergé régulièrement comme elle aurait dû.
L’Asahi explique que pour le réacteur n°4, dont la partie supérieure a été démantelée en premier, la résine était aspergée la veille des travaux et juste avant. La solution était utilisée pure ou diluée d’un facteur 10, conformément aux recommandations du fabricant. Ce type de produit est utilisé en cas d’amiante.
Mais pour le réacteur n°3, à partir d’août 2012, la solution a été diluée d’un facteur 100 et n’a été aspergée que de temps en temps. Même pas toutes les semaines. Pour le fabricant, c’est comme avoir aspergé de l’eau. Les poussières doivent être humidifiées au moment des travaux pour éviter leur remise en suspension.
La compagnie n’a même pas testé la nouvelle procédure avant de l’appliquer. Les alarmes ont sonné deux fois au cours de l’été 2013 à cause du taux anormalement élevé de radioactivité dans l’air. Il n’y avait que deux aspersion durant l’été 2013 : une à la mi-juin et une à le 13 août. Cela n’a pas empêché le plus fort rejet le 19 août qui a été 6 700 fois plus élevé que dépassé la « normale ». Et en octobre 2013, la compagnie a repris les procédures normales avec dilution d’un facteur 10 et aspersion quotidienne. Les mauvaises pratiques auront duré presque un an !
Il n’y a rien en anglais sur le site de TEPCo à ce propos. Quelle est la part de mise en scène pour le réacteur n°1 alors que la compagnie connaissait très bien la cause des problèmes ?
Quant à la NRA, elle a demandé à TEPCo de suivre les procédures normale et elle va contrôler de plus près les opérations. Mais pas de punition.
TEPCo reste TEPCo et quand les Japonais n’ont pas confiance, ils sont victimes de « rumeurs néfastes »…

Contamination des poissons

TEPCO a mis en ligne des résultats de mesure sur les poissons pêchés dans le port devant la centrale de Fukushima daï-ichi et au-delà, à moins de 20 km de la centrale. Au large, tous les poissons ont une contamination inférieure à la limite de commercialisation fixée à 100 Bq/kg pour le césium. c’est une bonne nouvelle. Dans le port, certains spécimens continuent à être très contaminés, jusqu’à 2 640 Bq/kg.

Base de donnée en anglais

Le laboratoire associatif Chikurin, ouvert à Tôkyô avec le soutien de l’ACRO, fait partie d’un réseau de stations de mesures qui, il y a un an, a ouvert une base de données commune pour publier leurs résultats d’analyse. Il s’agit de « Minna no data », ou les « données de tout le monde ». La base de données est maintenant disponible en anglais avec des résultats de mesure sur la nourriture et les sols.

Restrictions à l’importation

Taïwan a annoncé maintenir son interdiction d’importation de denrées alimentaires provenant de 5 provinces japonaises (Fukushima, Ibaraki, Gunma, Tochigi et Chiba). Le pays n’a pas de projet de lever cette interdiction pour le moment et a imposé, le mois dernier, des contrôles sur les matières recyclables importées (papiers, métaux, plastics…) du Japon.