Article sur les initiatives citoyennes à Fukushima

Le quotidien Asahi consacre un article aux initiatives citoyennes de contrôle de la radioactivité, ce qui est extrêmement rare dans les médias japonais en langue anglaise, bien que, comme nous l’avions expliqué dans un rapport de 2012, elles foisonnent.

A la base, il y a de la défiance envers les autorités, mais aussi une volonté de prendre en main la situation et de mesurer ce qui importe pour les populations. C’est aussi un moyen de maintenir le lien social pour des populations évacuées.

A Iitaté, un village entièrement évacués dans les mois qui ont suivi les rejets massifs, la mairie a mandaté une association locale, Fukushima saïsei no kai, pour faire des mesures régulières. Deux fois par mois, des bénévoles parcourent donc toutes les routes de la commune dans une camionnette équipée d’un GPS et d’un appareil de détection reliés à un ordinateur qui enregistre les données. Les résultats sont mis en ligne (voir une de leur carte).

L’article présente aussi l’association Umilabo, qui, comme son nom l’indique, contrôle la pollution radioactive de la mer. L’initiateur travaille prépare des aliments à base de poissons. Quand on l’interrogeait sur le niveau de contamination, il ne pouvait pas se satisfaire des résultats d’analyse de TEPCo et des autorités régionales. Il a donc commencé les mesures de sédiments marins et de poissons avec des pêcheurs.

A Daté aussi, les résidents se sont organisés pour effectuer des mesures régulières des débits de dose. Dans la zone en question, des maisons ont dû être évacuées car elles étaient à proximité d’un point chaud qui était juste au-dessus de la limite et d’autres n’ont pas été évacuées alors qu’elles étaient juste en dessous. Cela a créé une forte incompréhension et des tensions. Les personnes concernées ont utiliser ces données pour négocier des compensations proches de celles reçues par les personnes évacuées.

C’est aussi l’occasion de rappeler les nombreuses initiatives de l’association Chikurin, non mentionnée dans l’article, mais qui a été créée avec le soutien de l’ACRO, qui a fourni du matériel de détection et une assistance technique. Elle est membre du réseau Minna no data qui surveille l’alimentation et la contamination des sols. Elle effectue de nombreuses analyses sur les urines et a mis au point, récemment, une méthode de surveillance des poussières radioactives qui est accessible au plus grand nombre.

Reprise de la pêche de la sole à Ibaraki

Les autorités ont autorisé la reprise de la pêche commerciale de la sole à Ibaraki, province limitrophe de Fukushima. La commercialisation était encore interdite pour les prises au Nord de Hitachi. Depuis l’an dernier, 57 contrôles ont été effectués. Il n’a pas été détecté de césium dans 37 cas et, pour les 20 cas restant, la contamination était inférieure à 15 Bq/kg, ce qui est moins que la limite officielle de 100 Bq/kg.

D’autres contrôles vont être effectués.

Nouvelle tentative de colmater les fuites vers la mer

On le sait, TEPCo veut isoler les sous-sols des réacteurs pour éviter les infiltrations d’eau et les fuites vers l’océan. En amont, elle installe un système pour geler le sol. En aval, il y a de nombreuses galeries souterraines avec des câbles, des tuyaux qui rendent les choses plus complexes. La compagnie avait, en vain, essayé de colmater une galerie du réacteur n°2 en la gelant, puis après plusieurs mois, en y injectant du ciment. Mais les fuites continuent. Elle avait finalement entièrement rempli la galerie de ciment.

La compagnie vient de commencer à injecter du ciment dans une galerie liée au réacteur n°3 comme on peut le voir sur cette photo mise en ligne. Il y a aussi une vidéo explicative.

Avec les deux décès, le mur gelé, en amont, a pris entre deux semaines à un mois de retard. Si TEPCo doit emplir de ciment toutes les galeries en aval, il y aura plus de retards.

Records de la contamination de l’eau souterraine

L’eau souterraine des puits de contrôle 0-2, 0-3-1 et 0-4 vient de battre un record de contamination en bêta total avec, respectivement, 150, 36 et 300 Bq/L (prélèvements du 25 janvier 2015). Celle du puits de contrôle 1-14 vient de battre un record de la contamination en strontium-90 avec 31 000 Bq/L (prélèvement du 1er décembre 2014).

Les fuites dans l’océan continuent et les dernières données sur la contamination de l’eau de mer sont ici.

Vers une autorisation de rejeter en mer l’eau souterraine

TEPCo veut pomper l’eau souterraine contaminée au pied des réacteurs, la décontaminer partiellement et la rejeter en mer. Elle a demandé l’autorisation à la NRA qui vient de donner son accord.

L’eau serait pompée dans 42 puits, décontaminée et stockée dans des cuves tampon pour contrôle avant rejet. La NRA a demandé que les données de contrôle de l’eau rejetée soient publiques. Elle pense que cela diminuera de moitié la quantité d’eau souterraine qui pénètre dans les sous-sols des réacteurs.

La contamination en césium devrait être inférieure à 1 Bq/L, celle en bêta total (hors tritium) 3 Bq/l et celle en tritium 1 500 Bq/L. Pour le tritium, c’est la même limite que celle utilisée pour l’eau pompée en amont. Pour les autres éléments, elle est légèrement inférieure. Pour le tritium, les niveaux de contamination sont beaucoup plus élevés que pour l’eau pompée en amont et TEPCo ne le retire pas (voir les derniers résultats ici). Elle va sûrement diluer l’eau afin de la faire passer sous la limite… Diluer avant rejet revient à augmenter la limite avant rejet, puisque, de toutes façons, l’eau se diluera dans l’océan. C’est donc une façon malhonnête de présenter les choses. La quantité totale de radioélements rejetés devrait aussi être limitée.

TEPCo a promis qu’elle ne commencerait pas avant d’avoir obtenu l’accord du public et des coopératives de pêche en particulier. Pour l’eau pompée en amont, les discussions ont duré plus d’un an jusqu’à ce que la compagnie trouve la solution la plus évidente, à savoir faire contrôler l’eau avant rejet par un laboratoire tiers. Cette fois-ci, avec l’eau en aval, qui est contaminée, ce sera plus compliqué.

L’eau souterraine fuit toujours vers la mer

TEPCO est toujours à la peine avec ses fuites d’eau contaminée. Rappelons que de l’eau souterraine pénètrent chaque jour dans les sous-sols où elle se mélange à l’eau de refroidissement fortement contaminée. Un partie est pompée et stockée et une autre fuit vers la mer. TEPCo installe une barrière souterraine destinée à geler le sol en amont des réacteurs. Mais en aval, côté océan, il y a de nombreuses galerie souterraines avec tuyaux câbles… TEPCo avait essayé en vain de geler une de ces tranchées durant tout l’été. Elle avait tenté d’ajouter de la glace pour abaisser la température, sans plus de succès. La compagnie avait ensuite proposé de remplir la tranchée de béton, tout en pompant l’eau pour éviter les débordements.
Lors d’une réunion avec la NRA, TEPCo a admis que cette nouvelle tentative n’était pas un succès. La compagnie a complètement rempli de ciment des tunnels, sauf les puits d’accès et retiré 2 500 m3 d’eau contaminée. Mais quand TEPCo pompe l’eau d’un des puits, le niveau baisse dans le puits voisin, indiquant qu’elle n’a pas réussi à boucher la connexion entre les deux puits. TEPCo veut donc remplir les puits de ciment pour tout boucher, mais la NRA n’était pas convaincue et a demandé des investigations complémentaires.
TEPCo va suivre les niveaux dans ces puits pendant un mois pour comprendre les écoulements.

Contamination des poissons

TEPCO a mis en ligne des résultats de mesure sur les poissons pêchés dans le port devant la centrale de Fukushima daï-ichi et au-delà, à moins de 20 km de la centrale. Au large, tous les poissons ont une contamination inférieure à la limite de commercialisation fixée à 100 Bq/kg pour le césium. c’est une bonne nouvelle. Dans le port, certains spécimens continuent à être très contaminés, jusqu’à 2 640 Bq/kg.

L’eau contaminée rejetée en mer ?

Le président de la NRA, Shunichi Tanaka, a visité la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi pendant 4 heures. C’est sa troisième visite en deux ans. Il aurait déclaré que l’eau qui s’accumule devra être rejetée dans l’océan afin de pouvoir nettoyer le site. Impressionné par le nombre de cuves qui constituent une menace pour le site, il veut trouver une solution. Après décontamination partielle, cette eau devra être rejetée en mer. Il veut donc mieux informer la population car il est conscient que l’idée va choquer. C’est toujours la même stratégie qui est à l’oeuvre au Japon : Décider – Annoncer – Défendre (DAD).
En revanche, il n’a rien dit à propos de l’énorme volume de déchets radioactifs sur le site de la centrale, pour lequel il n’y a aucune solution envisagée pour le moment.