Cela fait exactement 14 mois consécutifs que le Japon tourne sans électricité d’origine nucléaire.
Archives mensuelles : novembre 2014
Combustible endommagé dans la piscine n°4
Alors que TEPCo s’apprête à commencer un retrait test d’assemblages de combustibles de la piscine du réacteur n°4, la compagnie reconnaît que certains assemblages sont endommagés depuis longtemps, bien avant l’accident nucléaire. L’un d’entre eux l’est depuis 1982, suite à une erreur de manipulation. Un câble empêcherait le retrait de deux autres assemblages. La compagnie le sait depuis 2010. Enfin, certaines barres auraient des microfissures qui laissent s’échapper des gaz radioactifs. TEPCo ne sait pas encore comment retirer ces trois assemblages qui posent problème.
Chaque assemblage fait 4,5 m de long et contient de 60 à 80 barres.
Les habitants d’Iitaté demandent à être mieux indemnisés
Près de la moitié du village de Iitaté, soit 2 837 personnes, a déposé une demande d’augmentation des indemnisations de TEPCo car leur statut de réfugié se prolonge. Les familles et les communautés sont séparées, ce qui menace l’avenir du village. Ils réclament donc 350 000 yens (2 400 euros) par mois et des excuses de TEPCo. Ils demandent aussi une forte somme pour avoir détruit leur village.
La famille du doyen d’Iitaté en mars 2011 vient de saisir la justice pour demander des compensations à TEPCo. Âgé de 102 ans, il s’était suicidé le 11 avril 2011 alors que le gouvernement a fait part de son intention d’évacuer le village. Il ne voulait pas partir d’où il avait toujours vécu. Trois membres de sa famille réclament 30 millions de yens (plus de 200 000 euros) de dédommagement.
Suspension de l’étude des sites de stockage
A Miyagi aussi le gouvernement peine à trouver un site pour les déchets radioactifs. Il n’a pas pu commencer les travaux d’étude des 3 sites retenus à cause de l’opposition des riverains. Avec l’arrivée prochaine de la neige, le gouvernement a préféré tout suspendre pour reprendre la procédure au printemps prochain. Il espère avoir réussi à convaincre les riverains d’ici là.
Il reste des points chauds à Fukushima
Greenpeace a mis en ligne toute une série de relevés de débit de dose dans plusieurs communes de Fukushima : Iitaté, Kawauchi et Tamura.
La présentation faite devant la presse est ici en anglais et japonais. Les données détaillées sont ici en japonais et ici en anglais.
L’organisation a aussi fait des mesures dans la ville de Fukushima et a trouvé des points chauds dans une rue devant l’hôpital. La plus forte valeur relevée était de 1,1 microsievert par heure alors que le seuil pour l’évacuation est de 0,23 microsivert par heure.
56 nouveaux témoignages
La commission d’enquête mise en place par le gouvernement sur l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima avait auditionné 772 personnes mais le compte-rendu de ces auditions était resté secret. L’Asahi avait publié de larges extraits du témoignage de l’ancien directeur, maintenant décédé, qui avaient fait polémique car le quotidien avait mal interprété certains propos relatifs au retrait des travailleurs sur place.
Cela avait conduit les autorités à rendre publics ce témoignage ainsi que 18 autres en septembre dernier. Elles viennent de rendre publiques 56 auditions supplémentaires.
Parmi les nouveaux témoignages, il y a celui de Tetsuya Yamamoto, à la tête des inspecteurs de l’ancienne autorité de sûreté, la défunte NISA. Il explique que l’accident aurait pu être évité si les mesures avaient été prises en amont et que c’est son plus grand regret. C’est bien la moindre des choses au regard de la lourde responsabilité de cette agence qui n’a pas su imposer des règles de sûreté plus strictes. Si des générateurs de secours sur des camions étaient positionnés à proximité des centrales, il aurait peut-être été possible de faire face à la catastrophe. Rappelons que la fusion du cœur du réacteur n°1, les rejets radioactifs massifs et l’explosion hydrogène ont eu lieu en moins de 24 heures. Aurait-ce été suffisant alors qu’il n’y avait plus d’eau non plus et que TEPCO a tergiversé avant d’utiliser l’eau de mer ?
Hidehiko Nishiyama, ancien porte-parole de la NISA, explique qu’il n’a jamais nié la fusion des cœurs, mais qu’il n’a juste pas utilisé ce vocabulaire… Rappelons que jusqu’en mai 2011, TEPCo ne parlait que d’endommagement des combustibles dans les réacteurs et donnait même des pourcentages et que personne parmi les experts officiels, que ce soit au Japon, à l’AIEA ou dans d’autres pays n’a rien trouvé à y redire.
Manabu Terata, un des conseillers du premier ministre, décrit ce dernier comme menaçant, cassant.
Données sur l’eau de mer
TEPCo a mis en ligne une compilation de données sur la contamination de l’eau de mer le long des côtes depuis août dernier et la tendance n’est pas à la baisse. On note une remontée récente.
L’éternel problème de l’eau contaminée
L’eau contaminée demeure le cauchemar principal de TEPCo à la centrale de Fukushima daï-ichi. Selon l’AP, sur les 6 000 travailleurs qui interviennent quotidiennement sur le site de la centrale, la grande majorité est là pour l’eau. Comme les ressources humaines et financières sont limitées, cela entrave les travaux de démantèlement.
Il y a plus de 500 000 m3 d’eau radioactive dans des cuves. A titre de comparaison, l’accident de Three Mile Island en 1979 avait généré 9 000 m3 d’eau contaminée et il a fallu 14 années pour l’évaporer et traiter les déchets. Le traitement de l’eau devrait coûter de l’ordre de 2 000 milliards de yens (14 milliards d’euros).
Demande de prolongation possible
La loi japonaise limite à 40 ans l’exploitation des réacteurs nucléaires, mais les exploitants peuvent demander une prolongation à 60 ans à « titre exceptionnel ». Pour les 7 réacteurs ayant dépassé la limite ou en étant proches, la demande doit être faire avant juillet 2015.
Kansaï Electric (KEPCo) devrait faire la demande pour les deux réacteurs les plus anciens de sa centrale de Takahama (Fukui) qui ont été mis en service en novembre 1974 et novembre 1975. Ils ont une puissance de 826 MWhe chacun. Cela implique un examen beaucoup plus complet. Si cette information est confirmée, ce serait la première demande de ce type. Chûgoku Electric and Kyûshû Electric pourraient suivre.
KEPCo n’a toujours pas officiellement renoncé à ses réacteurs les plus anciens, les n°1 et 2 de Mihama, qui ont respectivement 44 et 42 ans et sont de faible puissance.
Recours contre le redémarrage de Sendaï
1 400 Japonais ont déposé un recours contre la décision de la NRA relative à la centrale nucléaire de Sendaï (Kagoshima) dont le dossier de sûreté avait été jugé conforme en juillet dernier. Ils pointent en particulier le manque de préparation pour faire face à un accident nucléaire de grande ampleur en situation complexe, concomitant avec un fort séisme, par exemple.
La NRA a accepté leur recours et va l’instruire.