Débris très radioactifs dans une rivière

Des décontamineurs avaient trouvé des débris très radioactifs dans le lit de la rivière Idégawa à Naraha durant l’été 2013. TEPCo les a fait analyser par la JAEA (le CEA japonais) et les résultats sont ici en japonais. Les niveaux sont similaires à ce que l’on trouve dans les débris de la centrale, c’est à dire énormes ! L’échantillon n°3, qui fait 0,4 g, a 2 millions de becquerels en césium 137.

TEPCo affirme qu’ils sont liés à l’accident, mais ne peut en donner l’origine exacte. Cela ressemble à des débris du réacteur n°3 sans que TEPCO ne sache comment ils sont arrivés là. Certains sont en plastique, un autre en bois…

Les premiers tableaux sont en Bq/échantillon. Celui sur le césium et cobalt, en Bq/g. Il faut donc multiplier par 1 000 pour avoir des Bq/kg.

Pas de redémarrage de réacteur nucléaire avant plusieurs mois

Le président de l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, a annoncé qu’aucune instruction de dossier de demande de redémarrage ne sera terminée d’ici la fin de l’année fiscale qui termine le 31 mars. Sur 16 dossiers de demande déposés, l’évaluation a bien avancé pour 10 réacteurs, situé dans l’Ouest. Mais des travaux complémentaires devront être effectués.

Un membre de la NRA a expliqué que certaines compagnies n’ont pas changé d’attitude vis à vis des autorités, d’autres ont compris les enjeux et ont fait des efforts. Il n’a pas donné de nom…

La NRA a finalement confirmé ses précédentes conclusions à propos des failles sous la centrale d’Ôï à Fukui et considère qu’elles ne sont pas actives. Si elles l’avaient été, les réacteurs n’auraient pas pu redémarrer.

La ville de Hakodaté (Hokkaïdô) a entamé une action en justice pour arrêter les travaux de construction d’un réacteur nucléaire à Ôma (Aomori). C’est le premier réacteur de Electric Power Development Co. (J-Power) qui doit fonctionner au MOx uniquement. Une partie du territoire communal de Hakodaté est à moins de 30 km de la centrale et fait donc partie de la zone de préparation à l’urgence nucléaire.

La ville justifie son action sur le fait que le réacteur en construction a été conçu pour satisfaire des critères de sûreté devenus obsolètes. Elle veut aussi avoir le droit de peser sur la décision car elle est à moins de 30 km. Pour le moment, seules les communes qui accueillent une centrale ont leur mot à dire. Et comme elles touchent des taxes, elles sont favorables !

Les travaux de construction ont commencé en 2008 et ont été suspendus en 2011 après la catastrophe nucléaire. Ils ont repris en octobre 2012.

Les cuves ne sont pas étanches

TEPCo a trouvé deux fissures de 8 et 12 m de long dans la dalle en béton qui est sous les cuves d’eau contaminée. De la neige contaminée a pu s’écouler par là après avoir fondu. Ces fissures ne sont pas loin de la cuve qui avait perdu 300 m3 d’eau contaminée pendant un mois durant l’été 2013. TEPCo a trouvé 58 Bq/L en césium dans la neige fondue et 2 100 Bq/L en strontium. Comment la neige a-t-elle pu se contaminer autant ?

Des photos commentées et quelques explications sont ici en japonais et ici en anglais.

L’eau souterraine à proximité reste fortement contaminée. Il y a 51 000 Bq/L en tritium dans le puits E1 (prélèvement du 10 février 2014). Il y a 7 200 Bq/L en bêta total. Comment expliquer cette contamination persistante autrement que par des fuites persistantes ?

Une partie des cuves de stockage de l’eau contaminée de TEPCo ont été construites à la va-vite et les joints ont une durée de vie de 5 ans, sans compter la dégradation due aux radiations. Suite à la fuite de 300 m3 d’eau fortement contaminée d’une de ces cuves durant l’été 2013, qui était restée inaperçue pendant un mois, TEPCo s’était engagée à reprendre ces 750 cuves et les remplacer par d’autres plus solides. Les travaux devraient commencer en mars 2014 pour se terminer en mars 2015.

Contamination de la Baie de Tôkyô

La NRA a mis deux résultats de mesure de contamination marine dans la Baie de Tôkyô : il y a entre 39 et 66 Bq/kg en césium dans les sédiments secs et de l’ordre de 0,01 Bq/L dans l’eau de mer. Cette pollution est due au lessivage des sols et s’accumule dans la baie presque fermée. La contamination des sédiments a augmentée par rapport aux précédents prélèvements aux mêmes points.

Pour les sédiments, c’est du même ordre que ce qui est trouvé au large (une centaine de km) de la centrale de Fukushima. Pour l’eau de mer, les niveaux sont similaires à ce qui est trouvé au large de Miyagi.

Quelle politique énergétique pour le Japon ?

Le gouvernement avait promis une nouvelle politique énergétique mais repousse sans cesse l’échéance. Il a du mal à faire la synthèse entre les différentes opinions de la majorité. Il ne sait toujours pas quand ni combien de réacteurs nucléaires pourront redémarrer. Et il n’a pas de solution pour les déchets nucléaires. En attendant, de nouveaux opérateurs attendent l’ouverture complète du marché de l’électricité en 2016 en investissant dans les énergies renouvelables.

Selon les indiscrétions recueillies par la presse japonaise, le gouvernement devrait finalement présenter son plan énergétique à court et moyen terme d’ici la fin du mois. Il devrait réaffirmer le rôle de l’énergie nucléaire en base, c’est à dire la part de l’électricité dont on a toujours besoin, quelles que soient les variations. La presse cite l’opposition des Japonais face à cette énergie qui a longtemps fait hésiter le gouvernement. Mais comme cela ne semble pas se traduire dans les urnes, le gouvernement hésiterait moins à réaffirmer ses positions en faveur de cette énergie.

Que le public soit pour ou contre, que le gouvernement soit pour ou contre, pour le moment aucun réacteur ne peut fonctionner, faute de pouvoir satisfaire aux nouveaux critères de sûreté. Le fossé est grand tant il y avait du laisser aller. Le meilleur ennemi de l’industrie nucléaire reste l’industrie nucléaire elle-même.

Résultats des élections à Tôkyô

La candidat conservateur, soutenu par le gouvernement, a remporté le poste de maire-gouverneur de Tôkyô, avec 45% des suffrages exprimés. Ses deux principaux challengers, ont recueilli 20% des suffrages chacun (estimations à la sortie des urnes). L’ancien premier ministre, M. Hosokawa, retiré de la politique, était revenu dans la course en axant toute sa campagne sur une sortie rapide du nucléaire. Il avait dû démissionner de son poste de premier ministre suite à des problèmes d’argent jamais clarifiés et il voulait prendre la suite d’un gouverneur démissionnaire pour les mêmes raisons… La sortie rapide du nucléaire n’a pas pu faire la différence.

L’autre challenger, M. Utsunomiya, soutenu par le parti communiste et le parti social démocrate et arrivé en deuxième position, était aussi opposé au nucléaire.

La vainqueur a promis de faire passer la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie à Tôkyô, de 6 à 20%.

Le taux de participation était de 46%, un des plus bas.

Travail acharné pour satisfaire aux nouveaux critères de sûreté

Lire l’excellente dépêche Reuters sur la course contre la montre engagée par les exploitants du nucléaire pour satisfaire aux nouveaux critères de sûreté. Des milliers d’employés ont été envoyés à Tôkyô, à proximité des locaux de l’autorité de sûreté, pour répondre à ses questions. Les conditions de vie depuis des mois dans des hôtels bon marchés, loin de la famille, sont difficiles, les exploitants rognant sur tous les frais. Les journées de travail sont aussi très longues. Mais il n’y a pas que le papier. Les investissements pour remettre les réacteurs aux normes sont aussi massifs. C’est pourquoi le nombre de demande de redémarrage reste très limité.

Mitsubishi Heavy Industry, qui a mis 2 800 personnes sur ce dossier, est le principal sous-traitant, dont dépendent tous les exploitants. C’est un autre frein.

Bref, personne ne peut dire quand ce travail sera fini et quand des réacteurs pourront redémarrer.

Indemnisation pour évacuation tardive

180 habitants d’Iitaté et un millier de Daté, où les évacuations ont été tardives, avaient demandé une indemnisation à la commission mise en place pour régler les litiges, car ils se font du souci pour leur santé. La commission avait donné un avis favorable, mais TEPCo refusait de payer au prétexte que la demande des habitants ne reposait sur aucune base scientifique.

Mais TEPCo vient de changer d’avis : elle va verser des indemnités pour régler ce litige, tout en maintenant qu’elle n’a aucun devoir de le faire, mais qu’elle souhaite prendre en compte la situation de ces personnes.

Nouveaux cas de cancer de la thyroïde

Les nouvelles statistiques sur les cancers de la thyroïde viennent d’être publiées : il y a 75 cas potentiels, dont 33 confirmés après intervention chirurgicale, sur 254 000 enfants contrôlés. C’était respectivement 59 et 26 en novembre dernier.

Les autorités maintiennent qu’elles ne pensent pas que ce soit lié à la catastrophe nucléaire. Et c’est toujours le même argument qui est avancé : à Tchernobyl, l’apparition des cancers est apparue 4 à 5 ans après la catastrophe. Mais il n’y avait pas eu un tel dépistage systématique et la découverte des cancers y a été plus tardive.

L’université médicale de Fukushima va faire une analyse génétique des glandes retirées pour voir si un lien peut être fait avec les radiations.

375 000 enfants en tout ont droit à une échographie de la thyroïde pour dépistage.

Une traduction partielle des résultats est ici en anglais.