Après les deux décès qui sont survenus en janvier, TEPCo a enquêté sur les circonstances et propose des mesures pour améliorer la sécurité des travailleurs. Elle a décidé de mettre la sûreté prioritaire sur la tenue du calendrier et des inspecteurs vont patrouiller sur les sites afin de vérifier l’implémentation des mesures.
TEPCo avait suspendu la plupart des travaux sur ces trois centrales. Ils ont repris le 26 janvier à Kashiwazaki-Kariwa, le 28 à Fukushima daï-ni et reprennent aujourd’hui à Fukushima daï-ichi où il y a près de 7 000 travailleurs par jour sur le site. Cet arrêt a entraîné un retard de deux semaines à un mois pour toutes les opérations de démantèlement.
Voir le communiqué de TEPCo, une explication sur les circonstances du décès du premier travailleur et du deuxième travailleur, ainsi qu’un résumé des mesures prises pour améliorer la sécurité au travail (tout est en anglais).
Archives par mot-clé : Démantèlement
Le démantèlement de Fukushima daï-ichi
Dans une interview au Yomiuri, le journal officiel du village nucléaire, le président de TEPCo parle de 40 à 50 ans pour le démantèlement de la centrale accidentée. C’était 30 ans au début de la catastrophe, puis 40 ans. Il est maintenant question de 50 ans.
Pour accélérer les travaux, TEPCo va accueillir une centaine d’ingénieurs de la Japan Atomic Power Co. qui ont travaillé sur le démantèlement d’un réacteur à Tôkaï (Ibaraki). Cette compagnie risque de voir tous ses réacteurs arrêtés définitivement. Le démantèlement est donc son avenir. Le PDG de TEPCo va solliciter les autres compagnies japonaises qui exploitent du nucléaire. Elles ont aussi besoin de se former.
Les forts rejets de poussières radioactives dus aux négligences de TEPCo
On s’en souvient, le démantèlement de la partie supérieure du réacteur n°3 avait entraîné le rejet de poussières radioactives qui ont été détectées assez loin de la centrale accidentée. Une douzaine de travailleurs ont été contaminés alors qu’ils attendaient le bus sur le site de la centrale. Ces rejets ont un temps été soupçonnés d’avoir contaminé du riz à Minami-Sôma, à une vingtaine de kilomètres de la centrale. La NRA a conclu, depuis, qu’il fallait chercher la cause ailleurs. L’IRSN n’était pas aussi catégorique.
TEPCo a mis du temps à reconnaître ces rejets anormalement élevés. Les riverains sont inquiets. Les autorités, qui veulent que les habitants reviennent chez eux, aussi.
Pour le réacteur n°1, qui va suivre, TEPCo a d’abord retiré le toit provisoire, aspergé une résine qui fixe les poussières, montré que la radioactivité ambiante n’avait pas augmentée. Elle a, depuis, remis le toit. Le démantèlement a pris du retard à cause de cette histoire.
La NRA vient de révéler que TEPCo avait dilué la résine aspergée au dessus du réacteur n°3 en 2013 et que c’est la cause des rejets anormaux ! Et elle n’en a pas aspergé régulièrement comme elle aurait dû.
L’Asahi explique que pour le réacteur n°4, dont la partie supérieure a été démantelée en premier, la résine était aspergée la veille des travaux et juste avant. La solution était utilisée pure ou diluée d’un facteur 10, conformément aux recommandations du fabricant. Ce type de produit est utilisé en cas d’amiante.
Mais pour le réacteur n°3, à partir d’août 2012, la solution a été diluée d’un facteur 100 et n’a été aspergée que de temps en temps. Même pas toutes les semaines. Pour le fabricant, c’est comme avoir aspergé de l’eau. Les poussières doivent être humidifiées au moment des travaux pour éviter leur remise en suspension.
La compagnie n’a même pas testé la nouvelle procédure avant de l’appliquer. Les alarmes ont sonné deux fois au cours de l’été 2013 à cause du taux anormalement élevé de radioactivité dans l’air. Il n’y avait que deux aspersion durant l’été 2013 : une à la mi-juin et une à le 13 août. Cela n’a pas empêché le plus fort rejet le 19 août qui a été 6 700 fois plus élevé que dépassé la « normale ». Et en octobre 2013, la compagnie a repris les procédures normales avec dilution d’un facteur 10 et aspersion quotidienne. Les mauvaises pratiques auront duré presque un an !
Il n’y a rien en anglais sur le site de TEPCo à ce propos. Quelle est la part de mise en scène pour le réacteur n°1 alors que la compagnie connaissait très bien la cause des problèmes ?
Quant à la NRA, elle a demandé à TEPCo de suivre les procédures normale et elle va contrôler de plus près les opérations. Mais pas de punition.
TEPCo reste TEPCo et quand les Japonais n’ont pas confiance, ils sont victimes de « rumeurs néfastes »…
Coûts de démantèlement
C’est maintenant officiel, le gouvernement veut faire porter les coûts du démantèlement des réacteurs nucléaires par les compagnies qui distribuent l’électricité pour que tout le monde paye une fois le marché de l’électricité ouvert, même les consommateurs qui choisiront un producteur qui n’exploite pas de nucléaire. Il s’agit de protéger les exploitants historiques face à la nouvelle concurrence.
Socialisation du coût du démantèlement
Avec la libéralisation du marché de l’électricité et de nombreux réacteurs à arrêter prématurément, le coût du démantèlement risque de rendre les compagnies historiques peu compétitives. Le gouvernement réfléchit donc à un moyen de lisser ces coûts ou les « sociabiliser ». Il envisage de les reporter sur les compagnies qui transportent l’électricité afin de faire payer tous les consommateurs. Mais les nouvelles compagnies vont refuser. Surtout celles qui veulent proposer une offre 100% renouvelable. Ces coûts pourraient n’être supportés que par les compagnies qui exploitent du nucléaire, ce qui serait plus équitable.
Coût de l’arrêt du nucléaire
Le ministère de l’industrie japonais a estimé à 21 milliards de yens (143 millions d’euros) la perte par réacteur due à l’arrêt après 40 ans de fonctionnement.
Il a mis en place un groupe de travail destiné à faire des propositions pour aider les compagnies d’électricité qui devront faire face à ces coûts suite l’arrêt définitif de plusieurs réacteurs. Actuellement, les exploitants du nucléaire sont supposés provisionner de l’argent pour le démantèlement. Mais certains réacteurs seront arrêtés plus tôt que prévu.
Par ailleurs, avec l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité, les exploitants veulent rogner sur les coûts pour rester compétitifs. Le gouvernement envisage donc de mettre en place un fond dont l’argent sera collecté sur les factures d’électricité. Ce seraient les distributeurs d’électricité qui collecteraient l’argent. Ainsi, même les nouveaux entrants, qui n’exploitent pas du nucléaire, devraient participer.
Incinérateur de déchets à Fukushima daï-ichi
D’après le Maïnichi, les travailleurs à la centrale accidentée revêtent des combinaisons protectrices qui deviennent des déchets radioactifs. Et comme ils sont presque 6 000 par jour sur le site, cela s’accumule vite. Il y en aurait 33 300 m3 et cela augmenterait à raison de 1 000 m3 par mois. Sur l’équipement complet d’un travailleur, seuls les chaussures et masques sont réutilisés après nettoyage. Tout le reste, à savoir les combinaisons, les gants en trois épaisseurs, chaussettes en deux épaisseurs… sont à usage unique.
TEPCo veut construire un incinérateur sur place pour traiter ce problème, qui ne devrait pas être mis en service avant un an avec près de six mois de retard. Et encore, cette installation ne devrait pouvoir incinérer que 960 m3 par mois si l’on en croit la présentation faite à la NRA. Et le nombre de travailleurs devrait encore augmenter.
Il s’agit là d’un exemple illustratif du problème des déchets générés par le démantèlement des réacteurs accidentés pour lesquels la compagnie n’a aucune solution à proposer.
“Glissement” de calendrier
TEPCo et le gouvernement devraient revoir le calendrier de démantèlement du réacteur n°1. Le retrait des combustibles de la piscine devait débuter en 2017, ce sera 2019. Le retrait du combustible fondu (corium) devait commencer en 2020, ce sera 2025.
Le calendrier pour le réacteur n°2 pourrait aussi être revu à cause du fort niveau de débit de dose qui y règne.
Pour le réacteur n°3, le retrait des débris est suspendu suite à la chute d’une lourde pièce en août dernier
Percement de la couverture du réacteur n°1
Plan de démantèlement
TEPCo a présenté son nouveau plan de démantèlement. Il y en a toujours pour 30 à 40 ans. Le retrait des combustibles usés devrait se terminer cette année pour la piscine du réacteur n°4. Il devrait commencer en 2015 pour le réacteur n°3. Pour les réacteurs 1 et 2, ce n’est pas pour tout de suite. Le débit de dose dans le réacteur n°2 reste très élevé et pour le réacteur n°1, la compagnie commence à peine des travaux de retrait de la couverture.