Voir et lire l’excellent visuel interactif du journal Le Monde intitulé Fukushima, an III.
Archives par mot-clé : Décontamination
Retour à Tamura ?
Le district de Miyakoji de Tamura, commune située à une vingtaine de kilomètres de la centrale, devrait être le premier à voir l’ordre d’évacuer levé. Lors d’une rencontre entre les autorités, des représentants de la commune et 25 habitants du district, ces derniers ont demandé à ce qu’ils puissent officiellement rentrer à partir du 1er avril prochain, car cela correspond au début de l’année fiscale et scolaire.
Ils peuvent déjà rester chez eux, même pour la nuit, mais l’ordre d’évacuation est maintenu pour qu’ils puissent continuer à recevoir un soutien financier.
Les travaux de décontamination sont officiellement terminés. Mais des familles avec enfants réclament une nouvelle décontamination et des objectifs en terme de débit de dose. Le gouvernement refuse ces objectifs chiffrés car il ne pourra probablement pas les atteindre. D’autres demandent une décontamination plus vaste car elle se limite actuellement à la proximité immédiate des zones de vie. Une fois les habitants rentrés, le gouvernement continuera-t-il à décontaminer ? Certains en doutent et réclament un engagement ferme des autorités.
Point sur le traitement des déchets du tsunami
Le ministère de l’environnement a mis en ligne des statistiques en anglais sur le traitement des débris du tsunami : 90 et 96% des débris seraient traités à Iwaté et Miyagi, mais seulement 62% à Fukushima, à cause de la radioactivité, bien que la zone d’évacuation ne soit pas prise en compte dans ces statistiques. Rien n’y a été fait pour le moment.
Il a aussi mis en ligne une présentation sur les progrès de la décontamination et ses projets de centres d’entreposage : tout va bien.
Enquête Reuters sur des sans-abris embauchés pour la décontamination
L’agence de presse Reuters continue à enquêter sur les conditions de travail après la catastrophe nucléaire. Elle propose un article, des photos et une vidéo sur des sans-abris embauchés dans des travaux de décontamination. A lire !
La pénurie de main d’oeuvre incite donc les compagnies à user de tous les moyens pour trouver des travailleurs qui acceptent de faire le sale boulot pour un salaire ridicule, souvent inférieur au salaire minimum après les ponctions de chaque couche de sous-traitance. Les sans-abris recrutés à Sendaï (Miyagi) interrogés par Reuters travaillaient sur un chantier de la deuxième compagnie de construction du Japon, Obayashi, une des majors du bâtiment qui ont remporté les marchés de décontamination sans aucune expérience.
Le recrutement des personnes les plus vulnérables pour servir de main d’oeuvre sur les chantiers est souvent contrôlé par la pègre.
Les nombreuses couches de sous-traitance permettent tous les abus et rendent les contrôles difficiles. Reuters a dénombré 733 compagnies impliquées dans les chantiers de décontamination des zones les plus contaminées prises en charge par le gouvernement et l’autoroute. Parmi elles, 56 ne sont pas habilitées par le ministère de l’environnement. Les contrats associés représentent 2,5 milliards de dollars.
L’agence a aussi découvert 5 compagnies fantômes, sans adresse, téléphone, site Internet, ni enregistrement.
Le ministère de l’environnement, qui gère là son plus gros budget depuis qu’il existe, se défausse entièrement sur les quelques majors qui ont remporté les contrats. Elles mêmes sous-traitent tout et ne contrôle pas la situation. Un patron d’une compagnie sous-traitante avoue que s’il commençait à contrôler tous les contrats, cela n’avancerait pas et il n’aurait pas le dixième de la main d’oeuvre nécessaire. Alors tout le monde ferme les yeux.
Ces problèmes de sous-traitance existaient déjà avant la catastrophe dans le bâtiment et la décontamination nucléaire. Ils ont été exacerbés par l’ampleur de la tâche suite à la catastrophe, la pénurie de main d’oeuvre et l’attrait de la prime de risque de 100 000 yens par jour qui n’est pas toujours versée aux travailleurs. Selon la police qui a enquêté sur les sans-abris de Sendaï, seulement un tiers de ce qui est versé par Obayashi arrive dans la poche des travailleurs journaliers. Après leur avoir pris les frais de logement et nourriture, il ne leur reste plus que 6 dollars de l’heure, ce qui est moins que le salaire minimum qui est 6,5 dollars de l’heure. Certains sans-abris auraient même des dettes quand tous les frais ont été déduits !
Le recruteur des sans-abris à Sendaï a été arrêté en novembre et relâché sans charge car la police voulait remonter la chaîne de d’embauche et coincer la pègre locale qui logeait les sans-abris dans des dortoirs insalubres et se faisait 10 000 dollars par mois sur leur dos. Le membre de la pègre qui a été arrêté, a dû payer une amende de 2 500 dollars. La compagnie qui a embauché les sans abris envoyés par la pègre a eu une amende de 5 000 dollars, son manager aussi. Elle les a ensuite envoyés à une autre compagnie, à peine plus grosse, qui prétend n’avoir prélevé que 10 dollars par personne avant de les envoyer au véritable sous-traitant. Cette deuxième compagnie et son manager ont aussi eu une amende de 5 000 dollars chacun. Elle prétend que si l’on ne traite pas avec la pègre, il n’est pas possible d’avoir de la main d’oeuvre : ce serait toujours ainsi dans le bâtiment. Quant sous-traitant sur les chantiers, il prétend ne pas être au courant du recrutement. Cette compagnie et la major du bâtiment, n’ont pas été punies.
Des pratiques similaires existent sur les chantiers de traitement des débris du tsunami.
Par ailleurs, le gouvernement japonais va autoriser les ouvriers engagés dans la décontamination et la réhabilitation des zones évacuées à dormir sur place si l’exposition externe est inférieure à une dose équivalente à 20 mSv/an. Il s’agit de satisfaire à une demande des compagnies et des autorités locales afin de gagner sur le temps de transport pour accélérer la décontamination. La dose en dehors des heures de travail va-t-elle être prise en compte ?
Les habitants originaires de ces zones peuvent rentrer dans la journée mais ne sont pas autorisés à dormir sur place. Les municipalités devront en faire la demande auprès du gouvernement. Iitaté l’a déjà fait.
Retard dans le traitement des débris contaminés
Le gouvernement a admis qu’il lui faudra plus de temps pour traiter les débris du tsunami à Fukushima à cause de la radioactivité. Cela devrait durer jusqu’en 2016, soit deux ans de retard, sans compter les zones les plus contaminées où rien n’est prévu pour le moment. La quantité totale de déchets des zones où les travaux sont possibles serait de 802 000 tonnes.
En ce qui concerne la décontamination, le gouvernement se donne trois ans de plus pour finir en mars 2017. La simple idée que la décontamination puisse avoir une fin est assez saugrenue : les niveaux atteints restent élevés et les habitants ne s’en satisfont pas. Il y a aussi 70% de montagnes et forêts à Fukushima qui ne sont pas décontaminées et qui recontaminent certaines zones près des habitations.
Le gouvernement va mettre la priorité sur les infrastructures et les zones habitées de façon à permettre le retour des habitants. Les zones les plus contaminées, où l’exposition externe dépasserait 50 mSv/an, ne sont pas concernées par ce plan. Ni la commune de Futaba car les discussions avec la municipalité n’ont pas abouti. 96% de cette commune sont classés en zone de retour difficile.
Nouvelles cartes de la contamination des sols
La NRA a fait refaire des mesures du débit de dose à partir d’hélicoptères dans un rayon de 80 km autour de la centrale accidentée. Les valeurs rapportées à 1 m du sol montrent une diminution moyenne de 47% depuis les premières cartes. C’est dû la disparition progressive du césium 134 qui a une demi-vie de 2 ans et au lessivage des sols par l’eau de pluie. Cette baisse doit être prise comme référence pour évaluer l’efficacité de la décontamination. Les données datent de septembre 2013 et une présentation est ici en anglais.
La précédente carte a été publiée en mai 2013 avec des données de mars 2013.
Fukushima peu attractive
Il y a de moins en moins d’étudiants à Fukushima alors que dans les provinces voisines touchées par le tsunami, le nombre d’étudiants est revenu au niveau de l’avant 11 mars 2011. C’est surtout le nombre d’étudiants en provenance d’autres régions qui a chuté.
Le blog ex-skf a déniché et traduit une petite annonce pour aller décontaminer à Fukushima : “Travail facile, surtout tonte, élagage et élimination de la couche supérieur de sol”. Aucune mention de la radioactivité, même si les lieux concernés sont contaminés.
Essais sur de la culture de riz en zone évacuée
A Nagadoro, une des zones les plus contaminées d’Iitaté, des rizières ont été décontaminées en retirant la couche superficielle et cultivées au printemps. Après la moisson d’octobre dernier, 3 kg de ce riz ont été analysés et la contamination en césium était inférieure à 10 Bq/kg, ce qui est moins que la limite fixée à 100 Bq/kg. L’agriculture dans les zones évacuées est interdite et le riz produit ne sera pas vendu, mais cette expérience sera renouvelée l’année prochaine.
Par ailleurs, 540 kg de riz de Fukushima vont être servis à la cantine d’un ministère à Tôkyô pendant neuf jours. Ils ne prennent pas beaucoup de risques…
Meilleur suivi des doses sur les chantiers de décontamination
Le ministère du travail va mieux contrôler les doses prises par les personnes engagées dans les travaux de décontamination et introduire un carnet de doses, comme pour les travailleurs du nucléaire. Voir le communiqué de presse et son annexe avec plus de détails. Il était temps. Espérons que le système sera appliqué et effectif.
Campagne de décontamination à Ibaraki
Une campagne de mesure de la contamination a commencé dans la commune de Toridé, située au Sud de la province d’Ibaraki. Il s’agit de déterminer quelles habitations nécessitent une décontamination. Environ 70% de la commune est a priori concernée et 35 000 habitations seront contrôlées.
La décontamination des écoles et des parcs a déjà commencé.