Les trois anciens dirigeants de TEPCo acquités

Le tribunal de Tôkyô a jugé que les trois anciens dirigeants de TEPCo, Tsunéhisa Katsumata, Ichirô Takékuro et Sakae Mutô, n’étaient pas coupables de négligences ayant entraîné la mort et des blessures. Les avocats commis d’office, agissant en qualité de procureurs, avaient requis 5 ans de prison en décembre 2018, la peine maximale, et les trois anciens dirigeants avaient plaidé non coupables, mais c’étaient excusés… Dans le cas présent, les trois anciens dirigeants étaient mis en examen pour la mort de 44 personnes, dont des patients de la clinique de Futaba, et les blessures de 13 autres personnes.

Les victimes de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et leurs proches sont choqués par cette décision, qu’ils considèrent comme inacceptable. Lors d’une conférence de presse, le groupe de plaignants a demandé aux procureurs de faire appel.

Le point crucial, qui a été débattu tout au long de ce procès, était de savoir si le tsunami était prévisible ou pas. Des rapports internes de TEPCo avaient pris en compte une telle éventualité, mais rien n’avait été fait pour renforcer la protection des centrales de Fukushima daï-ichi et daï-ni. Pour la défense, le rapport de 2008 en question n’était pas validé. Elle en veut pour preuve que l’étude envisageait un tsunami venant du Sud alors que celui de 2011 venait de l’Est… Pour l’accusation, les dirigeants auraient décidé de ne pas prendre en compte ces prédictions et auraient donné des ordres en ce sens.

La cour a estimé que les évaluations sur le risque de tsunami dont les trois anciens dirigeant avaient connaissance n’avaient pas de fondement spécifique. De plus, il n’est pas sûr que les travaux de renforcement des protections auraient été terminés en mars 2011 s’ils avaient été lancés dès 2009. Le président du tribunal, Ken’ichi Nagafuchi, a déclaré lors du verdict, qu’“il serait impossible d’exploiter une centrale nucléaire si les exploitants étaient tenus de prévoir toutes les possibilités de tsunami et de prendre les mesures de protection nécessaires.”

Il ressort pourtant des auditions de témoins que ces trois anciens dirigeants ont reporté sans cesse l’implémentation de mesures de protection renforcée contre les tsunamis. Selon un employé de TEPCo, un dirigeant de la compagnie aurait arrêté le projet de digue contre les tsunamis en 2008. Un autre a expliqué qu’après l’arrêt de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa et ses 7 réacteurs en 2007, suite à un fort séisme, la priorité de la compagnie était d’éviter tout arrêt sur ses deux autres centrales nucléaires. Le rehaussement de la digue aurait entraîné un arrêt momentané des réacteurs.

Comme est venu l’expliquer un sismologue, les experts officiels avaient revu le risque sismique et de tsunami à la hausse et les exploitants du nucléaire aurait dû renforcer les protections contre ces agressions. Il y avait eu consensus à l’époque et si TEPCo avait pris les mesures nécessaires, l’accident aurait pu être évité. A Tôkaï, une nouvelle digue était en construction suite à la ré-estimation du risque sismique de 2002. Elle avait permis de sauver un générateur diesel de secours et d’éviter la catastrophe. Le dernier argument de la cour est donc particulièrement fallacieux.

Rappelons que la commission d’enquête parlementaire avait conclu que cette catastrophe était d’origine humaine. Mais, personne n’est coupable… Même si l’issue du procès est très décevante, les 37 audiences auront permis de montrer les failles de TEPCo en termes de sûreté et la négligence de ses dirigeants. Elles ont permis d’apporter des éléments nouveaux, qui n’étaient pas dans les rapports d’enquête.

Ce procès criminel revient de loin : en 2012, un groupe de 5 700 citoyens japonais avait porté plainte contre de nombreux dirigeants de TEPCo et du gouvernement. Puis, ils avaient focalisé leur action contre ces trois dirigeants. En septembre 2013, ils avaient été déboutés par les procureurs, arguant que les éléments du dossier étaient insuffisants. Mais un jury de citoyens leur avaient ensuite donné raison par deux fois. Ces trois dirigeants ont été mis en examen en février 2016. Le jury citoyen avait estimé qu’ils étaient responsables des blessures de 13 personnes suite aux explosions hydrogène et du décès de 44 patients de l’hôpital de Futaba.

Rappelons que sept décisions de justice concernant des demandes d’indemnisation ont estimé que TEPCo était responsable de la catastrophe. Que ce soit lors du premier jugement, par le tribunal de Maebashi, ou les autres fois, la compagnie, en tant que personne morale, a été reconnue coupable de négligences. Mais pas ses dirigeants…