Quelle politique pour le retour des populations ?

Le principal casse-tête des autorités concerne le retour des populations dans les territoires évacués. Pour cela, elles ont déterminé trois zones en fonction de l’exposition externe calculée en supposant que les habitants restent 8 heures par jour à l’extérieur et sont moins exposés à l’intérieur. Ces zones sont :
– moins de 20 mSv/an : retour possible ;
– entre 20 et 50 mSv/an : retour envisagé une fois la décontamination terminée pour faire passer cette exposition sous la limite de 20 mSv/an ;
– plus de 50 mSv/an : retour “difficile”, euphémisme pour dire dans longtemps, plus de 5 ans.

En temps normal, la limite est à 1 mSv/an. En cas d’urgence, la CIPR, qui établit les recommandations internationales en matière de radioprotection, écrit, dans sa publication 109 que le niveau de référence doit être fixé entre 20 et 100 mSv, au total ou par an. Les autorités japonaises, qui ont fixé à 20 mSv/an la limite pour évacuer les populations, se sont vantées d’avoir choisi la limite basse de la CIPR. Pourtant, le 22 avril 2011, lorsque que l’ordre d’évacuer les zones contaminées à plus de 20 mSv/an au-delà des 20 km, a été pris, on n’était déjà plus dans l’urgence. Les populations concernées avaient plus d’un mois pour partir.

Maintenant, la phase d’urgence est terminée depuis longtemps. Le gouvernement a même déclaré l’arrêt à froid des réacteurs le 16 décembre 2011. Il faut donc se référer à la publication 111 de la CIPR qui recommande que les niveaux de référence soit fixés dans la limite basse de l’intervalle 1 – 20 mSv/an. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, dans son avis, a ajouté qu’il s’agissait d’un objectif à long terme, tout en se gardant bien de donner un calendrier.

L’idée des autorités, qui n’ont pas réussi à faire baisser de façon significative la contamination, malgré avoir dépensé beaucoup d’argent en décontamination, est donc de distribuer des dosimètres et radiamètres pour que les habitants adaptent leur mode de vie de façon à réduire la dose externe reçue. Elles espèrent ainsi que les habitants arriveront à être à des niveaux proches de 1 mSv/an. En ce qui concerne les habitants qui n’ont jamais été évacués, mais qui vivent en territoire contaminé, des dosimètres ont été distribués. Et qu’en est-il pour ceux qui sont partis d’eux même, sans aucun soutien ? La NRA recommande de ne pas les oublier.

Le gouvernement, qui a un devoir régalien de protéger les populations, se décharge ainsi de sa responsabilité. C’est inévitable après une catastrophe nucléaire. Mais si les populations doivent prendre en charge leur radioprotection, elles doivent être aidées et soutenues, comme le rappelle la NRA. Et surtout, elles doivent pouvoir participer au processus de décision, tant au niveau individuel que collectif. Il ne doit avoir aucune discrimination entre les personnes qui décident de rentrer et celles qui décident de refaire leur vie ailleurs. L’avis de la NRA reconnaît ce droit à choisir, ce qui ne semblait pas être le cas du gouvernement qui envisage de donner plus d’indemnités à ceux qui rentrent.

Dans les faits, ce sont surtout les personnes âgées qui rentrent et les familles avec enfants évitent de le faire quand c’est possible. Cela signifie une nouvelle organisation, car toute la vie des collectivités locales va se trouver affectée pendant longtemps.

Comme le gouvernement a refusé d’abaisser la limite d’évacuation, il ne peut pas choisir une limite plus basse maintenant pour le retour, car les personnes non évacuées ne comprendraient pas ! Il n’est plus possible de leur demander de partir sans justifier le fait d’avoir attendu 3 ans. Bref, le gouvernement est coincé et les recommandations de la CIPR sont difficilement applicables.

Extraits des recommandations de la CIPR :
103: In the context of developing response plans for emergency exposure situations, the Commission recommends that national authorities should set reference levels between 20 mSv and 100 mSv effective dose (acute or per year, as applicable to the emergency exposure situation under consideration).
109: The reference level for the optimisation of protection of people living in contaminated areas should be selected in the lower part of the 1–20 mSv/year band recommended in Publication 103 (ICRP, 2007) for the management of this category of exposure situations. Past experience has demonstrated that a typical value used for constraining the optimisation process in long-term post-accident situations is 1 mSv/year. National authorities may take into account the prevailing circumstances, and also take advantage of the timing of the overall rehabilitation programme to adopt intermediate reference levels to improve the situation progressively.