Evolution de la contamination en strontium dans l’alimentation

Une publication scientifique en libre accès tente de dresser un bilan de l’évolution de la contamination radioactive de l’alimentation au Japon après la catastrophe de Fukushima.

Il convient de rappeler que le transfert de la pollution radioactive via les feuilles est beaucoup plus élevé que via les racines. Ainsi, la première année, la contamination de l’alimentation directement exposée aux retombées est plus élevée que les années suivantes. Cela explique, par exemple, que le thé ait été contaminé la première année à des niveaux significatifs à grande distance de la centrale. Ce n’est plus le cas maintenant. Les rejets massifs au Japon ont eu lieu à une saison où il y a très peu de feuilles, ce qui a limité l’impact pour la première année. La quantité d’aliments dépassant les normes aurait été beaucoup plus élevée si l’accident avait eu lieu en juin par exemple.

Par ailleurs, l’agriculture a été stoppée dans les zones les plus contaminées qui ont été évacuées. Même dans les zones non-évacuées, des agriculteurs ont parfois stoppé certaines pratiques comme la culture du riz ou la récolte des plantes sauvages particulièrement contaminées, comme nous l’avons déjà mentionné. Enfin, il est important de souligner que très rapidement, suite à la crise de confiance, tout le monde s’est mis à contrôler la nourriture, des consommateurs aux producteurs, en passant par les vendeurs ou les cantines (voir, par exemple, la base de données citoyenne mise en place sur la contamination de l’alimentation). Cela a conduit les producteurs à être plus précautionneux. La situation s’est donc rapidement améliorée.

Revenons à l’article qui se base sur les données officielles de la contamination de l’alimentation fournies par les autorités. Sans surprise, il observe une baisse rapide de la contamination de l’alimentation produite à l’exception de quelques produits comme les champignons qui sont des pompes à césium (en Europe, après Tchernobyl, ils restent contaminés comme on peut l’observer grâce à notre campagne).

En revanche, l’article est intéressant pour son analyse de la contamination en strontium-90, particulièrement radiotoxique et plus complexe à mesurer. Il y a donc très peu de données. Les autorités ont donc admis que la concentration en strontium est inférieure à un dixième de celle en césium-137, qui lui, est facile à mesurer. Après avril 2012, elles ont admis que le ratio strontium-90 sur césium-137 était inférieur à 0,3%. Mais l’article note que ces hypothèses ne sont pas correctes. Le ratio est toujours supérieur à 0,3% et dépasse souvent 10%. De plus, il augmente avec le temps. Cela signifie que les autorités devront revoir leur politique de surveillance alimentaire.

Actuellement, en consommant uniquement de l’alimentation contaminée à la limite pour le césium qui est de 100 Bq/kg et en appliquant le ratio de 10% pour le strontium-90 qui conduit à une concentration de 10 Bq/kg, on arrive à une dose annuelle liée à l’ingestion de 1 mSv, selon l’article. Cependant, comme le ratio est plus élevé et a tendance à augmenter, cette limite de dose pourrait être dépassée en maintenant la même limite pour le césium.

L’article prend comme exemple une alimentation entièrement contaminée à 23 Bq/kg en césium-137 et un ratio strontium-90/césium-137 de 2. Cela conduit à une dose annuelle de 1 mSv associée à l’ingestion d’aliments. Et donc, en prenant 43 Bq/kg pour le césium-137, qui correspond à la moitié de la limite actuelle, on pourrait atteindre une dose de 2 mSv/an. Avant Fukushima, les données sur la contamination de l’alimentation due aux essais nucléaires atmosphériques montrent des ratios supérieurs à 10. Cependant, l’évolution du ratio reste lente. Il faudrait des données post-Fukushima au Japon pour connaître le ratio initial et étudier son évolution.

Rappelons que ces deux radioéléments ont la même période radioactive et que l’évolution temporelle du ratio est donc due à leur comportement dans l’environnement.

A titre d’illustration, on peut consulter le dernier rapport de l’Agence de la pêche au Japon à propos des contrôles. Il annonce que 66 500 analyses ont été effectuées depuis le début de la catastrophe, sur 400 espèces. Mais il n’y a eu que 67 analyses de strontium.

Dans l’eau de mer, le ratio entre la contamination en strontium et en césium n’est pas si faible si l’on en croit des dernières données officielles mises en ligne (prélèvements de décembre 2014 et de janvier 2015).