La décision de la NRA concernant le dossier de demande de redémarrage de la centrale de Sendaï (Kagoshima) a été beaucoup commentée.
France Inter titre, Le Japon redémarre une centrale nucléaire. La station de radio va un peu vite en besogne. Les deux réacteurs ne redémarreront pas avant l’automne, au plus tôt, car les obstacles sont encore nombreux. Si une étape importante a été franchie, ce n’est pas encore un feu vert qui a été donné.
Les journaux plus critiques, comme l’Asahi ou le Maïnichi, soulignent l’absence de progrès dans la gestion d’une catastrophe nucléaire. En particulier, les plans d’évacuation, à la charge des autorités locales, ne sont pas prêts. Ils donnent la parole aux évacués de la catastrophe de Fukushima qui prennent cette décision comme une insulte, comme si leur vie détruite ne comptait pas. Ils rappellent que la centrale de Fukushima avait aussi été qualifiée de « sûre ».
Dans un éditorial, l’Asahi pense que le redémarrage est trop risqué et donc irresponsable. Le quotidien n’a pas confiance dans les exploitants qui ont rechigné à faire les investissements nécessaires à améliorer la sûreté de leurs installations et leur tenue face à des situations extrêmes. La NRA a dû batailler dur pour imposer ses vues. Est-ce bien raisonnable de les laisser exploiter une source d’énergie si dangereuse sans réforme interne drastique ? Rappelons que c’est l’exploitant qui a la responsabilité de la sûreté de ses installations ! Dans un éditorial, le Maïnichi est en phase. Il regrette que la NRA ne doivent pas valider les plans d’évacuation mis en place par les autorités locales, alors qu’il s’agit du dernier niveau de défense des populations riveraines.
Mais la décision d’exploiter ou non l’énergie nucléaire n’est pas seulement technique. Il s’agit d’un choix de société qui n’a pas été débattu après la catastrophe, même si la population le réclame fortement.
Dans les faits, personne ne veut prendre la décision finale d’autoriser la centrale à redémarrer, comme le souligne le Japan Times. Le gouvernement a clairement dit qu’il s’en remettait à l’autorité de sûreté, la NRA, pour évaluer la sûreté et laisserait les compagnies décider de l’exploitation de tous les réacteurs jugés « sûrs ». Il se décharge ainsi de sa responsabilité. Le porte-parole du gouvernement a ainsi précisé qu’il ne prendrait aucune décision politique et qu’il laisserait les procédures légales suivre leur cours.
Mais le président de la NRA rappelle qu’il n’est pas de son ressort de décider le redémarrage ou non. Sa seule tâche concerne l’évaluation de la sûreté. Il n’a même pas à décider si un réacteur est sûr ou pas, mais seulement à estimer si les normes de sûreté son satisfaites.
Est-ce que les autorités locales, qui ne sont pas prêtes en cas d’accident, donneront un avis favorable ? Quelle sera leur responsabilité si cet accident se produit ? Ce qui entendu par « autorité locale » qui peut donner son avis est très restreint au Japon. Il s’agit des mairies des communes qui abritent la centrale et qui touchent de larges subsides. Le gouverneur de la province n’a, officiellement, pas son mo à dire, même s’il essaye de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Dans le cas de la province de Kagoshima, il est favorable au redémarrage des réacteurs de Sendaï, mais n’a pas à prendre la responsabilité du redémarrage, puisqu’il n’a pas on mot à dire ! Alors que la zone de préparation à l’accident nucléaire a été étendue à un rayon 30 km autour de la centrale, les autres communes concernées n’ont pas non plus leur mot à dire.
Quant aux exploitants, qui ont massivement investi dans l’industrie nucléaire, ils doivent satisfaire leurs actionnaires et cherchent la rentabilité maximale. Ces derniers ne se considèrent pas pour autant responsables.
Le Yomiuri, journal officiel du village nucléaire, qui appelle régulièrement à un redémarrage rapide des réacteurs nucléaires, demande au gouvernement de prendre ses responsabilités en soutenant localement le redémarrage des réacteurs de Sendaï. Il demande aussi à la NRA de venir défendre sa position devant les riverains.
En avril dernier, un sondage par téléphone effectué auprès de 1 016 personnes vivant dans la province de Kagoshima avait montré que 59,5% étaient opposés au redémarrage de la centrale de Sendaï et 36,8%, favorables.
L’exploitant de la centrale de Sendaï, Kyûshû Electric, avait organisé une visite de presse le 8 juillet dernier, date anniversaire du nouveau référentiel de sûreté, pour montrer les efforts qu’il a fait pour faire face aux aléas, conformément aux nouvelles exigences. Il y avait 3 100 travailleurs sur le site pour effectuer les travaux qu’il reste à faire.
Avant 2011, l’accident était considéré comme impossible pour la technologie japonaise et les mesures à prendre étaient laissées à la discrétion des exploitants. Ce n’est plus le cas. Les nouvelles règles de sûreté imposent aux exploitant de pouvoir faire face à des situations extrêmes, comme celles qui ont prévalues à Fukushima. C’est le refroidissement des cœurs de réacteur qui est le plus critique. En cas d’accident, il faut aussi pouvoir diminuer l’impact des rejets.
La secousse maximale envisagée en cas de séisme est passée de 540 à 620 gals (cm/s2). C’était plus à Fukushima. La vague de tsunami la plus haute envisagée est passée de 4 à 5 m.
Une barrière de 10 m de haut et un mur de 3 m ont été construits pour protéger les pompes qui prélèvent l’eau de mer nécessaire au refroidissement. Elles sont à 5 m d’altitude. Des cuves avec de l’eau de refroidissement de secours ont été protégées par une cage en acier qui n’a pas la même résistance que les réacteurs mais qui doit pouvoir les protéger des chutes d’objet en cas de typhon.
L’exploitant prétend aussi pouvoir faire face à 15 cm de cendre en cas d’éruption du volcan Sakurajima situé à 50 km.
Il y a des nouveaux générateurs électriques montés sur des camions, ainsi que des pompes. Ils viennent compléter les générateurs électriques installés en hauteur.
Les filtres à particules radioactives nécessaires pour limiter les rejets en cas de dépressurisation d’un cœur accidenté ne sont pas encore installés car les réacteurs à eau sous pression bénéficient d’un délai de 5 ans. Ce devrait être fait en 2016, après le redémarrage envisagé. Des recombineurs à hydrogène pour limiter le risque d’explosion comme à Fukushima ont été installés.
La salle de commande de secours décentrée et bunkérisée n’est pas encore construite. C’est prévu pour 2015. D’ici là, une autre salle va être utilisée.
Ces équipements ne servent à rien s’ils ne sont pas utilisés correctement. La compagnie est donc en train de revoir toutes ses procédures en cas d’urgence. Il faudra ensuite former le personnel.
Tout cela devra aussi être inspecté. Bref, la compagnie n’est pas encore prête au redémarrage.
Toutes ces meures concernent le renforcement des moyens pour faire face à une perte du refroidissement et une minimisation des conséquences. Pour ce qui est de la sûreté ordinaire, comme tous les problèmes liés au vieillissement, qu’en est-il ? La précédente autorité de sûreté, la NISA, avait brillé par son laxisme. Ne faut-il pas tout revoir et tout réinspecter de ce côté là aussi ?
Si vous souhaitez accéder au dossier de la centrale de Sendaï et envoyer des commentaires, c’est ici en japonais. Il fait 423 pages, plus les CR de réunions de la NRA.