Evacuation : doses limites et normes

Dans sa publication n°109, la Commission internationale de protection radiologique (CIPR), recommande que, dans le contexte des plans d’urgence, les autorités nationales fixent des niveaux de référence à partir desquels il faut évacuer entre 20 et 100 millisieverts (mSv). Le Japon s’est vanté d’avoir choisi la valeur la plus basse de l’intervalle proposé pour fixer sa limite d’évacuation au début de la catastrophe de Fukushima.

Cette recommandation internationale ne concerne que la phase d’urgence. Cependant, en cas d’accident majeur, une contamination de l’environnement peut persister pendant une période prolongée se comptant en décennies, affectant ainsi durablement la vie des personnes concernées. La CIPR recommande que l’exposition à long terme aux contaminations résultant d’une situation d’urgence soit considérée comme une exposition à une « situation existante ».

La Commission ajoute qu’il n’y a pas « de frontières temporelles ou géographiques prédéfinies qui délimitent la transition d’une exposition à une situation d’urgence à une situation existante. En général, les niveaux de référence utilisés lors des situations d’urgence ne sont pas acceptables comme références à long terme car les niveaux d’exposition correspondant ne sont viables ni socialement, ni politiquement. Ainsi, les gouvernements et/ou les autorités compétentes doivent, à un certain moment, définir des niveaux de référence pour gérer l’exposition aux situations existantes, typiquement dans la partie basse de l’intervalle de 1 à 20 mSv/an recommandé par la Commission. »

Le Japon est en train de comprendre que la transition entre la situation d’urgence et la situation existante est complexe. Comment passer d’un intervalle d’exposition maximale autorisée situé entre 20 et 100 mSv à la partie basse de l’intervalle de 1 à 20 mSv ? Les radioéléments comme le césium décroissent lentement. Le débit de dose moyen n’a diminué que de 40% en moyenne la première année au Japon et les travaux de décontamination se sont révélés très décevants.

Dans sa publication n°111 dédiée aux conséquences à long terme d’un accident nucléaire majeur, la CIPR n’est pas très explicite : « les autorités nationales peuvent prendre en compte les circonstances et aussi profiter de l’agenda du programme de réhabilitation pour adopter des valeurs de référence intermédiaires qui conduisent à une amélioration progressive de la situation ».

Quel retour ?

Pour le moment, le Japon a adopté un retour à une limite de 1 mSv/an, mais sans aucun calendrier. La politique de retour actuelle dans les zones évacuées est toujours basée sur une limite annuelle de 20 mSv/an choisie au moment de l’évacuation. De nombreuses personnes ne souhaitent pas rentrer, surtout quand il y a de petits enfants. Mais si le Japon adoptait une limite de retour plus faible, les populations non évacuées ne comprendraient pas et se sentiraient abandonnées.

Aux Etats-Unis, la réglementation impose l’évacuation des populations quand l’exposition peut dépasser 20 mSv durant la première année, puis 5 mSv ou moins la seconde année. L’objectif à long terme est de garder une dose inférieure à 50 mSv sur 50 ans. Ces doses concernent l’exposition aux radioéléments déposés sur les sols et autres surfaces.

On ne mesure pas facilement la dose sur un an. Les autorités japonaises ont estimé qu’en moyenne, les personnes passent 8 heures par jour dehors et 16 heures par jour à l’intérieur où l’exposition serait réduite de 60%. Ainsi, 1 mSv par an correspond à 0,23 microsievert par heure quand on ajoute le bruit de fond naturel de 0,04 microsievert par heure. Cela peut être mesuré directement avec un radiamètre.

20 mSv se traduisent par une limite de 3,8 microsieverts par heure par la même méthode. C’est cette valeur qui a été utilisée pour l’évacuation. Et c’est encore elle qui est retenue pour le retour…

Un zonage complexe

Le gouvernement a divisé le pays en plusieurs zones :dans un rayon de 20 km autour de la centrale, tout le monde a été évacué, quelle que soit la contamination. Entre 20 et 30 km, les habitants ont d’abord été confinés, puis il leur a été recommandé de partir. Là où la pollution induit une exposition externe inférieure à 20 mSv/an, les habitants sont invités à rentrer après avoir effectué des travaux de décontamination. Dans les faits, ils ne sont pas tous rentrés, loin de là.

Dans un rayon de 20 km, le gouvernement a désigné les zones où la contamination externe est inférieure à 20 millisieverts par an, en zones de préparation au retour. Il les décontamine en priorité et tente d’y rétablir les services pour permettre le retour des populations. Là encore, dans les deux communes où il y a eu levée de l’ordre d’évacuer, le taux de retour est faible.

Au-delà des 20 km, si le débit de dose ambiant est supérieur à 3,8 microsieverts par heure, et donc l’exposition annuelle est supérieure à 20 millisieverts, il y a eu ordre d’évacuer, comme nous l’avons déjà mentionné. Les territoires concernés ont été subdivisés en deux sous zones, en fonction de la pollution des sols. Là où l’exposition externe peut dépasser 50 millisieverts par an, il s’agit d’une « zone de retour difficile ».

Cette zone la plus contaminée couvre 337 km2 sur 7 communes. 24 000 habitants y habitaient. Tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, dans les communes de Futaba et d’Ôkuma, le gouvernement veut installer un centre d’entreposage des déchets radioactifs sur 16 km2. Il n’y aura donc pas de retour possible.

Enfin, là où l’exposition est comprise entre un et vingt millisieverts par an, au-delà des 20 km, il n’y a pas eu d’ordre d’évacuer, même si de nombreuses personnes sont parties d’elles-même. En revanche, il y a décontamination à la charge des communes. Plusieurs provinces sont concernées.

La dernière carte officielle des zones évacuées est ici en anglais.