Du lait en provenance de Naraha mis sur le marché

La commune de Naraha, située à moins de 20 km de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, avait été entièrement évacuée en 2011. L’ordre d’évacuer a été levé en septembre 2015, mais seulement 10% des habitants étaient rentrés un an plus tard.

Pour la première fois depuis la catastrophe nucléaire, du lait produit dans une zone qui a été évacuée vient d’être collecté pour être mis sur le marché. Des contrôles de la radioactivité ont été effectués depuis mai 2016 et la contamination n’a jamais dépassé la limite légale de 50 Bq/kg. Elle était même systématiquement inférieure à la limite de détection.

Il y a 18 vaches dans cette ferme qui ne vont jamais à l’herbe, comme c’est généralement le cas au Japon, mais sont plutôt nourries avec des aliments importés.

Aide au logement pour les déplacés de la catastrophe nucléaire : disparités entre provinces

La province de Fukushima a décidé de cesser l’aide au logement pour les « auto-évacués » ou « évacués volontaires » de la catastrophe nucléaire à partir du mois de mars prochain. Mais ce n’est pas le cas pour toutes les provinces qui accueillent ces personnes. Le Yomiuri a enquêté sur le sujet.

Après la catastrophe nucléaire, la province de Fukushima a traité de la même façon les déplacés « volontaires » et les déplacés forcés pour ce qui concerne le logement en prenant à sa charge le loyer à hauteur de 60 000 yens par mois. De nombreuses autres provinces du Japon ont fait de même. Au 31 octobre 2016, il y avait encore 10 524 foyers ou 26 601 personnes qui bénéficiaient d’un logement gratuit. 13 844 personnes réparties dans 5 230 foyers vivent en dehors de la province de Fukushima. Nombre d’entre eux ne souhaitent pas rentrer à Fukushima pour le moment.

Il y a de nombreuses autres personnes déplacées qui n’ont pas demandé d’aide au logement et qui échappent aux statistiques.

Contrairement aux déplacés forcés, les déplacés « volontaires » ne bénéficient d’aucune autre aide financière et se font donc beaucoup de soucis pour leur avenir quand ils n’auront plus de logement gratuit.

24 provinces autres que Fukushima vont prendre à leur charge ces aides au logement. Cela concerne 3 607 foyers. Plusieurs communes vont faire de même. A Hokkaïdô, par exemple, ce sont 34 foyers sur 229 qui bénéficieront d’une prolongation d’un an. A Hyôgo, où 44 foyers sont concernés, cela va s’arrêter en mars 2017.

Pour favoriser le retour, la province de Fukushima va réserver des logements aux déplacés de la catastrophe et fournir une aide financière de 100 000 yens pour chaque foyer qui reviendrait d’une autre province. C’est 50 000 yens pour une personne célibataire. Les foyers qui ont évacué dans la province de Fukushima recevront aussi une aide au retour.

Les 19 provinces où les aides cesseront (1 237 foyers) : Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma Toyama, Ishikawa, Hyôgo, Wakayama, Okayama, Yamaguchi, Tokushima, Kôchi, Saga, Nagasaki, Kumamoto, Ôïta, Miyazaki et Kagoshima
Les 24 provinces qui fourniront une aide (3 607 foyers) : Hokkaïdô, Aomori, Akita, Yamagata, Saïtama, Tôkyô, Kanazawa, Niigata, Fukui, Yamanashi, Nagano, Gifu, Aïchi, Shiga, Kyôto, Ôsaka, Nara, Tottori, Shimané, Hiroshima, Kagawa, Ehimé, Fukuoka et Okinawa.
Les 3 provinces qui considèrent fournir une aide (386 foyers) : Chiba, Shizuoka, Mié.

Selon le Maïnichi, la province de Tottori va continuer à fournir un logement gratuits aux victimes de la catastrophe de Fukushima qu’elles soient déjà installées ou qu’elles décident d’y venir. A Yamagata proposera des logements gratuits pris sur son parc destiné aux fonctionnaires territoriaux aux foyers les plus modestes. A Kyôto, les évacués « volontaires » bénéficieront d’un logement gratuit pendant 6 années après leur emménagement et pourront y rester après pour toute la durée du bail. Niigata va donner 10 000 yens par mois aux foyers les plus modestes qui sont dans le parc locatif privé pour que les enfants n’aient pas à changer d’école.

2017, année du grand retour

En 2015, le gouvernement japonais a annoncé la levée de tous les ordres d’évacuation à la fin mars 2017, sauf dans les zones qualifiées de « retour difficile ». Le retour est espéré dans l’année qui suivra et l’indemnisation s’arrêtera en mars 2018. Pour les « auto-évacués », qui avaient quitté d’eux mêmes les zones contaminées, sans en recevoir l’ordre, ce sera la fin des logements gratuits mis à leur disposition. Les autorités espèrent aussi leur retour à Fukushima.

La motivation gouvernementale est double : il y a, bien entendu, le coût des indemnisations, mais aussi une décision prise sans concertation de reconquête totale des territoires contaminés, quel qu’en soit le prix, pour des raisons idéologiques.

La date approche et 2017 va être une année difficile pour toutes ces personnes concernées. Là où les ordres d’évacuer ont déjà été levés, le taux de retour reste faible (voir notre synthèse de mars 2016). Cela montre l’inadéquation de la politique gouvernementale par rapport aux attentes d’une bonne partie de la population (la dernière carte des zones d’évacuation est dans ce document, page 6). Selon le correspondant de l’Asahi à Iwaki, cette politique conduit les personnes concernées à se sentir « petites ». C’est leur dignité qui est en jeu.

Devant les instances internationales, le Japon promeut l’implication des parties prenantes, mais ne l’applique pas chez lui : le cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe adopté lors de la troisième Conférence mondiale de l’ONU tenue à Sendai au Japon le 18 mars 2015, rappelle qu’« il est essentiel de permettre aux femmes et aux personnes handicapées de jouer publiquement un rôle de chef de file et de promouvoir des activités d’intervention, de relèvement, de remise en état et de reconstruction soucieuses de l’équité du traitement des hommes et des femmes et accessibles à tous. » On en est loin au Japon.

Comme l’accident est loin d’être terminé, une partie des populations concernées ne souhaite pas rentrer et fait de la résistance. Certaines familles, séparées, n’ont pas les moyens de payer un deuxième loyer loin de chez elles. Des fonctionnaires font donc du porte à porte pour leur expliquer qu’elles doivent libérer leur logement avant la fin mars. Ils téléphonent souvent. Selon des témoignages recueillis par le député Yamamoto et traduits en français par Nos Voisins lointain 3.11, cela s’apparente à du harcèlement.

Pour certaines familles, le retour signifiera un nouveau déplacement et une nouvelle déchirure : les enfants se sont intégrés dans leur nouvelle école, les parents ont retrouvé du travail, même précaire… Dans certains hameaux isolés, la vie ne sera pas possible si les voisins ne rentrent pas aussi. Tous savent que la vie dans leur lieu d’origine ne sera jamais comme avant. Même la partie de Minami-Sôma, qui n’a pas été évacuée durablement, est transformée depuis l’accident. C’est le cas aussi à Iwaki.

Selon le Fukushima Minpo, la province de Fukushima va donner la priorité aux personnes issues des zones où l’ordre d’évacuer a été levé pour les logements publics. A Fukushima, les logements gratuits du parc régional seront disponibles jusqu’en mars 2018 pour les personnes originaires des zones évacuées. Par pour les « auto-évacués ». Toujours selon ce même quotidien régional, la commune de Naraha, où seulement 10% de la population était rentrée un an après la levée de l’ordre d’évacuer, ne veut pas prolonger ce soutien.

Les zones de retour sont loin d’être accueillantes. Le principal problème est lié à la pollution radioactive. La limite de dose retenue pour le retour est la plus élevée des recommandations internationales et n’est pas acceptée par une partie de la population, surtout par les familles avec enfants. La dernière carte officielle de la contamination effectuée par hélicoptère a un an. Les dernières données de l’Autorité de régulation nucléaire sont plus récentes. Pour les zones situées à moins de 20 km de la centrale accidentée, c’est ici. Et puis, il y a tous ces déchets radioactifs qui s’accumulent, dont la gestion semble sans fin et pour lesquels de nouveaux problèmes surgissent.

L’année 2017 s’annonce donc très difficile pour les personnes déplacées de la catastrophe nucléaire.

Les solutions gouvernementales pour faire face au coût de la catastrophe nucléaire

Le gouvernement a récemment reconnu que les coûts de la catastrophe nucléaire de Fukushima avaient doublé. TEPCo rechigne à payer toute la décontamination alors que les coûts explosent. Ils atteignent déjà 4 000 milliards de yens, sans prendre en compte les zones les plus contaminées, dites de « retour difficile ».

Alors que dans l’ex-URSS, de vastes territoires ont été sacrifiés après la catastrophe de Tchernobyl, le gouvernement japonais s’y refuse et veut reconquérir tous les territoires, même les zones qualifiées de « retour difficile ». Dans les communes les plus contaminées, la reconquête commencera par un centre décontaminé, une sorte d’oasis, afin de pouvoir prétendre que la commune existe encore. Mais cela a un coût encore plus élevé que pour les autres territoires. Et puis, il n’y a pas de solution à long terme pour les déchets radioactifs. Le centre d’entreposage n’est prévu que pour 30 ans, officiellement. Mais, la reconquête des 7 communes concernées est difficile, voire impossible, même en maintenant la limite de dose la plus élevée des recommandations internationales (20 mSv/an).

Le gouvernement est prêt à prendre la décontamination des zones les plus contaminées à sa charge alors que la loi indique que c’est TEPCo qui doit payer. Un nouveau projet de loi sera soumis l’an prochain au parlement, mais, dès 2017, le gouvernement prévoit déjà un budget de 30 milliards de yens. L’argument avancé est que TEPCo a indemnisé les populations des zones de « retour difficile » en considérant que les populations ne rentreront pas. Et donc, le gouvernement estime que c’est aux contribuables de prendre en charge la réhabilitation de ces zones.

Pour ce qui concerne les indemnisations, qui devraient s’élever à un total de 7 900 milliards de yens, le gouvernement avance l’argent sans intérêt. Heureusement que les taux sont bas ! Comme TEPCo n’est pas en mesure de rembourser avant longtemps, une partie de la somme sera ajoutée sous forme de taxe sur les réseaux électriques et donc pris en charge par les consommateurs. Cette contribution devrait débuter en 2020 et durer 40 ans pour s’élever à 2 400 milliards de yens (20 milliards d’euros).

Le gouvernement demande à TEPCo d’augmenter ses profits en partageant avec d’autres opérateurs son réseau électrique et son parc nucléaire. La compagnie doit proposer un nouveau plan en 2017, mais il n’est pas sûr que les concurrents veulent partager les coûts de l’accident.

Une autre piste pour faire baisser les coûts et d’ouvrir à l’international le chantier de sécurisation puis de démantèlement des réacteurs accidentés. Pour le moment, c’est la chasse gardée des compagnies japonaises qui souhaitent se placer sur le marché de démantèlement, alors qu’aucun réacteur japonais n’a été entièrement démantelé. De plus, par le passé, c’est un sous-traitant américain qui avait dénoncé les falsifications des rapports de sûreté de TEPCo. Mais cet aspect n’est jamais suggéré par les autorités japonaises, comme le regrette une dépêche de l’agence Bloomberg. Le village nucléaire japonais reste très fermé.

Réouverture d’une portion de ligne de train Jôban

Une portion de 23 km de la ligne de train Jôban qui longe le littoral entre Sôma à Fukushima et Watari à Miyagi vient d’être rouverte. Elle avait été détruite par le tsunami et la nouvelle ligne a été éloignée du littoral et surélevée (voir la photo de l’Asahi). Trois nouvelles gares ont dû être construites. Cela a coûté 40 milliards de yens.

Une autre portion avait été réouverte à Minami-Sôma, à destination de la zone où l’ordre d’évacuation allait être levé.

D’autres portions de la ligne, à Iwaté ou à Fukushima n’ont pas encore été reconstruites. A Fukushima, c’est la portion qui traverse les zones les plus contaminées qui est encore coupée.

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Des épreuves des JO de 2020 à Fukushima ?

J-Village, situé à cheval sur Hirono et Naraha, à une vingtaine kilomètres de la centrale de Fukushima daï-ichi, était un centre de formation de footballeurs japonais construit et sponsorisé par TEPCo. Après la catastrophe, il a été transformé en centre d’accueil pour les milliers de travailleurs à la centrale accidentée. Il devrait retourner au foot avant les JO de 2020 au Japon. Le gouverneur de Fukushima a même lancé un appel pour financer ce centre.

Selon le Fukushima Minpo, TEPCo a rendu les clés du bâtiment principal de ce centre le 30 novembre dernier. Des travaux devraient être entrepris pour le rendre au football d’ici l’été 2018, avec une restitution complète avant avril 2019. Le site va continuer à être utilisé comme station de bus pour les travailleurs à la centrale nucléaire jusqu’en mars 2017. Ensuite, TEPCo utilisera la centrale de Fukushima daï-ni, située à une douzaine de kilomètres au sud de daï-ichi.

Le Comité olympique japonais avait aussi l’intension d’organiser des épreuves de baseball et de softball à Fukushima. Ces sports sont très populaires au Japon. Mais les négociations avec la fédération internationale de ces deux sports, basée à Lausanne en Suisse, patinent, selon le Yomiuri à cause du nombre de stades et des travaux de rénovation.

Pétition pour le maintien des aides au logement pour les personnes déplacées

Le gouvernement japonais a une politique unique pour les personnes déplacées : leur retour, sauf dans les zones les plus contaminées, qualifiées de « retour difficile ». L’aide au logement pour les évacués « volontaires » qui ont quitté des territoires où il n’y avait pas d’ordre d’évacuer, cessera en mars 2017. Des mesures d’accompagnement financier sont prévues à la place. Une réunion entre ces familles et les autorités avait tourné au dialogue de sourds en février dernier. Il y en a eu une quarantaine en tout. S’il y a eu des retours, de nombreuses familles souhaitent rester là où elles sont et demandent la prolongation de l’aide au logement. En mars dernier, 70% des auto-évacués n’avaient pas décidé où ils iront.

De nombreux évacués forcés, originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé, sont dans une situation similaire s’ils ne veulent pas rentrer. Et ils seront nombreux après mars 2017, date de la levée de tous les ordres d’évacuer, sauf dans les zones classées en « retour difficile ». Ceux originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé en 2014 perdront aussi leur aide au logement en mars 2017. C’est le cas, par exemple, pour Kawauchi. Les habitants sont poussés au retour, mais ils résistent. A Naraha, seulement 10% environ étaient rentrés, un an après la levée de l’ordre d’évacuer de septembre 2015.

En tout, 12 000 foyers devraient perdre leur logement gratuit en mars 2017. Une partie de ces personnes se sont regroupées pour faire entendre leur voix. Selon l’Asahi, elles viennent de remettre aux autorités une pétition avec 200 000 signatures afin de demander une prolongation de l’aide au logement.

La fin de l’aide au logement entraînera des difficultés supplémentaires pour les familles qui ont de faibles revenus et qui ne veulent pas rentrer. Les « auto-évacués » ne reçoivent pas d’aide supplémentaire et certains ont beaucoup perdu : emploi, logement, lien social, voire familial car il y a eu de nombreux divorces… Les autorités devraient essayer de comprendre pourquoi les populations ne veulent pas rentrer plutôt que de prendre de telles décisions unilatéralement. Rappelons que les textes internationaux de l’ONU relatifs aux déplacés intérieurs leur garantissent des droits et enjoignent les autorités à associer pleinement ces personnes à la planification et à la gestion de leur retour ou de leur réinstallation (voir notre rapport pour le cinquième anniversaire de la catastrophe). Ce n’est pas le cas au Japon.

Dans un éditorial, le Japan Times, appelle à maintenir un soutien pour ces personnes.

Voyage à Fukushima, dans une région optimiste et pleine d’espoir

Tel est le titre d’un reportage de la RTBF après avoir « traversé une région pleine d’espoir, organisée et optimiste ». Nos reporters ont vu des villages abandonnés et des tonnes de déchets dans « de grands sacs en plastique noir qui s’entassent à perte de vue, mais de manière ordonnée ». Ce doit être l’ordre qui est source d’optimisme.

On y apprend que la terre contaminée, est « stockée là en attente d’être traitée ». Non, elle sera entreposée le temps qu’il faudra, sans traitement. Et d’ajouter que « le gouvernement japonais a mis en place un processus assez prodigieux, dont l’objectif est de racler plusieurs mètres d’épaisseur de sol, sur des centaines de mètres à l’intérieur des terres, afin de les rendre à nouveau saines pour les habitants et leurs activités économiques. Une belle preuve de résilience ». Waouh, les autorités racleraient la terre sur plusieurs mètres d’épaisseur. Il s’agit de centimètres… Quant à la décontamination, elle se fait sur un vaste territoire qui va bien au-delà de quelques centaines de mètres à l’intérieur des terres !

« Mais malgré tous leurs efforts, les instances officielles n’[arriveraient] pas à gagner la confiance des japonais. » Trop bête, alors qu’il suffit de quelques mesures citoyennes sur un site Internet, celui de Safecast, pour « préparer sereinement le retour des habitants dans les villes abandonnées de la région. »

« Et même si les rues d’Odaka sont encore assez désertes, nous avons assisté au retour d’un petit groupe d’enfants à la maison après l’école, en apparente insouciance. » Que pensaient-ils voir ? Des enfants en pleurs devant des appareils de mesure de la radioactivité ?

Une belle leçon de journalisme…

La province de Fukushima a créé un site Internet en français

La province de Fukushima a commencé à traduire son site Internet en de nombreuses langues étrangères, dont le français. Le contenu reste maigre pour le moment, mais il devrait s’enrichir avec le temps. Il y a déjà, des données sur la contamination des aliments et sur l’évolution des zones évacuées. Certaines données sont en anglais ou espagnol…

On trouve aussi quelques données lacunaires sur la santé des habitants, la décontamination

La « Fukushima pride » en faveur de l’agriculture

L’agence de reconstruction vient de lancer la « team Fukushima pride » en faveur de l’agriculture. En s’inscrivant sur ce site, géré par une compagnie privée, on peut acheter des produits de Fukushima, et même en gagner lors de tirages au sort.

Les produits agricoles de Fukushima ont plus de mal à se vendre et sont achetés par l’industrie agro-alimentaire qui pratique des prix plus bas que la vente via des circuits plus courts. L’initiative de l’agence de reconstruction a surtout pour but de changer l’image de ces produits alors que le gouvernement veut lever les ordres d’évacuer et relancer l’agriculture dans ces zones.

Par ailleurs, le ministère de l’agriculture, qui effectue des contrôles réguliers et aléatoires des produits de l’agriculture, de la pêche, de la chasse et de la cueillette, a fait analyser 260 538 produits en provenance de 17 provinces situées au Nord-Est de Shizuoka en 2015. 264 échantillons avaient une concentration en césium dépassant la limite de 100 Bq/kg. Il s’agit surtout de champignons, de gibier et de poissons d’eau douce. Il y avait aussi 5 échantillons agricoles avec une contamination dépassant la limite : deux de riz à Fukushima, deux de soja à Fukushima et un de sarrasin à Iwaté. Le riz de Fukushima était pour la consommation personnelle car les autorités de Fukushima contrôlent systématiquement tous les 10,5 millions de sacs mis sur le marché. Pour la première fois, aucun sac contrôlé n’a dépassé la limite en 2015, selon le Fukushima Minpo. Aucun poisson de mer contrôlé par le ministère de l’agriculture ne dépassait la limite non plus.

Le strontium-90, qui est plus radiotoxique, a été détecté dans deux échantillons avec des concentrations de 0,35 et 0,05 Bq/kg.

Selon le Maïnichi, qui rapporte ces résultats, les contrôles effectués dans 17 provinces ont déjà coûté 4 milliards de yens (35 millions d’euros). Pour certains produits pour lesquels la contamination est quasi-systématiquement inférieure à 25 Bq/kg, les contrôles pourraient être allégés, selon le ministère.

Certains produits de l’agriculture, de la pêche, de la cueillette et de la chasse continuent à être interdits à la vente dans certaines zones. Il n’y a pas de mise sur le marché de produits alimentaires issus des territoires évacués. La dernière liste officielle d’interdictions est ici en anglais. Elle date du 24 août dernier. Les listes précédentes sont ici en anglais.

Certaines cultures, comme celle des champignons qui concentrent le césium, continuent à être sinistrées, même dans les provinces voisines de Fukushima.

Pour les 12 communes les plus affectées par les retombées radioactives, le gouvernement prévoit un nouveau plan de soutien à la reprise de l’agriculture. Il s’agit de Tamura, Minami-Sôma, Kawamata, Hirono, Naraha, Tomioka, Ôkuma, Futaba, Namié, Kawauchi, Katsurao and Iitaté. Pour cela, il prévoit un budget de 7 milliards de yens (61 millions d’euros). Il existe déjà un programme d’aide sous la forme de prêt de matériel agricole. Mais le système concerne surtout les coopératives et n’est pas adapté pour les petites exploitations. Le nouveau programme devrait couvrir jusqu’à 75% l’achat de matériels et d’animaux, à hauteur de 10 millions de yens par ferme. Ces chiffres doivent encore être validés. C’est le gouvernement central qui payera.

Selon le Yomiuri, qui s’est fait le porte-parole du « village nucléaire », de nombreux agriculteurs se sont tournés vers la production de fleurs, car elles sont moins sujettes « aux incompréhensions liées à l’incident nucléaire » (sic). Quelques expériences sont aussi menées par 6 agriculteurs dans la commune évacuée de Namié. D’autres sont prévues dans celle d’Iitaté. Ils bénéficient d’un soutien financier de la province.

Parler d’incident pour Fukushima et réduire le problème de l’agriculture à un problème de rumeurs néfastes est un scandale. Il s’agit, ni plus ni moins, que de culpabiliser les personnes qui ont des doutes, qui se posent des questions. Les autorités feraient mieux de se préoccuper des inquiétudes des consommateurs et appeler un becquerel un becquerel. Il y a aussi de grandes quantités de données obtenues par des laboratoires non officiels, comme ceux rassemblés dans la base de données Minna no data à laquelle Chikurin participe, qui sont simplement ignorées par les autorités. On ne peut pas espérer gagner la confiance des consommateurs si on ne leur fait pas confiance.