Contrôle de la cheminée de rejet

Les cheminées de rejet sont assez instables en cas de séisme et leur contamination très élevée. Il n’est donc pas facile de les démanteler, même avec des robots.

TEPCo a utilisé des drones pour faire des mesures de radioactivité au niveau de la cheminée commune aux réacteurs n°1 et 2. Quand elle a envoyé un drone dans la cheminée, elle s’est rendue compte qu’une barre empêchait l’engin de descendre plus bas qu’à 10-20 m sous l’embouchure. C’est assez incroyable que la compagnie ne savait pas que cette barre existait et qu’elle ne peut pas donner sa position plus précisément.

TEPCo n’a mis que deux images en ligne avec un commentaire laconique. Et aucun résultat de mesure de débit de dose n’est donné. La transparence progresse…

Des images des drones avaient été publiées en septembre dernier.

Le fiasco du mur gelé souterrain

Les lecteurs de ce blog le savent, un des problèmes majeurs auxquels doit faire face TEPCo concerne l’eau contaminée qui s’accumule sans solution en vue. Et l’ultime solution mise en place pour tenter d’enrailler le problème, à savoir le gel du sol tout autour des réacteurs, tourne au fiasco. L’idée date de la fin 2013, mais la mise en œuvre a été beaucoup plus complexe que prévue. Malheureusement, les premiers doutes de l’été se confirment et la compagnie et les autorités n’ont pas vraiment d’autre solution.

Rappelons que la falaise a été arasée pour mettre les réacteurs plus près du niveau de la mer et que leurs sous-sols sont sur le parcours des écoulements phréatiques. Avant la catastrophe, TEPCo devait pomper environ 1 000 m3 par jour dans les nappes phréatiques pour éviter les infiltrations. Après l’accident, ces pompages ont été arrêtés et l’eau souterraine, après infiltration, se mélange à l’eau qui sert au refroidissement des combustibles fondus, qui est très contaminée. Les échanges ont lieu dans les deux sens et les nappes phréatiques sont aussi très contaminées. Ce n’est qu’en 2013 que TEPCo a admis le problème et les fuites vers la mer.

TEPCo pompe l’eau des sous-sols, la décontamine partiellement et la réinjecte pour le refroidissement. Mais elle doit pomper environ 400 m3 par jour de plus que ce qu’elle injecte. Cette eau est stockée dans des cuves et TEPCo ne sait plus où les mettre. L’ultime solution proposée par les autorités et payée par les contribuables japonais consiste en un gel du sous-sol dans le but de bloquer les écoulements. L’installation est en service depuis le mois de juin 2016, et, trois mois plus tard, les résultats se font attendre car certaines parties ne gèlent pas et les infiltrations d’eau dans les sous-sols des réacteurs restent élevées.

Ce problème est apparu dès les premiers tests en 2014 : il était impossible de geler les nombreuses galeries souterraines situées entre les réacteurs et le littoral. Ce n’était pourtant pas faute d’insister. Tout avait été testé, même un colmatage partiel. En vain. Ces galeries ont donc été bétonnées en 2015. C’était dû aux écoulements. Et si le gel ne prend pas partout actuellement, c’est encore dû aux écoulements. La solution proposée par TEPCo ne varie pas non plus : bétonner les parties qui ne gèlent pas. Cela n’a pas marché pour les galeries. Est-ce que cela marchera cette fois-ci ? Probablement pas. Il faudra peut-être tout bétonner.

Le typhon n°10, Lionrock, qui a entraîné de fortes pluies et provoqué plusieurs décès au Japon, est aussi responsable du dégel partiel du mur. Au sud du réacteur n°4, par exemple, la température est passée de -5 à +1,8°C. A l’est du réacteur n°3, c’est passé de -1,5 à +1,4°C. Par ailleurs, le niveau de la nappe phréatique est monté de 7 cm entre les réacteurs et le littoral, malgré les pompages. Il n’était plus qu’à 28 cm de profondeur.

TEPCo reste optimiste dans sa communication : le débit des infiltrations devrait passer de 400 m3 par jour à 250 en septembre, puis 150 en janvier, selon l’Asahi.

Ce projet a déjà coûté 34,5 milliards de yens (300 millions d’euros) aux contribuables et le coût de fonctionnement est élevé. Il était contesté depuis le début et il serait temps d’écouter les critiques. Certains proposaient de construire plutôt un mur souterrain en béton tout autour des réacteurs, même si cela prend plus de temps. Cela risque d’être la solution adoptée in fine. Plusieurs années auront alors été perdues pendant lesquelles l’eau contaminée s’est accumulée.

Voir aussi le bon article du New-York Times à ce sujet.

PS du 9 septembre 2016 : dans ses tweets sur le sujet, TEPCo explique que le  « mur gelé progresse » et que « la température et les niveaux d’eau évoluent ». Cela ne veut rien dire. On est dans la com sans aucun intérêt. Dans ces données publiées, il n’y a pas la quantité d’eau contaminée pompée, qui est pourtant l’indicateur le plus pertinent.

Démantèlement du réacteur n°1 : nouvelle vidéo de TEPCo

TEPCo a engagé le démantèlement de la structure qui recouvrait le réacteur n°1. Elle va ensuite retirer les débris et reconstruire une nouvelle structure afin de retirer le combustible de la piscine de refroidissement. Cela a déjà été effectué pour le réacteur n°4. Pour le réacteur n°3, le retrait des débris est terminé et TEPCo construit une nouvelle structure.

Une vidéo promotionnelle de TEPCo explique les opérations à venir et insiste sur les mesures prises pour éviter la dispersion de poussières. Comme le retrait des débris du réacteur n°3 avait entraîné des rejets conséquents de poussières radioactives qui avait contaminé des travailleurs et fort probablement des rizières situées au-delà des zones évacuées, TEPCo promet de faire attention cette fois-ci.

Ce que ne dit pas la vidéo, c’est que les travaux auraient dû débuter en juillet 2014, mais ils ont pris du retard suite au scandale des rejets de poussières radioactives. Ce n’est que le 31 décembre 2013 que l’on avait appris que TEPCo n’avait pas aspergé des résines fixatrices sur le réacteur n°3 ou les avait fortement diluées. Voir notre bilan des quatre ans à ce propos, ainsi que celui pour les cinq ans.

TEPCo explique que toutes les mesures mises en place au niveau du réacteur n°1 sont pour la « tranquillité d’esprit des riverains » (sic). C’est que ces idiots de riverains, ils ont peur de tout !

Le problème de l’eau contaminée demeure malgré le gel du sous-sol

L’eau souterraine qui s’écoule sous la centrale pénètre dans les sous-sols des bâtiments réacteur où elle se mélange à l’eau contaminée qui sert au refroidissement des combustibles fondus. Cette contaminée ressort et s’écoule vers la mer. TEPCo pompe, décontamine partiellement et stocke le tout dans des cuves qu’elle ne sait plus où mettre.

La dernière tentative mise pour limiter ces infiltrations est un gel du sous-sol tout autour des réacteurs accidentés. Un projet à 34,5 milliards de yens payé par les contribuables. TEPCo communique régulièrement sur le sujet. Son dernier tweet explique que les températures et niveaux d’eau changent. Pas très explicite. Si l’on veut en savoir plus, il y a un document technique peu lisible. Le dernier mis en ligne date du 12 août. Le précédent, du 28 juillet. Il y a quelques points où les températures restent positives. Quant aux niveaux des nappes phréatiques en dedans et en dehors de l’enceinte gelée, ils ne baissent pas.

Fin juillet 2016, TEPCo avait fini par admettre, du bout des lèvres, que le mur gelé ne remplissait pas son rôle de limiter les infiltrations. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, vient de demander à TEPCo de trouver des solutions alternatives. Le gel était déjà une opération ultime, car il requiert des technologies complexes à mettre en œuvre et coûte cher. La compagnie affirme que 99% des thermomètres sur une longueur de 820 m montrent des températures négatives. Mais cela ne suffit pas.

Selon l’Asahi, le groupe d’experts de la NRA, qui vient de recevoir un rapport de TEPCo, estime aussi que le gel du sol, qui en est à son cinquième mois, n’est pas un succès. La quantité d’eau souterraine que TEPCo doit pomper en aval du sol gelé, mais en amont de la barrière en béton située le long du littoral, ne baisse pas.

TEPCo avance toujours l’idée de bétonner le sous-sol là où il ne gèle pas. La NRA lui a demandé d’évaluer l’impact d’autres pompages en amont du mur. Rappelons que la compagnie pompe déjà au pied des cuves, plus en amont, là où la nappe phréatique n’est pas trop contaminée, avec rejet direct en mer. Mais l’impact sur les infiltrations est négligeable.

Pour une meilleure compréhension, rappelons que TEPCo pompe la nappe phréatique bien en amont et rejette l’eau dans la mer. La compagnie a aussi construit une barrière en béton tout le long du littoral pour ralentir les écoulements souterrains d’eau radioactive vers l’océan. Pour éviter que cette eau contourne la barrière, la compagnie doit aussi pomper en amont. Comme l’eau est contaminée, elle doit être traitée pour être partiellement décontaminée, avant d’être rejetée directement dans la mer, sauf si elle est trop radioactive. Dans ce cas, elle rejoint le circuit qui finit dans des cuves. Bien entendu, TEPCo pompe aussi sans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine, décontamine partiellement l’eau et stocke la partie qui n’est pas réinjectée pour le refroidissement.

Selon le dernier bilan mis en ligne par la compagnie, elle injecte 108 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 pour les refroidir. Les quantités pompées ne sont pas indiquées. En revanche, TEPCo stocke de l’ordre de 800 000 m3 d’eau radioactive, contenant essentiellement du tritium. Il faut y ajouter ce qui inonde tous les sous-sols de la centrale qui servent aussi de stockage, bien peu étanche.

Note IRSN sur les microparticules vitreuses riches en césium

Des médias français ont repris l’information concernant les microparticules vitreuses radioactives retrouvées dans les retombées de l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’IRSN a réagi en publiant une note sur son site Internet.

La communication à un congrès qui a servi de base à l’information reprise sur ce site et dans les médias ne concerne que les retombées sur Tôkyô le 15 mars 2011 qui auraient été composées, à 89% de microparticules vitreuses. Les médias ont un peu vite extrapolé à tous les rejets, ce que conteste l’IRSN. L’institut se base sur une autre étude menée à Tsukuba et disponible en libre accès, pour conclure que « que de l’ordre de 20 à 30 % du césium radioactif émis dans l’environnement lors de l’épisode de rejet du 14 au 16 mars 2011 l’auraient été sous forme de microbilles de silice formées à haute température près des matériaux en fusion ». Mais il ne s’agit là que des retombées sur Tsukuba.

L’IRSN explique que ces microparticules vitreuses ont été formées lors de l’interaction du combustible en fusion (corium), ce qui n’est pas une surprise, mais on ne sait pas trop avec quoi. La communication au congrès mentionne le béton. L’IRSN avance aussi la laine de verre ou l’eau de mer. Bref, on n’en sait rien.

Enfin, en ce qui concerne l’impact sanitaire, l’IRSN explique qu’« il est difficile et prématuré de tirer des conclusions définitives quant à l’impact dosimétrique et sanitaire lié à l’incorporation de césium pour partie contenu dans des microbilles de silice. » 

Mais une autre étude réservée aux abonnés et repérée par Fukuleaks, mentionne la rétention dans les poumons de ces particules. Les auteurs ont effectué un suivi de 7 travailleurs fortement exposés à la centrale de Fukushima daï-ichi. La baisse de leur contamination corporelle diminuerait bien suivant les modèles proposés par la CIPR, mais au bout de 500 jours, l’élimination du césium ralentit, surtout au niveau de la poitrine. Les auteurs suggèrent donc qu’une forme insoluble du césium resterait plus longtemps dans le corps. On pense immédiatement à ces microparticules vitreuses…

Rapport de Greenpeace sur la contamination des sédiments marins

Souvenez-vous, l’ACRO était sur le Rainbow warrior en février dernier pour assister Greenpeace dans sa compagne de prélèvement de sédiments marins au large de la centrale de Fukushima daï-ichi. Les échantillons ont été analysés par Chikurin, le laboratoire mis en place à Tôkyô avec le soutien financier et technique de l’ACRO.

Greenpeace vient de rendre publics les résultats et leur analyse dans un rapport disponible en anglais (communiqué et rapport) et en japonais (communiqué et rapport). Sans surprise, c’est à l’embouchure des fleuves de Fukushima qu’il y a la plus forte contamination : jusqu’à 29 800 Bq de césium par kilogramme de matière sèche dans l’estuaire de la Niida. Tous les échantillons, sauf un, ont une contamination supérieure à 1 000 Bq/kg. L’échantillon le moins contaminé avait 309 Bq/kg dans l’estuaire de l’Abukuma.

En ce qui concerne les sédiments marins prélevés au large, leur contamination varie de 6,5 à 144 Bq/kg.

L’organisation a aussi fait des prélèvements dans le lac Biwa, situé dans le Kansaï, à très grande distance de la centrale accidentée. Deux échantillons sur 4 sont marqués au césium. Mais il doit s’agir d’une contamination plus ancienne car il n’y a pas de césium-134. Ce lac est la principale source d’eau douce pour le Kansaï. En cas d’accident sur une centrale nucléaire proche, c’est l’alimentation en eau potable de million de gens qui serait affectée.

Toujours pas de solution efficace pour limiter les volumes d’eau contaminée à Fukushima daï-ichi

TEPCo a fini par admettre que le sol gelé qui entoure les quatre réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi ne va pas arrêter les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine. Ce ne serait pas le but de ce mur, qui doit juste réduire ces infiltrations. Selon le Japan Times, ce serait la première fois que TEPCo admet publiquement un tel fait, même si ce n’est pas une surprise.

TEPCo continuerait à pomper quotidiennement une moyenne de 321 m3 dans les sous-sols pour éviter des débordements, ce qui est à 31 m3 par jour de moins qu’en mai dernier.

De son côté, l’Agence de Régulation Nucléaire, la NRA, a demandé à TEPCo de trouver un solution pour les quelques 60 000 m3 d’eau fortement contaminée qui sont encore dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine. En cas de nouveau tsunami, cette eau irait en partie dans l’océan. De toutes façons, il ne s’agit pas d’une solution pérenne. Toyoshi Fuketa, un des commissaires de la NRA, a qualifié cette situation d’intolérable.

TEPCo doit donc proposer des solutions pour réduire ce volume ou la contamination de cette eau. La NRA a proposé deux options : construire de nouvelles cuves ou traiter cette eau.

Mais si l’eau de refroidissement continue à s’écouler dans les sous-sols alimentés par la nappe phréatique, c’est sans fin. Le mur gelé avait justement pour but de réduire significativement ces infiltrations…

Bref, c’est sans solution et TEPCo a fini par l’admettre, à demi-mots.

Microparticules vitreuses riches en césium autour de Fukushima

En février dernier, un article scientifique mentionnait la présence de microparticules vitreuses riches en césium autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Une communication à un congrès scientifique qui vient d’avoir lieu au Japon, permet d’en savoir plus (voir le résumé scientifique sur le site de la conférence et le communiqué repris par des sites scientifiques) sur ces particules qui peuvent atteindre la taille nanométrique.

Selon ces travaux, les retombées radioactives sur Tôkyô auraient été dominées par cette « suie vitreuse » formée lors de la fusion des cœurs des réacteurs. Ainsi, le césium radioactif retombé sur la capitale n’aurait donc pas été dissout dans l’eau l’eau de pluie. L’analyse de plusieurs filtres à air collectés à Tôkyô le 15 mars 2011 montre que 89% de la radioactivité était contenue dans cette « suie vitreuse ».

Une des conséquences est que la pollution n’aurait pas été emportée directement par les eaux de ruissellement et qu’il a fallu une action de nettoyage pour s’en débarrasser. Pour le principal auteur, cela justifie a posteriori l’intérêt des travaux de décontamination effectués à Tôkyô.

Les analyses ont montré que cette suie est surtout composée de nanoparticules qui auraient été formées lors de l’interaction du corium (cœur fondu) avec le béton des réacteurs accidentés. La concentration en césium peut atteindre 4,4×1014 Bq/kg.

Selon les auteurs de cette étude, ces découvertes imposent de revoir certaines hypothèses concernant les rejets en situation accidentelle ainsi que l’impact sanitaire de ces retombées sous forme de nano- et microparticules qui pourraient rester plus longtemps dans les poumons que du césium soluble.

 

Fukushima Nuclear Accident Archives

La Japan Atomic Energy Agency (l’équivalent du CEA) a créé une base de données, documents, articles, vidéo… sur la catastrophe de Fukushima et ses conséquences.

Rejet du tritium en mer : la meilleure solution selon le gouvernement

L’énorme quantité d’eau radioactive stockée sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi représente une menace. Les cuves tiendront-elles en cas de séisme ? De plus, cette solution n’est pas durable. Il y en a actuellement 800 000 m3.

Une station de traitement a retiré partiellement 62 radioéléments et, officiellement, il ne reste plus que du tritium, à savoir de l’hydrogène radioactif, dans cette eau. Il est très complexe de le retirer. Alors, les autorités ont envisagé plusieurs solutions, dont celle de tout évaporer. Des simulations ont été faites pour enfouir cette eau, la vaporiser, rejeter dans l’atmosphère le dihydrogène seul et simplement rejeter l’eau dans l’océan après dilution. Sans surprise, c’est cette dernière option qui est la moins chère et la plus rapide : elle devrait prendre 7 à 8 ans et coûter de 3,5 à 4,5 milliards de yens. Il est envisagé de diluer cette eau avant de la rejeter pour limiter l’impact, mais cela ne fera pas baisser la quantité totale.
Les médias ne mentionnent pas le problème de l’autorisation de rejet qui serait largement dépassée dans ce scénario. Aucune d’étude d’impact prenant aussi en compte la contamination résiduelle des autres radioéléments n’est rapportée.