Un travailleur du nucléaire atteint d’une leucémie reconnue d’origine professionnelle a porté plainte contre ses employeurs

L’Asahi du 18 novembre dernier a annoncé qu’un travailleur du nucléaire atteint d’une leucémie après avoir reçu environ 20 mSv à la centrale nucléaire de Genkaï dans la province de Saga et à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi allait porter plainte contre TEPCo et Kyûshû Electric qui n’ont pas su le protéger. La plainte a été déposée depuis et il a demandé 59 millions de yens (500 000 euros).

Sa leucémie, diagnostiquée en janvier 2014, avait été reconnue comme maladie professionnelle en octobre 2015, ce qui lui assure une couverture médicale complète. La limite pour en bénéficier a été fixée à 5 mSv.

Selon le Maïnichi, il n’est toujours pas en état de travailler. Lors d’une conférence de presse, il s’est plaint de l’attitude de TEPCo, expliquant que les travailleurs ne sont pas des pions. Quand sa maladie a été reconnue comme étant d’origine professionnelle, TEPCo a déclaré n’avoir rien à dire car il s’agissait d’un sous-traitant alors qu’il attendait des excuses ou une reconnaissance.

C’est à l’automne 2011 qu’il a décidé d’aller travailler à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi contre l’avis de sa famille. Il n’a pas eu de tablier de plomb pour réduire la dose reçue car il n’y en avait pas assez.

Selon le ministère de la santé, 11 personnes ont demandé une reconnaissance professionnelle de leur cancer après être passées à la centrale de Fukushima daï-ichi. Seulement deux d’entre elles ont obtenu cette reconnaissance et 5 dossiers sont à l’étude.

Augmentation du risque de démence chez les personnes âgées qui ont perdu leur logement après le tsunami

Une étude, en accès payant, met en évidence une augmentation du risque de démence chez les personnes âgées qui ont perdu leur logement suite au tsunami du Tôhoku de 2011 par rapport à celles qui ont pu rester chez elles. Voir la dépêche Reuters et l’article de MedicalXpress.

Une équipe médicale a suivi 3 556 personnes âgées de 65 ans ou plus d’Iwanuma dans la province de Miyagi qui ont survécu au tsunami. Presque la moitié de la ville a été inondée en mars 2011. 38,0% des participants ont perdu un ou des amis et/ou des membres de leur famille dans la catastrophe et les logements de 58,9% des participants ont subi des dommages matériels.

Avant le tsunami, 4,1% des personnes âgées avaient des symptômes de démence. C’est 11,5% deux ans et demi après. Par ailleurs, 2,8% des participants avaient eu un accident vasculaire cérébral (AVC) avant la catastrophe et presque 6,5% après.

La perte du logement et du lien social semble augmenter le risque de déclin cognitif selon cette étude. Plus la maison est endommagée, plus le risque est grand. 2,9% des personnes suivies ont déclaré n’avoir aucun contact avec les voisins, même pas une salutation dans la rue. C’était 1,5% avant la catastrophe.

En revanche, la perte d’un ami et/ou d’un membre de la famille ne semble pas affecter le risque de démence.

Décret relatif à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants : Avis de l’ACRO

Le Ministère de l’environnement a soumis à l’avis du public son projet de décret relatif à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants, qui transpose la directive européenne  2013/59/Euratom, dite BSS (Basic Safety Standards).

Lire l’avis de l’ACRO à ce sujet. Il ressort que la France a retenu les limites les moins protectrices des recommandations internationales en cas d’accident nucléaire, ce qui est inadmissible et se restreint à une information minimaliste des populations sans la moindre consultation.

Bref, les leçons de la catastrophe en cours à Fukushima n’ont pas été tirées.

Cancers de la thyroïde à Fukushima : 174 cas suspectés dont 135 confirmés

L’université médicale de Fukushima a publié les derniers résultats de sa campagne de dépistage des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ils peuvent être téléchargés ici en japonais. La traduction officielle en anglais sera disponible ici. En attendant, une présentation en anglais des principaux résultats est déjà disponible sur Fukushima Voices.

Au 30 juin 2016, il y a 174 cas de cancer de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 135 confirmés après intervention chirurgicale. A cela, s’ajoute toujours un cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention. C’était respectivement 172 et 131 à la fin mars 2016, lors de la précédente publication. Les deux nouveaux cas sont deux jeunes filles âgées de 12 et 14 ans originaire d’Iwaki et de Tadami.

Rappelons qu’il y a déjà eu deux campagnes de dépistage par échographie de la thyroïde qui concernent potentiellement 381 281 jeunes nés entre le 2 avril 1992 et le 1er avril 2012. Une troisième vient d’être lancée. La deuxième campagne a débuté en avril 2014. A l’issue du premier dépistage, il y a 115 cas potentiels, dont 101 confirmés. A l’issue du deuxième, il y a 59 cas potentiels, dont 34 confirmés.

81% des jeunes avaient été examinés lors de la première campagne. 270 378 ont subi une deuxième échographie au 30 juin et 270 327 ont reçu les résultats. C’est moins (71%) que lors de la première campagne.

A l’issue de cette deuxième dépistage, 2 217 jeunes sont éligibles à des examens complémentaires. C’est 156 de plus que la dernière fois. Parmi eux, 1 476 ont subi ces examens, dont 176 une ponction à l’aiguille fine dans la glande. Cela a révélé 59 cas de cancer potentiel. Sur les 34 cas confirmés par chirurgie, il y a 33 cancers papillaires et un d’un autre type.

Lors du premier dépistages, ces 59 cas potentiels avaient été classés

  • A1 (pas de kyste ou nodule) pour 28 d’entre eux,
  • A2 (nodule inférieur à 5 mm ou kyste inférieur à 20 mm) pour 26 d’entre eux (7 nodules et 19 kystes),
  • B (nodule supérieur à 5 mm ou kyste supérieur à 20 mm) pour 5 d’entre eux.

Il s’agit donc de cas nouveaux dans leur grande majorité.

A noter que la troisième campagne de dépistage a débuté en mai 2016 et que 17 481 jeunes ont déjà subi une troisième échographie de la thyroïde.

Les autorités continuent d’affirmer que ces cancers ne peuvent pas être liés à la radioactivité. Dans une publication scientifique récente disponible en libre accès, des membres de l’équipe de l’université médicale de Fukushima répondent à l’étude du Prof. Tsuda pour en récuser les conclusions : pour cela ils ont divisé le territoire en fonction de la dose externe et les résultats du premier dépistage à la date du 30 juin 2015. Ils ne trouvent pas d’augmentation significative dans les zones plus contaminées par rapport aux zones les moins contaminées. Mais, comme les auteurs le reconnaissent, il s’agit d’une évaluation de l’exposition externe due à la contamination des territoires et pas de la dose à la thyroïde qui n’a pas été mesurée. De plus, cette évaluation est assez approximative.

Par ailleurs, se pose toujours le problème de savoir s’il était pertinent d’opérer ces enfants si leur cancer est lié au dépistage, comme le prétendent les autorités. Une publication scientifique récente, en accès payant, mais disponible à l’ACRO, a tenté de mesurer l’impact du sur-diagnostique sur ce type de cancer, à savoir la découverte de tumeurs qui n’auraient pas entraîné de symptômes ou de décès si elles n’avaient pas été traitées. Cela aurait concerné des dizaines de milliers de patients dans différents pays, voire 228 000 aux Etats-Unis. Les auteurs arrivent à 560 000 cas de sur-diagnostique dans 12 pays, dont la France et le Japon. Ils citent aussi une étude japonaise qui montre qu’il n’y avait pas de différence sur le nombre de décès entre les patients qui ont subi une opération immédiate et ceux qui ont été surveillés. Seulement 3,5% des 1 235 patients qui ont été surveillés sur 75 mois en moyenne ont eu une progression clinique de la maladie et aucun n’est décédé.

La province de Fukushima a créé un site Internet en français

La province de Fukushima a commencé à traduire son site Internet en de nombreuses langues étrangères, dont le français. Le contenu reste maigre pour le moment, mais il devrait s’enrichir avec le temps. Il y a déjà, des données sur la contamination des aliments et sur l’évolution des zones évacuées. Certaines données sont en anglais ou espagnol…

On trouve aussi quelques données lacunaires sur la santé des habitants, la décontamination

Création d’un fond de soutien aux enfants malades de la thyroïde à Fukushima

Selon le Japan Times, un groupe de citoyens a créé un fond pour soutenir financièrement les familles des enfants victimes d’un cancer de la thyroïde à Fukushima. Le but est de recueillir au moins 20 millions de yens (174 000 euros) pour couvrir une partie des dépenses de santé liées à cette maladie à Fukushima et dans les provinces voisines.

Les critères d’attribution d’une aide de l’ordre de 50 000 yens (moins de 500 euros) par enfant seront établis prochainement. Cela ne suffit pas, mais ce n’est pas négligeable pour une famille modeste.

Pour le moment, les frais médicaux des enfants ayant un cancer de la thyroïde à Fukushima sont couverts par la province. Mais les familles doivent avancer l’argent. Et il y a des frais supplémentaires liés aux déplacements, à l’hébergement, voire à une perte de revenu. Selon ce groupe, ces frais supplémentaires peuvent s’élever à 10 000 yens (90 euros) par consultation et à 150 000 yens (1 300 euros) lors d’une intervention chirurgicale.

Au 31 mars dernier, il y avait déjà 172 cas potentiels de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima, dont 131 confirmés par une intervention chirurgicale et un cas qui s’est révélé bénin. Le groupe espère pouvoir aider de 200 à 400 familles.

Comme nous l’avons déjà rapporté, certaines familles ont accepté de se confier aux médias pour exprimer leur désarroi.

Deuxième cas de leucémie reconnue comme maladie professionnelle à la centrale de Fukushima daï-ichi

Le ministère du travail a reconnu un deuxième cas de leucémie d’un travailleur à la centrale de Fukushima daï-ichi comme étant d’origine professionnelle. Il s’agit d’un homme de plus de 50 ans, employé par un sous-traitant, qui a travaillé quatre années à la centrale accidentée à partir d’avril 2011. Il avait en charge des réparations mécaniques et a reçu une dose totale enregistrée de 54,4 mSv. il a aussi retiré des débris.

Comme les autorités n’ont pas trouvé d’autre cause possible et selon les règles en vigueur au Japon depuis 1976, un travailleur du nucléaire, qui aurait été exposé à une dose supérieure à 5 mSv en un an et qui développerait une leucémie plus d’un an après avoir été engagé pour des travaux sous rayonnements ionisants, a droit à la prise en charge des soins et une indemnisation.

La leucémie s’est déclarée en janvier 2015, mais l’instruction de son dossier a pris du temps. Cinq autres dossiers de demande de prise en charge de leucémie de travailleurs de Fukushima daï-ichi ont été déposés.

La reconnaissance précédente a eu lieu en octobre 2015 et avait donné lieu à des explications officielles en anglais.

Environ 47 000 personnes ont travaillé à la centrale de Fukushima daï-ichi depuis le début de la catastrophe.

TEPCo condamnée à indemniser la famille d’une victime de l’évacuation de l’hôpital de Futaba

L’évacuation de l’hôpital et de l’hospice de Futaba situés dans la commune d’Ôkuma, à quelques kilomètres de la centrale accidentée, avait été particulièrement dramatique puisqu’elle avait entraîné une cinquantaine de décès directs.

Une patiente âgée de 88 ans, atteinte de démence, avait disparu lors de l’évacuation et n’a jamais pu être retrouvée. La famille a demandé à être indemnisée, mais TEPCo a refusé. Elle a donc saisi la justice qui lui a donné raison : TEPCo devra payer environ 22 millions de yens (195 000 euros) d’indemnisation. La famille demandait le double.

La compagnie avait reconnu avoir une part de responsabilité dans le décès des patients de Futaba, mais conteste parfois la somme demandée. Pour cette personne, TEPCO prétend que l’accident nucléaire ne serait pas à l’origine de sa disparition. Ce serait le séisme qui lui aurait permis de sortir et de se perdre, les serrures électriques s’étant toutes ouvertes. Mais la famille prétend que l’évacuation de la zone a empêché les recherches et que la patiente s’est retrouvée seule dans une ville désertée.

La cour a jugé que le personnel de l’hospice a correctement veillé sur elle après le séisme et sa disparition aurait pu être évitée si l’accident nucléaire n’avait pas eu lieu. En effet, le personnel a dû aussi évacuer et il ne restait plus que quelques personnes pour veiller sur les derniers patients.

Le personnel a confirmé que la patiente était présente jusqu’au 14 mars, c’est à dire deux jours après l’ordre d’évacuation. Pour rappel, les autres patients avaient été évacués en bus, sauf ceux qui ne pouvaient pas partir d’eux-même. Quand l’armée est finalement venue chercher les dernières personnes, le 16 mars, la patiente avait disparu. Son corps n’a jamais été retrouvé et elle a été officiellement été déclarée décédée en septembre 2013. Cela faisait quatre ans et demi qu’elle était dans cet hospice.

Pour d’autres victimes de l’évacuation de cet hôpital et hospice, la cour a fixé le niveau d’indemnisation à 20 million de yens, comme pour un accident de la route, puis a réduit cette somme de 20 à 40% pour prendre en compte les affections chroniques du patient. Mais dans ce cas, TEPCo devra payer 100% de cette somme car le décès est uniquement dû à l’évacuation du personnel.

Note IRSN sur les microparticules vitreuses riches en césium

Des médias français ont repris l’information concernant les microparticules vitreuses radioactives retrouvées dans les retombées de l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’IRSN a réagi en publiant une note sur son site Internet.

La communication à un congrès qui a servi de base à l’information reprise sur ce site et dans les médias ne concerne que les retombées sur Tôkyô le 15 mars 2011 qui auraient été composées, à 89% de microparticules vitreuses. Les médias ont un peu vite extrapolé à tous les rejets, ce que conteste l’IRSN. L’institut se base sur une autre étude menée à Tsukuba et disponible en libre accès, pour conclure que « que de l’ordre de 20 à 30 % du césium radioactif émis dans l’environnement lors de l’épisode de rejet du 14 au 16 mars 2011 l’auraient été sous forme de microbilles de silice formées à haute température près des matériaux en fusion ». Mais il ne s’agit là que des retombées sur Tsukuba.

L’IRSN explique que ces microparticules vitreuses ont été formées lors de l’interaction du combustible en fusion (corium), ce qui n’est pas une surprise, mais on ne sait pas trop avec quoi. La communication au congrès mentionne le béton. L’IRSN avance aussi la laine de verre ou l’eau de mer. Bref, on n’en sait rien.

Enfin, en ce qui concerne l’impact sanitaire, l’IRSN explique qu’« il est difficile et prématuré de tirer des conclusions définitives quant à l’impact dosimétrique et sanitaire lié à l’incorporation de césium pour partie contenu dans des microbilles de silice. » 

Mais une autre étude réservée aux abonnés et repérée par Fukuleaks, mentionne la rétention dans les poumons de ces particules. Les auteurs ont effectué un suivi de 7 travailleurs fortement exposés à la centrale de Fukushima daï-ichi. La baisse de leur contamination corporelle diminuerait bien suivant les modèles proposés par la CIPR, mais au bout de 500 jours, l’élimination du césium ralentit, surtout au niveau de la poitrine. Les auteurs suggèrent donc qu’une forme insoluble du césium resterait plus longtemps dans le corps. On pense immédiatement à ces microparticules vitreuses…