Cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima : 10 cas supplémentaires

L’université médicale de Fukushima a publié les derniers résultats de sa campagne de dépistage des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ils peuvent être téléchargés ici en japonais. La traduction officielle en anglais sera disponible ici. Le site Fukushima Voices devrait aussi présenter bientôt les principaux résultats en anglais.

Au 30 septembre 2016, il y a un total de 145 cas confirmés dont 44 détectés lors de la deuxième campagne de dépistage. Cela fait 10 de plus que lors de la précédente publication qui s’arrêtait au 30 juin 2016.

Il y a déjà eu 2 campagnes de dépistage par échographie, qui ont débuté respectivement en octobre 2011 et mai 2014. Une troisième campagne est en cours depuis mai 2016.

Lors de la deuxième campagne de dépistage, 270 454 jeunes ont été examinés, ce qui représente 70,9% des 381 282 personnes concernées car nées entre le 2 avril 1992 et le 1er avril 2012. Parmi eux 270 431 ont reçu les résultats. C’est à peine 76 examens de plus que la dernière fois. A titre de comparaison, 81% des jeunes avaient été examinés lors de la première campagne.

A l’issue de cette deuxième campagne de dépistage, 2 222 jeunes étaient éligibles à des examens supplémentaires. C’est 5 de plus que la dernière fois. 1 685 ou 76% ont déjà subi ce deuxième examen, dont 189 une ponction à l’aiguille fine dans la glande. Cela a révélé 68 cas de cancer potentiel de la thyroïde (31 garçons et 37 filles) âgés de 9 à 23 ans. C’est 9 de plus que la dernière fois.

Lors du premier dépistages, ces 68 cas potentiels avaient été classés

  • A1 (pas de kyste ou nodule) pour 31 d’entre eux,
  • A2 (nodule inférieur à 5 mm ou kyste inférieur à 20 mm) pour 31 d’entre eux,
  • B (nodule supérieur à 5 mm ou kyste supérieur à 20 mm) pour 5 d’entre eux.

Il s’agit donc de cas nouveaux dans leur grande majorité qu’il est difficile d’expliquer par le seul dépistage systématique. Pour 44 jeunes, le cancer a été confirmé après chirurgie. C’est 10 de plus que la dernière fois. Il y a 43 cancers papillaires et un d’un autre type.

En ce qui concerne la troisième campagne de dépistage, seulement 49 387 jeunes sur 336 609 ont été examinés par échographie et 30 253 ont reçu les résultats au 30 septembre 2016. Parmi eux 211 sont classés B et doivent subir des examens complémentaires dont les résultats ne sont pas connus. Il n’y a donc pas de nouveau cas de cancer détecté lors de cette campagne.

SI l’on inclut les résultats de la première campagne de dépistage, à savoir 115 cas potentiels, dont 101 confirmés, on arrive donc à un total de 183 cas potentiel dont 145 confirmés. A cela, s’ajoute toujours un cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention.

Selon le Maïnichi, un membre du comité de pilotage de cette étude a demandé la mise en place d’un groupe indépendant pour analyser ces résultats.

Un cancer de la thyroïde reconnu comme maladie professionnelle à Fukushima daï-ichi

Un employé de TEPCo, âgé d’une quarantaine d’années, qui a travaillé à la centrale de Fukushima daï-ichi après l’accident, a développé un cancer de la thyroïde en avril 2014. Il était présent sur le site lors des explosions hydrogène qui ont détruit les bâtiments des réacteurs 1 et 3.

Il a travaillé sur plusieurs centrales nucléaires entre 1992 et 2012 et aurait reçu une dose cumulée de 150 mSv, dont 140 mSv reçus à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cette dose inclut environ 40 mSv liés à la contamination interne. Sa maladie vient d’être reconnue comme maladie professionnelle. Cela entraîne une prise en charge des frais médicaux.

C’est le troisième travailleur de Fukushima daï-ichi dont le cancer obtient cette reconnaissance. Les deux autres cas étaient des leucémies. Le premier cas avait été reconnu en octobre 2015 et le deuxième en août 2016. Le premier cas a porté plainte depuis. C’est la première fois qu’un cancer de la thyroïde est reconnu comme maladie professionnelle au Japon.

Quand il s’agit des enfants de Fukushima, les autorités refusent le lien avec la catastrophe sous le prétexte que la maladie a mis 4 à 5 ans à apparaître après l’accident de Tchernobyl. Là, c’est moins. Comment justifier cette différence de traitement ?

Début du fond de soutien aux enfants atteints d’un cancer de la thyroïde

Le fond de soutien aux enfants malades de la thyroïde dont nous avons déjà parlé a réussi à collecter 20 millions de yens (167 000 euros) depuis septembre dernier. Les familles peuvent faire une demande de soutien.

Ce « 3.11 Children’s Fund for Thyroid Cancer » peut verser 100 000 yens (840 euros) par patient âgé de moins de 25 ans dans 15 provinces de Nord-Est du Japon qui ont subi des retombées radioactives en mars 2011. 100 000 yens supplémentaires sont prévus pour les cas les plus graves.

Un travailleur du nucléaire atteint d’une leucémie reconnue d’origine professionnelle a porté plainte contre ses employeurs

L’Asahi du 18 novembre dernier a annoncé qu’un travailleur du nucléaire atteint d’une leucémie après avoir reçu environ 20 mSv à la centrale nucléaire de Genkaï dans la province de Saga et à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi allait porter plainte contre TEPCo et Kyûshû Electric qui n’ont pas su le protéger. La plainte a été déposée depuis et il a demandé 59 millions de yens (500 000 euros).

Sa leucémie, diagnostiquée en janvier 2014, avait été reconnue comme maladie professionnelle en octobre 2015, ce qui lui assure une couverture médicale complète. La limite pour en bénéficier a été fixée à 5 mSv.

Selon le Maïnichi, il n’est toujours pas en état de travailler. Lors d’une conférence de presse, il s’est plaint de l’attitude de TEPCo, expliquant que les travailleurs ne sont pas des pions. Quand sa maladie a été reconnue comme étant d’origine professionnelle, TEPCo a déclaré n’avoir rien à dire car il s’agissait d’un sous-traitant alors qu’il attendait des excuses ou une reconnaissance.

C’est à l’automne 2011 qu’il a décidé d’aller travailler à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi contre l’avis de sa famille. Il n’a pas eu de tablier de plomb pour réduire la dose reçue car il n’y en avait pas assez.

Selon le ministère de la santé, 11 personnes ont demandé une reconnaissance professionnelle de leur cancer après être passées à la centrale de Fukushima daï-ichi. Seulement deux d’entre elles ont obtenu cette reconnaissance et 5 dossiers sont à l’étude.

Augmentation du risque de démence chez les personnes âgées qui ont perdu leur logement après le tsunami

Une étude, en accès payant, met en évidence une augmentation du risque de démence chez les personnes âgées qui ont perdu leur logement suite au tsunami du Tôhoku de 2011 par rapport à celles qui ont pu rester chez elles. Voir la dépêche Reuters et l’article de MedicalXpress.

Une équipe médicale a suivi 3 556 personnes âgées de 65 ans ou plus d’Iwanuma dans la province de Miyagi qui ont survécu au tsunami. Presque la moitié de la ville a été inondée en mars 2011. 38,0% des participants ont perdu un ou des amis et/ou des membres de leur famille dans la catastrophe et les logements de 58,9% des participants ont subi des dommages matériels.

Avant le tsunami, 4,1% des personnes âgées avaient des symptômes de démence. C’est 11,5% deux ans et demi après. Par ailleurs, 2,8% des participants avaient eu un accident vasculaire cérébral (AVC) avant la catastrophe et presque 6,5% après.

La perte du logement et du lien social semble augmenter le risque de déclin cognitif selon cette étude. Plus la maison est endommagée, plus le risque est grand. 2,9% des personnes suivies ont déclaré n’avoir aucun contact avec les voisins, même pas une salutation dans la rue. C’était 1,5% avant la catastrophe.

En revanche, la perte d’un ami et/ou d’un membre de la famille ne semble pas affecter le risque de démence.

Décret relatif à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants : Avis de l’ACRO

Le Ministère de l’environnement a soumis à l’avis du public son projet de décret relatif à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants, qui transpose la directive européenne  2013/59/Euratom, dite BSS (Basic Safety Standards).

Lire l’avis de l’ACRO à ce sujet. Il ressort que la France a retenu les limites les moins protectrices des recommandations internationales en cas d’accident nucléaire, ce qui est inadmissible et se restreint à une information minimaliste des populations sans la moindre consultation.

Bref, les leçons de la catastrophe en cours à Fukushima n’ont pas été tirées.

Cancers de la thyroïde à Fukushima : 174 cas suspectés dont 135 confirmés

L’université médicale de Fukushima a publié les derniers résultats de sa campagne de dépistage des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ils peuvent être téléchargés ici en japonais. La traduction officielle en anglais sera disponible ici. En attendant, une présentation en anglais des principaux résultats est déjà disponible sur Fukushima Voices.

Au 30 juin 2016, il y a 174 cas de cancer de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 135 confirmés après intervention chirurgicale. A cela, s’ajoute toujours un cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention. C’était respectivement 172 et 131 à la fin mars 2016, lors de la précédente publication. Les deux nouveaux cas sont deux jeunes filles âgées de 12 et 14 ans originaire d’Iwaki et de Tadami.

Rappelons qu’il y a déjà eu deux campagnes de dépistage par échographie de la thyroïde qui concernent potentiellement 381 281 jeunes nés entre le 2 avril 1992 et le 1er avril 2012. Une troisième vient d’être lancée. La deuxième campagne a débuté en avril 2014. A l’issue du premier dépistage, il y a 115 cas potentiels, dont 101 confirmés. A l’issue du deuxième, il y a 59 cas potentiels, dont 34 confirmés.

81% des jeunes avaient été examinés lors de la première campagne. 270 378 ont subi une deuxième échographie au 30 juin et 270 327 ont reçu les résultats. C’est moins (71%) que lors de la première campagne.

A l’issue de cette deuxième dépistage, 2 217 jeunes sont éligibles à des examens complémentaires. C’est 156 de plus que la dernière fois. Parmi eux, 1 476 ont subi ces examens, dont 176 une ponction à l’aiguille fine dans la glande. Cela a révélé 59 cas de cancer potentiel. Sur les 34 cas confirmés par chirurgie, il y a 33 cancers papillaires et un d’un autre type.

Lors du premier dépistages, ces 59 cas potentiels avaient été classés

  • A1 (pas de kyste ou nodule) pour 28 d’entre eux,
  • A2 (nodule inférieur à 5 mm ou kyste inférieur à 20 mm) pour 26 d’entre eux (7 nodules et 19 kystes),
  • B (nodule supérieur à 5 mm ou kyste supérieur à 20 mm) pour 5 d’entre eux.

Il s’agit donc de cas nouveaux dans leur grande majorité.

A noter que la troisième campagne de dépistage a débuté en mai 2016 et que 17 481 jeunes ont déjà subi une troisième échographie de la thyroïde.

Les autorités continuent d’affirmer que ces cancers ne peuvent pas être liés à la radioactivité. Dans une publication scientifique récente disponible en libre accès, des membres de l’équipe de l’université médicale de Fukushima répondent à l’étude du Prof. Tsuda pour en récuser les conclusions : pour cela ils ont divisé le territoire en fonction de la dose externe et les résultats du premier dépistage à la date du 30 juin 2015. Ils ne trouvent pas d’augmentation significative dans les zones plus contaminées par rapport aux zones les moins contaminées. Mais, comme les auteurs le reconnaissent, il s’agit d’une évaluation de l’exposition externe due à la contamination des territoires et pas de la dose à la thyroïde qui n’a pas été mesurée. De plus, cette évaluation est assez approximative.

Par ailleurs, se pose toujours le problème de savoir s’il était pertinent d’opérer ces enfants si leur cancer est lié au dépistage, comme le prétendent les autorités. Une publication scientifique récente, en accès payant, mais disponible à l’ACRO, a tenté de mesurer l’impact du sur-diagnostique sur ce type de cancer, à savoir la découverte de tumeurs qui n’auraient pas entraîné de symptômes ou de décès si elles n’avaient pas été traitées. Cela aurait concerné des dizaines de milliers de patients dans différents pays, voire 228 000 aux Etats-Unis. Les auteurs arrivent à 560 000 cas de sur-diagnostique dans 12 pays, dont la France et le Japon. Ils citent aussi une étude japonaise qui montre qu’il n’y avait pas de différence sur le nombre de décès entre les patients qui ont subi une opération immédiate et ceux qui ont été surveillés. Seulement 3,5% des 1 235 patients qui ont été surveillés sur 75 mois en moyenne ont eu une progression clinique de la maladie et aucun n’est décédé.

La province de Fukushima a créé un site Internet en français

La province de Fukushima a commencé à traduire son site Internet en de nombreuses langues étrangères, dont le français. Le contenu reste maigre pour le moment, mais il devrait s’enrichir avec le temps. Il y a déjà, des données sur la contamination des aliments et sur l’évolution des zones évacuées. Certaines données sont en anglais ou espagnol…

On trouve aussi quelques données lacunaires sur la santé des habitants, la décontamination

Création d’un fond de soutien aux enfants malades de la thyroïde à Fukushima

Selon le Japan Times, un groupe de citoyens a créé un fond pour soutenir financièrement les familles des enfants victimes d’un cancer de la thyroïde à Fukushima. Le but est de recueillir au moins 20 millions de yens (174 000 euros) pour couvrir une partie des dépenses de santé liées à cette maladie à Fukushima et dans les provinces voisines.

Les critères d’attribution d’une aide de l’ordre de 50 000 yens (moins de 500 euros) par enfant seront établis prochainement. Cela ne suffit pas, mais ce n’est pas négligeable pour une famille modeste.

Pour le moment, les frais médicaux des enfants ayant un cancer de la thyroïde à Fukushima sont couverts par la province. Mais les familles doivent avancer l’argent. Et il y a des frais supplémentaires liés aux déplacements, à l’hébergement, voire à une perte de revenu. Selon ce groupe, ces frais supplémentaires peuvent s’élever à 10 000 yens (90 euros) par consultation et à 150 000 yens (1 300 euros) lors d’une intervention chirurgicale.

Au 31 mars dernier, il y avait déjà 172 cas potentiels de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima, dont 131 confirmés par une intervention chirurgicale et un cas qui s’est révélé bénin. Le groupe espère pouvoir aider de 200 à 400 familles.

Comme nous l’avons déjà rapporté, certaines familles ont accepté de se confier aux médias pour exprimer leur désarroi.