Enquête gouvernementale sur l’accident nucléaire : certains témoignages resteront secrets

La commission d’enquête mise en place par le gouvernement après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukusima daï-ichi avait enregistré quelques 770 témoignages. 240 ont été rendus publics depuis, avec l’accord des personnes interrogées, dont celui de l’ancien directeur de la centrale, Masao Yoshida, maintenant décédé.

Des actionnaires de TEPCo avaient saisi la justice pour obtenir la publication des témoignages de 11 cadres de TEPCo et de 3 cadres de la NISA, qui était l’autorité de sûreté à l’époque. Ils viennent d’être déboutés. La justice a estimé que si ces documents étaient divulgués, il sera difficile d’obtenir la coopération des personnes concernées dans l’avenir. Il en est de même pour les portions secrètes de témoignages partiellement publiés.

Fort séisme suivi d’un petit tsunami à Fukushima

Un fort séisme, d’un magnitude de 7,4, a secoué le Nord-Est du Japon à 5h59. L’épicentre était au large des côtes japonaises à 25 km de profondeur. Une plaque aurait glissé verticalement à 60 km au large d’Iwaki. Une alerte au tsunami a aussitôt été émise.

Un petit tsunami est arrivé sur les côtes un peu plus tard. Il était d’un mètre de hauteur à Fukushima à 6h34 et jusqu’à 1,4 m ailleurs dans la baie de Sendaï, dans la province de Miyagi où la vague est arrivée deux heures après le séisme, à 8h03. Des images du mascaret remontant les fleuves sont disponibles sur le site du Asahi et du Maïnichi. Fort heureusement, on ne déplore aucun dégât majeur. Une quinzaine blessés ont été recensés.

L’alerte au tsunami a été levée 4 heures après la secousse initiale. Elle a entraîné l’évacuation préventive de plus de 10 000 personnes vers des centres de regroupement qui a parfois été entravée par des embouteillages. L’Agence météorologique avait sous-estimé la hauteur de la vague à Sendaï : elle a d’abord annoncé un mètre, avant de revoir sa prévision après avoir observé la vague au large. C’était finalement 1,4 m. Elle va donc revoir sa méthode de prévision.

TEPCo annonce n’avoir détecté aucune anomalie, si ce n’est un arrêt du refroidissement de la piscine de combustibles du réacteur n°3 de la centrale de Fukushima daï-ni qui contient 2 544 assemblages. Il a été remis en service à 7h47. La température de l’eau était de 28,7°C avant l’arrêt et de 29,5°C au moment de la reprise. Il aurait fallu attendre plusieurs jours sans refroidissement pour atteindre le seuil d’alerte de 65°C. La compagnie a mis deux heures à informer les médias de cet arrêt.

A la centrale de Fukushima daï-ichi, le pompage de l’eau contaminée a été préventivement stoppé afin d’éviter une fuite en cas d’endommagement sur un tuyau. Tout le personnel a été évacué vers les hauteurs et il n’était pas possible de vérifier l’état des canalisations.

En revanche, un endommagement des piscines non encore vidées des réacteurs 1 à 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi, pourrait avoir de graves conséquences s’il y a des fissures qui empêchent le refroidissement. Les débits de dose dans ces réacteurs sont aussi trop élevés pour empêcher toute intervention humaine.

Cet évènement a réveillé les pires cauchemars chez les habitants du Nord-Est du Japon et vient rappeler la fragilité de la centrale accidentée face aux agressions externes. Il y a aussi le problèmes des déchets radioactifs qui sont entreposés près des côtes.

Vidéos sur le site de l’Asahi en langue japonaise :

13 lycéens visitent la centrale de Fukushima daï-ichi

Une bus avec 13 lycéens de Fukushima a visité, pendant deux heures, la centrale de Fukushima daï-ichi. C’est la première fois que des mineurs sont acceptés pour une visite. Les parents avaient donné leur accord. TEPCo annonce une dose inférieure à 10 microsieverts.

Au Japon, il est interdit d’employer des mineurs en zone contrôlée, mais la visite a tout de même été autorisée. Les élèves étaient accompagnés d’enseignants.

Selon le Maïnichi, il y aurait déjà 23 000 visiteurs à la centrale accidentée.

Début du retrait des débris du tsunami dans la mer devant Fukushima daï-ichi

Les coopératives de pêche viennent de débuter le repêchage des débris du tsunami qui jonchent les fonds marins devant la centrale de Fukushima daï-ichi. La pêche est interdite zone située à moins de 20 km de la centrale et il n’y a pas eu de nettoyage jusqu’à présent.

Les coopératives de pêche de Futaba-Sôma et d’Iwaki sont impliquées dans ce travail qui devrait durer jusqu’en février 2017. Elles ne peuvent pas approcher à moins de 5 km de la centrale nucléaire accidentée.

32 bateaux étaient présents lors de ce premier jour.

Les archives de la commission d’enquête parlementaire sur Fukushima ne sont toujours pas publiques

Selon l’Asahi, la commission d’enquête parlementaire sur la catastrophe de Fukushima (NAIIC) a recueilli les témoignages de 1 167 personnes et collecté de nombreux documents. Son rapport, publié en juillet 2012, fait environ 600 pages et a été traduit en anglais. Mais, depuis, il ne s’est plus rien passé. Les documents bruts, qui incluent 900 heures d’auditions, n’ont jamais été rendus publics.

Certains témoignages n’ont pu être recueillis que s’ils n’étaient pas rendus publics. Mais ce n’est pas le cas de majorité d’entre eux. Des chercheurs demandent à y avoir accès, en vain.

Le rapport appelait aussi à continuer les investigations car il y avait encore de nombreuses questions sans réponse, mais il ne s’est rien passé non plus de ce côté.

La coalition au pouvoir rêve de relancer le nucléaire, qui est bien mal en point. Le principal parti d’opposition était au pouvoir lors de la catastrophe et reste donc frileux.

Le gouverneur de Niigata n’est plus candidat à sa propre succession

Des élections vont avoir lieu le 16 octobre prochain pour élire le gouverneur de Niigata où il y a la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa que TEPCo rêve de redémarrer. Hirohiko Izumida, le gouverneur actuel, vient de se retirer de la course.

Il s’opposait au redémarrage de la centrale nucléaire, estimant que TEPCo n’avait pas fait toute la lumière sur l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. Ce sont les questionnements du groupe d’experts mis en place par la province qui a conduit TEPCo à admettre qu’elle avait eu tort de ne pas employer l’expression « fusion du cœur » avant mai 2011. La compagnie a ensuite reconnu que son ancien PDG avait même interdit cette expression.

Le gouverneur, dont c’est le troisième mandat, est élu depuis 2004. Il avait le soutien du parti libéral démocrate, le principal parti de gouvernement, qui hésitait à le soutenir cette fois-ci. Sa récente décision de ne plus se représenter a dû réjouir TEPCo qui espère redémarrer les réacteurs n°6 et 7 de sa centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa. Pour le moment, une seule autre personne s’est déclarée candidate et elle est pour le redémarrage.

Le gouverneur avait été critiqué par un journal local à propos de la vente d’un ferry par une société mixte partiellement contrôlée par la province. Ce sujet aurait dominé la campagne électorale et le gouverneur espère un débat sur le nucléaire à Niigata.

Par ailleurs, l’autorité de régulation nucléaire a décidé d’accélérer l’instruction du dossier de sûreté de ces deux réacteurs, qui sont du même type que ceux de Fukushima daï-ichi. Il y a un an, elle avait décidé d’en faire un exemple pour les réacteurs à eau bouillante. Mais, ce statut prioritaire a été retiré en mars 2016, quand TEPCo n’a pas fourni les documents nécessaires. Il vient d’être rétabli, jusqu’à a mi-septembre.

TEPCo lance un appel à l’aide technologique pour se diversifier et démanteler Fukushima daï-ichi

TEPCo vient de lancer un site internet avec 77 défis technologiques auxquels elle fait face et pour lesquels elle lance un appel. Voir aussi son communiqué. Le défi n°1, par exemple, concerne de la peinture anti-rouille pour ses pylônes. Il y a aussi de l’analyse de données concernant la consommation et la production d’électricité, la diversification des ressources et, bien entendu, la situation à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi.

La vidéo introductive classe ces défis en trois rubriques, qui sont la diversification des ressources et les énergies nouvelles et la vente de nouveaux produits afin de faire face à la dérégulation du marché au Japon, puis, en dernier, le démantèlement des réacteurs nucléaires. Les mots accident, Fukushima daï-ichi, déchets, radioactivité… ne sont jamais prononcés. Seules quelques images font référence à la catastrophe nucléaire.

TEPCo a compris qu’il n’y avait pas d’avenir dans le nucléaire pour elle et elle cherche à se diversifier. Elle compte; certes, redémarrer ses réacteurs de Kashiwazaki-Kariwa dans la province de Niigata, mais elle fait face à une forte opposition locale. Ainsi, le charbon d’EDF intéresserait TEPCo et Chûbu Electric. Les deux entreprises souhaiteraient racheter EDF Trading qui gère un volume de 100 millions de tonnes de charbon par an, dans un marché total qui équivaut à 1,3 milliard de tonnes, selon la Tribune. TEPCo envisage aussi de lancer de nouveaux services pour ses clients, en partenariat avec Sony.

Côté démantèlement, la liste des défis est intéressante à regarder. Il y a la gestion des déchets radioactifs et la réduction de leur volume. C’est effectivement un défi majeur. Il y a aussi le démantèlement des cheminées qui sont très radioactives. En 2013, TEPCo avait relevé des points chauds allant jusqu’à 25 Sv/h. Ailleurs, les débits de dose restent élevés, de l’ordre de quelques mSv/h. Et leur structure pourrait avoir été fragilisée par le séisme.

Il y a aussi toute une série de défis relatifs à la mesure de la radioactivité, comme la détection des neutrons, la mesure du tritium, de l’eau de mer… C’est assez surprenant, car il s’agit de protocoles normalisés. Il y a aussi la gestion de l’eau contaminée et la recherche d’options pour se débarrasser du tritium. Sur ce dernier point, TEPCo avait déjà envisagé plusieurs options, souvent assez farfelues.

Toujours à propos de l’eau, TEPCo recherche enfin des solutions pour l’eau stockée dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine. D’après l’agence Kyodo, reprise par le Maïnichi, il y en aurait près de 10 000 m3 rien que dans les galeries souterraines que la compagnie n’a pas prévu de reprendre dans l’immédiat, auxquels il faut ajouter 70 000 m3 dans les sous-sols des réacteurs avec une contamination beaucoup plus élevée.

Pour limiter les fuites, TEPCo a aussi lancé comme défi de trouver une solution pour colmater les cuves où le débit de dose interdit aux humains d’approcher. Il est peu probable qu’une solution soit trouvée rapidement.

Pour en savoir plus, il faut se connecter. En utilisant son compte twitter, voici ce à quoi l’on s’expose :

cuusoo

Ainsi TEPCo veut pouvoir changer notre profil et poster des tweets pour nous ! C’est incroyable !

Réacteur n°2 : le corium serait resté dans la cuve

TEPCo a mis en ligne le résultat d’une radiographie du réacteur n°2 de la centrale de Fukushima daï-ichi en utilisant les muons, des particules cosmiques particulièrement pénétrantes. Les images sont accessibles ici. Ce n’est pas la première fois que les muons sont utilisés. Ils avaient déjà permis de montrer que le corium (combustible fondu mélangé à d’autres matériaux) du réacteur n°1 avait probablement percé la cuve.

Dans le cas du réacteur n°2, TEPCo pense que la majorité du corium n’a pas percé la cuve et est accumulé au fond car il y a un matériau dense qui absorbe plus de muons à cet endroit. Sa masse serait de l’ordre de 160 tonnes. TEPCo estime aussi qu’une partie des matériaux denses, qui absorbent les muons, seraient restés accrochés plus haut dans la cuve. Il y en aurait entre 20 et 50 tonnes. Cette dernière affirmation n’est cependant pas complètement sûre. Cela fait donc un total de 180 à 210 tonnes. Comme il y avait 160 tonnes de combustible dans le réacteur, la masse du corium, qui inclut aussi les barres de contrôles et d’autres matériaux est estimée à 210 tonnes.

TEPCo en conclut que la plupart du combustible est resté dans la cuve. Cette découverte infirme l’idée que le corium l’avait percé pour se retrouver sur le radier de l’enceinte de confinement. Voir son communiqué laconique.

Des chercheurs de l’université de Nagoya avaient déjà fait une radiographie de ce réacteur à l’aide de muons, forcément avec l’accord de TEPCo. Cette dernière a d’abord eu des problèmes car les détecteurs utilisés pour le réacteur n°1 étaient trop grands pour le n°2.