Les archives de la commission d’enquête parlementaire sur Fukushima ne sont toujours pas publiques

Selon l’Asahi, la commission d’enquête parlementaire sur la catastrophe de Fukushima (NAIIC) a recueilli les témoignages de 1 167 personnes et collecté de nombreux documents. Son rapport, publié en juillet 2012, fait environ 600 pages et a été traduit en anglais. Mais, depuis, il ne s’est plus rien passé. Les documents bruts, qui incluent 900 heures d’auditions, n’ont jamais été rendus publics.

Certains témoignages n’ont pu être recueillis que s’ils n’étaient pas rendus publics. Mais ce n’est pas le cas de majorité d’entre eux. Des chercheurs demandent à y avoir accès, en vain.

Le rapport appelait aussi à continuer les investigations car il y avait encore de nombreuses questions sans réponse, mais il ne s’est rien passé non plus de ce côté.

La coalition au pouvoir rêve de relancer le nucléaire, qui est bien mal en point. Le principal parti d’opposition était au pouvoir lors de la catastrophe et reste donc frileux.

Le gouverneur de Niigata n’est plus candidat à sa propre succession

Des élections vont avoir lieu le 16 octobre prochain pour élire le gouverneur de Niigata où il y a la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa que TEPCo rêve de redémarrer. Hirohiko Izumida, le gouverneur actuel, vient de se retirer de la course.

Il s’opposait au redémarrage de la centrale nucléaire, estimant que TEPCo n’avait pas fait toute la lumière sur l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. Ce sont les questionnements du groupe d’experts mis en place par la province qui a conduit TEPCo à admettre qu’elle avait eu tort de ne pas employer l’expression « fusion du cœur » avant mai 2011. La compagnie a ensuite reconnu que son ancien PDG avait même interdit cette expression.

Le gouverneur, dont c’est le troisième mandat, est élu depuis 2004. Il avait le soutien du parti libéral démocrate, le principal parti de gouvernement, qui hésitait à le soutenir cette fois-ci. Sa récente décision de ne plus se représenter a dû réjouir TEPCo qui espère redémarrer les réacteurs n°6 et 7 de sa centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa. Pour le moment, une seule autre personne s’est déclarée candidate et elle est pour le redémarrage.

Le gouverneur avait été critiqué par un journal local à propos de la vente d’un ferry par une société mixte partiellement contrôlée par la province. Ce sujet aurait dominé la campagne électorale et le gouverneur espère un débat sur le nucléaire à Niigata.

Par ailleurs, l’autorité de régulation nucléaire a décidé d’accélérer l’instruction du dossier de sûreté de ces deux réacteurs, qui sont du même type que ceux de Fukushima daï-ichi. Il y a un an, elle avait décidé d’en faire un exemple pour les réacteurs à eau bouillante. Mais, ce statut prioritaire a été retiré en mars 2016, quand TEPCo n’a pas fourni les documents nécessaires. Il vient d’être rétabli, jusqu’à a mi-septembre.

TEPCo lance un appel à l’aide technologique pour se diversifier et démanteler Fukushima daï-ichi

TEPCo vient de lancer un site internet avec 77 défis technologiques auxquels elle fait face et pour lesquels elle lance un appel. Voir aussi son communiqué. Le défi n°1, par exemple, concerne de la peinture anti-rouille pour ses pylônes. Il y a aussi de l’analyse de données concernant la consommation et la production d’électricité, la diversification des ressources et, bien entendu, la situation à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi.

La vidéo introductive classe ces défis en trois rubriques, qui sont la diversification des ressources et les énergies nouvelles et la vente de nouveaux produits afin de faire face à la dérégulation du marché au Japon, puis, en dernier, le démantèlement des réacteurs nucléaires. Les mots accident, Fukushima daï-ichi, déchets, radioactivité… ne sont jamais prononcés. Seules quelques images font référence à la catastrophe nucléaire.

TEPCo a compris qu’il n’y avait pas d’avenir dans le nucléaire pour elle et elle cherche à se diversifier. Elle compte; certes, redémarrer ses réacteurs de Kashiwazaki-Kariwa dans la province de Niigata, mais elle fait face à une forte opposition locale. Ainsi, le charbon d’EDF intéresserait TEPCo et Chûbu Electric. Les deux entreprises souhaiteraient racheter EDF Trading qui gère un volume de 100 millions de tonnes de charbon par an, dans un marché total qui équivaut à 1,3 milliard de tonnes, selon la Tribune. TEPCo envisage aussi de lancer de nouveaux services pour ses clients, en partenariat avec Sony.

Côté démantèlement, la liste des défis est intéressante à regarder. Il y a la gestion des déchets radioactifs et la réduction de leur volume. C’est effectivement un défi majeur. Il y a aussi le démantèlement des cheminées qui sont très radioactives. En 2013, TEPCo avait relevé des points chauds allant jusqu’à 25 Sv/h. Ailleurs, les débits de dose restent élevés, de l’ordre de quelques mSv/h. Et leur structure pourrait avoir été fragilisée par le séisme.

Il y a aussi toute une série de défis relatifs à la mesure de la radioactivité, comme la détection des neutrons, la mesure du tritium, de l’eau de mer… C’est assez surprenant, car il s’agit de protocoles normalisés. Il y a aussi la gestion de l’eau contaminée et la recherche d’options pour se débarrasser du tritium. Sur ce dernier point, TEPCo avait déjà envisagé plusieurs options, souvent assez farfelues.

Toujours à propos de l’eau, TEPCo recherche enfin des solutions pour l’eau stockée dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine. D’après l’agence Kyodo, reprise par le Maïnichi, il y en aurait près de 10 000 m3 rien que dans les galeries souterraines que la compagnie n’a pas prévu de reprendre dans l’immédiat, auxquels il faut ajouter 70 000 m3 dans les sous-sols des réacteurs avec une contamination beaucoup plus élevée.

Pour limiter les fuites, TEPCo a aussi lancé comme défi de trouver une solution pour colmater les cuves où le débit de dose interdit aux humains d’approcher. Il est peu probable qu’une solution soit trouvée rapidement.

Pour en savoir plus, il faut se connecter. En utilisant son compte twitter, voici ce à quoi l’on s’expose :

cuusoo

Ainsi TEPCo veut pouvoir changer notre profil et poster des tweets pour nous ! C’est incroyable !

Réacteur n°2 : le corium serait resté dans la cuve

TEPCo a mis en ligne le résultat d’une radiographie du réacteur n°2 de la centrale de Fukushima daï-ichi en utilisant les muons, des particules cosmiques particulièrement pénétrantes. Les images sont accessibles ici. Ce n’est pas la première fois que les muons sont utilisés. Ils avaient déjà permis de montrer que le corium (combustible fondu mélangé à d’autres matériaux) du réacteur n°1 avait probablement percé la cuve.

Dans le cas du réacteur n°2, TEPCo pense que la majorité du corium n’a pas percé la cuve et est accumulé au fond car il y a un matériau dense qui absorbe plus de muons à cet endroit. Sa masse serait de l’ordre de 160 tonnes. TEPCo estime aussi qu’une partie des matériaux denses, qui absorbent les muons, seraient restés accrochés plus haut dans la cuve. Il y en aurait entre 20 et 50 tonnes. Cette dernière affirmation n’est cependant pas complètement sûre. Cela fait donc un total de 180 à 210 tonnes. Comme il y avait 160 tonnes de combustible dans le réacteur, la masse du corium, qui inclut aussi les barres de contrôles et d’autres matériaux est estimée à 210 tonnes.

TEPCo en conclut que la plupart du combustible est resté dans la cuve. Cette découverte infirme l’idée que le corium l’avait percé pour se retrouver sur le radier de l’enceinte de confinement. Voir son communiqué laconique.

Des chercheurs de l’université de Nagoya avaient déjà fait une radiographie de ce réacteur à l’aide de muons, forcément avec l’accord de TEPCo. Cette dernière a d’abord eu des problèmes car les détecteurs utilisés pour le réacteur n°1 étaient trop grands pour le n°2.

Note IRSN sur les microparticules vitreuses riches en césium

Des médias français ont repris l’information concernant les microparticules vitreuses radioactives retrouvées dans les retombées de l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’IRSN a réagi en publiant une note sur son site Internet.

La communication à un congrès qui a servi de base à l’information reprise sur ce site et dans les médias ne concerne que les retombées sur Tôkyô le 15 mars 2011 qui auraient été composées, à 89% de microparticules vitreuses. Les médias ont un peu vite extrapolé à tous les rejets, ce que conteste l’IRSN. L’institut se base sur une autre étude menée à Tsukuba et disponible en libre accès, pour conclure que « que de l’ordre de 20 à 30 % du césium radioactif émis dans l’environnement lors de l’épisode de rejet du 14 au 16 mars 2011 l’auraient été sous forme de microbilles de silice formées à haute température près des matériaux en fusion ». Mais il ne s’agit là que des retombées sur Tsukuba.

L’IRSN explique que ces microparticules vitreuses ont été formées lors de l’interaction du combustible en fusion (corium), ce qui n’est pas une surprise, mais on ne sait pas trop avec quoi. La communication au congrès mentionne le béton. L’IRSN avance aussi la laine de verre ou l’eau de mer. Bref, on n’en sait rien.

Enfin, en ce qui concerne l’impact sanitaire, l’IRSN explique qu’« il est difficile et prématuré de tirer des conclusions définitives quant à l’impact dosimétrique et sanitaire lié à l’incorporation de césium pour partie contenu dans des microbilles de silice. » 

Mais une autre étude réservée aux abonnés et repérée par Fukuleaks, mentionne la rétention dans les poumons de ces particules. Les auteurs ont effectué un suivi de 7 travailleurs fortement exposés à la centrale de Fukushima daï-ichi. La baisse de leur contamination corporelle diminuerait bien suivant les modèles proposés par la CIPR, mais au bout de 500 jours, l’élimination du césium ralentit, surtout au niveau de la poitrine. Les auteurs suggèrent donc qu’une forme insoluble du césium resterait plus longtemps dans le corps. On pense immédiatement à ces microparticules vitreuses…

L’option « sarcophage » est finalement exclue pour Fukushima daï-ichi

Le groupe d’experts chargé par le gouvernement de suivre les travaux à Fukushima daï-ichi avait retenu l’option de la construction d’un sarcophage autour des réacteurs accidentés, à l’instar de ce qui a été fait à Tchernobyl. Face au tollé, le ministre de l’industrie est intervenu et le groupe est revenu en arrière en excluant cette option dans le rapport rendu public ce jour. Le président du groupe technique a dû exprimer ses regrets et s’est engagé à tenir compte de l’avis des résidents de Fukushima à l’avenir…

Ils méritent en effet plus de considération après tout ce qu’ils ont subi. Espérons que cela servira de leçon.

Hypothèse d’un sarcophage à Fukushima daï-ichi

Le groupe de suivi des travaux de démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, mis en place par le gouvernement, a émis l’hypothèse de construire un sarcophage autour des réacteurs accidentés, à l’instar de ce qui a été fait à Tchernobyl. Pour aller recherche le combustible fondu au fond des cuves et sur le radier, il envisage deux pistes. L’une consiste en l’ennoyage des réacteurs pour réduire l’exposition des travailleurs, ce qui suppose avoir colmaté les fuites.

L’hypothèse du sarcophage a provoqué de nombreuses réactions. Les élus locaux parlent de trahison et de menace pour les populations qui ne voudront pas revenir. Et de rappeler les engagements de TEPCo et du gouvernement de retirer les combustibles fondus.

Pour le moment, l’eau de refroidissement se contamine avant de s’écouler dans les sous-sols des réacteurs et de fuir. Le sarcophage n’est donc pas une solution pérenne.

Devant le tollé, le ministre de l’industrie a exclu l’hypothèse du sarcophage et réaffirmé que le retrait du combustible fondu était la priorité n°1.

 

Vidéo de TEPCo sur les risques de criticité

Dans un réacteur en fonctionnement normal, la fission de l’uranium et du plutonium émet des neutrons qui vont déclencher d’autres fissions. Une réaction en chaîne est à l’origine de l’énergie produite. S’il n’y a pas assez de neutrons, elle s’étaient et s’il y en a trop, cela devient s’emballe et peut devenir explosif. Un réacteur fonction en régime critique de façon à ce que la réaction en chaîne soit auto-entretenue sans s’emballer.

Dans un réacteur accidenté, l’exploitant ne contrôle plus la situation. TEPCo a mis en ligne une vidéo en anglais pour expliquer que le risque de reprise d’une réaction en chaîne est très faible et que, même si elle reprenait, l’énergie et les rayonnements dégagés seraient très faibles.

La compagnie explique à la fin qu’elle continuera à faire des vidéos pour contrecarrer les « idées de propagande » (sic).