TEPCo lance un appel à l’aide technologique pour se diversifier et démanteler Fukushima daï-ichi

TEPCo vient de lancer un site internet avec 77 défis technologiques auxquels elle fait face et pour lesquels elle lance un appel. Voir aussi son communiqué. Le défi n°1, par exemple, concerne de la peinture anti-rouille pour ses pylônes. Il y a aussi de l’analyse de données concernant la consommation et la production d’électricité, la diversification des ressources et, bien entendu, la situation à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi.

La vidéo introductive classe ces défis en trois rubriques, qui sont la diversification des ressources et les énergies nouvelles et la vente de nouveaux produits afin de faire face à la dérégulation du marché au Japon, puis, en dernier, le démantèlement des réacteurs nucléaires. Les mots accident, Fukushima daï-ichi, déchets, radioactivité… ne sont jamais prononcés. Seules quelques images font référence à la catastrophe nucléaire.

TEPCo a compris qu’il n’y avait pas d’avenir dans le nucléaire pour elle et elle cherche à se diversifier. Elle compte; certes, redémarrer ses réacteurs de Kashiwazaki-Kariwa dans la province de Niigata, mais elle fait face à une forte opposition locale. Ainsi, le charbon d’EDF intéresserait TEPCo et Chûbu Electric. Les deux entreprises souhaiteraient racheter EDF Trading qui gère un volume de 100 millions de tonnes de charbon par an, dans un marché total qui équivaut à 1,3 milliard de tonnes, selon la Tribune. TEPCo envisage aussi de lancer de nouveaux services pour ses clients, en partenariat avec Sony.

Côté démantèlement, la liste des défis est intéressante à regarder. Il y a la gestion des déchets radioactifs et la réduction de leur volume. C’est effectivement un défi majeur. Il y a aussi le démantèlement des cheminées qui sont très radioactives. En 2013, TEPCo avait relevé des points chauds allant jusqu’à 25 Sv/h. Ailleurs, les débits de dose restent élevés, de l’ordre de quelques mSv/h. Et leur structure pourrait avoir été fragilisée par le séisme.

Il y a aussi toute une série de défis relatifs à la mesure de la radioactivité, comme la détection des neutrons, la mesure du tritium, de l’eau de mer… C’est assez surprenant, car il s’agit de protocoles normalisés. Il y a aussi la gestion de l’eau contaminée et la recherche d’options pour se débarrasser du tritium. Sur ce dernier point, TEPCo avait déjà envisagé plusieurs options, souvent assez farfelues.

Toujours à propos de l’eau, TEPCo recherche enfin des solutions pour l’eau stockée dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine. D’après l’agence Kyodo, reprise par le Maïnichi, il y en aurait près de 10 000 m3 rien que dans les galeries souterraines que la compagnie n’a pas prévu de reprendre dans l’immédiat, auxquels il faut ajouter 70 000 m3 dans les sous-sols des réacteurs avec une contamination beaucoup plus élevée.

Pour limiter les fuites, TEPCo a aussi lancé comme défi de trouver une solution pour colmater les cuves où le débit de dose interdit aux humains d’approcher. Il est peu probable qu’une solution soit trouvée rapidement.

Pour en savoir plus, il faut se connecter. En utilisant son compte twitter, voici ce à quoi l’on s’expose :

cuusoo

Ainsi TEPCo veut pouvoir changer notre profil et poster des tweets pour nous ! C’est incroyable !

Réacteur n°2 : le corium serait resté dans la cuve

TEPCo a mis en ligne le résultat d’une radiographie du réacteur n°2 de la centrale de Fukushima daï-ichi en utilisant les muons, des particules cosmiques particulièrement pénétrantes. Les images sont accessibles ici. Ce n’est pas la première fois que les muons sont utilisés. Ils avaient déjà permis de montrer que le corium (combustible fondu mélangé à d’autres matériaux) du réacteur n°1 avait probablement percé la cuve.

Dans le cas du réacteur n°2, TEPCo pense que la majorité du corium n’a pas percé la cuve et est accumulé au fond car il y a un matériau dense qui absorbe plus de muons à cet endroit. Sa masse serait de l’ordre de 160 tonnes. TEPCo estime aussi qu’une partie des matériaux denses, qui absorbent les muons, seraient restés accrochés plus haut dans la cuve. Il y en aurait entre 20 et 50 tonnes. Cette dernière affirmation n’est cependant pas complètement sûre. Cela fait donc un total de 180 à 210 tonnes. Comme il y avait 160 tonnes de combustible dans le réacteur, la masse du corium, qui inclut aussi les barres de contrôles et d’autres matériaux est estimée à 210 tonnes.

TEPCo en conclut que la plupart du combustible est resté dans la cuve. Cette découverte infirme l’idée que le corium l’avait percé pour se retrouver sur le radier de l’enceinte de confinement. Voir son communiqué laconique.

Des chercheurs de l’université de Nagoya avaient déjà fait une radiographie de ce réacteur à l’aide de muons, forcément avec l’accord de TEPCo. Cette dernière a d’abord eu des problèmes car les détecteurs utilisés pour le réacteur n°1 étaient trop grands pour le n°2.

Note IRSN sur les microparticules vitreuses riches en césium

Des médias français ont repris l’information concernant les microparticules vitreuses radioactives retrouvées dans les retombées de l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’IRSN a réagi en publiant une note sur son site Internet.

La communication à un congrès qui a servi de base à l’information reprise sur ce site et dans les médias ne concerne que les retombées sur Tôkyô le 15 mars 2011 qui auraient été composées, à 89% de microparticules vitreuses. Les médias ont un peu vite extrapolé à tous les rejets, ce que conteste l’IRSN. L’institut se base sur une autre étude menée à Tsukuba et disponible en libre accès, pour conclure que « que de l’ordre de 20 à 30 % du césium radioactif émis dans l’environnement lors de l’épisode de rejet du 14 au 16 mars 2011 l’auraient été sous forme de microbilles de silice formées à haute température près des matériaux en fusion ». Mais il ne s’agit là que des retombées sur Tsukuba.

L’IRSN explique que ces microparticules vitreuses ont été formées lors de l’interaction du combustible en fusion (corium), ce qui n’est pas une surprise, mais on ne sait pas trop avec quoi. La communication au congrès mentionne le béton. L’IRSN avance aussi la laine de verre ou l’eau de mer. Bref, on n’en sait rien.

Enfin, en ce qui concerne l’impact sanitaire, l’IRSN explique qu’« il est difficile et prématuré de tirer des conclusions définitives quant à l’impact dosimétrique et sanitaire lié à l’incorporation de césium pour partie contenu dans des microbilles de silice. » 

Mais une autre étude réservée aux abonnés et repérée par Fukuleaks, mentionne la rétention dans les poumons de ces particules. Les auteurs ont effectué un suivi de 7 travailleurs fortement exposés à la centrale de Fukushima daï-ichi. La baisse de leur contamination corporelle diminuerait bien suivant les modèles proposés par la CIPR, mais au bout de 500 jours, l’élimination du césium ralentit, surtout au niveau de la poitrine. Les auteurs suggèrent donc qu’une forme insoluble du césium resterait plus longtemps dans le corps. On pense immédiatement à ces microparticules vitreuses…

L’option « sarcophage » est finalement exclue pour Fukushima daï-ichi

Le groupe d’experts chargé par le gouvernement de suivre les travaux à Fukushima daï-ichi avait retenu l’option de la construction d’un sarcophage autour des réacteurs accidentés, à l’instar de ce qui a été fait à Tchernobyl. Face au tollé, le ministre de l’industrie est intervenu et le groupe est revenu en arrière en excluant cette option dans le rapport rendu public ce jour. Le président du groupe technique a dû exprimer ses regrets et s’est engagé à tenir compte de l’avis des résidents de Fukushima à l’avenir…

Ils méritent en effet plus de considération après tout ce qu’ils ont subi. Espérons que cela servira de leçon.

Hypothèse d’un sarcophage à Fukushima daï-ichi

Le groupe de suivi des travaux de démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, mis en place par le gouvernement, a émis l’hypothèse de construire un sarcophage autour des réacteurs accidentés, à l’instar de ce qui a été fait à Tchernobyl. Pour aller recherche le combustible fondu au fond des cuves et sur le radier, il envisage deux pistes. L’une consiste en l’ennoyage des réacteurs pour réduire l’exposition des travailleurs, ce qui suppose avoir colmaté les fuites.

L’hypothèse du sarcophage a provoqué de nombreuses réactions. Les élus locaux parlent de trahison et de menace pour les populations qui ne voudront pas revenir. Et de rappeler les engagements de TEPCo et du gouvernement de retirer les combustibles fondus.

Pour le moment, l’eau de refroidissement se contamine avant de s’écouler dans les sous-sols des réacteurs et de fuir. Le sarcophage n’est donc pas une solution pérenne.

Devant le tollé, le ministre de l’industrie a exclu l’hypothèse du sarcophage et réaffirmé que le retrait du combustible fondu était la priorité n°1.

 

Vidéo de TEPCo sur les risques de criticité

Dans un réacteur en fonctionnement normal, la fission de l’uranium et du plutonium émet des neutrons qui vont déclencher d’autres fissions. Une réaction en chaîne est à l’origine de l’énergie produite. S’il n’y a pas assez de neutrons, elle s’étaient et s’il y en a trop, cela devient s’emballe et peut devenir explosif. Un réacteur fonction en régime critique de façon à ce que la réaction en chaîne soit auto-entretenue sans s’emballer.

Dans un réacteur accidenté, l’exploitant ne contrôle plus la situation. TEPCo a mis en ligne une vidéo en anglais pour expliquer que le risque de reprise d’une réaction en chaîne est très faible et que, même si elle reprenait, l’énergie et les rayonnements dégagés seraient très faibles.

La compagnie explique à la fin qu’elle continuera à faire des vidéos pour contrecarrer les « idées de propagande » (sic).

Microparticules vitreuses riches en césium autour de Fukushima

En février dernier, un article scientifique mentionnait la présence de microparticules vitreuses riches en césium autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Une communication à un congrès scientifique qui vient d’avoir lieu au Japon, permet d’en savoir plus (voir le résumé scientifique sur le site de la conférence et le communiqué repris par des sites scientifiques) sur ces particules qui peuvent atteindre la taille nanométrique.

Selon ces travaux, les retombées radioactives sur Tôkyô auraient été dominées par cette « suie vitreuse » formée lors de la fusion des cœurs des réacteurs. Ainsi, le césium radioactif retombé sur la capitale n’aurait donc pas été dissout dans l’eau l’eau de pluie. L’analyse de plusieurs filtres à air collectés à Tôkyô le 15 mars 2011 montre que 89% de la radioactivité était contenue dans cette « suie vitreuse ».

Une des conséquences est que la pollution n’aurait pas été emportée directement par les eaux de ruissellement et qu’il a fallu une action de nettoyage pour s’en débarrasser. Pour le principal auteur, cela justifie a posteriori l’intérêt des travaux de décontamination effectués à Tôkyô.

Les analyses ont montré que cette suie est surtout composée de nanoparticules qui auraient été formées lors de l’interaction du corium (cœur fondu) avec le béton des réacteurs accidentés. La concentration en césium peut atteindre 4,4×1014 Bq/kg.

Selon les auteurs de cette étude, ces découvertes imposent de revoir certaines hypothèses concernant les rejets en situation accidentelle ainsi que l’impact sanitaire de ces retombées sous forme de nano- et microparticules qui pourraient rester plus longtemps dans les poumons que du césium soluble.

 

Mea culpa de TEPCo à propos de l’interdiction d’utiliser l’expression de « fusion du cœur »

Le président de TEPCo vient de présenter les excuses de la compagnie suite à la publication du rapport montrant que l’ancien PDG avait formellement interdit d’utiliser l’expression « fusion du cœur » en mars 2011. Voir le communiqué en anglais de la compagnie qui explique que ces pratiques du passé n’ont plus cours chez TEPCo.

Pourtant, il a fallu cinq ans pour reconnaître cette faute grave. Les progrès sont très lents. Le PDG dit vouloir regagner la confiance du public et des autorités. Ce n’est pas gagné. La compagnie va-t-elle s’excuser pour tous les autres omissions et mensonges ?

Le salaire du PDG, Naomi Hirosé, sera coupé de 10% pendant un mois. Celui du directeur exécutif en charge du nucléaire, de 30% pendant un mois.

En mars 2011, le président de TEPCo a interdit d’utiliser le mot « fusion du cœur »

En mars 2011, TEPCo et le gouvernement n’ont pas utilisé l’expression « fusion du cœur » (meltdown) pour caractériser les accidents en cours dans les réacteurs 1 à 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il n’était question que « d’endommagement du combustible » avec même un pourcentage. Ce n’est que le 15 mai 2011 que TEPCo a finalement reconnu qu’il y avait eu fusion du cœur dans les réacteurs 1, 2 et 3.

Cinq ans plus tard, TEPCo a affirmé avoir découvert que son propre manuel d’urgence disait qu’une fusion a eu lieu si au moins 5% du combustible a fondu. Cinq ans pour lire un manuel d’urgence… Face au scandale, TEPCo a diligenté une enquête interne confiée à un tiers. Il ressort du rapport, basé sur des entretiens avec une soixantaine d’employés de la compagnie et qui vient d’être présenté à la presse, que le Président de la compagnie de l’époque a ordonné de ne pas utiliser l’expression « fusion du cœur ».

Cela a eu lieu le soir du 14 mars 2011, alors qu’un vice-président allait participer à une conférence de presse. Masataka Shimizu, alors président, lui aurait interdit d’utiliser cette expression, en expliquant qu’il s’agissait d’une instruction du cabinet du premier ministre. Un membre du gouvernement n’aurait pas apprécié, le 12 mars 2011, que TEPCo montre une photo du réacteur n°1 détruit par une explosion hydrogène sans en avoir informé le gouvernement au préalable. Le Président Shimizu aurait alors reçu l’instruction du cabinet du premier ministre que toutes les informations rendues publiques devaient être validées par la cellule de crise gouvernementale.

Ainsi, concernant l’affaire de l’utilisation de l’expression « fusion », le rapport des trois juristes mandatés par TEPCo dit : « Compte tenu de ces faits, il est vraisemblable que le Cabinet du Premier ministre a demandé Shimizu faire attention avant d’admettre une fusion en en public. » Mais, le gouvernement de l’époque n’a pas été interrogé et l’on ne sait pas qui aurait donné cet ordre à TEPCo. Cela demande donc des investigations supplémentaires. En revanche, l’ordre donné au vice-président Sakae Muto est confirmé.

Le président de la commission d’enquête a expliqué à la presse qu’il était difficile pour TEPCo d’utiliser l’expression « fusion du cœur » alors que les autorités ne l’utilisaient pas. c’est un peu court comme argument, car TEPCo est responsable de ses installations et de l’information sur l’état de ses réacteurs. Il est aussi incompréhensible que personne, parmi les experts officiels, n’ait contredit la compagnie à ce propos.

Pour le moment, il n’y a rien en anglais sur le site de TEPCo. Pas très surprenant. Quant aux commentaires en japonais du PDG actuel ne sont que du blabla lénifiant. Le rapport est ici en japonais.

Le premier ministre de l’époque, Naoto Kan et le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano ont démenti toute pression contre la compagnie à propos de l’expression « fusion du cœur ». Ils estiment que le rapport est partial car ils n’ont pas été interrogés et que les membres du groupe qui a enquêté ont été choisis par TEPCo.

Rappelons que c’est suite aux demandes répétées du gouverneur de Niigata que TEPCo s’est penchée sur ce problème du retard à la reconnaissance de la gravité de l’accident nucléaire. Un membre de la commission d’enquête mise en place par cette province estime que ce rapport n’apporte rien de neuf, mise à part la confirmation de l’ordre donné par le PDG de l’époque et qu’il ne fait que reprendre le point de vue de TEPCo. Il n’est donc pas satisfait par la réponse de la compagnie.

Rappelons aussi que deux membres de la défunte NISA, l’autorité de sûreté de l’époque, avaient utilisé l’expression « fusion du cœur » les 12 et 13 mars 2011 devant les médias sans avertir le cabinet du premier ministre au préalable et qu’il avait ensuite été écarté des relations publiques.