Centrale de Kashiwazaki-Kariwa : deux réacteurs autorisés à redémarrer sous condition

L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, s’est réunie à propos des réacteurs 6 et 7 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, située à Niigata, pour lesquels TEPCo a demandé une autorisation de redémarrage. La question est de savoir s’ils satisfont aux nouvelles règles de sûreté mises en place après la catastrophe nucléaire. Il s’agit de deux réacteurs à eau bouillante, comme à Fukushima, alors que les réacteurs autorisés à redémarrer à ce jour sont tous des réacteurs à eau sous pression.

Mais TEPCo n’est pas un exploitant nucléaire comme les autres. De graves lacunes dans sa culture de sûreté ont conduit à la catastrophe nucléaire. Elle a privilégié le profit sur la sûreté en reportant, par exemple, la construction d’une digue contre les tsunamis plus élevée. Avant même la catastrophe, la compagnie avait dû faire face avait vu tout son parc nucléaire arrêté car elle avait falsifié des rapports de sûreté pour faire des économies. Les scandales furent aussi nombreux après la catastrophe.

TEPCo compte sur ces réacteurs pour augmenter ses ressources financières. Mais elle doit démontrer qu’elle peut sécuriser la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, ce qui nécessite des fonds… Une équation impossible à résoudre ! Pour la centrale de Niigata, TEPCo a annoncé devoir dépenser 680 milliards de yens (5,2 milliards d’euros) afin de renforcer sa sûreté.

L’instruction du dossier déposé en septembre 2013 est presque terminée et la NRA doit prendre une décision. L’instruction a été longue et complexe car les mesures mises en place par TEPCo pour faire face à un séisme de grande ampleur étaient lacunaires : elle avait négligé le risque de liquéfaction des sols. Elle s’était aussi trompée sur la résistance sismique d’un bâtiment clé pour la sûreté. La compagnie doit surtout démontrer qu’elle a la culture de sûreté suffisante pour exploiter une centrale nucléaire.

Lors d’une première réunion qui a eu lieu le 6 septembre, la NRA a entériné la dimension technique du dossier relative aux nouvelles règles de sûreté. En revanche, les commissaires n’ont pas réussi à ce mettre d’accord sur l’aptitude de TEPCo à exploiter ces réacteurs en toute sûreté. Alors que la compagnie est exsangue, elle risque de faire passer les profits avant la sûreté.

Le président de la NRA avait déclaré le 10 juillet dernier, que si « TEPCo ne veut ou ne peut pas terminer le démantèlement de Fukushima, elle n’est simplement pas qualifiée pour exploiter Kashiwazaki-Kariwa ». Et d’ajouter qu’il ne voyait pas « TEPCo prendre des initiatives ». Il avait en tête, notamment, l’eau contaminée qui s’accumule sans solution. Le nouveau directoire est aussi source d’inquiétude car il ne connait pas les enjeux auquel il doit faire face. La NRA a donc rédigé une position allant dans le même sens qu’elle a soumise à la compagnie. La réponse est arrivée le 25 d’août : TEPCo s’engage à prendre des initiatives pour les victimes de la catastrophe nucléaire et à démanteler les réacteurs accidentés. Mais le document est essentiellement une déclaration d’intention et ne présente pas grand chose de concret. Il n’aborde pas, par exemple, le problème de l’eau contaminée. Comment garantir ces engagements sur des décennies ? Pour montrer sa bonne volonté, le nouveau PDG a visité la centrale de Fukushima daï-ichi 7 fois depuis qu’il s’est fait sévèrement critiqué par la NRA.

Selon le Maïnichi, la NRA semble avoir une attitude plus conciliante depuis. Lors d’une audition du PDG qui a eu lieu le 30 août, la NRA n’a pas posé de question précise et s’en est tenue à des généralités. Selon un de ses membres, elle n’aurait pas de pouvoir légal à exiger plus de garanties sur le démantèlement avant d’autoriser le redémarrage de deux réacteurs à Kashiwazaki-Kariwa. Même le président de la NRA, qui part à la retraite le 18 septembre prochain, aurait conclu que les circonstances ne permettent pas de s’opposer à la qualification de TEPCo.

C’est lors de la deuxième réunion du 13 septembre que les commissaires de la NRA sont arrivés à une conclusion : la NRA va donner son accord à la condition que TEPCo inscrive dans ses propres règles de sûreté son engagement à mener à bout le démantèlement de Fukushima daï-ichi et de mettre la priorité sur la sûreté. Elle devra ajouter à ses règles de sûreté internes un plan détaillé des procédures mises en place pour garantir la sûreté. Une fois accepté par la NRA, ce plan fera l’objet d’inspections. Le président de la NRA a indiqué, lors de la conférence de presse, que le but est de rendre l’engagement de TEPCo contraignant.

La NRA demande aussi un véritable engagement du ministère de l’industrie à superviser la compagnie et à renforcer ces règles de sûreté. Rappelons que l’Etat japonais est actionnaire majoritaire depuis la catastrophe.

Certains observateurs se demandent si la NRA n’a pas tout fait pour obtenir un accord avant le départ à la retraite de son premier président, Shun’ichi Tanaka, qui part à la retraite après un mandat de 5 ans. Les pressions extérieures ont dû aussi être très fortes. Beaucoup doutent de la capacité de TEPCo à se réformer en profondeur afin de devenir un exploitant responsable. L’évaluation de ses engagements à se réformer est aussi difficile à mettre en œuvre car cela repose sur des critères subjectifs.

La NRA doit encore formaliser son avis et le soumettre à l’avis du public.

Notons que le gouverneur actuel est opposé à ce redémarrage. Même s’il n’a légalement pas son mot à dire, il est politiquement difficile de passer outre son avis. Et le maire de Kashiwazaki, qui lui a un pouvoir de véto, a aussi mis des conditions à son accord.

Les réacteurs 6 et 7 de Kashiwazaki-Kariwa ont été mis en service en 1996 et 1977 respectivement. Ils ont une puissance de 1 360 MWhe chacun.

Retour sur les microparticules vitreuses riches en césium

La NHK, qui est la télévision publique japonaise, a, en juin dernier, diffusé une émission consacrée aux microparticules vitreuses riches en césium retrouvées dans l’environnement proche et éloigné de la centrale de Fukushima (lien vers l’émission en japonais). L’association « Nos voisins lointains 3.11 » a retranscrit cette émission avant de traduire le texte en français. C’est disponible en trois épisodes sur son site Internet : épisode 1, épisode 2 et épisode 3.

L’émission de la NHK fait référence à des études scientifiques que nous avons déjà mentionnées sur ce blog, en février et juin 2016. Suite à l’intérêt des médias français, l’IRSN y avait même consacré une note. Il ressortait de tout cela que ces microparticules, détectées jusqu’à Tôkyô, n’étaient pas connues avant cette catastrophe et que leur origine fait débat. Comme elles sont riches en césium et pas solubles, leurs impacts environnemental et sanitaire diffèrent des rejets gazeux. Sous cette forme particulaire, le césium est moins lessivé par les eaux et reste plus longtemps dans l’environnement. En cas de contamination interne par inhalation ou ingestion, il reste plus longtemps dans le corps humain, ce qui augmente son impact. Mais, il est difficile d’être plus précis.

Il ressort de l’émission de la NHK, qu’un an plus tard, on n’a pas beaucoup progressé sur le sujet des impacts. En revanche, il apparaît qu’il y aurait deux types de microparticules, nommés A et B dans le reportage, qui n’ont pas été dispersées de la même manière car elles n’ont pas été trouvées dans les mêmes zones géographiques. Il apparaît aussi qu’il y a eu une remise en suspension de ces particules lors des rejets de poussières particulièrement élevés de l’été 2013 consécutifs au déblaiement des débris sur le haut du réacteur n°3. Ce n’est qu’en décembre 2014 que l’on avait appris que c’était dû à des négligences de TEPCo qui avait alors renoncé à asperger des résines fixatrices.

Le reportage mentionne aussi une étude menée dans 27 bâtiments situés en zone dite de retour difficile. Il apparaît que ces microparticules ont été retrouvées dans l’ensemble de ces bâtiments. Il est aussi fait mention d’une microparticule de 200 micromètres environ qui contenait 60 Bq de césium137+134 au moment de l’accident, ce représente une très forte concentration. En cas d’inhalation, quel serait son impact sur la santé ? En effet, elle concentre les radiations en un point et est plus difficilement éliminée.

Seraient d’abord concernés par ces découvertes, les travailleurs présents sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi dans les jours qui ont suivi l’accident. La contamination des poumons a décru moins vite que pour les autres organes. Ces sont ces microparticules qui sont soupçonnées. Qu’en est-il pour les personnes qui rentrent dans les territoires évacués ?

Nouveaux scénarios pour la fusion du cœur et pour le retrait du corium

Les images récentes rapportées par un robot dans l’enceinte de confinement du réacteur n°3 ont conduit TEPCo à revoir le scénario de fusion du cœur. Le combustible en fusion s’était accumulé au fond de la cuve en acier, épais de 14 cm, et l’aurait percée avant de s’écouler dans l’enceinte de confinement. Mais les images de stalactites le long des rails des barres de contrôle conduisent TEPCo à envisager maintenant que le fond de la cuve n’aurait peut-être pas fondu et que le combustible en fusion se serait écoulé via les trous de passage des barres de contrôle.

Le retrait du corium accumulé au fond de l’enceinte de confinement, mais aussi probablement accroché un peu partout, reste le plus grand défi auquel fait face TEPCo. La compagnie avait initialement envisagé de noyer l’enceinte de confinement afin de réduire les doses lors du retrait du corium par des robots. Mais comme elle est percée et que l’eau contaminée s’écoule dans les sous-sols, ce n’est pas très réaliste. Les espoirs de boucher les fuites se sont aussi réduit.

La Nuclear Damage Compensation and Decommissioning Facilitation Corporation, qui est l’organe gouvernemental en charge de l’avance sur paiement et qui supervise les travaux de démantèlement, a officiellement abandonné cette idée. Le nouveau plan est d’introduire latéralement un bras télescopique et des robots chargés de retirer d’abord le corium qui est au fond de l’enceinte de confinement tout en aspergeant de l’eau sur ces débris. Mais il n’y a pas de solution pour réduire le débit de dose ambiant qui menace même les robots et prévenir la dispersion de poussières très radioactives. Une idée est de réduire la pression à l’intérieur, mais il n’est pas sûr que ce soit possible. Des solutions devraient être apportées en septembre prochain.

Les déchets très radioactifs seront mis en fûts et entreposés sur le site de la centrale en attendant mieux, car le Japon n’a pas de filière de stockage de ce type de déchets pour le moment.

Les travaux devraient officiellement débuter en 2021, ce qui semble plutôt optimiste.

Du nouveau à propos de l’intérieur des réacteurs 1, 2 et 3

TEPCo a mis en ligne de nouvelles informations relatives à l’intérieur des enceintes de confinement des réacteurs 1, 2 et 3.

Recherche du corium dans le réacteur n°1

TEPCo a analysé les images et les mesures de débit de dose prises en mars dernier dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1 à l’aide d’un robot. Un premier bilan avait alors été mis en ligne.

La compagnie a utilisé des méthodes de traitement d’image afin d’améliorer l’auscultation des objets observés. Dans ce document, elle présente quelques clichés qui montrent qu’il n’y a pas de dommages majeurs près du point D0 et quelques débris métalliques.

TEPCo a ensuite analysé les débits de dose en fonction de l’épaisseur d’eau qui fait écran en plusieurs points. Elle a d’abord choisi deux points où il n’y a a priori pas de corium, ce mélange de combustible fondu puis solidifié et de débris, mais juste un dépôt essentiellement dominé par le césium-137. Ses calculs peuvent expliquer les mesures faites. Elle a ensuite utilisé ce résultat pour analyser deux autres points où elle soupçonne la présence de corium. Mais, comme elle ne connaît pas l’épaisseur de sédiments qui recouvrent le corium éventuellement présent et qui font écran, elle ne peut rien conclure.

Réévaluation des doses dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2

En janvier et février dernier, TEPCo et ses sous-traitants avaient envoyé des robots ausculter l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°2. Ils avaient rapporté des images et des niveaux de débit de dose record. Les premières images de janvier étaient prises par une simple caméra vers l’entrée et le débit de dose atteignait déjà 73 Sv/h, ce qui est énorme. D’autres images prises sous la cuve à l’aide d’une caméra faisaient apparaître des amas granuleux que TEPCo soupçonnait d’être du corium. Quelques jours plus tard, outre de nouvelles images, TEPCo annonçait des débit de dose record, atteignant 530 Sv/h. Cette évaluation était faite à partir de l’impact des radiations sur les images.

Puis un premier robot nettoyeur n’a tenu que deux heures à l’intérieur de l’enceinte et les débits de dose enregistrés à partir des traces laissées sur les images atteignaient un nouveau record à 650 Sv/h. Le robot scorpion qui a suivi n’a tenu longtemps et n’a rapporté que peu de résultats.

TEPCo avait déjà effectué une « endoscopie » de l’enceinte de confinement du réacteur n°2 en mars 2012 et août 2013. En mars 2012, les débits de doses les plus élevés relevés étaient de 73 Sv/h, ce qui est très élevé, mais moins que les estimations de 2017. En août 2013, TEPCo n’avait pas publié de valeurs.

TEPCo a analysé les débits de dose déduits des traces laissées sur les images lors des dernières explorations et donne de nouveaux chiffres moins élevés. Dans ce document, elle prétend avoir fait une erreur de calibration. Par ailleurs, la calibration a été effectuée avec une source de cobalt-60 alors que le césium-137 domine dans l’enceinte. Cela introduit une autre correction. Ainsi, in fine, les débits de dose à l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°2 sont :

Lieu Valeurs de mars 2017 avant correction Nouvelles valeurs après correction
Echaffaudage 30 Sv/h (10-60) moins de 10 Sv/h
Près des barres de contrôle 530 Sv/h (370-690) 70 Sv/h (50-90)
Sous la cuve 20 Sv/h (0-40) moins de 10 Sv/h
Lors du retrait des sédiments 650 Sv/h (450-850) 80 Sv/h (50-100)

Les valeurs entre parenthèses indiquent l’intervalle d’incertitude. Les valeurs corrigées restent très élevées et peuvent être létales en moins quelques minutes. Le robot envoyé avait aussi des dosimètres intégrateurs qui ont donc donné la dose totale reçue lors de l’exploration. Il se trouve que l’un d’entre eux donnait des valeurs beaucoup plus élevées que les trois autres. En réanalysant les valeurs enregistrées au cours du temps, TEPCo en déduit un débit de dose corrigé de 70 Sv/h contre 210 Sv/h avant correction.

Scan du réacteur n°3 à l’aide de muons cosmiques

Comme pour les deux autres réacteurs accidentés, de TEPCo a effectué une « radio » du cœur du réacteur n°3 en utilisant des muons, qui sont des particules cosmiques très pénétrantes. C’était de février à septembre 2015 pour le réacteur n°1 et de mars à juillet 2016 pour le n°2. Des chercheurs de l’université de Nagoya avaient fait de même pour le réacteur n°2 en 2015. Voir aussi la vidéo pédagogique de TEPCo sur cette technologie.

D’après ce document de présentation des résultats, pour le réacteur n°3, la mesure a débuté en mai 2017. Le corium, très dense, devrait absorber plus les muons. Les images ne mettent pas en évidence de zone absorbante en bas de la cuve et TEPCo en conclut qu’il n’y a pas de grande quantité de corium dans la cuve. Il est cependant possible qu’il en reste un peu. La plus grande partie du corium serait donc dans l’enceinte de confinement, plus bas.

Pour le réacteur n°1, TEPCo avait conclu que la quasi-totalité du combustible en fusion avait percé la cuve. Pour le réacteur n°2, elle avait conclu qu’une petite partie reste dans la cuve. Pour le réacteur n°3, s’il en reste dans la cuve, c’est moins que pour le réacteur n°2.

Les images de l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°3 montrent le corium

Depuis le 19 juillet dernier, TEPCo effectue une inspection de l’enceinte de confinement du réacteur n°3 à l’aide d’un robot. Des images sont mises en ligne sur son site Internet.

L’utilisation des robots dans la centrale accidentée bénéficie d’une communication privilégiée car l’industrie japonaise veut mettre en avant son savoir faire. Dans le cas présent, le robot, présenté en mai dernier, se déplace dans l’eau qui remplit le fond de l’enceinte. Il est équipé de lampes, de deux caméras et d’un dosimètre. La caméra à l’arrière est fixe et celle à l’avant peut pivoter sur 180 degrés. Ce robot doit pouvoir supporter une dose cumulée de 200 Sv, qui serait fatale pour un humain.

Les calculs de TEPCo l’ont conduit à considérer que la quasi-totalité du combustible usé, mélangé à des débris, le fameux corium, est au fond de l’enceinte de confinement, sous plus de 6 m d’eau. Le niveau d’eau y est plus élevé que dans les réacteurs 1 et 2.

Contrairement aux explorations du réacteur 1 en mars dernier et du réacteur 2 en février 2017 par des robots, TEPCo ne publie aucun résultat de mesure de débit de dose. Pour ces deux autres réacteurs, le valeurs extrêmement élevées, avaient été reprises par les médias du monde entier. Cette fois-ci, TEPCO entend mieux contrôler sa communication.

La vidéo diffusée le 19 juillet montre la plongée du robot et met en évidence une eau assez opaque à travers laquelle la visibilité est assez réduite. L’exploration a duré trois heures et a montré qu’un échafaudage métallique installé sous la cuve semble avoir disparu, probablement emporté par le combustible en fusion. La grille de la plateforme aurait dû être sur la partie gauche de cette photo. La compagnie pense pouvoir envoyer le robot plus profondément pour chercher le corium. Voir les explications succinctes de la compagnie.

Le 21 juillet, TEPCo a rendu publique une nouvelle série de photographies et une vidéo  assorties de quelques explications qui confirment la disparition de la grille de l’échafaudage. Les stalactites qui apparaissent à gauche sur cette photo pourraient être du combustible fondu resté pendu sous la cuve à la structure qui conduit les barres de contrôle. Sur cette autre photo, de la matière qui semble avoir fondu avant de solidifier apparaît sur le piédestal en béton qui soutient la cuve. Il se peut qu’elle contienne du combustible. C’est plus clair sur la vidéo où l’on peut voir des amas et de la matière qui pend.

TEPCo devrait indiquer les débits de dose à proximité pour aider à la compréhension et confirmer ses hypothèses.

Le robot submersible a fait une nouvelle plongée plus profonde. Il semble résister plus longtemps aux radiations que ses prédécesseurs.

Le 22 juillet, TEPCo a mis en ligne une troisième série de photographies et une vidéo assorties de quelques explications qui font aussi clairement apparaître de la matière accumulée au fond de l’enceinte de confinement. Sur cette photo, ou cette autre, plus floue, cela ressemble à des sédiments et du gravier. Il y a aussi des morceaux de plateforme et de tuyaux. Tous ces débris contenant le corium auraient une épaisseur de 1 à 2 mètres. La vidéo est assez impressionnante : elle montre clairement débris tombés au fond et la matière plus ou moins granuleuse qui s’y accumule (certaines images sont prises avec la caméra située à l’arrière).

Ces images du corium au fond de l’enceinte de confinement sont une première. Le trouver au fond du réacteur n’est pas une surprise. Mais, s’il y en a aussi un peu partout sous forme de stalactites et d’amas, la reprise de ce matériau extrêmement radioactif sera plus complexe.

TEPCo avait annoncé, en avril 2017, le scan du réacteur n°3 à l’aide de muons, des particules cosmiques particulièrement pénétrantes. La mesure devait débuter en mai et les résultats se font attendre.

Toujours concernant le réacteur n°3, TEPCo a convoyé une partie du nouveau toit à la fin juin. Des images sont en ligne sur son site.

Contamination radioactive des poussières suite à l’incendie du mont Juman en zone de retour difficile

Le 29 avril dernier, un incendie de forêt s’était déclaré au Mont Juman (十万山), dans un territoire fortement contaminé et classé en zone dite de « retour difficile ». Il avait fallu 12 jours pour l’éteindre. Le feu s’était propagé vers Futaba et 75 hectares de forêt ont été détruits. Il n’y a pas eu de victime ni de blessé.

Pour rassurer les populations, les autorités avaient affirmé que l’incendie n’avait pas entraîné une augmentation significative du débit de dose ambiant. Mais les informations étaient très réduites sur la contamination des cendres et poussières qui peuvent être inhalées. Greenpeace Japon avait relevé quelques données qui montrent une augmentation de la contamination des poussières à Namié et dans les environs. Cela pourrait être attribué aux cendres radioactives.

Chikurin-sha, le laboratoire associatif créé avec le soutien de l’ACRO, avait rapidement mis en place une surveillance citoyenne de la contamination des poussières avec un système simple et accessible à tous qui consiste à étendre un linge dans une zone exposée. Ce projet avait été soutenu par plusieurs autres associations.

Chikurin a publié les résultats en japonais et devrait bientôt rencontrer les autorités de Fukushima. Une vidéo de présentation en japonais est aussi disponible. Sur la carte ci-dessous, on peut voir l’emplacement de la centrale accidentée en bas à gauche sur la côte, le site de l’incendie, marqué par une étoile, les stations de surveillance des poussières de la province de Fukushima (en jaune) et l’emplacement des linges exposés par Chikurin, en bleu. L’association, qui a aussi installé un préleveur de poussières, a effectué une surveillance plus étendue que les autorités.

Les résultats des des analyses sont rapportés dans ce document pour plusieurs stations de prélèvement. Il en ressort

  • que les préleveurs de poussière de la province de Fukushima ont enregistré une contamination de l’air allant jusqu’à 30 mBq/m3 le 12 mai ;
  • que Chikurin a mesuré à proximité jusqu’à 125 mBq par mètre carré de linge et par heure d’exposition. Une synthèse des valeurs maximales est sur la carte ci-dessous.

Comme on pouvait s’y attendre, l’incendie a donc entraîné une contamination significative des poussières qui ont pu être inhalées par les secours et les personnes vivant dans les environs. Bien évidemment, les autorités doivent mettre en place une politique de prévention des incendies de forêt, et renforcer les mesures de la contamination des masses d’air.

Trois ex-dirigeants de TEPCo plaident non-coupable au procès de la catastrophe nucléaire

C’est un procès qui revient de loin : En 2012, un groupe de 5 700 citoyens japonais a porté plainte contre de nombreux dirigeants de TEPCo et du gouvernement. Puis, il avaient focalisé leur action contre ces trois dirigeants. En septembre 2013, ils avaient été déboutés, mais un jury de citoyens leur avaient ensuite donné raison par deux fois. Ces trois dirigeants ont été mis en examen en février 2016 et le procès vient de s’ouvrir. Le jury citoyen avait estimé qu’ils étaient responsables des blessures de 13 personnes suite aux explosions hydrogène et du décès de 44 patients d’hôpitaux.

L’ex-président du conseil d’administration du groupe Tokyo Electric Power (Tepco) au moment du drame, Tsunéhisa Katsumata (77 ans), ainsi que deux vice-présidents en charge des activités nucléaires, Sakaé Muto (66 ans) et Ichirô Takékuro (71 ans), sont jugés pour négligence ayant entraîné la mort. Ils ont, sans surprise, plaidé non coupable en arguant qu’il était impossible de prévoir le tsunami qui a déclenché l’accident.

Les avocats de l’accusation ont souligné qu’un rapport interne à TEPCo daté de mars 2008 avait estimé qu’un tsunami pouvait atteindre une hauteur de 15,7 m à la centrale de Fukushima daï-ichi. Les calculs étaient basés sur une mise à jour, en 2002, des prédictions gouvernementales qui aboutissaient à un séisme de magnitude 8,2 au large de Fukushima. Et puis, il y a eu le tsunami de 2004 qui avait fait de nombreuses victimes en Asie de Sud-Est, et touché des centrales nucléaires indiennes. Cela avait conduit les autorités de l’époque à appeler à un renforcement des protections contre les raz de marée. La proposition de construire une digue de protection avait été présentée à MM Takékuro et Muto, qui n’auraient rien fait. M. Katsumata était déjà président à l’époque et était responsable de la sûreté. Ils auraient dû agir immédiatement, selon l’accusation, et n’ont rien fait. 15 m, c’est la hauteur du tsunami à la centrale de Fukushima daï-ichi en mars 2011…

En 2009, M. Katsumata a aussi assisté à une réunion lors de laquelle a été discutée la possibilité d’une vague de tsunami de 14 m de hauteur.

Rappelons que la commission d’enquête parlementaire avait conclu que l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi était d’origine humaine car il aurait pu être évité. Lors des auditions menées dans ce cadre, M. Katsumata a assuré n’avoir pas été informé du calcul relatif à un tsunami de 15,7 m de hauteur. MM Takékuro et Muto, en revanche, avaient admis avoir été informés.

A noter que ces trois ex-dirigeants de TEPCo ont refusé que leur témoignage devant la commission d’enquête mise en place par le gouvernement soit rendu publique. Pourtant les victimes de cette catastrophe nucléaire ont droit à connaître la vérité.

Rappelons qu’en mars dernier, le tribunal de Maebashi avait donné droit aux demandes de 137 personnes évacuées qui avaient ont saisi la justice pour obtenir une meilleure indemnisation. Le tribunal avait alors estimé que l’Etat et TEPCo avaient été négligents face à la menace d’un tsunami. Si TEPCo avait installé des générateurs diesels de secours en hauteur, l’accident aurait pu être évité. Si le gouvernement avait utilisé son pouvoir de contrôle pour imposer des mesures de protection à TEPCo, l’accident aurait pu être évité. C’était la première fois qu’un tribunal reconnaissait la responsabilité de l’Etat dans la catastrophe nucléaire. TEPCo et l’Etat ont fait appel.

Tôt ce matin, environ 700 personnes faisaient la queue pour pouvoir assister au procès mais seulement 54 ont pu entrer. Le procès devrait durer un an environ et les trois anciens dirigeants risquent jusqu’à 5 ans de prison ou une amende pouvant s’élever jusqu’à un million de yens.

L’incendie du mont Jûman en zone contaminée enfin éteint après 12 jours

Les pompiers et les forces d’auto-défense (l’armée) sont enfin venues à bout de l’incendie qui s’était déclaré le 29 avril au mont Jûman, dans la zone évacuée dite de retour difficile de Namié, suite à un éclair. Le feu s’était propagé vers Futaba et 75 hectares de forêt ont été détruits. Il n’y a pas eu de victime ni de blessé.

Les hommes engagés contre l’incendie ont dû porter des protections supplémentaires à cause de la radioactivité et se relayaient toutes les deux heures pour éviter les malaises dus à la chaleur. Près de 5 000 personnes ont été engagées dans cette lutte contre le feu. On ne connaît pas les doses qu’elles ont prises.

Les autorités démentent « les rumeurs » relatives aux risques radioactifs, mais les informations officielles restent limitées. Selon l’agence de presse Kyodo, reprise par le Japan Times, le Kii Minpo, un journal de Wakayama, dans l’Ouest du pays, a mentionné les risques liés aux cendres radioactives qui s’envolent, ce qui lui aurait valu des protestations.

Greenpeace Japon a relevé quelques données qui montrent une augmentation de la contamination des poussières à Namié et dans les environs. Cela pourrait être attribué aux cendres radioactives.

Les autorités feraient mieux de faire une étude d’impact de cet incendie et de le publier. Comme nous l’avons mentionné, les associations vont le faire… Les premiers résultats devraient être disponibles à la fin du mois de mai.

De nouveaux incendies en zone contaminée

Alors que l‘incendie du mont Jûman (十万山), situé à Namié, en zone évacuée dite de retour difficile, dure depuis une dizaine de jours, de nouveaux incendies de forêt se sont déclarés dans le Tôhoku. Le Mont Jûman est situé dans une zone où l’ordre d’évacuer est maintenu à cause du niveau de contamination. Il n’y a toujours pas d’information à propos des retombées de cendres radioactives ni des doses prises par les pompiers.

Le 8 mai dernier, un autre incendie est parti de Aïzubange, toujours à Fukushima, mais en zone non évacuée, avant de se propager à la forêt voisine. Il serait dû à un barbecue et a détruit 8 bâtiments avant d’être éteint dans la matinée du 9 mai. La carte ci-dessous, adaptée de la cartographie officielle, montre les dépôts de césium dans la forêt de cette commune :

Aucune information n’est donnée à propos de cette contamination.

Lundi 8 mai, dans la province voisine de Miyagi, un feu de forêt a aussi détruit 5 hectares et onze bâtiments de la commune de Kurihara. Il pourrait être dû à un feu de camp. Près de 400 personnes ont dû être évacuées dont 130 enfants d’une école élémentaire. Le vent était trop fort pour permettre aux hélicoptères de larguer de l’eau sur les flammes. Le feu a pu être éteint dans la soirée, après huit heures d’intervention des pompiers.

Kurihara a aussi été contaminée par les retombées radioactives de la catastrophe de Fukushima, comme le montre la carte ci-dessous.

Les autorités voulaient y installer un centre de stockage de déchets radioactifs issus de la décontamination dans la forêt à Kurihara, mais elles ont fait face à une forte opposition des habitants.

Enfin, le 8 mai, un autre incendie a détruit près de 400 hectares de forêt à Kamaïshi, dans la province d’Iwaté. 348 personnes ont dû être évacuées car le feu s’est approché à 300 m des habitations. Il n’est pas encore éteint.

L’air est particulièrement sec en ce moment dans le Tôhoku, avec très peu de pluies.

L’incendie de forêt du mont Jûman continue

L’incendie de forêt du mont Jûman (十万山) dans la commune de Namié se poursuit depuis une semaine et il est très difficile d’avoir des informations, même pour les personnes résidant aux alentours. Qu’en est-il des cendres volantes ? Quel est leur niveau de contamination ? Jusqu’où retombent-elles ?

Personne n’a de réponse à ces questions, selon le site Nos Voisins Lointains. Comme nous l’avons déjà mentionné, Chikurin, le laboratoire créé au Japon avec le soutien de l’ACRO, continue ses prélèvements de poussières avec des associations locales, dont le projet de mesure de la radioactivité environnemental autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, mais il faut attendre deux semaines environ pour avoir des résultats.