La commune de Namié va être indemnisée pour la perte de biens

La ville de Namié, toujours entièrement évacuée, va être indemnisée pour la perte de biens suite à la catastrophe nucléaire. Il y a un an, la commune avait demandé à TEPCo 12 milliards de yens (environ 100 millions d’euros au cours actuel) en compensation de la perte de 262 hectares de terrains communaux. La compagnie lui a accordé 2,5 milliards de yens (20 millions d’euros). La ville va continuer les négociations pour obtenir le reste de la somme demandée.

C’est la première fois qu’une commune est indemnisée pour la perte de biens. Futaba, qui est aussi toujours entièrement évacuée, a fait une requête similaire. D’autres communes pourraient suivre.

Réouverture d’établissements scolaires à Odaka et Naraha qui avaient été évacués

Après 6 années, les écoles primaires et collèges ont rouvert leur portes à Odaka, dans la commune de Minami-Sôma et à Naraha, dans des territoires qui avaient été évacués. Il y a 129 élèves à Odaka, dont 62 en primaire et 105 à Naraha. C’est environ 10% des effectifs d’avant la catastrophe et il y a extrêmement peu de nouveaux inscrits.

Certaines familles n’ont pas encore réemménagé dans les communes et les enfants ont beaucoup de transport pour aller dans leur école. La plupart habite encore Iwaki. Ils prennent donc le train et un bus scolaire.

Selon le Fukushima Minpo, les communes concernées vont donc tenter de faire comprendre aux familles qui ne sont pas rentrées l’intérêt d’étudier dans leur commune d’origine. Quel est cet intérêt ?

Les uniformes scolaires et la cantine sont gratuits et les enfants reçoivent une tablette à partir de la cinquième année.

Le New York Times publie un reportage sur les établissements de Naraha. Dans certaines classes, il n’y a que 6 élèves alors qu’à peine 20% de la population est rentrée depuis la levée de l’ordre d’évacuer en septembre 2015.

Si une poste, un centre de soin ont rouvert à Naraha, il n’y a toujours pas de supermarché dans la commune. Et il y a des sacs de déchets radioactifs partout. La contamination des établissements scolaires, des chemins d’accès et des aliments de la cantine sont contrôlés régulièrement.

A Odaka, un lycée technique a aussi rouvert avec 503 élèves. Avant la catastrophe, il y avait deux lycées techniques avec 805 élèves.

Toutes les régions affectées par le tsunami de mars 2011 ont vu une chute des effectifs scolaires, mais elle est plus importante à Fukushima. D’une manière générale, sur tout le pays, la dénatalité entraîne une baisse de 1% par an du nombre d’enfants scolarisés. Selon l’Asahi, qui a enquêté, les 12 communes d’Iwaté les plus proches du littoral la baisse des effectifs scolaires est de 27,3% depuis 2010. C’est 38,5% à Yamada et 37,9% à Ôtsuchi. La province de Miyagi a vu une baisse globale de 8% depuis 2010. Mais, si l’on exclut Sendaï, la capitale, la baisse est de 15%. Elle atteint plus de 50% à Onagawa, la commune de la province la plus touchée par le tsunami.

A Fukushima, la baisse sur les communes où il y a eu ordre d’évacuer est de 30% depuis 2010. C’est la commune de Namié la plus touchée : le nombre d’enfants scolarisés en primaire ou collège est passé de 1 800 à 13 dans des écoles délocalisées.

De nombreux enfants originaires de Fukushima victimes de brimades au Japon

Suite à l’alerte d’une famille dont l’enfant avait été victime de brimades à l’école (ijimé), d’autres cas étaient apparus dans les médias. Le gouvernement a donc lancé une étude nationale entre décembre 2016 et mars 2017 et a reçu des réponses de 11 800 personnes déplacées. Il a ainsi trouvé 129 cas pendant l’année fiscale 2016 et 70 cas supplémentaires pour les années qui précèdent. Parmi eux, 13 cas sont clairement liés à la triple catastrophe. Il s’agit surtout d’enfants du primaire à qui l’on a dit de retourner à Fukushima ou que l’on a accusé d’être radioactifs. Il n’a pas de lien clair pour les autres cas.

Le ministère reconnait que des cas de brimades aient pu lui échapper, mais il n’a pas l’intention de poursuivre l’étude. Le ministre de l’éducation a appelé à plus de compassion envers les victimes de la catastrophe nucléaire.

Et la presse de citer quelques exemples de propos déplacés : « la centrale nucléaire a explosé à cause de personnes comme toi », ou « ne t’approche pas car je ne veux pas être contaminé ».

Comme le note l’Asahi, des ministres de la reconstruction ou de l’environnement ont tenu des propos du même niveau par le passé.

Pour le ministre de la reconstruction les « auto-évacués » sont responsables de leur sort

Harcelé de questions à propos des « auto-évacués », ou « évacués volontaires » qui viennent de perdre leur aide au logement, le ministre de la reconstruction, Masahiro Imamura, s’est mis en colère et a chassé un journaliste lors d’une conférence de presse : « sortez et ne revenez jamais ». Les japonisants peuvent regarder cette vidéo par exemple qui montre l’extrait de la conférence de presse du 4 avril dernier.

Au 31 mars, 26 000 « auto-évacués », qui ont quitté leur domicile à cause de la pollution radioactive sans en avoir reçu l’ordre, ont perdu la seule aide qui leur restait, à savoir un logement gratuit. Durant la conférence de presse, le ministre a expliqué que les « auto-évacués » étaient responsables de leur décision quant à leur retour ou leur relogement. Et que si la politique gouvernementale ne leur plaisait pas, ils pouvaient porter plainte. Ils étaient beaucoup plus nombreux au début de la catastrophe nucléaire.

Le ministre s’est ensuite excusé de s’être emporté, mais a expliqué qu’il maintenait ses propos, qui étaient un « fait objectif ». C’est, en tout cas, conforme à la politique gouvernementale, pour qui la pollution est sans danger et qu’il n’y a que des « rumeurs néfastes ».

L’opposition a immédiatement demandé la démission du ministre de la reconstruction, qui veut rester à son poste. Des évacués sont en colère. Certains ont rappelé que la justice vient de condamner l’Etat et TEPCo pour négligences. Le lendemain de la conférence de presse, une vingtaine d’entre eux ont manifesté devant le ministère pour demander la démission du ministre.

Le premier ministre a maintenu son ministre de la reconstruction qui a dû s’excuser à nouveau : « je regrette d’avoir donné l’impression que les évacués sont responsables de leur retour alors qu’ils sont déplacés à cause de la catastrophe nucléaire et je présente mes excuses ». Le 7 avril, il a aussi dit regretter « l’incompréhension » et retirer sa remarque. Tout le monde avait bien compris ! Et dès le lendemain, le premier ministre Abe s’est rendu à Fukushima avec le ministre de la reconstruction pour lui affirmer son soutien. Il a dit soutenir la lutte de Fukushima contre les « rumeurs néfastes »… Son discours est toujours aussi creux car sa seule préoccupation, c’est la reconquête, par les populations.

Cet épisode montre, une fois de plus, le décalage entre la politique gouvernementale et les besoins des populations affectées par les retombées radioactives. Rappelons que la limite d’évacuation fixée par le gouvernement est la moins protectrice des recommandations internationale : 20 mSv/an correspond à la limite pour les travailleurs et elle est appliquée aux enfants les plus jeunes, qui sont plus sensibles aux radiations. Il est donc légitime que des familles n’acceptent pas cette politique et les enfants doivent être mieux protégés.

Ce même ministre s’était illustré, en janvier dernier, en comparant la reconquête des territoires contaminés à un marathon, ajoutant que 30 km avaient déjà été parcourus. Ces propos avaient déjà provoqué l’ire des élus locaux et des habitants car certains territoires n’ont même pas franchi la ligne de départ.

En mars, il a affirmé, sur une chaine de télévision qu’il était « facile de quitter sa maison et qu’il espérant que les évacués vont montrer leur volonté de rentrer et de rester ». Peu sont rentrés pour le moment.

Accident nucléaire à la centrale de Fukushima : le coût pourrait être trois fois plus élevé que l’estimation gouvernementale selon une étude

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros). Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

La facture de la catastrophe nucléaire pourrait être de 50 000 à 70 000 milliards de yens (420 à 580 milliards d’euros), ce qui est 3 fois plus élevé que l’estimation gouvernementale, selon une étude du Japan Center for Economic Research.

En ce qui concerne les indemnisations, le cabinet d’étude privé a retenu le chiffre gouvernemental de 8 000 milliards de yens (67 milliards d’euros). Mais, pour la décontamination, il estime à 30 000 milliards de yens la facture (250 milliards d’euros), ce qui est 5 fois plus que les 6 000 milliards de yens (50 milliards d’euros) avancés par le gouvernement. Pour ce faire, l’étude a supposé que les déchets finiraient dans un centre de stockage situé à Rokkashô, dans la province d’Aomori. Le gouvernement, quant à lui, n’a pas pris en compte le coût du stockage définitif.

Pour le démantèlement complet de la centrale accidentée, le centre de recherche privé arrive à 11 000 milliards de yens (92 milliards d’euros) contre 8 000 milliards (67 milliards d’euros) pour le gouvernement. Le traitement de l’eau contaminée qui continue à s’accumuler pourrait s’élever à 20 000 milliards de yens (167 milliards d’euros), sauf si elle est rejetée en mer…

Levée des ordres d’évacuer : les victimes de la catastrophe nucléaire sont aussi victimes de l’arbitraire des autorités

Pour les autorités, l’année 2017 doit être l’année du grand retour, mais les populations concernées ne sont pas aussi enthousiastes. Là où l’ordre d’évacuer a été levé ces dernières années, le taux de retour est seulement de 14,5%. Cet ordre vient aussi d’être levé dans une partie des communes de Kawamata, Namié, Iitaté et Tomioka. 32 000 personnes dans 12 000 foyers sont concernées, mais, là encore, seulement un faible pourcentage rentrera.

Futaba et Ôkuma sont désormais les deux seules communes à être encore entièrement évacuées.

A Tomioka, où une allée de 2,2 km de cerisiers attirait 100 000 personnes par an pendant la floraison avant 2011, la mairie va l’illuminer sur 600 m entre 18 et 20 h pendant deux semaines à partir du 1er avril afin de faire revenir les touristes et les habitants. Un petit centre commercial de 6 000 m2 a aussi ouvert. Il abrite 6 commerces.

Il n’est pas sûr que toutes ces actions suffisent à faire revenir les 9 000 habitants concernés par la levée de l’ordre d’évacuation. Seulement 16% ont affirmé vouloir le faire.

C’est en 2015 que le gouvernement japonais a annoncé la levée de tous les ordres d’évacuation à la fin mars 2017, sauf dans les zones qualifiées de « retour difficile ». Le retour est espéré dans l’année qui suivra et l’indemnisation s’arrêtera en mars 2018. Pour les « auto-évacués », qui avaient quitté d’eux mêmes les zones contaminées, sans en recevoir l’ordre, c’est la fin des logements gratuits mis à leur disposition. Les autorités espèrent aussi leur retour à Fukushima. Il n’a pas demandé l’avis des personnes concernées.

La motivation gouvernementale est double : il y a, bien entendu, le coût des indemnisations, mais aussi une décision prise sans concertation de reconquête totale des territoires contaminés, quel qu’en soit le prix, pour des raisons idéologiques.

Ainsi, les autorités peuvent annoncer que les surfaces encore évacuées ne couvrent plus que 369 km2 et ont été réduites à 30% de leur surface initiale. Mais, c’est trompeur car seuls les environs immédiats des zones habitées ont été décontaminés. Toutes les forêts n’ont pas été décontaminées.

Le principal obstacle au retour est lié à la pollution radioactive. La limite de dose retenue pour le retour est la plus élevée des recommandations internationales et n’est pas acceptée par une partie de la population, surtout par les familles avec enfants. Et puis, il y a tous ces déchets radioactifs qui s’accumulent, dont la gestion semble sans fin et pour lesquels de nouveaux problèmes surgissent.

Pour les sols contaminés accumulés, le gouvernement envisage toujours le recyclage sous forme de fondations pour des routes, digues etc… Il va mettre en place une nouvelle organisation pour « obtenir l’assentiment du public ». C’est ainsi que les autorités conçoivent la concertation…

La centrale accidentée reste menaçante : en cas de nouveau séisme de magnitude élevée ou de tsunami, on ne peut pas exclure de nouveaux rejets radioactifs. Or, plusieurs communes n’ont toujours pas de plan d’évacuation alors que c’est obligatoire jusqu’à 30 km d’une centrale nucléaire : il s’agit d’Iitaté, Katsurao, Tamura, Ôkuma et Futaba. Pour ces deux dernières communes, l’ordre d’évacuer n’est pas levé. Les risques liés à la centrale accidentée sont pourtant une source de préoccupation.

Cette politique est une atteinte à la démocratie, comme l’explique le Maïnichi. Les décisions les plus importantes, comme la limite de dose tolérée pour le retour des populations, ont été prises à huis clos, sans la moindre consultation des personnes concernées. Cette limite introduit pourtant une discrimination vis à vis du reste de la population qui bénéficie d’une limite plus protectrice. Il en est de même pour le seuil de contamination de 8 000 Bq/kg fixé pour recycler les déchets de la décontamination. Ailleurs dans le pays, c’est 100 Bq/kg.

Un retour à la normale est impossible après un accident nucléaire de grande ampleur comme ceux de Tchernobyl et de Fukushima. Les principes directeurs des Nations Unies relatifs aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays enjoignent les autorités à associer pleinement ces personnes à la planification et à la gestion de leur retour et de leur réinstallation. Mais au Japon, cette participation est réduite à des « réunions d’explication » (seitsumeikai) à huis clos, sans la présence de médias, d’associations, ou d’experts, laissant ainsi les populations désarmées. Il ne respecte pas non plus le cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe adopté lors de la troisième Conférence mondiale de l’ONU tenue à Sendai au Japon le 18 mars 2015.

Les populations évacuées et celles qui sont restées dans les territoires contaminées sont victimes de la catastrophe nucléaire. Elles sont maintenant aussi victimes de l’arbitraire des autorités.

TEPCo et l’Etat reconnus coupables de négligences vont faire appel

Le tribunal de Maebashi dans la province de Gunma, a récemment reconnu TEPCo et l’Etat japonais coupables de négligence suite à une plainte d’évacués de la catastrophe de Fukushima qui demandaient à être mieux indemnisés.

TEPCo et l’Etat japonais viennent de faire appel.

Fin de l’aide au logement : quels sont les souhaits des auto-évacués ?

Une partie des auto-évacués bénéficient d’un logement gratuit. Les autorités de Fukushima ont annoncé, en juin 2015, la fin de cette aide au logement à la fin du mois de mars 2017, même si d’autres aides peuvent subsister dans d’autres provinces. Elles viennent de publier une enquête sur les intensions de ces familles, rapportée par l’Asahi.

Il ressort, qu’à la date du 10 mars, 97% des familles qui ont répondu disent avoir décidé où elles vivraient à partir du 1er avril prochain. 227 foyers, ou 2%, ont répondu ne pas savoir. Quant au choix, il y a une fracture entre ceux qui sont partis en dehors de la province de Fukushima et ceux qui y sont restés après avoir quitté leur logement :

  • 3 722 foyers sur 4 673, soit 80%, qui ont quitté la province de Fukushima ont décidé de rester là où ils sont. 794 foyers, ou 17%, vont rentrer.
  • Sur les 4 010 foyers qui ont évacué « volontairement » dans la province de Fukushima, 949, ou 24%, veulent rester là où ils sont et 2 674, ou 67%, vont rentrer dans leur commune.

Ces données sont sur 8 683 foyers qui ont répondu à l’enquête. 12 000 foyers avaient été sollicités.

TEPCo et l’Etat reconnus coupables de négligences : ils devront mieux indemniser les évacués

137 personnes, à savoir 76 évacués forcés et 61 auto-évacués, ont saisi la justice pour obtenir une meilleure indemnisation. Ils réclamaient un total de 1,5 milliard de yens (12 millions d’euros) car ils ont tout perdu dans la catastrophe nucléaire. Le débat s’est focalisé sur le fait de savoir si TEPCo et l’Etat auraient pu prévoir qu’un tel tsunami déferle sur la centrale et sur le montant des indemnisations.

Ces derniers ont expliqué que ce n’était pas prévisible et que les conséquences étaient inévitables. Les plaignants, quant à eux, ont soutenu que le tsunami aurait dû être prévu, en se basant sur une étude gouvernementale de 2002 qui estimait à 20% les chances d’un tsunami dû à un séisme de magnitude 8 dans les 30 années suivantes.

Le tribunal de Maebashi a donné droit aux demandes des plaignants, en estimant que l’Etat et TEPCo avaient été négligents face à la menace d’un tsunami. Si TEPCo avait installé des générateurs diesels de secours en hauteur, l’accident aurait pu être évité. Si le gouvernement avait utilisé son pouvoir de contrôle pour imposer des mesures de protection à TEPCo, l’accident aurait pu être évité. C’est la première fois qu’un tribunal reconnaît la responsabilité de l’Etat dans la catastrophe nucléaire.

Le Maïnichi rapporte que TEPCo avait estimé, en 2008, qu’un tsunami d’une hauteur de 15,7 m pourrait frapper la centrale de Fukushima daï-ichi, mais n’a rien entrepris pour s’en protéger. La compagnie a plutôt choisi une formule de la Japan Society of Civil Engineers (JSCE), qui mettait la hauteur du tsunami à 6,1 m. Le 11 mars 2011, la hauteur était de 15,5 m…

En septembre 2006, la défunte Nuclear Safety Committee (NSC) avait établi de nouvelles règles de résistance aux séismes. Le gouvernement avait alors demandé aux exploitants de vérifier que leurs installations nucléaires satisfaisaient bien à ces nouveaux standards. En août 2007, TEPCo a soumis un rapport intermédiaire qui n’incluait aucune mesure de protection contre les tsunamis. Le tribunal de Maebashi a estimé que le gouvernement avait alors violé la loi en n’imposant pas à TEPCo de mettre en place des mesures de protections contre les tsunamis.

Le tribunal a demandé le versement d’indemnités à 62 plaignants de 45 foyers évacués dans la province de Gunma, allant de 70 000 à 3,5 millions de yens, pour un total de 38,55 millions de yens (316 000 euros) en plus des indemnisations déjà reçues. Les autres plaignants ne seront pas indemnisés plus, le tribunal ayant estimé que la somme qui leur a été allouée était suffisante.

Selon le Maïnichi, 19 plaignants originaires d’une zone où il y a eu ordre d’évacuer recevront entre 750 000 (6 000 euros) et 3,5 millions de yens (29 000 euros) en plus des indemnisations déjà reçues. 43 « auto-évacués », originaires d’une zone contaminée où il n’y a pas eu d’ordre d’évacuer, recevront chacun entre 70 000 yen (574 euros) et 730 000 yens (6 000 euros) supplémentaires.

Une dame d’Iwaki, qui était partie d’elle-même pendant une dizaine de jours en mars 2011, devrait bénéficier d’une indemnisation de 200 000 yens (1 600 euros). En revanche, le tribunal a refusé de prendre en compte les deux mois supplémentaires pendant lesquels elle était repartie, estimant que le niveau de dose à Iwaki ne le justifiait pas.

Rappelons que les auto-évacués n’ont reçu que 80 000 yens d’indemnisation de la part de TEPCo et que certains bénéficient d’un logement gratuit jusqu’à la fin du mois. Les plaignants sont contents d’avoir remporté une bataille judiciaire qui reconnait la responsabilité de l’Etat et de TEPCo, mais sont déçus par le niveau d’indemnisations supplémentaires qui leur est allouées. Le jugement tend à entériner les règles mises en place en août 2011 par les autorités.

Il y a une trentaine de plaintes similaires impliquant environ 12 000 personnes à travers le pays. Ce jugement va faire jurisprudence et le gouvernement pourrait faire appel.

Chiffres clés pour le sixième anniversaire

A l’approche du sixième anniversaire de la catastrophe, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias et les sites officiels. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure de leur apparition.

Les chiffres clés à l’occasion du cinquième anniversaire sont ici.

A previous version of this article was translated into English.

Situation des réacteurs

Les travaux visent essentiellement à sécuriser les réacteurs accidentés qui sont encore menaçants. A proximité, les débits de dose sont tels que le temps de séjour doit être très limité, ce qui complique les travaux. Voir la dernière carte officielle de TEPCo avec les débits de dose.

TEPCo a mis en ligne un webdoc retraçant les étapes importantes depuis le 11 mars 2011.

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Depuis décembre 2014, la piscine de combustible du réacteur a été vidée et les travaux sont arrêtés.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment qui va couvrir le tout et permettre de vider la piscine de combustibles est en cours d’assemblage. Le débit de dose est si élevé, que les travaux sont plus complexes que prévu et le chantier a pris du retard. Pour en savoir plus.

Il y aurait entre 188 et 394 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de a piscine, mais a tenté de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris, par divers moyens. Les débits de dose à l’intérieur du bâtiment sont tels qu’il est impossible d’y travailler. Dans l’enceinte de confinement, des niveaux record ont été observés. Même les robots qui y ont été envoyés n’ont pas résisté longtemps. Pour en savoir plus.

Il y aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteur n°1

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo va commencer à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Débris

TEPCo aurait retiré 200 400 m3 de débris radioactifs issus des réacteurs accidentés qui ont été mis dans des conteneurs métalliques.

Eau contaminée

TEPCo injecte respectivement 72, 108 et 72 m3 d’eau par jour dans les réacteurs 1, 2 et 3 pour refroidir les coriums (source). Cela fait un total de 252 m3/j. Cette eau se contamine fortement et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui inonde ces mêmes sous-sols.

Pour réduire les fuites d’eau souterraine radioactive en mer, TEPCo pompe en amont avant que cette eau soit contaminée par les réacteurs et la rejette directement dans l’océan. Cette eau est essentiellement contaminée au tritium, qui est de l’hydrogène radioactif. Dans un des puits de pompage, il y a environ 2 000 Bq/L (source), mais après dilution par l’eau des autres puits, l’eau rejetée en mer a une contamination de l’ordre de 130 à 140 Bq/L (source).

Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution. Quelques données récentes sur la contamination des nappes phréatiques sont ici en japonais : il y a jusqu’à 240 000 Bq/L en bêta total. Celle en tritium, monte à 58 000 Bq/L.

Ainsi, TEPCO pompe quotidiennement 135 m3 d’eau contaminée dans les sous-sols des bâtiments réacteurs et turbine, en plus de celle qu’elle injecte pour le refroidissement et 62 m3 des nappes phréatiques, ce qui fait un total de 197 m3 qui s’accumulent quotidiennement dans des cuves après traitement (source). C’est plus en cas de pluie, voire beaucoup plus lors des typhons.

TEPCo annonce avoir déjà traité 1 730 390 m3 d’eau contaminée, ce qui a généré 597 m3 de boues radioactives. Une partie de cette est utilisée pour le refroidissement et le reste est stocké dans des cuves. Selon la compagnie, le stock d’eau traitée ou partiellement traitée s’élève à 937 375 m3 auxquels il faut ajouter 52 200 m3 d’eau dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine (source). Il y a près d’un millier de cuves pour garder cette eau qui occupent presque tout le site de la centrale.

Certaines ont fui par le passé, entraînant une contamination des nappes phréatiques à proximité. Dans la zone H4, la contamination en tritium peut toujours atteindre 15 000 Bq/L (source).

Depuis mars 2016, TEPCo tente de geler le sol tout autour des réacteurs accidentés afin de réduire les infiltrations et la dispersion d’eau polluée, mais ce n’est pas aussi efficace que prévu. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, doute sérieusement de l’efficacité de cette technique qu’elle considère désormais comme secondaire. On peut le voir sur ce graphe, où la baisse des volumes d’eau à stocker chaque jour n’est pas très forte. La glace ne prend pas par endroit, où les courants souterrains sont les plus forts (données officielles sur le gel du sol).

Environ la moitié des travailleurs sur le site sont là à cause de l’eau contaminée.

Travailleurs

A la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

Il y a aussi 1 203 personnes qui ont une limite plus élevée pour pouvoir continuer à pénétrer sur le site. Leur dose moyenne cumulée depuis le début de l’accident est de 36,49 mSv et la valeur maximale de 102,69 mSv.

• Le 1er avril 2016 a remis tous les compteurs à zéro. Ainsi, 174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose vont pouvoir revenir. Depuis cette date, jusqu’au 31 décembre 2016, 14 643 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée, dont 13 027 sous-traitants (89%). Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes. Parmi eux, on ne sait pas combien étaient déjà exposés aux rayonnements avant le 1er avril 2016. Pour en savoir plus.

• Il y a eu des travailleurs d’origine brésilienne qui ne parlaient pas bien japonais et ne comprenaient pas toujours les consignes de radioprotection. L’ambassade du Brésil a réagi.

• Si d’énormes progrès ont été faits pour les conditions de travail sur le site, avec la construction d’un bâtiment dédié à l’accueil et au repos, équipé d’une cantine et d’une superette, il reste des problèmes liés à la sous-traitance en cascade.

• 3 travailleurs ont vu leur cancer reconnu comme maladie professionnelle : deux leucémies et un cancer de la thyroïde. L’un a porté plainte contre TEPCo et Kyûshû Electric.

Il y a 15 cancers en tout chez ces travailleurs, dont 8 cas de leucémie.

• Stigmatisation : selon une étude menée sur 1 417 employés de TEPCo qui travaillaient à Fukushima daï-ichi ou daï-ni au moment de l’accident, 181, soit 12,8%, ont été insultés ou ont subi des discriminations à cause de leur emploi. Ces travailleurs avaient un taux de troubles post-traumatique 5,7 fois plus élevé que les autres employés de TEPCo sur place qui n’ont pas été stigmatisés. C’était encore 3,7 fois plus trois ans plus tard. Lien vers l’article de presse.

• Les vêtements protecteurs contre la contamination par les poussières radioactives sont à usage unique. Ils ont engendré 64 700 m3 de déchets radioactifs que TEPCo espère incinérer.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi date de 2015 et est disponible en ligne sur le site dédié.

Cette nouvelle carte fait apparaître les zones encore évacuées et une baisse moyenne de 65% du débit de dose ambiant par rapport à ce qui était mesuré à l’automne 2011. La décroissance radioactive est responsable d’une baisse de 53%. Le reste est dû au lessivage des sols et, par endroits, aux travaux de décontamination.

Décontamination

La décontamination des zones évacuées est sous la responsabilité du gouvernement. Ailleurs, là où l’exposition externe pouvait dépasser 1 mSv/an, ce sont les communes qui doivent s’en occuper.

• Dans les zones évacuées, les travaux de décontamination sont officiellement terminés, sauf pour les zones dites de retour difficile (source). Cela signifie que la décontamination a été effectuée dans les habitations et leurs jardins, le long des routes, sur les terrains agricoles et sur 20 m dans les forêts qui bordent ces espaces.

• Dans les zones non évacuées, 104 communes étaient concernées, mais avec la baisse naturelle de la radioactivité, c’est passé à 94. Une carte est donnée page 14 de ce document. A Fukushima, 15 communes sur 36 ont terminé. Les autres provinces concernées sont Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama et Chiba. Le nombre de communes où les travaux sont terminés est page 15 de ce même document. A noter qu’une commune de Tochigi n’a toujours pas établi de programme de décontamination.

Déchets radioactifs

Voir notre reportage de l’été 2016 sur le problème des déchets issus de la décontamination.

• Selon les données officielles, il y a 7 467 880 sacs avec du sol contaminé issu des travaux de décontamination dans les zones évacuées (un sac fait 1 m3 environ), et dans les zones non évacuées, 5 740 858 m³ de sols contaminé répartis sur 146 489 sites (source).

• Pour le centre d’entreposage provisoire, qui doit accueillir environ 22 millions de mètres cube de déchets sur 1 600 ha ou 16 km2 autour de la centrale de Fukushima daï-ichi pour une durée maximale de 30 ans, le gouvernement n’a signé de contrat qu’avec 633 propriétaires fonciers (26,8%), pour une surface totale de 287 ha (ou 2,87 km2), soit à peine 17,9% de la surface totale. (Source). Les autorités veulent réutiliser ces sols quand ils seront passés sous la limite de 8 000 Bq/kg pour le césium.

Personnes déplacées

Recensement national : Le Japon effectue un recensement de sa population tous les 5 ans. Les deux derniers ont eu lieu en 2010, juste avant la catastrophe et en 2015. Au 1er octobre 2015, la population de la province de Fukushima a baissé de 5,7% par rapport à 2010 (115 000 personnes en moins), celle de Miyagi de 0,6% et celle d’Iwaté de 3,8%.

Ce recensement est basé sur les personnes réellement présentes et non les personnes enregistrées. Ainsi, dans les communes de Namié, Futaba, Ôkuma et Tomioka il y a zéro habitant. La population de Kawauchi, où l’ordre d’évacuer a partiellement été levé en 2014, la population a baissé de 28,3%. A Naraha, où l’ordre d’évacuer a été entièrement levé en septembre 2015, la population a baissé de 87,3%.

Certaines communes qui accueillent des personnes déplacées ont vu leur population augmenter.

Sur tout le Japon, le nombre d’habitants a baissé de 0,7% (- 947 000) en cinq ans et était de 127,11 millions au 1er octobre 2015. Le nombre d’habitants a augmenté à Tôkyô (+2,7%), Saïtama et Aïchi. La plus forte baisse est à Akita (-5,8%) qui n’a pas été touchée par la triple catastrophe. Fukushima a la deuxième plus forte baisse, avec -5,7%.

Nombre de personnes déplacées : A Fukushima, il y avait encore 84 289 personnes déplacées, dont 40 405 résident en dehors de la province en novembre 2016 (source). Ce nombre est passé sous les 80 000 depuis : 79 446 au 20 février 2017 (39 818 en dehors de la province de Fukushima et 39 608 dans la province). C’était de 160 000 en février 2012 (source). Une partie de ces personnes se sont réinstallées sans rentrer chez elles et ne sont plus comptées. C’est le cas, notamment, pour celles qui sont originaires des zones dites de retour difficile.

Ces chiffres ne prennent en compte que les personnes qui bénéficient d’un logement mis à leur disposition par les autorités. Une fois réinstallées, elles ne sont plus comptées comme « personnes déplacées » par les autorités. Pour 5 communes situées autour de la centrale accidentée, la télévision publique NHK estime que le nombre de personnes vraiment déplacées est 42 000 alors que les autorités n’en comptent plus que 17 781. C’est 24 000 de plus que le chiffre officiel.

Sur toute la zone affectée par la triple catastrophe (séisme, tsunami et accident nucléaire), il y aurait encore 123 168 personnes déplacées dans des logements temporaires, à la date du 13 février 2017.

A la date du 20 février 2017, il y avait, à Fukushima, encore 12 381 personnes hébergées dans des préfabriqués, peu confortables. Plus de 40% ont plus de 65 ans. En juillet 2012, elles étaient 33 016 (source). A la fin janvier 2017, c’est 35 503 en tout pour Iwaté, Miyagi et Fukushima, les trois provinces les plus touchées par le tsunami. Il y a beaucoup de personnes âgées isolées qui n’ont pas la force ou la volonté de reconstruire ou rechercher un logement. Dans certains complexes, il n’y a que des personnes âgées (source).

Selon un sondage effectué par l’Asahi, à la question « combien de temps faudra-t-il encore pour retrouver la vie qu’ils avaient avant la catastrophe ? »,

  • 50% répondent plus de 20 ans ;
  • 21% environ 20 ans ;
  • 16% environ 10 ans et
  • 7% environ 5 ans.

Levée de l’ordre d’évacuer : Le Japon se refuse toujours de baisser la limite de dose à partir de laquelle il lève les ordres d’évacuer, et maintient la valeur la moins protective des normes internationales, à savoir 20 mSv/an. Pour en savoir plus, lire le rapport rédigé pour les cinq ans de la catastrophe, Fukushima cinq ans après, retour à l’anormale, aussi disponible en anglais.

L’ordre d’évacuer a été levé dans 5 communes (Tamura, Minami-Sôma, Kawauchi, Katsurao et Naraha), mais seulement 13% des personnes concernées sont rentrées, soit environ 2 500 personnes sur 19 460. A Naraha, c’est 11% et à Katsurao, c’est 9%.

Il devrait être aussi levé à la fin mars 2017 dans une partie d’Iitaté, de Kawamata, de Tomioka et Namié (source). Ne devraient rester que les zones dites de retour difficile, là où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an (voir la note explicative sur les doses et les limites). La levée des ordres d’évacuer pour ces quatre communes concerne 32 000 personnes. Il y a 24 000 personnes originaires des zones dites de retour difficile. La surface évacuée va être réduite à 30% de sa valeur initiale.

Les personnes qui sont parties d’elles-mêmes, par crainte de la radioactivité, ne bénéficient d’aucune indemnisation, à l’exception d’une aide au logement qui doit cesser à la fin mars 2017, sauf dans certaines provinces. Il s’agit souvent de femmes qui sont parties pour protéger leurs enfants.

A Tomioka, la commune veut rouvrir les écoles et les collège en avril 2018. Il y avait 2 écoles primaires et deux collèges avant la catastrophe, avec 1 400 élèves. Un seul établissement rouvrira en 2018. En attendant, la commune a ouvert une école et un collège à Miharu avec 15 primaires et 18 collégiens. Cet établissement devrait fermer en 2022. (Source : Fukushima Minpo).

Si des familles rentrent dès cette année, il y aura un bus pour aller dans les établissements scolaires de Naraha. C’est plus de 75% chez les moins de 30 ans.

A Namié, 53% de la population a indiqué ne plus vouloir entrer. Un seul établissement scolaire, combinant primaire et collège, va rouvrir.

Selon un sondage effectué par l’Asahi,

  • 40% des personnes interrogées à Fukushima pensent que les ordres d’évacuer ont été levés au bon moment ;
  • 19% pensent que c’est trop tôt ;
  • 22% pensent qu’ils n’auraient pas dû être levés et
  • 9% pensent que c’était trop tard.

Carte des zones évacuées :

Brimades et discrimination : Alors que les révélations sur des cas de harassement et de brimades (ijimé) d’enfants évacués à l’école se sont multipliées ces derniers temps, l’Asahi a effectué un sondage auprès de personnes déplacées et a reçu 184 réponses valables, dont 147 émanent de personnes encore déplacées :

  • 18% ont déclaré qu’elle-même ou un membre de leur famille a été victime de discrimination liée à la catastrophe nucléaire ;
  • 44% ont dit avoir été témoin ou entendu parlé de discrimination autour d’elles ;
  • 33% n’ont pas été victime et ne connaissent aucun cas.

La télévision publique NHK a aussi fait réaliser une enquête auprès de 9 500 foyers originaires des quatre communes les plus proches de la centrale de Fukushima daï-ichi, à savoir, Ôkuma, Futaba, Tomioka, et Minami-Sôma. 741 familles ont répondu. Il en ressort que 54 familles ont répondu que leurs enfants ont subi des brimades ou ont été discriminés car ils étaient évacués de la catastrophe nucléaire (3 à la maternelle, 28 au primaire et 21 au collège).

Pour 32 cas, c’était de la violence verbale, pour 22 autres, de l’ostracisme, 13 ont subi des violences physiques et dans 5 cas, il leur était demandé de payer. Les indemnisation reçues par les familles étaient souvent évoquées. Dans un cas, il était demandé à un enfant de sauter du troisième étage. Un autre enfant a été menacé avec un couteau sous prétexte qu’il n’avait plus le droit de vivre. Plus de 60% des enfants ont arrêté de dire qu’ils étaient originaires de Fukushima.

Dans un autre article, la NHK mentionne que sur ces 741 familles, 334 ont répondu avoir ressenti de la discrimination, du harcèlement… Dans le questionnaire à choix multiples, 274 ont mentionné un lien avec les indemnisations, 197 leur statut de réfugié et 127 les retombées radioactives.

Impact sanitaire

Voir le rapport dédié de 2016.

• La triple catastrophe a officiellement provoqué 15 893 décès directs auxquels il faut ajouter 2 553 disparitions (source).

• Le nombre de décès dus à la dégradation des conditions de vie (aggravation de la maladie, suicides…) est de 2 099 à Fukushima, au 28 novembre 2016 (source). En septembre 2016, c’était 3 523 en tout pour la triple catastrophe, soit 116 de plus qu’il y a un an.

Le nombre de décès directs, dus au tsunami, est de 1 828 à Fukushima (source).

• En ce qui concerne les cancers de la thyroïde, voir les dernières données publiées le 21 février 2017 : le total est de 184 cas potentiel dont 145 confirmés après chirurgie.

Coût de la catastrophe

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros). Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

TEPCo a déjà reçu un total de 7 006,9 milliards de yens (57,3 milliards d’euros) d’avance pour les indemnisations. Cet argent est prêté sans intérêt (source).

Mais TEPCo n’aurait versé que 6% des indemnités demandées par les 12 communes touchées par les évacuations. Elles ont demandé 43,3 milliards de yens (353 millions d’euros), mais n’auraient reçu que 2,6 milliards de yens (21 millions d’euros). La compagnie aurait donné la priorité aux entreprises et individus. Futaba, par exemple, commune entièrement évacuée, n’a rien reçu, alors qu’elle a demandé 19,3 milliards de yens (157 millions d’euros). Namié, où l’ordre d’évacuer sera partiellement levé le 1er avril prochain, n’a reçu que 460 millions de yens (3,8 millions d’euros), soit 4% de la somme demandée. Kawamata et Tomioka ont reçu respectivement 53 et 45% des sommes demandées (source).

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo. Il devait commencer à vendre des parts à partir d’avril 2017, mais il devra maintenir le contrôle qu’il a sur la compagnie pour lui éviter la faillite.

Réacteurs nucléaires

• Sur les 54 réacteurs nucléaires en état de marche avant la catastrophe nucléaire, 6 ont été partiellement ou complètement détruits à la centrale de Fukushima daï-ichi. 6 autres, trop vieux, ont été arrêtés définitivement. Il ne reste donc officiellement que 42 réacteurs nucléaires au Japon.

Une demande d’autorisation de redémarrage n’a été déposée que pour 26 d’entre eux et elle n’a été accordée que pour 12 réacteurs actuellement. Deux réacteurs de la centrale de Sendaï (Kagoshima) produisent de l’électricité qui alimente le réseau. Un troisième est en marche à la centrale d’Ikata, dans la province d’Ehimé.

Digues contre les tsunamis

Les autorités ont prévu de construire 405 km de digues de protection contre les tsunamis le long du littoral des trois provinces les plus touchées, à savoir Iwaté, Miyagi et Fukushima. Au 1er janvier 2017,

  • 88 km ou 22% sont terminés ;
  • 263 km (65%) sont encore en travaux et
  • pour les derniers 54 km (13%) les travaux n’ont pas encore été engagés.

Il y a diverses raisons aux retards : l’opposition des riverains qui ont perdu la vue sur la mer, le manque de matériaux de construction et de main d’œuvre et, bien-sûr, la radioactivité à Fukushima. Source.

Divers

La côte du Pacifique s’était déplacée de plus de 5 m vers l’Est lors du séisme du 11 mars 2011, et enfoncée de plus d’un mètre. Depuis, elle serait remontée de plus de 40 cm au niveau de la péninsule d’Oshika, dans la province de Miyagi. La remontée serait de 30 cm à Ishinomaki, 24 cm à Kesennuma, toutes les deux à Miyagi, 17 cm à Kamaïshi, dans la province d’Iwaté Prefecture et 14 cm à Shinchi, dans celle de Fukushima. En conséquence, là où la construction des digues de protection contre les tsunamis ne sont pas terminées, leur hauteur sera rognée… Est-on sûr que cela ne va pas se renfoncer ? Sur la côte de la mer du Japon, le littoral s’est enfoncé depuis le séisme du 11 mars de 2011, jusqu’à presque 30 cm à Yuzawa, dans la province d’Akita (source).

Voir le Tôhoku

Le Yomiuri a mis en ligne quelques vidéos à l’occasion du sixième anniversaire de la triple catastrophe :

Rapports parus à l’occasion du sixième anniversaire