TEPCo s’est trompé dans la résistance sismique d’un bâtiment clé de Kashiwazaki-Kariwa

TEPCo veut redémarrer rapidement les réacteurs 6 et 7 de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa située dans la province de Niigata. Elle a donc soumis un dossier de sûreté à l’Autorité de Régulation Nucléaire dans lequel elle sous-estimé la résistance aux séismes d’un bâtiment anti-sismique qui doit servir de centre de crise en cas d’accident.

Les résultats des calculs de tenue aux séismes effectués il y a trois ans n’auraient pas été transmis en interne et le rapport de sûreté transmis aux autorités n’est pas correct sur ce point. Un des 7 bâtiments anti-sismiques ne pourrait pas résister à toutes les secousses envisagées.

Rappelons que cette centrale a été fortement secouée en 2007 et certains de ses réacteurs sont à l’arrêt depuis. En réponse à ce séisme, TEPCo a construit ce bâtiment en question. Il devait pouvoir supporter une secousse 1,5 fois plus forte que ce qui est prescrit dans les normes de construction. Lors des contrôles effectués en 2014, il est apparu que la bâtiment ne pouvait pas faire face aux secousses horizontales provoquées par un séisme inférieur à la moitié du séisme le plus fort envisagé. Le bâtiment pourrait s’effondrer sur la bâtiment voisin. Mais l’information n’a pas été transmise en interne et ni aux autorités.

Ce n’est pas le seul problème car TEPCo a aussi sous-estimé le risque de liquéfaction des sols en cas de séisme. L’Autorité de Régulation Nucléaire l’a donc rappelée à l’ordre sur ces sujets, considérant ces manquements comme inacceptables.

Il n’est donc pas étonnant que le gouverneur et les riverains n’aient pas confiance dans TEPCo.

10 installations nucléaires risquent d’être inondées en cas de pluies torrentielles

En septembre dernier, 6,5 m3 d’eau de pluie avaient pénétré dans le réacteur n°2 de la centrale de Shika exploitée par Hokuriku Electric. Un tableau électrique avait alors disjoncté. Il avait alors été découvert qu’une galerie souterraine avec des câbles électriques n’était pas étanche.

En novembre 2016, l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, avaient demandé à tous les exploitants nucléaires de vérifier l’étanchéité de leurs installations. Il en ressort que 10 d’entre elles ont des galeries souterraines qui pourraient être inondées en cas de pluies torrentielles.

Il s’agit des centrales nucléaires de Shika, bien-sûr, de Kashiwazaki-Kariwa, de Fukushima daï-ni, d’Onagawa, de Hamaoka, de Shimané, de Tsuruga, des usines de retraitement de Tôkaï-mura et de Rokkashô-mura, ainsi que du surgénérateur Monju. La NRA leur a demandé de prendre les mesures nécessaires. On peut espérer qu’elle sera plus prévoyante dans l’avenir et que les contrôles ne soient pas seulement demandé quand un problème est découvert dans une centrale.

L’étanchéité a déjà été renforcée à la centrale de Sendaï qui est en exploitation.

Une grue s’effondre sur la centrale de Takahama

Le 20 janvier, vers 21h50, une grue de 113 m de haut est tombée sur le réacteur n°2 de la centrale de Takahama dans la province de Fukui. Le toit du bâtiment qui abrite les combustibles usés est endommagé, mais il n’y a pas eu de blessé. Il y a 259 assemblages dans la piscine et la flèche de la grue, qui est tombée, pèse 270 tonnes. Il n’y aurait aucun débris dans la piscine de combustibles.

Ce serait dû aux vents violents, mais les chiffres annoncés sont de 54 km/h au moment de l’accident. Ce n’est pas exceptionnel comme vitesse. Il est donc inquiétant que cet accident ait pu se produire.

Les 4 réacteurs de la centrale de Takahama sont à l’arrêt. Les réacteurs 1 et 2, âgés de plus de 40 ans, sont en travaux pour renforcer leur sûreté. Le redémarrage du réacteur n°2 n’était pas prévu avant 2020. Quatre grues ont été installées en décembre dernier pour ajouter un dôme de protection en béton sur le réacteur.

Le communiqué en japonais de la compagnie reste très laconique. Il y a des images sur le site de l’Asahi.

Dossiers de sûreté validés pour deux réacteurs de Genkaï

En novembre dernier, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) avait jugé que les réacteurs n°3 et 4 de la centrale de Genkaï, exploitée par Kyûshû Electric dans la province de Saga, satisfaisaient aux nouvelles règles de sûreté introduites après la catastrophe à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’avis a été soumis à la consultation du public sur Internet pendant un mois.

La NRA avait notamment demandé de renforcer les mesures de protection contre les séismes et tsunamis. Kyûshû Electric avait pris en compte une secousse maximale avec une accélération de 540 gal (cm/s2) et une vague de 3 m, mais a dû revoir sa copie et passer à 620 gal et 4 m.

La NRA a reçu 4 200 avis et commentaires, mais a conclu que les deux réacteurs étaient bons pour le service. Le redémarrage n’est pas pour tout de suite car il y a des travaux à faire. Le maire d’Imari, commune de 57 000 habitants, située à moins de 30 km de la centrale nucléaire de Genkaï, a tenu une conférence de presse l’an dernier pour exprimer son opposition au redémarrage de cette centrale. Mais il n’aura pas voix au chapitre, car seule la commune qui héberge la centrale, et qui touche les subsides, est consultée.

Jusqu’à présent, seuls 10 réacteurs ont obtenu l’accord de la NRA pour une remise en service, mais seulement deux sont en activité. Il y avait 54 réacteurs de production d’électricité avant la catastrophe de Fukushima. 12 ont été arrêtés définitivement ou détruits depuis.

La centrale d’Onagawa fissurée

La centrale d’Onagawa située dans la province de Miyagi a été bien secouée en mars 2011. En revanche, un digue a permis d’arrêter la vague du tsunami. L’exploitant, Tôhoku Electric veut reprendre l’exploitation, mais cela semble difficile pour le moment à cause de nombreuses fissures dans la structure.

1 130 fissures ont été repérées dans le bâtiment du réacteur n°2, qui a ainsi perdu 70% de sa rigidité. Mais la compagnie veut renforcer sa centrale pour pouvoir la redémarrer un jour. Mais cela risque de prendre beaucoup de temps par l’Autorité de Régulation Nucléaire a exigé une inspection des fissures au préalable.

Le 11 mars 2011, l’intensité de la secousse a atteint 604 gal alors que le réacteur n’a été construit pour supporter une secousse que de 594 gal (ou cm/s2). C’est dans la partie haute du bâtiment qu’il y a le plus de fissures où la rigidité, c’est à dire sa capacité à faire face à un nouveau séisme, a baissé de 70%. La baisse serait de 25% dans la partie basse, selon l’exploitant.

On n’ose pas imaginer l’état de la centrale de Fukushima daï-ni qui a subi en plus le tsunami. TEPCo n’a toujours pas décidé de l’arrêter définitivement et de la démanteler.

Réacteurs nucléaires japonais : contrôles insuffisants

Les exploitants au Japon n’auraient jamais contrôlé sérieusement les tuyaux d’amenée de l’air des systèmes de ventilation des salles de contrôle des réacteurs nucléaires. Le contrôle, effectué dans deux centrales seulement, aurait été fait sans enlever l’isolant thermique, ce qui ne permet pas de connaître l’état du tuyau.

Chûgoku Electric a découvert de la corrosion et 19 trous, dont un de 30 cm sur 100 cm, dans le réacteur n°2 de sa centrale de Shimané. C’était la première fois que la compagnie retirait l’isolant thermique depuis 1989… En cas d’accident, le système de ventilation doit prévenir la pénétration de radioactivité dans la salle de contrôle afin qu’elle reste utilisable.

Sur les 5 réacteurs qui ont été autorisés à redémarré, dont les deux en activité actuellement, aucun n’a subi un contrôle avec retrait de la gaine isolante.

En 2003, Hokuriku Electric avait aussi trouvé de la rouille dans le réacteur n°1 de sa centrale de Shika située dans la province d’Ishikawa. Le problème aurait donc dû être connu. Et comme tous les réacteurs sont en bord de mer, le problème pourrait être plus général.

Le 18 janvier dernier, l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, a donc ordonné le contrôle de tous les réacteurs. Si une fissure est détectée, l’exploitant a 10 jours pour la colmater. Autrement, il doit arrêter le réacteur. L’usine de retraitement et le surgénérateur Monju, tous les deux à l’arrêt, sont aussi concernés par ces contrôles.

Maire pronucléaire réélu à Ôma

Le maire d’Ôma, dans la province d’Aomori, qui soutient la construction du réacteur nucléaire, vient d’être réélu pour un quatrième mandat. Il a obtenu 79% des voix. Le réacteur d’Ôma, qui doit ne consommer que du combustible MOx, est en construction malgré une plainte déposée par une commune voisine située sur l’île de Hokkaïdô. Le chantier avait débuté en 2008 et a été suspendu en 2011 pour reprendre en octobre 2012.

Kansaï Electric doit limiter le temps de travail de ses cadres après un suicide

L’inspection du travail a demandé au président de Kansaï Electric de limiter le temps de travail après le suicide d’un employé en avril dernier, lié à la pression subie et aux heures supplémentaires. Cet employé était en charge de la supervision des dossiers remis à l’Autorité de Régulation Nucléaire pour la prolongation de la durée d’exploitation des réacteurs 1 et 2 de la centrale de Takahama dans la province de Fukui.

Il est assez exceptionnel que l’inspection du travail s’adresse directement au président de la compagnie en cas de « karoshi », où décès par excès de travail. Il lui est demandé de contrôler le temps de travail de tous les cadres. La personne qui s’est suicidée, âgée d’une quarantaine d’années, faisait de 100 à 200 heures supplémentaires par mois pour finir à temps les dossiers de demande d’extension de la durée d’exploitation des réacteurs 1 et 2 de Takahama. La compagnie va devoir aussi rapporter les heures effectuées à la maison. Kansaï Electric n’a violé aucune loi, mais doit payer les heures supplémentaires et les limiter.

Si Kansaï Electric n’avait pas terminé la procédure dans les temps, elle aurait dû arrêter définitivement les réacteurs 1 et 2 de cette centrale.

TEPCo et ses autres centrales nucléaires

Que faire de la centrale de Fukushima daï-ni et ses quatre réacteurs qui ont aussi été inondés par le tsunami ? Les autorités régionales ne veulent entendre parler de redémarrage. Le 21 décembre dernier, l’assemblée régionale a adopté, à l’unanimité, une résolution demandant au gouvernement son démantèlement rapide avec comme argument qu’elle est un obstacle à la revitalisation de la région. Depuis 2011, cette même assemblée a déjà demandé à maintes reprises le démantèlement de tous les réacteurs de Fukushima.

Le gouvernement estime que c’est à TEPCo de décider et il n’a pas les moyens légaux d’ordonner l’arrêt définitif. Il craint aussi que s’il répondait favorablement pour Fukushima daï-ni, il serait alors submergé de demandes similaires pour les autres réacteurs du pays. Mais, en tant qu’actionnaire majoritaire de TEPCo, il a les moyens d’influencer les décisions de la compagnie.

TEPCo a fort à faire avec la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi et ne peut pas s’engager actuellement dans le démantèlement de Fukushima daï-ni. Même à Fukushima daï-ichi, le démantèlement des réacteurs 5 et 6 n’a pas débuté et celui du réacteur n°4 a été suspendu après le retrait des combustibles usés de la piscine de décroissance.

Cela histoire peut encore trainer quelques années, jusqu’à ce que les réacteurs de Fukushima daï-ni, mis en service entre avril 1982 et août 1987, aient atteint l’âge limite de 40 ans.

A Kashiwazaki-Kariwa, dans la province de Niigata, TEPCo compte toujours sur un redémarrage « rapide » des réacteurs 6 et 7 pour des raisons économiques. Mais, aucun des sept réacteurs n’est autorisé à redémarrer pour le moment. Lors d’une rencontre entre la direction de TEPCo et le gouverneur, Ryuichi Yonéyama, ce dernier a rappelé son opposition à tout redémarrage tant que toute la lumière n’a pas été faite sur les causes de l’accident à la centrale de Fukushima daï-ni et que le plan d’urgence n’a pas été évalué. Il estime que cela prendra plusieurs années.

Il y a aussi le projet de centrale nucléaire à Higashidôri, dans la province d’Aomori, qui est dans les limbes. Mais TEPCo l’a pris en compte dans ses biens et dans ses factures d’électricité. Une partie a servi à rémunérer ses actionnaires. Cela a coûté 2,2 milliards de yens par an aux consommateurs…

Shikoku Electric veut démanteler le réacteur n°1 de sa centrale d’Ikata

La compagnie Shikoku Electric a soumis aux autorités régionales d’Ehimé et à l’Autorité de Régulation Nucléaire son plan de démantèlement du réacteur n°1 de sa centrale d’Ikata. Ce réacteur, mis en service en 1977, est arrêté définitivement depuis mai 2016. Le réacteur n°3 de cette même centrale est l’un des deux seuls réacteurs en activité au Japon.

Le démantèlement devrait durer 40 ans et coûter 40 milliards de yens (328 millions d’euros).