Evacuation impossible en cas d’accident à Ikata : solution alternative irréaliste

La centrale de nucléaire d’Ikata, sur l’île de Shikoku, dont le réacteur n°3 a été remis en marche, est située sur une péninsule (voir le plan). 4 700 personnes vivent sur cette péninsule et pourraient pas pouvoir évacuer par la terre en cas d’accident nucléaire grave. Par ailleurs, des abris d’urgence situés dans un rayon de 30 km seraient vulnérables aux glissement de terrain.

Shikoku Electric Power Co. a trouvé la solution : installer des dômes gonflables avec filtres à air dans des gymnases pour abriter les populations qui ne pourraient pas évacuer. Dans son communiqué de presse, la compagnie vante ses « clean air domes » :

La compagnie, en accord avec les autorités locales, compte mettre 250 personnes dans ces trois dômes faisant 15×25 m2 chacun pour une durée pouvant aller à une semaine, selon l’Asahi. Cela fait 4,5 m2 par personne ! La maintenance sera effectuée par la compagnie et la nourriture sera fournie par les communes.

Rester une semaine entassés dans un tel dôme, sans lumière du jour, il y a de quoi devenir fou. Huit dômes sont prévus pour le moment, avec une capacité totale de 600 personnes, alors qu’il y a 4 700 habitants sur cette péninsule.

Cette solution, complètement irréaliste, est un aveu que l’évacuation par les airs et/ou la mer en cas de blocage, prévue pas les autorités, n’est pas plus réaliste.

Extension de la durée de vie de 20 ans envisagée pour le réacteur Tôkaï 2

La Japan Atomic Power Co est une filiale des grandes compagnies d’électricité japonaises qui avait trois réacteurs nucléaires en activité en 2010 : deux à Tsuruga, dans la province de Fukui et un à Tôkaï-mura, dans la province d’Ibaraki. Le réacteur Tôkaï-2, mis en service le 28 novembre 1978, doit être mis à l’arrêt définitif au bout de 40 ans, conformément à la loi sur l’énergie post-Fukushima, sauf si une demande d’extension de 20 ans de la durée de vie est déposée avant le 28 novembre 2017.

La Japan Atomic Power Co envisage sérieusement de déposer un tel dossier de demande, malgré les nombreux obstacles et difficultés techniques. Il s’agit d’un réacteur à eau bouillante de 1 100 MWe, comme à Fukushima daï-ichi, qui a échappé de peu à l’accident grave en mars 2011. Un des trois diesels de secours a été inondé par le tsunami. Si la hauteur de la vague avait eu 70 cm de plus, il se peut qu’il eut alors été impossible de refroidir le réacteur. Cela aurait pu résulter en un accident grave. En mars 2011, il a aussi fallu trois jours et demi à l’exploitant pour mettre ce réacteur à l’arrêt.

Tôkaï-2 fait partie des vieux réacteurs qui ont des kilomètres de câbles électriques inflammables, désormais interdits. Il faut aussi installer un nouveau système de refroidissement de secours, comme devrait l’exiger l’Autorité de Régulation Nucléaire pour les réacteurs à eau bouillante. Le projet d’exigence, qui consiste en l’installation d’un système de refroidissement du bas de l’enceinte de confinement afin de réduire la chaleur et les gaz émis par le corium après un accident de fusion du cœur, est actuellement soumis à la consultation du public. En effet, les réacteurs à eau bouillante ont une enceinte de confinement plus petite que ceux à eau sous pression et résistent donc moins bien à une fusion du cœur. Comme nous l’avons déjà signalé, TEPCo l’a déjà installé sur ses réacteurs n°6 et 7 de Kashiwazaki-Kariwa, situés à Niigata. Selon l’Asahi, la Japan Atomic Power Co a décidé de faire de même à Tôkaï-2.

Par ailleurs, il y a près d’un million d’habitants dans un rayon de 30 km, dont la ville de Mitô, capitale de la province. L’installation n’est qu’à 120 km de Tôkyô. Il est donc très difficile d’établir un plan d’urgence nucléaire et nombre d’élus locaux sont opposés à ce redémarrage.

Il n’est pas sûr que la compagnie ait les moyens financiers de couvrir les coûts de renforcement de la sûreté du réacteur Tôkaï-2. Mais ce réacteur est son seul espoir de redémarrage. Tôkaï-1, mis en service en 1966, est à l’arrêt définitif depuis 1998. Tsuruga-1 fait partie des 8 réacteurs mis à l’arrêt définitif après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Quant à Tsuruga-2, il est sur une faille sismique considérée comme active par l’Autorité de Régulation Nucléaire, même si la Japan Atomic Power Co conteste cet avis. Son redémarrage n’est donc pas autorisé.

Sans l’extension de la durée de vie de Tôkaï-2, la Japan Atomic Power Co perd tous ces réacteurs et n’a plus raison d’être. C’est donc la faillite. Selon l’Asahi, elle estime que le renforcement de la sûreté de Tôkaï-2 lui coûtera 180 milliards de yens (1,4 milliard d’euros). Il faut encore ajouter les coûts liés à l’extension de la durée de vie.

Cette décision de demander l’extension de la durée de vie de cette centrale est donc complètement folle et probablement même pas rentable. Kansaï Electric a, dans une situation analogue, décidé d’arrêter définitivement deux réacteurs. Mais la Japan Atomic Power Co ne veut pas prendre la responsabilité de tout arrêter et tente de reporter la responsabilité de sa faillite sur l’Autorité de Régulation Nucléaire.

Deux réacteurs supplémentaires en passe d’être arrêtés définitivement

Selon les médias japonais, Kansaï Electric devrait arrêter définitivement les réacteurs n°1 et 2 de sa centrale d’ÔÏ située dans la province de Fukui. Ils ont été mis en service en mars et décembre 1979 respectivement et ont chacun une puissance de 1,2 GWe.

Les arguments sont purement économiques : les coûts de renforcement de la sûreté dépasseront les 100 milliards de yens (le milliard d’euro) et les profits attendus dans un contexte de baisse de la demande électrique pour les majors du secteur électrique. Selon le Nikkei, Kansaï electric a vendu 20% d’électricité en moins en 2016 par rapport à 2010. Par ailleurs, ces deux réacteurs nécessitaient un renforcement de l’enceinte de confinement, alors qu’il y a une faille sismique active à proximité.

En avril 2015, Kansaï Electric avait déjà arrêté définitivement deux réacteurs plus petits de sa centrale de Mihama, situés aussi dans la province de Fukui. Son parc va donc passer de 11 à 7 réacteurs.

Si l’on fait un bilan :

  • Il y avait 54 réacteurs de production d’électricité au Japon en 2010.
  • 4 ont été détruits à Fukushima daï-ichi et deux autres arrêtés définitivement.
  • En comptant ces deux réacteurs d’Ôï, 8 réacteurs ont ou seront mis à l’arrêt définitif.
  • Cela fait donc 14 réacteurs en moins par rapport à 2010. Il restera donc officiellement 40 réacteurs en « service », dont Fukushima daï-ni qui ne redémarrera jamais, comme d’autres.
  • A l’inverse, seulement 5 réacteurs ont été remis en service depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Les 8 réacteurs arrêtés définitivement sont : Tsuruga 1 (Fukui), Genkaï 1 (Saga), Shimané 1, Ikata 1 (Ehimé), Mihama 1 et 2 (Fukui) et maintenant Ôï 1 et 2 (Fukui).

Kansaï electric espère redémarrer prochainement les réacteurs 3 et 4 d’Ôï dont le dossier de sûreté a été validé par l’Autorité de Régulation Nucléaire. Ils ont été mis en service en 1991 et 1993 respectivement.

Rapports de sûreté falsifiés à l’usine de retraitement de Rokkashô

L’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) japonaise vient d’annoncer que la Japan Nuclear Fuel Ltd. (JNFL), propriétaire de l’usine de retraitement de Rokkashô dans la province d’Aomori, avait omis des inspections et falsifié des rapports de sûreté. Le PDG de la compagnie a promis d’inspecter son usine de fond en comble. En attendant, il suspend les travaux visant à obtenir l’autorisation de démarrage.

En août dernier, 800 litres d’eau de pluie a fui d’un tuyau situé dans une galerie souterraine et a atteint une pièce avec un générateur diesel de secours. La compagnie s’est alors aperçue que la galerie n’avait pas été inspectée pendant 14 ans, c’est à dire depuis sa construction. Les rapports de sûreté mentionnaient pourtant qu’il n’y avait rien à signaler. La compagnie a essayé d’expliquer que ces « RAS » concernaient une autre galerie souterraine… 110 autres litres ont fui en septembre.

Le démarrage de cette usine, initialement prévu en 1997, a déjà été reporté 23 fois. La date de mise en service officielle est début 2018, mais cela paraît déjà impossible à tenir. Le 24ième report ne devrait pas tarder !

La NRA a aussi annoncé qu’en septembre dernier, des fissures et des trous avaient été trouvés dans les cheminées de l’usine d’enrichissement de l’uranium, aussi détenue par JNFL. Ces défauts, qui violent les règles de sûreté, n’ont pas été découvert plus tôt pas manque d’inspection.

Le village nucléaire japonais n’a pas fini de nettoyer ses écuries…

Quelle politique énergétique pour le Japon ?

Alors que le premier ministre a dissout la chambre basse pour profiter de la faiblesse actuelle de l’opposition, l’avenir du nucléaire est redevenu un argument de campagne. L’agence Reuters montre l’évolution du mix électrique au Japon avec une forte augmentation des énergies fossiles depuis l’arrêt quasi-complet du parc nucléaire qui a fait suite à l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. Les autorités espèrent une remontée du nucléaire, avec une part du charbon qui va rester au-dessus du niveau d’avant la catastrophe. Les objectifs de l’accord de Paris seront difficiles à atteindre.

Sans surprise, la Commission pour l’Energie Atomique, recommande, dans un livre blanc, que l’énergie nucléaire produise au moins 20% de l’électricité à l’horizon 2030. C’est moins de 2% actuellement ! Selon l’agence AP, la Commission reste assez vague sur les moyens à mettre en œuvre pour arriver à un tel objectif et s’attache à minimiser l’impact de l’accident à Fukushima. Le rapport soutient aussi le développement de la politique de réutilisation du plutonium extrait des combustibles usés, bien qu’elle soit dans l’impasse, avec l’usine de retraitement qui n’a jamais démarré et l’abandon définitif du surgénérateur Monju. Le livre blanc compte sur le combustible MOx pour trouver un débouché au plutonium. Le but est d’atteindre 16 à 18 réacteurs autorisés à utiliser ce combustible, qui n’est pas recyclé après passage en réacteur. C’est complètement irréaliste. Quel est l’intérêt d’un tel rapport purement idéologique ? Cette commission serait plus utile en faisant des propositions réalistes, basées sur des faits, plutôt que de présenter les rêves du village nucléaire.

L’amélioration de la sûreté des réacteurs nucléaires est complexe à mettre en œuvre. En ce qui concerne les réacteurs à eau bouillante, comme à la centrale de Fukushima daï-ichi, l’autorité de régulation nucléaire, la NRA, envisage d’exiger un renforcement des mesures de sûreté. Selon l’Asahi, elle pourrait exiger la mise en place d’un système de refroidissement du bas de l’enceinte de confinement afin de réduire la chaleur et les gaz émis par le corium après un accident de fusion du cœur. Comme l’enceinte de confinement est plus petite que sur les réacteurs à eau sous pression, l’exploitant n’a pas d’autre option que de libérer des gaz pour éviter son explosion. TEPCo a installé un tel système à sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa et prétend que c’est plus efficace que les filtres pour réduire les rejets.

Par ailleurs, cinq centrales nucléaires qui ont été autorisées à redémarrer pourraient voir leur système de refroidissement arrêté en cas d’éruption d’un volcan voisin. Il s’agit des centrales de Sendaï et de Genkaï exploitée par Kyûshû Electric, des centrales de Mihama et Ôï exploitées par Kansaï Electric et de la centrale d’Ehimé exploitée par Shikoku Electric. En effet, selon le Japan Times, des recherches récentes ont montré que la quantité de cendres rejetées pourrait être 100 fois plus élevée que ce qui était admis jusqu’à présent et boucher les filtres à air. Ainsi, en cas d’éruption, il n’y aurait plus d’électricité et les générateurs diesel de secours seraient inopérants, selon l’autorité de régulation nucléaire qui va imposer de nouveaux filtres. Ikata et Genkai sont les plus à risque.

Cela n’empêche pas les exploitants du nucléaire d’espérer une redémarrage rapide de leurs centrales qui leur ont coûté très cher. Kyûshû Electric annonce un redémarrage des réacteurs n°3 et 4 de sa centrale de Genkaï, dans la province de Saga, au printemps 2018. La compagnie aura alors 4 réacteurs en service, les 2 autres étant à la centrale de Sendaï dans la province de Kagoshima.

Le maire de Ôï, dont la commune dépend financièrement du nucléaire, a donné son feu vert au redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale du même nom. La compagnie a aussi obtenu l’assentiment du gouverneur et de l’assemblée régionale, bien que cela ne soit pas légalement exigé.

Quant à TEPCo et sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, outre le dossier de sûreté des réacteurs 6 et 7, elle devait convaincre de son aptitude à exploiter du nucléaire. Elle s’est engagée, comme le lui demandait la NRA, de renforcer la culture de sûreté en interne. C’est bien la moindre des choses avec l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. La NRA a donc soumis son avis relatif à cette centrale à la consultation du public. Elle va aussi solliciter un engagement similaire du ministère de l’industrie qui supervise la compagnie, nationalisée depuis l’accident. Mais même si le processus réglementaire progresse, les élus locaux ne sont pas convaincus, comme le rapporte le Maïnichi. Le gouverneur de Niigata pense qu’il y faudra encore 3 à 4 ans pour faire la lumière sur l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi et évaluer les conséquences pour Kashiwazaki-Kariwa, un prérequis pour qu’il donne son accord. Même le maire de Kashiwazaki, dont la commune dépend financièrement de TEPCo, a demandé l’arrêt définitif des réacteurs 1 à 5.

Mais c’est sans compter sur les initiatives locales. Reuters parle de révolution silencieuse.

De nombreuses communes japonaises ont créé ou envisagent de créer des régies municipales pour vendre une électricité moins chère que celles des majors du secteur. L’agence Bloomberg, reprise par le Japan Times, présente le cas de Miyama sur l’île de Kyûshû. 20% des 38 000 habitants de la commune se fournissent désormais chez Miyama Smart Energy Co.. L’énergie d’origine renouvelable locale représente 30% de ses ressources. La mairie veut ainsi participer à la transition bas carbone et relocaliser l’économie. Une trentaine d’autres communes proposent un service similaire au Japon et 86 autres envisagent de faire de même, dont des grandes villes comme Kyôto, Sapporo ou Yokohama.

Reuters cite le cas de Higashi-Matsushima, détruite aux trois quart par le tsunami de 2011, qui a mis la transition énergétique au centre de son projet de reconstruction. Elle s’appuie sur une production locale et des réseaux décentralisés pour couvrir 25% des besoins de la commune. Le but est aussi d’être plus résilient en cas de catastrophe naturelle.

Depuis l’ouverture du marché de l’électricité il y a un an, les fournisseurs historiques d’électricité ont perdu 7,4% de leurs clients. C’est TEPCo qui a subi la plus grande perte, avec 10% de ses clients qui sont allés voir ailleurs.

L’utilisation de la biomasse est aussi en plein développement, avec plus de 800 projets pour une capacité totale de 12,4 GW, mais il y a un problème de ressources locales. Voir le graphique de Reuters. Toujours selon Reuters, l’ensemble de ces projets vont consommer 60 millions de tonnes de granulés alors que le Japon n’en produisait que 24 millions en 2014.

23ième report en vue du démarrage de l’usine de retraitement de Rokkashô

L’usine de traitement des combustibles usés de Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, qui aurait dû initialement démarrer en 1997, n’a jamais été mise en service. En novembre 2015, lors du dernier report de la date de mise en service, le propriétaire, Japan Nuclear Fuel Ltd, avait annoncé septembre 2018. Le PDG vient de reconnaître que ce calendrier sera difficile à respecter. Il n’a pas donné de nouvelle date, mais on peut s’attendre à un 23ième report.

Avec déjà 20 ans de retard, il vaudrait mieux abandonner le projet… Surtout qu’il n’y a pas de débouchés pour le plutonium qui pourrait y être extrait. Le surgénérateur Monju a été abandonné définitivement et il n’y a que 5 réacteurs en activité.

Centrale de Kashiwazaki-Kariwa : deux réacteurs autorisés à redémarrer sous condition

L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, s’est réunie à propos des réacteurs 6 et 7 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, située à Niigata, pour lesquels TEPCo a demandé une autorisation de redémarrage. La question est de savoir s’ils satisfont aux nouvelles règles de sûreté mises en place après la catastrophe nucléaire. Il s’agit de deux réacteurs à eau bouillante, comme à Fukushima, alors que les réacteurs autorisés à redémarrer à ce jour sont tous des réacteurs à eau sous pression.

Mais TEPCo n’est pas un exploitant nucléaire comme les autres. De graves lacunes dans sa culture de sûreté ont conduit à la catastrophe nucléaire. Elle a privilégié le profit sur la sûreté en reportant, par exemple, la construction d’une digue contre les tsunamis plus élevée. Avant même la catastrophe, la compagnie avait dû faire face avait vu tout son parc nucléaire arrêté car elle avait falsifié des rapports de sûreté pour faire des économies. Les scandales furent aussi nombreux après la catastrophe.

TEPCo compte sur ces réacteurs pour augmenter ses ressources financières. Mais elle doit démontrer qu’elle peut sécuriser la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, ce qui nécessite des fonds… Une équation impossible à résoudre ! Pour la centrale de Niigata, TEPCo a annoncé devoir dépenser 680 milliards de yens (5,2 milliards d’euros) afin de renforcer sa sûreté.

L’instruction du dossier déposé en septembre 2013 est presque terminée et la NRA doit prendre une décision. L’instruction a été longue et complexe car les mesures mises en place par TEPCo pour faire face à un séisme de grande ampleur étaient lacunaires : elle avait négligé le risque de liquéfaction des sols. Elle s’était aussi trompée sur la résistance sismique d’un bâtiment clé pour la sûreté. La compagnie doit surtout démontrer qu’elle a la culture de sûreté suffisante pour exploiter une centrale nucléaire.

Lors d’une première réunion qui a eu lieu le 6 septembre, la NRA a entériné la dimension technique du dossier relative aux nouvelles règles de sûreté. En revanche, les commissaires n’ont pas réussi à ce mettre d’accord sur l’aptitude de TEPCo à exploiter ces réacteurs en toute sûreté. Alors que la compagnie est exsangue, elle risque de faire passer les profits avant la sûreté.

Le président de la NRA avait déclaré le 10 juillet dernier, que si « TEPCo ne veut ou ne peut pas terminer le démantèlement de Fukushima, elle n’est simplement pas qualifiée pour exploiter Kashiwazaki-Kariwa ». Et d’ajouter qu’il ne voyait pas « TEPCo prendre des initiatives ». Il avait en tête, notamment, l’eau contaminée qui s’accumule sans solution. Le nouveau directoire est aussi source d’inquiétude car il ne connait pas les enjeux auquel il doit faire face. La NRA a donc rédigé une position allant dans le même sens qu’elle a soumise à la compagnie. La réponse est arrivée le 25 d’août : TEPCo s’engage à prendre des initiatives pour les victimes de la catastrophe nucléaire et à démanteler les réacteurs accidentés. Mais le document est essentiellement une déclaration d’intention et ne présente pas grand chose de concret. Il n’aborde pas, par exemple, le problème de l’eau contaminée. Comment garantir ces engagements sur des décennies ? Pour montrer sa bonne volonté, le nouveau PDG a visité la centrale de Fukushima daï-ichi 7 fois depuis qu’il s’est fait sévèrement critiqué par la NRA.

Selon le Maïnichi, la NRA semble avoir une attitude plus conciliante depuis. Lors d’une audition du PDG qui a eu lieu le 30 août, la NRA n’a pas posé de question précise et s’en est tenue à des généralités. Selon un de ses membres, elle n’aurait pas de pouvoir légal à exiger plus de garanties sur le démantèlement avant d’autoriser le redémarrage de deux réacteurs à Kashiwazaki-Kariwa. Même le président de la NRA, qui part à la retraite le 18 septembre prochain, aurait conclu que les circonstances ne permettent pas de s’opposer à la qualification de TEPCo.

C’est lors de la deuxième réunion du 13 septembre que les commissaires de la NRA sont arrivés à une conclusion : la NRA va donner son accord à la condition que TEPCo inscrive dans ses propres règles de sûreté son engagement à mener à bout le démantèlement de Fukushima daï-ichi et de mettre la priorité sur la sûreté. Elle devra ajouter à ses règles de sûreté internes un plan détaillé des procédures mises en place pour garantir la sûreté. Une fois accepté par la NRA, ce plan fera l’objet d’inspections. Le président de la NRA a indiqué, lors de la conférence de presse, que le but est de rendre l’engagement de TEPCo contraignant.

La NRA demande aussi un véritable engagement du ministère de l’industrie à superviser la compagnie et à renforcer ces règles de sûreté. Rappelons que l’Etat japonais est actionnaire majoritaire depuis la catastrophe.

Certains observateurs se demandent si la NRA n’a pas tout fait pour obtenir un accord avant le départ à la retraite de son premier président, Shun’ichi Tanaka, qui part à la retraite après un mandat de 5 ans. Les pressions extérieures ont dû aussi être très fortes. Beaucoup doutent de la capacité de TEPCo à se réformer en profondeur afin de devenir un exploitant responsable. L’évaluation de ses engagements à se réformer est aussi difficile à mettre en œuvre car cela repose sur des critères subjectifs.

La NRA doit encore formaliser son avis et le soumettre à l’avis du public.

Notons que le gouverneur actuel est opposé à ce redémarrage. Même s’il n’a légalement pas son mot à dire, il est politiquement difficile de passer outre son avis. Et le maire de Kashiwazaki, qui lui a un pouvoir de véto, a aussi mis des conditions à son accord.

Les réacteurs 6 et 7 de Kashiwazaki-Kariwa ont été mis en service en 1996 et 1977 respectivement. Ils ont une puissance de 1 360 MWhe chacun.

Quel avenir pour le réacteur n°2 de Tôkaï ?

La Japan Atomic Power Co. (JAPC) est un peu particulière : c’est une filiale de cinq grandes compagnies d’électricité qui exploitait trois réacteurs nucléaires et revendait la production aux maisons mères. TEPCo en est le premier actionnaire…

Son réacteur Tsuruga 1, situé dans la province de Fukui, tout comme Tôkaï 1, situé dans celle d’Ibaraki, ont été arrêtés définitivement. La compagnie n’a pas renoncé à redémarrer un jour le réacteur Tsuruga 2, bien que l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, ait estimé que la faille sismique qui passe en dessous est active. Cela interdit toute remise en service.

Il ne lui reste que le réacteur n°2 de Tôkaï, dans la province d’Ibaraki, qui est vétuste. La JAPC a déposé une demande d’autorisation pour le redémarrer et espère l’exploiter jusqu’à ses 60 ans, bien que cela relève de l’acharnement thérapeutique et, selon l’Asahi, TEPCo pourrait participer au financement des travaux alors que la compagnie ne peut même pas financer ses propres travaux de démantèlement et les indemnisations sans une aide financière de l’Etat. La décision sera prise en 2018.

La JAPC joue gros pour sa survie, mais il est loin d’être acquis qu’elle obtienne un feu vert des autorités. Alors les banques rechignent à lui prêter de l’argent. TEPCo et Tôhoku Electric, qui rachetaient le courant de Tôkaï pour le commercialiser, pourraient se porter garants, voire même prêter l’argent. Un vieux réacteur, qui a plus de 40 ans, avec des câbles à l’isolant inflammable et les investissements massifs nécessaires pour la remettre aux normes, est leur seul espoir de nucléaire, cela en dit long sur l’état de cette industrie au Japon…

Les élections pour le poste de gouverneur de la province d’Ibaraki viennent d’avoir lieu. Le gouverneur sortant, qui briguait un 7ième mandat afin de battre le record du Japon, malgré ses 71 ans, vient d’être battu par son principal concurrent, qui était soutenu par les partis de de la majorité gouvernementale. Le gouverneur défait avait fait de son opposition au redémarrage de Tôkaï 2 un de ses arguments électoraux. Mais cela n’a pas suffit. Le vainqueur a été très ambigu sur le nucléaire.

TEPCo n’est pas dans une situation plus favorable pour ses propres réacteurs. Le président de l’Autorité de Régulation Nucléaire a réaffirmé, dans une récente interview, qu’il s’opposerait au redémarrage de ses réacteurs tant que la compagnie n’aurait pas fait de progrès dans la maîtrise des réacteurs accidentés de Fukushima daï-ichi. Selon l’Asahi, un des maires locaux ne donnera son consentement au redémarrage des réacteurs 6 et 7 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, située dans la province de Niigata, que si la compagnie ferme définitivement les réacteurs 1 à 5. Pense-t-elle avoir plus de chance avec le réacteur de Tôkaï ?

Révision du plan stratégique énergétique

Le ministre de l’industrie a ouvert les discussions de révision du plan stratégique énergétique du Japon, en précisant que les fondamentaux resteraient inchangés. Pourtant, le plan actuel, qui date de 2015, est complètement irréaliste : il prévoit que la part du nucléaire sera de 20 à 22% en 2030, ce qui correspond à une trentaine de réacteurs, alors que seuls 5 sur 54 avant la catastrophe ont redémarré. Cela signifie aussi étendre leur durée de vie ou en construire de nouveaux. Il y a un an, lors des premières discussions, il était pourtant question de réduire la part du nucléaire… La part du nucléaire dans la production d’électricité était 29% en 2010.

Lors d’une récente réunion de travail, le village nucléaire en a profité pour réclamer la construction de nouveaux réacteurs, alors que c’est une industrie moribonde au Japon et que la population y est opposée. Le ministre y est aussi opposé car il sait que ce n’est pas tenable politiquement. Il préfère favoriser le redémarrage des réacteurs actuels.

D’ailleurs, le système de financement actuel encourage la prolongation de la durée des réacteurs alors que la loi stipule que la durée de vie d’un réacteur est de quarante ans, sauf exception. Selon le Japan Times, les communes qui hébergent des réacteurs de plus de 40 ans ont droit à 100 millions de yens supplémentaires par an. Le Japon a plusieurs réacteurs de plus de 40 ans : un a été détruit à Fukushima, 5 vont être démantelés (Mihama 1 et 2 à Fukui et Tsuruga 1 à Fukui, Shimané 1 et Genkaï 1 à Saga) et une demande de prolongation a été acceptée pour les réacteurs 1 et 2 de Takahama, ainsi que le 3 de Mihama. Ce système de soutien financier supplémentaire date de 2010. Il va être difficile de revenir en arrière, mais ce point ne sera pas abordé dans la révision du plan stratégique.

Par ailleurs, le plan actuel fait la part belle au charbon, malgré les timides engagements du Japon au sommet de Paris sur le climat, dont il fini par ratifier l’accord après avoir traîné des pieds. Il y a environ 150 centrales à charbon au Japon, qui fournissent environ 32% de l’électricité. C’est déjà plus que l’objectif fixé pour 2030. Pourtant, une quarantaine de nouvelles centrales à charbon sont en projet actuellement. Le précédent ministre de l’environnement a dû rappeler que le Japon ne pourra jamais atteindre ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre et avait demandé une réévaluation du projet de Taketoyo Thermal Power Station dans la province d’Aïchi et la fermeture d’anciennes centrales.

Par ailleurs, des citoyens continuent d’investir dans les énergies renouvelables. Il y a désormais un millier d’installations mises en service avec le soutien des riverains, selon le Maïnichi. C’est dans la province de Nagano qu’il y en a le plus. Leur production atteindrait 89 MWhe. D’autres projets sont en cours de développement. Mais les compagnies d’électricité rechignent à racheter ce courant comme elles le devraient, ce qui freine le développement de ces projets. C’est un sujet qui pourrait être abordé par le nouveau plan stratégique…