Le déblaiement du réacteur n°3 prend du retard

Le déblaiement des débris du réacteur n°3 prend du retard, ce qui retarde la construction du nouveau bâtiments pour retirer les combustibles usés de la piscine.

Le retrait des combustibles aurait dû commencer en janvier 2018. Au tout début, TEPCo devait commencer en 2015. On ne connait pas encore le nouveau planning. En revanche, TEPCo a communiqué sur l’arrivée des premiers éléments du nouveau bâtiment, avec photos et vidéo.

Les débits de dose sur le site sont ici. Il y a jusqu’à 2,6 mSv/h à proximité du réacteur n°3.

TEPCo a fini de retirer les panneaux de la structure qui protégeait le réacteur n°1

TEPCo a mis en ligne des photos et une vidéo du retrait du dernier des 18 panneaux latéraux de la structure qui protégeait le réacteur n°1. D’une masse de 20 tonnes, ils sont retirés par une grue télécommandée car le débit de dose à proximité y est trop élevé. Les travaux de retrait avaient débuté en octobre 2014 pour le toit et le 13 septembre dernier pour les façades.

La compagnie va maintenant retirer les débris qui couvrent la partie supérieure du réacteur et la piscine de combustibles usés, reconstruire une nouvelle structure et retirer les 392 assemblages de combustible. Evidemment, suite au scandale engendré par les rejets de poussières radioactives lors des travaux de déblaiement du réacteur n°3 (voir notre bilan des quatre ans à ce propos, ainsi que celui pour les cinq ans), TEPCo communique sur les actions mises en place pour prévenir d’autres rejets similaires.

Le retrait des combustibles de la piscine devrait débuter avant mars 2021.

Le coût du démantèlement des 6 réacteurs de Fukushima daï-ichi va dépasser largement les 18 milliards d’euros

Le gouvernement, qui a nationalisé TEPCo en 2012 pour lui éviter la faillite, veut se désengager, mais cela n’est pas facile tant les conditions sont difficiles. Un groupe d’experts du ministère de l’industrie a tenté d’estimer le coût du démantèlement des 6 réacteurs de la centrale de Fukushima daï-ichi en incluant la gestion de l’eau contaminée.

Il n’y est pas arrivé, mais la facture va largement dépasser les 2 000 milliards de yens (18 milliards d’euros) annoncés en 2013, auxquels il faut ajouter l’indemnisation, la décontamination, les aides économiques… Aucun chiffre n’est avancé pour l’instant.

Rappelons qu’en 2013, le gouvernement avait estimé à 5 400 milliards de yens les indemnisations (47,4 milliards d’euros), 2 500 milliards de yens la décontamination (22 milliards d’euros), 1 100 milliards de yens la gestion des déchets engendrés par la catastrophe (9,6 milliards d’euros… Il avait donc prévu d’avancer 9 000 milliards de yens à TEPCo (79 milliards d’euros). Il est admis officiellement maintenant que cela ne suffira pas et que la catastrophe coûtera beaucoup plus.

Les autorités n’ont jamais publié d’étude complète sur le coût déjà engagé de cette catastrophe encore en cours. Le démantèlement, ou plutôt la réduction de la menace des réacteurs accidentés, a déjà coûté 80 milliards de yens ces trois dernières années (plus de 700 millions d’euros).

La question est comment limiter la part payée par les contribuables. Une nouvelle réforme de TEPCo est envisagée, mais les perspectives de profit sont limitées. Le principal espoir de la compagnie est le redémarrage de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, mais ce n’est pas gagné car les réacteurs ne sont pas assez sûrs pour le moment. Il y a aussi la culture de sûreté à améliorer. Le nouveau gouverneur de Niigata sera intransigeant. Il l’a réaffirmé le jour de sa prise de fonction.

Le ministère a proposé quatre scénarios au groupe d’experts :

  • le gouvernement prend en charge le coût du démantèlement et des déchets de Fukushima daï-ichi ;
  • de l’argent public est avancé et TEPCo devra rembourser sur le long terme, ce qui implique un contrôle prolongé de l’Etat sur la compagnie ;
  • TEPCo est liquidée et les débiteurs ne sont pas remboursés ;
  • une nouvelle réforme de TEPCo augmente sa profitabilité afin de lui permettre de financer le démantèlement.

C’est cette dernière option qui a eu les faveurs du groupe d’experts et la piste proposée est de séparer l’activité nucléaire du reste de la compagnie afin de la vendre ou de la fusionner avec celle d’autres compagnies. Le but est d’accélérer le redémarrage d’un ou deux réacteurs de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa en regagnant la confiance du public et des élus locaux. TEPCo a déjà noué des alliances avec d’autres compagnies pour d’autres divisions. Pour le nucléaire, cela va être plus difficile car ce n’est pas qu’un problème d’image et de confiance. Les réacteurs ne sont pas autorisés à redémarrer pour l’instant.

Qui va payer le démantèlement des réacteurs nucléaires japonais ?

Le gouvernement veut faire porter les coûts du démantèlement des réacteurs nucléaires par tous les usagers en taxant la distribution d’électricité. Les nouveaux entrants sur le marché libéralisé devront alors payer aussi et ils reporteront la taxe sur les consommateurs.

Le dossier avance et les conclusions semblent dépendre des journaux. Le Yomiuri, journal conservateur qui s’est fait le porte-parole du village nucléaire japonais, titre que les exploitants du nucléaire devront payer pour le démantèlement de leurs installations et que les nouveaux entrants sont exemptés. Le Maïnichi, qui prend régulièrement position contre le nucléaire, titre, quant à lui, que les nouveaux entrants devront probablement mettre la main à la poche. Qui croire ?

Actuellement, les exploitants du nucléaire doivent provisionner le coût du démantèlement et de la gestion des déchets radioactifs. Ils ont cinquante ans pour cela : 40 années d’exploitation du réacteur plus 10 années après la mise à l’arrêt définitif. Le coût total du démantèlement, si l’on exclut les 4 réacteurs accidentés de Fukushima daï-ichi, s’élèverait à 2 900 milliards de yens (25,4 milliards d’euros). Les provisions n’atteignent pas cette somme : il manque quelques 1 200 milliards de yens (10,5 milliards d’euros) selon le Yomiuri.

L’article du Yomiuri explique que le gouvernement a réaffirmé la responsabilité des exploitants dans le démantèlement et son financement, avec un « mais » pour les réacteurs qui ont été arrêtés suite à l’introduction de mesures de sûreté plus strictes après la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima. Pour ces cas là, comme l’explique le Maïnichi, les nouveaux entrants sur le marché de l’électricité devront aussi contribuer à la facture. Cela concerne 6 réacteurs pour le moment (les n°1 et 2 de Mihama, les n°1 de Tsuruga, de Genkaï, de Shimané et de Ikata). Ce sera plus dans l’avenir puisque une grande partie du parc pourrait ne pas être autorisée à redémarrer. Le système actuel est maintenu pour les réacteurs qui ont redémarré ou qui devraient y être autorisés. Initialement, les nouveaux entrants auraient dû aussi contribuer à la provision pour le démantèlement futur. Le gouvernement a reculé sur ce dernier point.

Enfin, pour les réacteurs accidenté de Fukushima, ce sera un autre mécanisme de financement.

Le nombre de violations du droit du travail reste élevé sur les chantiers avec exposition aux rayonnements

Zerutech Tôhoku, une compagnie de Nihonmatsu, vient d’être épinglée par l’inspection du travail de Fukushima pour avoir émis de faux certificats de formation avant envoi de travailleurs sur des chantiers de décontamination. Elle a reconnu les faits.

Les travailleurs employés sur ces chantiers doivent recevoir une formation de 5h30 sur les risques liés aux rayonnements et les mesures de protection à prendre. Il n’y a pas d’évaluation après, ni de certificat à montrer aux commanditaires.

Le PDG de la compagnie, qui a été fondée en mars 2015 et qui intervient au quatrième niveau de sous-traitance à proximité de la ville de Fukushima, explique à l’Asahi qu’il a dû embaucher beaucoup de monde en peu de temps après avoir obtenu la décontamination d’un grand territoire. Entre 100 et 150 faux certificats ont été découverts. La compagnie a aussi émis 7 autres types de certificats nécessaires à l’utilisation d’une tronçonneuse ou d’autres appareils présentant des risques.

Le ministère du travail a publié un bilan des violations du droit du travail sur le chantier de la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination, entre janvier et juin 2016. Le document en anglais, repéré par Enerwebwatch, montre que le nombre de violations baisse très lentement.

Ainsi, 118 compagnies intervenant à la centrale de Fukushima daï-ichi ont été contrôlées et 53 (ou 44,9%) avaient violé le droit du travail. Ce taux était de 54% en 2015. Le nombre total de violations est de 94 : 16 concernent la sécurité et la santé au travail et 78, les conditions de travail (salaire, primes de risque, temps de travail…).

506 compagnies intervenant sur des chantiers de décontamination ont aussi été contrôlées et 271 d’entre elles, ou 53,6%, ont violé le droit du travail. Ce taux était de 64,6% en 2015. Le nombre total de violations est de 416 : 252 concernent la sécurité et la santé au travail et 164, les conditions de travail (salaire, primes de risque, temps de travail…).

Le rapport donne des détails sur le type de violations relevées.

Environ 880 tonnes de corium très radioactifs dans les réacteurs 1 à 3

L’International Research Institute for Nuclear Decommissioning a fait une estimation de la quantité de corium dans les réacteurs 1 à 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi, où il y a eu fusion des cœurs. Le corium est ce mélange très fortement radioactif de combustible fondu et de débris. Le document présenté au public est ici en japonais. Le Fukushima Minpo y consacre un article en anglais.

L’estimation est basée sur des simulations de l’accident et des observations avec les muons, notamment. Il ressort de ces calculs, que la masse totale de corium est comprise

  • entre 232 et 357 tonnes, avec une valeur nominale à 279 tonnes pour le réacteur n°1 ;
  • entre 189 et 390 tonnes, avec une valeur nominale à 237 tonnes pour le réacteur n°2 ;
  • et entre 188 et 394 tonnes, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium.

La quantité de combustible était de 69 tonnes dans le réacteur n°1 et de 94 tonnes dans chacun des réacteurs 2 et 3. Selon les réacteurs, les coriums sont donc de 2,5 à 4 fois plus massiques que le combustible, en retenant les valeurs nominales.

La somme des quantités nominales de corium fait 880 tonnes. C’est 3,4 fois plus que le combustible qu’il y avait dans ces réacteurs.

Pour les réacteurs 1 et 3, le combustible et l’acier représenteraient environ 30% de la masse chacun et le béton, 40%. Pour le réacteur n°2, le combustible et l’acier feraient un total de 70% de la masse totale, le reste étant du béton.

Contrôle de la cheminée de rejet

Les cheminées de rejet sont assez instables en cas de séisme et leur contamination très élevée. Il n’est donc pas facile de les démanteler, même avec des robots.

TEPCo a utilisé des drones pour faire des mesures de radioactivité au niveau de la cheminée commune aux réacteurs n°1 et 2. Quand elle a envoyé un drone dans la cheminée, elle s’est rendue compte qu’une barre empêchait l’engin de descendre plus bas qu’à 10-20 m sous l’embouchure. C’est assez incroyable que la compagnie ne savait pas que cette barre existait et qu’elle ne peut pas donner sa position plus précisément.

TEPCo n’a mis que deux images en ligne avec un commentaire laconique. Et aucun résultat de mesure de débit de dose n’est donné. La transparence progresse…

Des images des drones avaient été publiées en septembre dernier.

Vidéo du démantèlement du réacteur n°1

TEPCo a mis en ligne une vidéo prise par un drone du retrait d’un des panneaux latéraux du réacteur n°1. Les huit panneaux supérieurs son maintenant retirés.

Ces drones avaient pris des images de la cheminée de rejet commune aux réacteurs 1 et 2. Elle très contaminée et son démantèlement est complexe.

Coût de la catastrophe nucléaire et du démantèlement : le gouvernement persiste à vouloir faire payer tout le monde

Les coûts de la catastrophe de Fukushima s’envolent et il y a le démantèlement de nombreux autres réacteurs nucléaires. Les exploitants du nucléaire financent un fond qui contribue à payer une partie de ces coûts. Le gouvernement persiste à vouloir faire payer tous les usagers en prélevant sur le transport de l’électricité afin que les nouveaux entrants sur le marché payent aussi.

Selon l’Asahi, les coûts du démantèlement des réacteurs accidentés de Fukushima pourraient passer de 2 000 à 6 000 milliards de yens (17,7 à 53 milliards d’euros) qui reprend des chiffres internes du ministère de l’industrie. Il y a aussi 3 000 milliards de yens (26,5 milliards d’euros) pour l’indemnisation des personnes évacuées et 1 300 milliards de yens (11,5 milliards d’euros) pour le démantèlement des autres réacteurs. Cela fait 8 300 milliards de yens (73,5 milliards d’euros) en plus des 2 000 milliards déjà prévus qui devraient être à la charge de tous les consommateurs au prétexte qu’ils ont bénéficié du nucléaire. On ne leur avait pas demandé leur avis…

Moody’s avait récemment estimé le coût direct de l’accident à plus de 11 200 milliards de yens (plus de 100 milliards d’euros). Le Financial Times était arrivé à une facture similaire, en ajoutant que TEPCo n’en payera que 20%.

Ce choix gouvernemental est contesté, même dans la majorité au pouvoir. Pour le moment, les nouveaux entrant sur le marché de l’électricité n’ont réussi à attirer que 2% des foyers.

Un groupe de travail a été mis en place sur le coût de l’accident suite à la demande de TEPCo de bénéficier de plus d’aides financières. Il devrait débuter ses travaux en octobre prochain et rendre son rapport en mars 2017. La loi pourrait être modifiée par la suite, dans le courant de l’année 2017.

Arrêt définitif de Monju : comment ne pas perdre la face ?

Le gouvernement s’est réuni pour décider du sort du surgénérateur Monju qui n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994 et a déjà coûté plus de 1 000 milliards de yens (8 milliards d’euros) d’argent public. Cela fait la bagatelle de 4 milliards de yens (36 millions d’euros) par jour de fonctionnement ! En plus, la culture de sûreté y est défaillante et l’Autorité de régulation nucléaire a demandé au gouvernement de trouver un autre exploitant. Tout le village nucléaire vante intérêt de ce réacteur, mais personne ne veut le reprendre. Il ne reste plus qu’à l’arrêter définitivement et lancer son démantèlement, comme l’annoncent les médias japonais. Mais, ni le gouvernement, ni le village nucléaire ne veulent perdre la face. Alors on réfléchit à la communication.

A l’issue de la réunion, le gouvernement s’est mis d’accord pour conclure d’ici la fin de l’année et de revoir entièrement sa politique. Il a aussi réaffirmé sa volonté de « recycler » les combustibles usés. C’est aussi un échec pour le moment puisque l’usine d’extraction du plutonium n’a jamais marché et que presque tout le parc nucléaire japonais est à l’arrêt. Le gouvernement veut aussi maintenir la recherche sur les générateurs dits de génération IV en collaboration avec la France. Ils doivent aboutir dans 50 ans, ce qui fera plus de 100 ans de R&D. Une technologie d’avenir qui le restera ! Et puis, il faudra aller expliquer ce revirement aux élus locaux. Le maire de Tsuruga et le gouverneur de Fukui se sont dit déçus. Le gouvernement aurait assuré le maire, la veille, que rien n’était décidé…

Selon le Maïnichi, il y a un fort désaccord en entre le ministère de l’industrie qui estime que ce ne n’est pas plus cher de construire un nouveau prototype plus moderne que de maintenir Monju. Mais le ministère de la recherche, qui en avait la charge, tient à son réacteur défaillant. Selon l’Asahi, il a donc critiqué la collaboration avec la France sur Astrid, le prototype français dans les cartons du CEA, en expliquant que Superphénix est aussi un échec et que le Japon risquait de devenir la vache à lait du projet dont les coûts et les délais pourraient exploser. La première conséquence de cet échec patent, est que lee gouvernement va devoir revoir toute sa politique du plutonium, matière hautement proliférante.

Dans un éditorial, le Yomiuri, qui se positionne en porte-parole du village nucléaire japonais, demande que l’arrêt définitif de Monju ne rompt pas le cycle du combustible. Pas de risque puisque ce cycle est inexistant !

De son côté, un syndicats a interrogé des employés de JAEA, l’exploitant de Monju, qui se révèlent être très critiques. Selon le Maïnichi, qui reprend les résultats du sondage, plus de la moitié (57,7%) estime que ce réacteur doit être arrêté définitivement. Ils ne sont que 8,5% à le défendre. A noter que sur les 234 adhérents interrogés, seulement 71 ont répondu. Aucun d’entre eux ne travaille à Monju. Un autre syndicat a sondé ses adhérents travaillant à Monju, mais n’a pas publié les résultats…

Quel gâchis d’argent public ! Dans un éditorial, l’Asahi appelle à l’arrêt définitif de ce réacteur, bien entendu, mais aussi à la réforme du système qui a permis cette gabegie.

Une manifestation anti-nucléaire a rassemblé environ 9 500 personnes à Tôkyô pour réclamer l’arrêt définitif de Monju et de tous les réacteurs nucléaires.