Centrale de Kashiwazaki-Kariwa : deux réacteurs autorisés à redémarrer sous condition

L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, s’est réunie à propos des réacteurs 6 et 7 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, située à Niigata, pour lesquels TEPCo a demandé une autorisation de redémarrage. La question est de savoir s’ils satisfont aux nouvelles règles de sûreté mises en place après la catastrophe nucléaire. Il s’agit de deux réacteurs à eau bouillante, comme à Fukushima, alors que les réacteurs autorisés à redémarrer à ce jour sont tous des réacteurs à eau sous pression.

Mais TEPCo n’est pas un exploitant nucléaire comme les autres. De graves lacunes dans sa culture de sûreté ont conduit à la catastrophe nucléaire. Elle a privilégié le profit sur la sûreté en reportant, par exemple, la construction d’une digue contre les tsunamis plus élevée. Avant même la catastrophe, la compagnie avait dû faire face avait vu tout son parc nucléaire arrêté car elle avait falsifié des rapports de sûreté pour faire des économies. Les scandales furent aussi nombreux après la catastrophe.

TEPCo compte sur ces réacteurs pour augmenter ses ressources financières. Mais elle doit démontrer qu’elle peut sécuriser la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, ce qui nécessite des fonds… Une équation impossible à résoudre ! Pour la centrale de Niigata, TEPCo a annoncé devoir dépenser 680 milliards de yens (5,2 milliards d’euros) afin de renforcer sa sûreté.

L’instruction du dossier déposé en septembre 2013 est presque terminée et la NRA doit prendre une décision. L’instruction a été longue et complexe car les mesures mises en place par TEPCo pour faire face à un séisme de grande ampleur étaient lacunaires : elle avait négligé le risque de liquéfaction des sols. Elle s’était aussi trompée sur la résistance sismique d’un bâtiment clé pour la sûreté. La compagnie doit surtout démontrer qu’elle a la culture de sûreté suffisante pour exploiter une centrale nucléaire.

Lors d’une première réunion qui a eu lieu le 6 septembre, la NRA a entériné la dimension technique du dossier relative aux nouvelles règles de sûreté. En revanche, les commissaires n’ont pas réussi à ce mettre d’accord sur l’aptitude de TEPCo à exploiter ces réacteurs en toute sûreté. Alors que la compagnie est exsangue, elle risque de faire passer les profits avant la sûreté.

Le président de la NRA avait déclaré le 10 juillet dernier, que si « TEPCo ne veut ou ne peut pas terminer le démantèlement de Fukushima, elle n’est simplement pas qualifiée pour exploiter Kashiwazaki-Kariwa ». Et d’ajouter qu’il ne voyait pas « TEPCo prendre des initiatives ». Il avait en tête, notamment, l’eau contaminée qui s’accumule sans solution. Le nouveau directoire est aussi source d’inquiétude car il ne connait pas les enjeux auquel il doit faire face. La NRA a donc rédigé une position allant dans le même sens qu’elle a soumise à la compagnie. La réponse est arrivée le 25 d’août : TEPCo s’engage à prendre des initiatives pour les victimes de la catastrophe nucléaire et à démanteler les réacteurs accidentés. Mais le document est essentiellement une déclaration d’intention et ne présente pas grand chose de concret. Il n’aborde pas, par exemple, le problème de l’eau contaminée. Comment garantir ces engagements sur des décennies ? Pour montrer sa bonne volonté, le nouveau PDG a visité la centrale de Fukushima daï-ichi 7 fois depuis qu’il s’est fait sévèrement critiqué par la NRA.

Selon le Maïnichi, la NRA semble avoir une attitude plus conciliante depuis. Lors d’une audition du PDG qui a eu lieu le 30 août, la NRA n’a pas posé de question précise et s’en est tenue à des généralités. Selon un de ses membres, elle n’aurait pas de pouvoir légal à exiger plus de garanties sur le démantèlement avant d’autoriser le redémarrage de deux réacteurs à Kashiwazaki-Kariwa. Même le président de la NRA, qui part à la retraite le 18 septembre prochain, aurait conclu que les circonstances ne permettent pas de s’opposer à la qualification de TEPCo.

C’est lors de la deuxième réunion du 13 septembre que les commissaires de la NRA sont arrivés à une conclusion : la NRA va donner son accord à la condition que TEPCo inscrive dans ses propres règles de sûreté son engagement à mener à bout le démantèlement de Fukushima daï-ichi et de mettre la priorité sur la sûreté. Elle devra ajouter à ses règles de sûreté internes un plan détaillé des procédures mises en place pour garantir la sûreté. Une fois accepté par la NRA, ce plan fera l’objet d’inspections. Le président de la NRA a indiqué, lors de la conférence de presse, que le but est de rendre l’engagement de TEPCo contraignant.

La NRA demande aussi un véritable engagement du ministère de l’industrie à superviser la compagnie et à renforcer ces règles de sûreté. Rappelons que l’Etat japonais est actionnaire majoritaire depuis la catastrophe.

Certains observateurs se demandent si la NRA n’a pas tout fait pour obtenir un accord avant le départ à la retraite de son premier président, Shun’ichi Tanaka, qui part à la retraite après un mandat de 5 ans. Les pressions extérieures ont dû aussi être très fortes. Beaucoup doutent de la capacité de TEPCo à se réformer en profondeur afin de devenir un exploitant responsable. L’évaluation de ses engagements à se réformer est aussi difficile à mettre en œuvre car cela repose sur des critères subjectifs.

La NRA doit encore formaliser son avis et le soumettre à l’avis du public.

Notons que le gouverneur actuel est opposé à ce redémarrage. Même s’il n’a légalement pas son mot à dire, il est politiquement difficile de passer outre son avis. Et le maire de Kashiwazaki, qui lui a un pouvoir de véto, a aussi mis des conditions à son accord.

Les réacteurs 6 et 7 de Kashiwazaki-Kariwa ont été mis en service en 1996 et 1977 respectivement. Ils ont une puissance de 1 360 MWhe chacun.

Quel avenir pour le réacteur n°2 de Tôkaï ?

La Japan Atomic Power Co. (JAPC) est un peu particulière : c’est une filiale de cinq grandes compagnies d’électricité qui exploitait trois réacteurs nucléaires et revendait la production aux maisons mères. TEPCo en est le premier actionnaire…

Son réacteur Tsuruga 1, situé dans la province de Fukui, tout comme Tôkaï 1, situé dans celle d’Ibaraki, ont été arrêtés définitivement. La compagnie n’a pas renoncé à redémarrer un jour le réacteur Tsuruga 2, bien que l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, ait estimé que la faille sismique qui passe en dessous est active. Cela interdit toute remise en service.

Il ne lui reste que le réacteur n°2 de Tôkaï, dans la province d’Ibaraki, qui est vétuste. La JAPC a déposé une demande d’autorisation pour le redémarrer et espère l’exploiter jusqu’à ses 60 ans, bien que cela relève de l’acharnement thérapeutique et, selon l’Asahi, TEPCo pourrait participer au financement des travaux alors que la compagnie ne peut même pas financer ses propres travaux de démantèlement et les indemnisations sans une aide financière de l’Etat. La décision sera prise en 2018.

La JAPC joue gros pour sa survie, mais il est loin d’être acquis qu’elle obtienne un feu vert des autorités. Alors les banques rechignent à lui prêter de l’argent. TEPCo et Tôhoku Electric, qui rachetaient le courant de Tôkaï pour le commercialiser, pourraient se porter garants, voire même prêter l’argent. Un vieux réacteur, qui a plus de 40 ans, avec des câbles à l’isolant inflammable et les investissements massifs nécessaires pour la remettre aux normes, est leur seul espoir de nucléaire, cela en dit long sur l’état de cette industrie au Japon…

Les élections pour le poste de gouverneur de la province d’Ibaraki viennent d’avoir lieu. Le gouverneur sortant, qui briguait un 7ième mandat afin de battre le record du Japon, malgré ses 71 ans, vient d’être battu par son principal concurrent, qui était soutenu par les partis de de la majorité gouvernementale. Le gouverneur défait avait fait de son opposition au redémarrage de Tôkaï 2 un de ses arguments électoraux. Mais cela n’a pas suffit. Le vainqueur a été très ambigu sur le nucléaire.

TEPCo n’est pas dans une situation plus favorable pour ses propres réacteurs. Le président de l’Autorité de Régulation Nucléaire a réaffirmé, dans une récente interview, qu’il s’opposerait au redémarrage de ses réacteurs tant que la compagnie n’aurait pas fait de progrès dans la maîtrise des réacteurs accidentés de Fukushima daï-ichi. Selon l’Asahi, un des maires locaux ne donnera son consentement au redémarrage des réacteurs 6 et 7 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, située dans la province de Niigata, que si la compagnie ferme définitivement les réacteurs 1 à 5. Pense-t-elle avoir plus de chance avec le réacteur de Tôkaï ?

Nouveaux scénarios pour la fusion du cœur et pour le retrait du corium

Les images récentes rapportées par un robot dans l’enceinte de confinement du réacteur n°3 ont conduit TEPCo à revoir le scénario de fusion du cœur. Le combustible en fusion s’était accumulé au fond de la cuve en acier, épais de 14 cm, et l’aurait percée avant de s’écouler dans l’enceinte de confinement. Mais les images de stalactites le long des rails des barres de contrôle conduisent TEPCo à envisager maintenant que le fond de la cuve n’aurait peut-être pas fondu et que le combustible en fusion se serait écoulé via les trous de passage des barres de contrôle.

Le retrait du corium accumulé au fond de l’enceinte de confinement, mais aussi probablement accroché un peu partout, reste le plus grand défi auquel fait face TEPCo. La compagnie avait initialement envisagé de noyer l’enceinte de confinement afin de réduire les doses lors du retrait du corium par des robots. Mais comme elle est percée et que l’eau contaminée s’écoule dans les sous-sols, ce n’est pas très réaliste. Les espoirs de boucher les fuites se sont aussi réduit.

La Nuclear Damage Compensation and Decommissioning Facilitation Corporation, qui est l’organe gouvernemental en charge de l’avance sur paiement et qui supervise les travaux de démantèlement, a officiellement abandonné cette idée. Le nouveau plan est d’introduire latéralement un bras télescopique et des robots chargés de retirer d’abord le corium qui est au fond de l’enceinte de confinement tout en aspergeant de l’eau sur ces débris. Mais il n’y a pas de solution pour réduire le débit de dose ambiant qui menace même les robots et prévenir la dispersion de poussières très radioactives. Une idée est de réduire la pression à l’intérieur, mais il n’est pas sûr que ce soit possible. Des solutions devraient être apportées en septembre prochain.

Les déchets très radioactifs seront mis en fûts et entreposés sur le site de la centrale en attendant mieux, car le Japon n’a pas de filière de stockage de ce type de déchets pour le moment.

Les travaux devraient officiellement débuter en 2021, ce qui semble plutôt optimiste.

Installation du dôme qui couvre le réacteur n°3

TEPCo a mis en ligne deux séries de photographies montrant la mise en place d’éléments du dôme qui recouvre le réacteur n°3, accompagnées de deux vidéos : accès à la première série et à la deuxième. Il s’agit du premier tronçon sur huit. Les images permettent de voir que le réacteur n°3 a de nouvelles parois latérales.

Le dôme complet mesure 17 m sur 11 m et pèse 37 tonnes. Le but est de pouvoir retirer les 514 assemblages usés et 52 neufs, dont du MOx qui sont dans la piscine. Les opérations de retrait devraient débuter en avril 2018.

Sur cette photo on voit un être humain sur le toit du réacteur n°3 alors que les débits de dose y sont très élevés. Cela avait même conduit à un report des travaux. Il en est de même pour cette photo. TEPCo ne donne aucune indication sur les doses prises par le personnel.

Du nouveau à propos de l’intérieur des réacteurs 1, 2 et 3

TEPCo a mis en ligne de nouvelles informations relatives à l’intérieur des enceintes de confinement des réacteurs 1, 2 et 3.

Recherche du corium dans le réacteur n°1

TEPCo a analysé les images et les mesures de débit de dose prises en mars dernier dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1 à l’aide d’un robot. Un premier bilan avait alors été mis en ligne.

La compagnie a utilisé des méthodes de traitement d’image afin d’améliorer l’auscultation des objets observés. Dans ce document, elle présente quelques clichés qui montrent qu’il n’y a pas de dommages majeurs près du point D0 et quelques débris métalliques.

TEPCo a ensuite analysé les débits de dose en fonction de l’épaisseur d’eau qui fait écran en plusieurs points. Elle a d’abord choisi deux points où il n’y a a priori pas de corium, ce mélange de combustible fondu puis solidifié et de débris, mais juste un dépôt essentiellement dominé par le césium-137. Ses calculs peuvent expliquer les mesures faites. Elle a ensuite utilisé ce résultat pour analyser deux autres points où elle soupçonne la présence de corium. Mais, comme elle ne connaît pas l’épaisseur de sédiments qui recouvrent le corium éventuellement présent et qui font écran, elle ne peut rien conclure.

Réévaluation des doses dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2

En janvier et février dernier, TEPCo et ses sous-traitants avaient envoyé des robots ausculter l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°2. Ils avaient rapporté des images et des niveaux de débit de dose record. Les premières images de janvier étaient prises par une simple caméra vers l’entrée et le débit de dose atteignait déjà 73 Sv/h, ce qui est énorme. D’autres images prises sous la cuve à l’aide d’une caméra faisaient apparaître des amas granuleux que TEPCo soupçonnait d’être du corium. Quelques jours plus tard, outre de nouvelles images, TEPCo annonçait des débit de dose record, atteignant 530 Sv/h. Cette évaluation était faite à partir de l’impact des radiations sur les images.

Puis un premier robot nettoyeur n’a tenu que deux heures à l’intérieur de l’enceinte et les débits de dose enregistrés à partir des traces laissées sur les images atteignaient un nouveau record à 650 Sv/h. Le robot scorpion qui a suivi n’a tenu longtemps et n’a rapporté que peu de résultats.

TEPCo avait déjà effectué une « endoscopie » de l’enceinte de confinement du réacteur n°2 en mars 2012 et août 2013. En mars 2012, les débits de doses les plus élevés relevés étaient de 73 Sv/h, ce qui est très élevé, mais moins que les estimations de 2017. En août 2013, TEPCo n’avait pas publié de valeurs.

TEPCo a analysé les débits de dose déduits des traces laissées sur les images lors des dernières explorations et donne de nouveaux chiffres moins élevés. Dans ce document, elle prétend avoir fait une erreur de calibration. Par ailleurs, la calibration a été effectuée avec une source de cobalt-60 alors que le césium-137 domine dans l’enceinte. Cela introduit une autre correction. Ainsi, in fine, les débits de dose à l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°2 sont :

Lieu Valeurs de mars 2017 avant correction Nouvelles valeurs après correction
Echaffaudage 30 Sv/h (10-60) moins de 10 Sv/h
Près des barres de contrôle 530 Sv/h (370-690) 70 Sv/h (50-90)
Sous la cuve 20 Sv/h (0-40) moins de 10 Sv/h
Lors du retrait des sédiments 650 Sv/h (450-850) 80 Sv/h (50-100)

Les valeurs entre parenthèses indiquent l’intervalle d’incertitude. Les valeurs corrigées restent très élevées et peuvent être létales en moins quelques minutes. Le robot envoyé avait aussi des dosimètres intégrateurs qui ont donc donné la dose totale reçue lors de l’exploration. Il se trouve que l’un d’entre eux donnait des valeurs beaucoup plus élevées que les trois autres. En réanalysant les valeurs enregistrées au cours du temps, TEPCo en déduit un débit de dose corrigé de 70 Sv/h contre 210 Sv/h avant correction.

Scan du réacteur n°3 à l’aide de muons cosmiques

Comme pour les deux autres réacteurs accidentés, de TEPCo a effectué une « radio » du cœur du réacteur n°3 en utilisant des muons, qui sont des particules cosmiques très pénétrantes. C’était de février à septembre 2015 pour le réacteur n°1 et de mars à juillet 2016 pour le n°2. Des chercheurs de l’université de Nagoya avaient fait de même pour le réacteur n°2 en 2015. Voir aussi la vidéo pédagogique de TEPCo sur cette technologie.

D’après ce document de présentation des résultats, pour le réacteur n°3, la mesure a débuté en mai 2017. Le corium, très dense, devrait absorber plus les muons. Les images ne mettent pas en évidence de zone absorbante en bas de la cuve et TEPCo en conclut qu’il n’y a pas de grande quantité de corium dans la cuve. Il est cependant possible qu’il en reste un peu. La plus grande partie du corium serait donc dans l’enceinte de confinement, plus bas.

Pour le réacteur n°1, TEPCo avait conclu que la quasi-totalité du combustible en fusion avait percé la cuve. Pour le réacteur n°2, elle avait conclu qu’une petite partie reste dans la cuve. Pour le réacteur n°3, s’il en reste dans la cuve, c’est moins que pour le réacteur n°2.

Les images de l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°3 montrent le corium

Depuis le 19 juillet dernier, TEPCo effectue une inspection de l’enceinte de confinement du réacteur n°3 à l’aide d’un robot. Des images sont mises en ligne sur son site Internet.

L’utilisation des robots dans la centrale accidentée bénéficie d’une communication privilégiée car l’industrie japonaise veut mettre en avant son savoir faire. Dans le cas présent, le robot, présenté en mai dernier, se déplace dans l’eau qui remplit le fond de l’enceinte. Il est équipé de lampes, de deux caméras et d’un dosimètre. La caméra à l’arrière est fixe et celle à l’avant peut pivoter sur 180 degrés. Ce robot doit pouvoir supporter une dose cumulée de 200 Sv, qui serait fatale pour un humain.

Les calculs de TEPCo l’ont conduit à considérer que la quasi-totalité du combustible usé, mélangé à des débris, le fameux corium, est au fond de l’enceinte de confinement, sous plus de 6 m d’eau. Le niveau d’eau y est plus élevé que dans les réacteurs 1 et 2.

Contrairement aux explorations du réacteur 1 en mars dernier et du réacteur 2 en février 2017 par des robots, TEPCo ne publie aucun résultat de mesure de débit de dose. Pour ces deux autres réacteurs, le valeurs extrêmement élevées, avaient été reprises par les médias du monde entier. Cette fois-ci, TEPCO entend mieux contrôler sa communication.

La vidéo diffusée le 19 juillet montre la plongée du robot et met en évidence une eau assez opaque à travers laquelle la visibilité est assez réduite. L’exploration a duré trois heures et a montré qu’un échafaudage métallique installé sous la cuve semble avoir disparu, probablement emporté par le combustible en fusion. La grille de la plateforme aurait dû être sur la partie gauche de cette photo. La compagnie pense pouvoir envoyer le robot plus profondément pour chercher le corium. Voir les explications succinctes de la compagnie.

Le 21 juillet, TEPCo a rendu publique une nouvelle série de photographies et une vidéo  assorties de quelques explications qui confirment la disparition de la grille de l’échafaudage. Les stalactites qui apparaissent à gauche sur cette photo pourraient être du combustible fondu resté pendu sous la cuve à la structure qui conduit les barres de contrôle. Sur cette autre photo, de la matière qui semble avoir fondu avant de solidifier apparaît sur le piédestal en béton qui soutient la cuve. Il se peut qu’elle contienne du combustible. C’est plus clair sur la vidéo où l’on peut voir des amas et de la matière qui pend.

TEPCo devrait indiquer les débits de dose à proximité pour aider à la compréhension et confirmer ses hypothèses.

Le robot submersible a fait une nouvelle plongée plus profonde. Il semble résister plus longtemps aux radiations que ses prédécesseurs.

Le 22 juillet, TEPCo a mis en ligne une troisième série de photographies et une vidéo assorties de quelques explications qui font aussi clairement apparaître de la matière accumulée au fond de l’enceinte de confinement. Sur cette photo, ou cette autre, plus floue, cela ressemble à des sédiments et du gravier. Il y a aussi des morceaux de plateforme et de tuyaux. Tous ces débris contenant le corium auraient une épaisseur de 1 à 2 mètres. La vidéo est assez impressionnante : elle montre clairement débris tombés au fond et la matière plus ou moins granuleuse qui s’y accumule (certaines images sont prises avec la caméra située à l’arrière).

Ces images du corium au fond de l’enceinte de confinement sont une première. Le trouver au fond du réacteur n’est pas une surprise. Mais, s’il y en a aussi un peu partout sous forme de stalactites et d’amas, la reprise de ce matériau extrêmement radioactif sera plus complexe.

TEPCo avait annoncé, en avril 2017, le scan du réacteur n°3 à l’aide de muons, des particules cosmiques particulièrement pénétrantes. La mesure devait débuter en mai et les résultats se font attendre.

Toujours concernant le réacteur n°3, TEPCo a convoyé une partie du nouveau toit à la fin juin. Des images sont en ligne sur son site.

Départ du combustible MOx vers le Japon dans un contexte d’échec de la politique dite de recyclage

Alors que 8 tonnes de combustible MOx quittent le port de Cherbourg à destination de la centrale de Takahama au Japon, qui vient juste d’être remise en service après une longue bataille judiciaire, cette politique d’extraction et de réutilisation du plutonium au Japon ne semble avoir aucun avenir. Le transfert vers le port s’est fait sous un dispositif de sécurité impressionnant : routes fermées, des centaines de gendarmes et CRS, hélicoptère dans les airs… (Voir les photos sur notre fil twitter). La route vers le Japon est secrète, mais il n’y a pas beaucoup de choix possibles. Le voyage devrait durer 2 à 3 mois.

A noter que, selon la télévision publique japonaise, la NHK, les mesures de sécurité renforcées sont dues à la présence d’une poignée de militants anti-nucléaire…

Jusqu’à maintenant, seulement quatre réacteurs ont utilisé du MOx au Japon, dont le n°3 de Fukushima daï-ichi et il était prévu de monter à 16 ou 18 réacteurs. Mais il n’y a que 5 réacteurs en activité actuellement. Comme nous l’avons déjà signalé, le gouvernement japonais aurait distribué plus de 16,2 milliards de yens (127 millions d’euros) en soutien aux pouvoirs locaux pour qu’ils acceptent l’utilisation du combustible MOx.

L’usine d’extraction du plutonium de Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, initialement prévue pour 1997 afin de prendre le relais des contrats étrangers, n’a jamais démarré. Sa date de mise en service a déjà été reportée 22 fois et son coût de construction devrait atteindre 2 900 milliards de yens (22,5 milliards d’euros), soit quatre fois plus que l’estimation initiale, selon Japan Nuclear Fuel Ltd (JNFL) citée par l’Asahi. La dernière augmentation de 750 milliards de yens (presque 6 milliards d’euros) serait due au renforcement de la résistance aux séismes. Si l’on inclut l’exploitation de l’usine pendant 40 ans et son démantèlement, la facture devrait s’élever à 13 900 milliards de yens (108 milliards d’euros).

Tout ça pourquoi ? En France, le MOx entraîne un taux de recyclage des combustibles qui sortent des réacteurs nucléaires inférieur à 1% (lire notre bilan). C’est quasiment 0% au Japon…

En attendant, le stock de combustibles usés s’accumule sans solution en vue au Japon, dans les piscines des centrales nucléaires, ainsi qu’à proximité de l’usine dite de retraitement. Il y a deux volcans dans les environs de Rokkashô, le Towada et le Hokkada. Une coulée pyroclastique a atteint Rokkashô dans le passé. En cas de nouvelle menace volcanique, JNFL n’a rien trouvé de mieux, que de proposer de déplacer les 3 000 tonnes de combustibles usés et autres matières et déchets nucléaires, mais personne ne sait où.

Les électriciens japonais rêvent toujours de nucléaire

Le mois de juin est marqué par les assemblées générales des actionnaires des grandes compagnies d’électricité au Japon. Comme tous les ans, des actionnaires ont déposé, en vain, des résolutions pour demander de se passer du nucléaire. Lors de l’assemblée de Kansaï Electric, le maire de Kyôto a pris la parole pour demander un tel changement de politique énergétique. Un autre actionnaire a souligné le risque lié à la chute d’un missile balistique Nord-coréen, mais les dirigeants ne veulent rien entendre. Ce sont les profits à court terme qui sont mis en avant.

Pour le moment, il n’y a toujours que 5 réacteurs en activité sur 42 restant. 12 ont été détruits ou arrêtés définitivement depuis 2001. Et le contexte national et international n’est pas en faveur d’un redémarrage rapide du parc.

Selon l’Asahi, Heita Kawakatsu, le gouverneur de la province de Hamaoka qui vient d’être réélu pour un troisième mandat, a fait savoir son opposition au redémarrage de la centrale du même nom. Elle avait été arrêtée en mai 2001, sur ordre du premier ministre, en raison de sa proximité avec une faille sismique importante (Nankaï). Le gouverneur n’avait pas pris position durant la compagne électorale et a fait connaître sa position lors d’une conférence de presse le 27 juin dernier, deux jours après le scrutin.

Légalement, les gouverneurs n’ont pas leur mot à dire sur la remise en service d’un réacteur nucléaire, mais la compagnie Chûbu Electric a signé un accord avec les autorités locales.

La Corée du Sud vient de décider de sortir du nucléaire, en arrêtant définitivement le réacteur le plus ancien du pays et le chantier de deux réacteurs en construction. Pour justifier cette décision, le nouveau président, Moon Jae-in, a évoqué la catastrophe de Fukushima et ses conséquences. Un choc pour les autorités japonaises qui, elles, veulent relancer le nucléaire malgré Fukushima. Le président coréen a notamment rappelé que la catastrophe nucléaire avait engendré 1 368 décès à la date de mars 2016, ce qui a provoqué l’ire des autorités japonaises qui ont ressorti leur expression préférée : « rumeurs néfastes ».

Pourtant, le nombre officiel de décès dus à la dégradation des conditions de vie (aggravation de la maladie, suicides…) est de 2 099 à Fukushima, au 28 novembre 2016 (source).

En attendant, un convoi de combustible MOx s’apprête à quitter la France pour la centrale de Takahama qui vient à peine d’être remise en service. Selon Areva, ce transport partira de Cherbourg et sera réalisé par les navires spécialisés Pacific Egret et Pacific Heron, de la compagnie maritime britannique PNTL (Pacific Nuclear Transport Limited) . Selon Greenpeace, le convoi, de 8 tonnes, partirait le 5 juillet 2017.

Le gouvernement japonais rêve toujours d’une politique plutonium, malgré les problèmes insurmontables engendrés et l’absence d’intérêt économique ou en terme de gestion des déchets. Le démantèlement de la première usine de retraitement japonaise, située à Tôkaï-mura, devrait coûter 1 000 milliards de yens (8 milliards d’euros) et prendre 70 ans, sans qu’il y ait de solution pour les déchets engendrés. Et les coûts de maintenance sont de 5 à 6 milliards de yens par an (40 à 50 millions d’euros). Le gouvernement devrait prendre une partie de ces coûts à sa charge. Il ferait mieux de ne pas démarrer sa nouvelle usine de Rokkashô-mura…

Par ailleurs, l’Autorité de Régulation Nucléaire vient d’approuver le plan de démantèlement du réacteur n°1 d’Ikata dans la province d’Ehimé. Le plan de démantèlement a déjà été approuvé pour 5 autres réacteurs au Japon depuis 2001. Shikoku Electric estime à 25 ans le temps pour mener à bien le chantier qui devrait générer 3 000 tonnes de déchets radioactifs et 39 000 tonnes de déchets non classés pour leur radioactivité.

Nouveau plan de financement de la catastrophe nucléaire

Le 10 mai 2017, le parlement japonais a adopté une loi demander qui renforce le contrôle du gouvernement sur TEPCo. La compagnie va devoir provisionner une partie du coût de démantèlement des réacteurs accidentés de Fukushima daï-ichi, estimé à quelques 8 000 milliards de yens (64 milliards d’euros) par les autorités. D’autres estimations donnent des chiffres beaucoup plus élevés. C’est la Nuclear Damage Compensation and Decommissioning Facilitation Corp., l’organisation qui avance l’argent pour les indemnisations et qui soutient le démantèlement, qui fixera, chaque année, la somme que TEPCo doit affecter à ce poste et le ministre de l’industrie devra donner son accord. L’utilisation de ces fonds est aussi soumise à l’accord du ministère qui pourra aussi mener des inspections.

TEPCo a soumis, dès le lendemain, un nouveau plan qui prévoit d’affecter 500 milliards de yens (4 milliards d’euros) chaque année au démantèlement de ses réacteurs accidentés et à l’indemnisation. C’est beaucoup plus que les profits actuels.

TEPCo a fini l’année 2016 avec un bilan positif pour la quatrième année consécutive, mais son bénéfice est en baisse de 30% avant impôts par rapport à l’année précédente. Ses ventes ont baissé de 11%.

Le nouveau plan inclut six différents scénarios en fonction des dates de redémarrage de réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa (2019, 2020 ou 2021). Cela reste bien optimiste car il y a encore de nombreux problèmes de sûreté. Pour augmenter ses profits, TEPCo veut notamment partager son projet de centrale nucléaire à Higashidôri, dans la province d’Aomori. Elle veut toujours y construire deux réacteurs nucléaires, « sûrs et bon marché ». Les travaux du premier se sont arrêtés en 2011 et le deuxième n’existe que sur le papier. Tôhoku Electric y a déjà un réacteur.

La Nuclear Damage Compensation and Decommissioning Facilitation Corp. pousse aussi TEPCo à partager la distribution électrique pour augmenter ses profits. Pour le moment, aucune des compagnies voisines, à savoir Chûbu et Tôhoku Electric, n’envisagent de partenariat nucléaire avec TEPCo car elles n’en ont aucun intérêt. Les autres compagnies ne sont pas plus enthousiastes car qui accepterait de partager le coût de la catastrophe nucléaire ? Le plan soumis semble donc peu réaliste et ce sont les contribuables qui risquent de payer la facture…

Le gouvernement voulait que les nouveaux entrants sur le marché de l’électricité payent une redevance pour financer les conséquences de cette catastrophe, mais, selon l’agence de presse Kyodo, reprise par le Maïnichi, 60% d’entre elles y sont opposées.

TEPCo envisage la fin de sa nationalisation en 2019. Le gouvernement compte sur la vente d’actions pour se rembourser d’une partie des sommes avancées pour la décontamination et la gestion des déchets associés.

Sans surprise, le gouvernement a, le 20 mai, accepté ce plan de TEPCo qui inclut quasiment mot pour mot ses propres recommandations.

A noter qu’à la fin de l’année fiscale 2015 (31 mars 2016), environ 5 000 milliards de yens (40 milliards d’euros) affectés à la reconstruction de la triple catastrophe n’ont toujours pas été utilisés, selon la cour des comptes japonaise. Cela représente environ 15% du budget alloué à la reconstruction entre 2011 et 2015. C’est dû aux retards pris sur la construction de digues ou la redéfinition des plans d’occupation des sols.