Visite virtuelle de la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne une visite virtuelle de la centrale de Fukushima daï-ichi. Les commentaires sont en japonais uniquement pour le moment. Même si vous ne comprenez pas la langue, les images sont très impressionnantes et parlent d’elles-mêmes.

En bas à gauche de l’écran, la position est indiquée, tout comme le débit de dose ambiant. A proximité du réacteur n°1, il y a 39,5 µSv/h ! Idem, derrière le réacteur n°2. Cependant, les valeurs affichées ne varient pas beaucoup au cours du déplacement. Ce doit donc être des valeurs moyennes.

La route n°2 montre les réacteurs n°1 et 2. La route n°3, les réacteurs n°2, 3 et 4. On voit notamment que les sols ont été entièrement bétonnés pour réduire les infiltrations d’eau de pluie et les infiltrations dans les sous-sols depuis les nappes phréatiques.

La route n°4 revient sur les réacteurs 2 et 3. Pour ce dernier, on voit encore les conséquences de l’explosion hydrogène.

La route n°5 nous emmène dans le réacteur n°5, qui n’a pas été accidenté. Ce n’est pas possible dans les réacteurs 1 à 4 car le débit de dose y est trop élevé.

La route n°6 montre les installations de traitement de l’eau contaminée et la route n°7, les cuves avec l’eau radioactive.

La route n°8 nous emmène vers les installations de gel du sol tout autour des réacteurs accidentés, mais l’on ne voit pas grande chose. La route 9, au centre de crise.

La route n°10 prétend montrer les déchets radioactifs, mais ne montre pas grande chose.

Les travaux à la centrale de Fukushima daï-ichi coûtent 1,7 milliard d’euros par an

Pour la première fois depuis le début de la catastrophe, TEPCo et l’agence gouvernementale créée en soutien ont estimé le coût annuel des travaux en cours à la centrale de Fukushima daï-ichi et ont annoncé 220 milliards de yens (1,7 milliard d’euros) par an pour les trois prochaines années. Jusqu’à maintenant, TEPCo s’était refusée de rendre publics ces chiffres.

Selon l’agence Kyodo reprise par le Japan Times, pour l’année fiscale 2018, qui commence le 1er avril, ces 220 milliards de yens comprennent notamment :

  • 70 milliards de yens (534 millions d’euros) pour la gestion de l’eau contaminée ;
  • 30 milliards de yens (230 millions d’euros) pour retirer les combustibles usés des piscines ;
  • 4 milliards de yens (30 millions d’euros) en R&D pour trouver un moyen de retirer le corium des réacteurs accidentés.
  • Par ailleurs, 30 milliards de yens sont provisionnés pour faire face à des imprévus.

Plan de démantèlement du surgénérateur Monju approuvé

L’Autorité de Régulation Nucléaire vient d’approuver le plan de démantèlement du surgénérateur Monju situé dans la province de Fukui. Cela devrait prendre 30 ans et coûter plus de 375 milliards de yens (2,9 milliards d’euros). Encore plus s’il faut renforcer la résistance aux séismes.

Rappelons que ce type de réacteur est refroidi au sodium liquide qui s’enflamme spontanément à l’air et explose au contact de l’eau. Le plan ne détaille pas l’extraction des 760 tonnes de sodium. On ne sait pas non plus ce qu’il sera fait du combustible nucléaire. Il devrait rester longtemps sur le site de la centrale.

Il n’a fonctionné que durant 10 mois depuis sa mise en service en 1994 et il a été arrêté définitivement suite aux graves défaillances en matière de sûreté de son exploitant.

Monju a déjà coûté plus 1 000 milliards de yens (7,6 milliards d’euros) aux contribuables japonais. Cela va donc dépasser les 10 milliards d’euros avec le démantèlement. Tout ça pour rien !

La France remet l’Ordre national du Mérite au directeur général en charge du démantèlement de la centrale de Fukushima

Le 14 mars 2018, Laurent Pic, ambassadeur de France au Japon, a remis à Naohiro Masuda, directeur général en charge du démantèlement de la centrale de Fukushima, les insignes de Chevalier de l’Ordre national du Mérite. A voir sur le site de l’Ambassade.

Naohiro Masuda était directeur de Fukushima daï-ni en mars 2011, qui a pu échapper à la catastrophe nucléaire car de l’électricité sur le réseau était disponible à 9 kilomètres. Un câble a été tiré en urgence pour relancer le refroidissement des réacteurs et éviter, ainsi, la fusion du cœur des réacteurs.

Début du retrait des débris sur le réacteur n°1

TEPCo a commencé à retirer les débris qui jonchent le sommet du réacteur n°1 afin de pouvoir accéder à la piscine de combustible. Il y en aurait environ 1 500 tonnes. Comme pour le réacteur n°3, cela doit se faire à l’aide d’engins télécommandés car le niveau de dose sur place interdit le travail humain. Deux photos sont en ligne sur le site de TEPCo.

Suite au scandale du rejet de poussières radioactives lors du retrait des débris sur le réacteur n°3, la compagnie insiste sur les mesures de prévention mises en place cette fois-ci. Promis, elle arrêtera le chantier s’il y a trop de poussières.

Il faudra ensuite reconstruire un nouveau bâtiment réacteur. Le retrait des 392 assemblages de la piscine ne devrait pas commencer avant 2023, avec trois ans de retard.

Communication sur le robot qui ira ausculter l’enceinte de confinement du réacteur n°2

TEPCo et Toshiba ont communiqué sur le nouveau robot qui doit aller ausculter l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°2 en janvier et février 2018. Le but est toujours de localiser le corium et d’en savoir plus sur l’intérieur extrêmement radioactif du réacteur afin de trouver une solution au démantèlement futur.

Ce n’est pas la première fois que TEPCo et ses sous-traitants envoient des robots dans ce réacteur. En janvier-février 2017, les premières images avaient fait apparaître un trou dans le grille située juste sous la cuve, probablement percé par le corium et des dépôts. Ces images ont été traitées et analysées récemment faisant apparaître un objet tombé. S’agit-il de corium ? C’est ce que TEPCo veut vérifier. Les niveaux de radiation record relevés alors, avaient été réévalué à la baisse par la suite. Ils restent cependant trop élevés pour des êtres humains.

Comme l’explique TEPCo dans ce document en anglais, le robot devrait, comme la dernière fois, aller explorer le bas de l’enceinte de confinement en prenant en compte le retour d’expérience. Il devrait mieux voir dans le brouillard et sera équipé d’un thermomètre et d’un dosimètre.

L’industrie nucléaire japonaise communique beaucoup sur ces robots afin de se placer sur le marché du démantèlement nucléaire.

Arrêt définitif de deux réacteurs de la centrale d’Ôï au Japon

Les médias japonais l’avaient déjà annoncé et c’est maintenant officiel : Kansaï Electric va arrêter définitivement les réacteurs 1 et 2 de sa centrale d’Ôï située dans la province de Fukui pour des raisons économiques. Ils ont été mis en service en mars et décembre 1979 respectivement et le renforcement de la sûreté aurait coûté trop cher à l’exploitant. Avec chacun une puissance de 1 175 MWe, ce sont les réacteurs les plus puissants mis à l’arrêt définitif.

Ces deux réacteurs utilisent de la glace pour le refroidissement en fonctionnement normal ou pour réduire la pression en cas d’urgence. Il y en a 1 250 tonnes par réacteur, situées dans l’enceinte de confinement, qui est plus petite. Il est très compliqué de vérifier si ce système satisfait aux nouvelles normes de sûreté. Par ailleurs, KEPCo ne s’attend pas à une augmentation de la demande en électricité alors que le marché est ouvert depuis 2016.

En ce qui concerne les réacteurs 3 et 4 d’Ôï, ils ont obtenu l’autorisation de redémarrer, mais leur remise en service a été reportée suite au scandale de Kôbé Steel. Ces deux réacteurs sont aussi affectés par un autre scandale de falsification chez Mitsubishi des rapports de contrôle. Ce sont des produits avec du caoutchouc qui sont en cause et la centrale de Takahama est aussi affectée.

Kansaï Electric exploitait 11 réacteurs dans la province de Fukui avant la catastrophe à la centrale de Fukushima, qui produisaient 40% de son électricité. En avril 2015, elle a déjà arrêté définitivement les réacteurs 1 et 2 de Mihama. Cela lui fait donc 4 tranches en moins, soit le tiers de son parc.

Dans la province, qui est très dépendante du nucléaire pour ses finances et son économie, certains s’inquiètent pour l’avenir alors que d’autres se réjouissent car ils craignent l’accident grave comme à Fukushima, avec, sous les vents dominants, non pas la Pacifique, mais une des zones les plus peuplées du Japon.

Sur tout le Japon, si l’on fait un bilan :

  • Il y avait 54 réacteurs de production d’électricité au Japon en 2010.
  • 4 ont été détruits à Fukushima daï-ichi et deux autres arrêtés définitivement.
  • En comptant ces deux réacteurs d’Ôï, 8 réacteurs ont ou seront mis à l’arrêt définitif.
  • Cela fait donc 14 réacteurs en moins par rapport à 2010. Il restera donc officiellement 40 réacteurs en « service », dont Fukushima daï-ni qui ne redémarrera jamais, comme d’autres.
  • A l’inverse, seulement 5 réacteurs ont été remis en service depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima dont un vient d’être arrêté par la justice.

Les 8 réacteurs arrêtés définitivement sont : Tsuruga 1 (Fukui), Genkaï 1 (Saga), Shimané 1, Ikata 1 (Ehimé), Mihama 1 et 2 (Fukui) et maintenant Ôï 1 et 2 (Fukui).

Monju : le plan de démantèlement soumis à l’autorité de régulation nucléaire

La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) a soumis à l’Agence de Régulation Nucléaire (NRA) son plan de démantèlement du surgénérateur Monju, arrêté définitivement il y a un an environ. Elle prévoit 30 ans de travaux et un coût de 150 milliards de yens (plus d’un milliard d’euros) auxquels il faut ajouter 225 milliards de yens (moins de 2 milliards d’euros) de maintenance et de renforcement de la tenue aux séismes.

Si ce plan est aussi réaliste que celui dédié à l’exploitation du réacteur, le Japon n’en a pas fini avec ce prototype qui n’a produit de l’énergie que 44 jours depuis sa mise en service en 1994. Rappelons que la JAEA n’avait pas prévu qu’elle aurait à retirer le sodium un jour, alors qu’il s’enflamme spontanément à l’air et qu’il explose dans l’eau.

Pour les réacteurs conventionnels, le retrait du combustible précède la demande de démantèlement. Mais pour Monju, le retrait des 370 assemblages de combustible représente un défi : chaque barre retirée doit être remplacée par une barre de géométrie identique qu’il faut encore fabriquer. D’autres assemblages sont aussi sur le site. Ce qui fait un total de 530.

Quant aux déchets radioactifs générés, il n’y a aucune solution de proposée. La JAEA estime qu’il y en aura 26 700 tonnes.

La JAEA devrait de reporter une nouvelle fois le redémarrage de l’autre surgénérateur expérimental, Joyo, beaucoup plus petit. Elle espérait 2022 pour exploitation bridée à 100 MW, au lieu de 140, afin d’avoir un plan d’évacuation réduit en cas d’accident. Cela avait provoqué l’ire de la NRA, comme nous l’avions rapporté.

Surgénérateur Monju : JAEA n’avait jamais envisagé de retirer le sodium

Le surgénérateur Monju a été arrêté définitivement en décembre 2016 après plus de 20 ans d’acharnement, mais seulement 250 jours de fonctionnement. Une des étapes les plus complexes du démantèlement consiste à retirer et neutraliser le sodium qui sert de liquide de refroidissement, car il s’enflamme spontanément à l’air et explose au contact de l’eau. Mais, selon le Mainichi, l’exploitant, la Japan Atomic Energy Agency (JAEA), n’a jamais prévu qu’il devrait un jour retirer le sodium. Et il y en 760 tonnes qui sont en plus radioactives !

Le circuit primaire de refroidissement est protégé par un mur en alliage et il n’est donc pas directement accessible. De plus, la cuve du réacteur est conçue de manière à ce que la quantité de sodium liquide ne descende pas en dessous d’un certain niveau afin de garantir que le combustible nucléaire ne soit pas exposé. Par conséquent, plusieurs centaines de tonnes à l’intérieur de la cuve du réacteur ne peuvent pas être extraites, faute d’ouverture dédiée.

Un cadre de la JAEA reconnait que « lors de la conception du réacteur, la priorité principale était d’achever le projet rapidement. Le démantèlement n’a pas été pris en compte ». Et comme le personnel qui connaît le réacteur est en déclin, ce sera de plus en plus difficile, alors qu’il n’y a pas le droit à l’erreur avec le sodium.

Le surgénérateur devait produire plus de plutonium qu’il n’en consommait et fournir une énergie illimitée au Japon qui croyait en un nucléaire éternel. Pas besoin d’imaginer une fin et un démantèlement. Mais Monju a été arrêté au bout de quelques mois à cause d’une fuite de sodium.

Le sodium tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;

Report du retrait des combustibles usés des piscines des réacteurs 1 et 2

TEPCo a terminé en décembre 2014 le retrait des combustibles usés de la piscine de refroidissement du réacteur n°4. Pour les réacteurs 1 à 3, où il y a eu fusion du cœur, c’est beaucoup plus compliqué car les êtres humains ne peuvent pas y travailler à cause de débits de dose trop élevés. Les piscines de décroissance de ces trois réacteurs contiennent un total de 1 573 assemblages usés pour la plupart (392 dans le réacteur n°1, 615 dans le 2 et 566 dans le 3).

En cas de nouveau séisme de forte magnitude et/ou de tsunami, la structure de soutènement de ces piscines, déjà fortement fragilisée, risque de ne pas tenir et cela pourrait entraîner une nouvelle catastrophe majeure, bien plus grave que la catastrophe actuelle, car les piscines, qui contiennent beaucoup plus de radioéléments que les cœurs, ne sont pas confinées.

TEPCo a reporté une nouvelle fois la date de début des travaux de retrait des combustibles usés des piscines des réacteurs 1 et 2 et le gouvernement vient de donner son accord. La compagnie espérait débuter les travaux en 2020, mais ce sera trois ans plus tard. Cela fait désormais un retard cumulé de 6 ans sur le plan initial.

Le plan précédent date de juin 2015.

Pour le réacteur n°1, le retrait des débris qui jonchent le sommet du bâtiment réacteur s’avère être plus complexe que prévu. Quant au réacteur n°2, qui n’a pas été détruit par une explosion hydrogène, l’argument est de laisser plus de temps pour trouver des solutions en vue de limiter les rejets radioactifs lors du démontage du toit et des murs.

Pour le réacteur n°3, les travaux de construction de la structure sur le toit qui doit permettre de retirer ces combustibles, avancent. La compagnie a mis quelques images en ligne au début du mois et en août dernier. Elle espère débuter après avril 2018 pour une durée de deux années. Cette date avait déjà été repoussée en début d’année.

En ce qui concerne le retrait du corium, ce mélange hautement radioactif de combustibles fondus et de débris, TEPCo et le gouvernement maintiennent un début des travaux en 2021, même si la technologie n’est toujours pas disponible. La durée des travaux et le devenir des déchets engendrés ne sont pas indiqués dans le plan. En revanche, la décision relative au réacteur à traiter en premier a été reportée à 2019.

La compagnie maintient un objectif global de tout démanteler en 40 ans, même si personne n’y croit.

En ce qui concerne l’eau contaminée qui continue à s’accumuler à un rythme de 200 m3 par jour, malgré le gel du sol tout autour des réacteurs, le gouvernement espère passer à 150 m3 par jour d’ici 2020. Voir les dernières données de TEPCo. Quant au devenir des 817 000 m3 d’eau traitée contenue dans les cuves, aucun calendrier n’est mentionné. Voir le dernier bilan de TEPCo.